Document conciliaire de Vatican II

 

L'ÉGLISE

Constitution dogmatique "de Ecclesia"
("Lumen Gentium") promulguée le 21 novembre 1964


TRADUCTION ÉTABLIE PAR
LES RR. PP. JEAN-MARC DUFORT ET GILLES LANGEVIN, SJ.

(Copyright Ed. Bellarmin)

Texte latin dans les "Acta Apostolicæ Sedis" 57 (1965) p. 5-75
et dans les
"Constitutiones, Decreta, Declarationes" p. 93-219


PLAN
de la Constitution



Chapitre I: Le mystère de l'Église
Introduction
Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes
La mission du Fils
L'Esprit qui sanctifie l'Église
Le royaume de Dieu
Les images de l'Église
L'Église, Corps mystique du Christ
L'Église, à la fois visible et spirituelle

Chapitre II: Le peuple de Dieu
La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau
Le sacerdoce commun
L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements
Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrétien
L'universalité ou "catholicité" de l'unique Peuple de Dieu
Les fidèles catholiques
Les liens de l'Église avec les chrétiens non catholiques
Les non-chrétiens
Le caractère missionnaire de l'Église

Chapitre III: La constitution hiérarchique de l'Église et, en particulier, l'épiscopat
Introduction
L'institution des Douze
Les évêques successeurs des Apôtres
La sacramentalité de l'épiscopat
Le Collège épiscopal et son chef
Les relations à l'intérieur du Collège
Le ministère épiscopal
La fonction d'enseignement des évêques
La fonction de sanctification des évêques
La fonction de gouvernement des évêques
Les prêtres dans leur relation au Christ, aux évêques, au presbyterium et au peuple chrétien
Les diacres

Chapitre IV: Les laïcs
Introduction
Acception du mot "laïc"
La dignité des laïcs, membres du Peuple de Dieu
La vie par rapport au salut et à l'apostolat
Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte
Participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ et au témoignage
Participation des laïcs au service royal
Relation à la hiérarchie
Conclusion

Chapitre V: La vocation universelle à la sainteté dans l'Église
Introduction
L'appel universel à la sainteté
La pratique multiforme de l'unique sainteté
Voie et moyens de la sainteté

Chapitre VI: Les religieux
La profession des conseils évangéliques dans l'Église
Nature et importance de l'état religieux dans l'Église
L'autorité de l'Église à l'égard des religieux
Grandeur de la consécration religieuse
Conclusion

Chapitre VII: L'Église en marche: son caractère eschatologique et son union avec l'Église du ciel
Caractère eschatologique de la vocation chrétienne
La communion entre l'Église du ciel et l'Église de la terre
Les rapports de l'Église de la terre avec l'Église du ciel
Directives pastorales

Chapitre VIII: La Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église
I. Préambule
La Sainte Vierge dans le mystère du Christ
La Sainte Vierge et l'Église
Intention du Concile
II. Rôle de la Sainte Vierge dans l'économie du salut ..
La Mère du Messie dans l'Ancien Testament
Marie à l'Annonciation
La Sainte Vierge et l'enfance de Jésus
La Sainte Vierge et le ministère public de Jésus
La Sainte Vierge après l'Ascension
III. La bienheureuse Vierge et l'Église
Marie, servante du Seigneur
Marie, modèle de l'Église
Les vertus de Marie, modèle pour l'Église
IV. Le culte de la Sainte Vierge dans l'Église
Nature et fondement du culte de la Sainte Vierge
L'esprit de la prédication et du culte de la Sainte Vierge
V. Marie, signe d'espérance certaine et de consolation
pour le Peuple de Dieu en marche

Notifications
Note explicative préalable


CONSTITUTION DOGMATIQUE " LUMEN GENTIUM "

PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SA1NT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.

 

CHAPITRE PREMIER

LE MYSTÈRE DE L'ÉGLISE


1. [Introduction]

Le Christ est la Lumière des nations; aussi, en annonçant l'Évangile à toute créature (cf. Mc 16, 15), le saint Concile réuni dans l'Esprit-Saint désire-t-il ardemment illuminer tous les hommes de la lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église. Celle-ci, pour sa part, est dans le Christ comme un sacrement ou, si l'on veut, un signe et un moyen d'opérer l'union intime avec Dieu et l'unité de tout le genre humain; elle se propose donc, en suivant de près la doctrine des précédents Conciles, de faire connaître avec plus de précision à ses fidèles et au monde entier sa nature et sa mission universelle. Ce devoir, les conditions actuelles l'imposent à l'Église avec une urgence accrue: il importe en effet que la communauté humaine, toujours plus étroitement unifiée par de multiples liens sociaux, techniques, culturels, puisse atteindre également sa pleine unité dans le Christ.

2. [Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes]

Par une disposition tout à fait libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté, le Père éternel a créé l'univers. Il a voulu élever les hommes jusqu'au partage de la vie divine. Et une fois qu'ils eurent péché en Adam, il ne les abandonna pas; sans cesse il leur offrit des secours pour leur salut en considération du Christ rédempteur, "qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature" (Col. 1, 15). D'autre part, ceux qu'il a choisis, le Père avant tous les siècles les "a d'avance connus et prédestinés à reproduire l'image de son Fils, pour que celui-ci soit le premier-né d'un grand nombre de frères" (Rom. 8, 29). Et ceux qui ont foi dans le Christ, il a voulu les rassembler en la sainte Église qui, préfigurée dès l'origine du monde, admirablement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et l'ancienne Alliance (1), établie en ces temps qui sont les derniers, a été manifestée par l'effusion de l'Esprit et sera glorieusement achevée à la fin des siècles. Alors seulement, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, "depuis le juste Abel jusqu'au dernier élu" (2) seront rassemblés auprès du Père dans l'Église universelle.

3. [La mission du Fils]

Le Fils est donc venu, envoyé par le Père qui nous a choisis en lui dès avant la création du monde et nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs, parce qu'il lui a plu de tout réunir en lui (cf. Eph. 1, 4-5 et 10). C'est pourquoi le Christ, afin d'accomplir la volonté du Père, a inauguré ici-bas le royaume des cieux, nous a révélé le mystère du Père et, par son obéissance, a opéré la rédemption. L'Église, qui est 1e royaume du Christ déjà présent sous une forme mystérieuse, croît visiblement dans le monde grâce à la puissance de Dieu. Ce commencement et cette croissance sont signifiés par le sang et l'eau qui sortent du côté de Jésus crucifié (cf. Jn 19, 34) et annoncés par les paroles du Seigneur concernant sa mort en croix: "Et Moi, quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à Moi" (Jn 12, 32 gr.). Chaque fois que le sacrifice de la croix, par lequel "le Christ, notre Pâque, a été immolé" (I Cor. 5, 7), est célébré sur l'autel, l'œuvre de notre rédemption se réalise. En même temps le sacrement du pain eucharistique représente et produit l'unité des fidèles, qui constituent un seul corps dans le Christ (cf. I Cor. 10, 17). Tous les hommes sont appelés à cette union avec le Christ, qui est la lumière du monde, de qui nous venons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons.

4. [L'Esprit qui sanctifie l'Église]

Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jn 17, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Eph. 2, 18). Il est l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jn 4, 14; 7, 38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au moment où il rendra la vie dans 1e Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. 8, 10-I1). L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un temple (cf. I Cor. 3, 16; 6, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur adoption filiale (cf. Gal. 4, 6; Rom. 8, 15-16 et 26). Cette Église qu'il amène à la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), qu'il réunit dans la communion et le ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Eph. 4, 11-12; I Cor. 12, 4; Gal. 5, 22). Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux (3). Cas l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus "Viens!" (cf. Apoc. 22, 17). Ainsi l'Église universelle apparaît-elle comme "un peuple rassemblé dans l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint" (4).

5. [Le royaume de Dieu]

Le mystère de la sainte Église se manifeste dans sa fondation. Le Seigneur Jésus, en effet, inaugura son Église en prêchant la bonne nouvelle, c'est-à-dire la venue du Royaume de Dieu promis depuis des siècles dans les Écritures: "Les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est proche" (Me 1, 15; cf. Mt. 4, 17). Ce Royaume de Dieu, il apparaît aux hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ. La parole du Seigneur est comparée au grain semé dans un champ (Mc 4, 14): ceux qui l'écoutent avec foi et s'agrègent au petit troupeau du Christ (Lc 12, 32) ont accueilli le Royaume lui-même. Puis la semence, par sa propre force, germe et se développe jusqu'au temps de la moisson (cf. Mc 4, 26-29). De même les miracles de Jésus sont une preuve que le Royaume est véritablement venu sur terre: "Si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, il est déjà venu à vous, le Royaume de Dieu" (Lc 11, 20; cf. Mt. 12, 28). Mais, avant tout, le Royaume se manifeste dans la Personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, qui est venu "pour servir et donner sa vie comme rançon d'un grand nombre" (Mc 10. 45).

Et quand Jésus, après avoir souffert la mort en croix pour les hommes, fut ressuscité, il apparut établi comme Seigneur et Christ, comme Prêtre éternel (cf. Act. 2, 36; Héb. 5, 6; 7, 17-21) et il répandit en ses disciples l'Esprit promis par le Père (cf. Act. 2, 33). Dès lors, l'Église pourvue des dons de son Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit la mission d'annoncer et d'instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement. Dans l'intervalle, à mesure qu'elle grandit, elle aspire à l'accomplissement du Royaume, elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie à son Roi dans la gloire.

6. [Les images de l'Église]

Dans l'Ancien Testament la révélation du Royaume est souvent présentée sous des figures; de même maintenant, c'est par diverses images que la nature intime de l'Église se fait connaître à nous, et ces images empruntées soit à la vie pastorale et au travail des champs, soit à la construction des édifices et même à la famille et aux noces, s'élaborent déjà dans les livres des Prophètes.

L'Église est en effet le bercail dont la porte unique et nécessaire est le Christ (Jn 10, 1-10). Elle est aussi le troupeau, dont Dieu avait annoncé qu'il serait lui-même le pasteur (cf. Is. 40, 11; Ez. 34. 11 suiv.), et dont les brebis, même si elles sont guidées par des pasteurs humains, ne cessent jamais cependant d'être conduites et nourries par le Christ lui-même, le bon Pasteur et le Prince des pasteurs (cf. Jn 10, I1; I Petr. 5, 4), qui a donné sa vie pour les brebis (cf. Jn 10, 11-15).

L'Église est la terre que Dieu cultive, ou encore son champ (I Cor. 3, 9). Dans ce champ grandit l'antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les Patriarches et dans lequel s'est faite et se fera la réconciliation des Juifs et des Gentils (Rom. 11, 13-26). L'Église a été plantée par le céleste Cultivateur comme la vigne choisie (Mt. 21, 33-43 par.; cf. Is. 5, 1 suiv.). Le Christ est la vraie vigne qui donne la vie et la fécondité aux sarments, c'est-à-dire à nous qui par l'Église demeurons en lui; et sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.1-5).

Plus souvent encore l'Église s'appelle l'édifice de Dieu (I Cor. 3, 9). Le Seigneur lui-même s'est comparé à la pierre que les bâtisseurs ont rejetée mais qui est devenue tête d'angle (Mt. 21, 41 par.; cf. Act. 4, 11; I Petr. 2, 7; Ps. 117, 22). Sur ce fondement l'Église est construite par les Apôtres (cf. I Cor. 3, 11) et c'est de lui qu'elle reçoit fermeté et cohésion. Cet édifice prend diverses appellations: maison de Dieu (I Tim. 3, 15) où habite sa famille, demeure de Dieu dans l'Esprit (Eph. 2. 19-22), "tabernacle de Dieu avec les hommes" (Apoc. 21, 3) et surtout temple sacré, que les saints Pères voient représenté dans des sanctuaires de pierres et qui, dans la Liturgie, est comparé non sans raison à la Cité sainte, à la nouvelle Jérusalem (5). En elle, de fait, nous sommes édifiés dès ici-bas comme des pierres vivantes (cf. I Petr. 2, 5). Et Jean contemple la sainte cité, lors de la rénovation du monde, descendant du ciel d'auprès de Dieu, "prête comme une fiancée toute parée pour son époux" (Apoc. 21, 1 suiv.).

L'Église est même appelée "la Jérusalem d'en haut" et "notre mère" (Gal. 4, 26: Apoc. 12, 17); elle apparaît comme l'épouse immaculée de l'Agneau sans tache (Apoc. 19, 7; 21, 2 et 9; 22, 17). Cette épouse, le Christ "l'a aimée... et il s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier" (Eph. 5, 25-26); il se l'est associée par un pacte indissoluble et sans cesse "il la nourrit et la soigne" (Eph. 5, 29), et il a voulu, après l'avoir purifiée, qu'elle lui soit unie et soumise dans l'amour et la fidélité (cf. Eph. 5, 24). Enfin, il l'a comblée pour toujours de dons célestes, afin que nous puissions connaître la charité de Dieu et du Christ pour nous, charité qui dépasse tonte connaissance (cf. Eph. 3, 19). Mais tandis que l'Église accomplit son pèlerinage sur terre, loin du Seigneur (cf. II Cor. 5, 6), elle se sent comme en exil, si bien qu'elle recherche les choses d'en haut, qu'elle a du goût pour les choses d'en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu, où sa vie reste cachée avec le Christ en Dieu jusqu'au jour où elle apparaîtra avec son Époux dans la gloire (cf. Col. 3, 1-4).

7. [L'Église, Corps mystique du Christ]

Dans la nature humaine qu'il s'est unie, le Fils de Dieu, en remportant la victoire sur la mort par sa mort et sa résurrection, a racheté l'homme et l'a transformé pour en faire une nouvelle créature (cf. Gal. 6, 15; II Cor. 5, 17). Car en communiquant son Esprit, il a mystiquement établi ses frères, appelés d'entre toutes les nations, comme son propre corps.

Dans ce corps la vie du Christ se diffuse en ceux qui croient et qui, par les sacrements, sont unis, d'une façon mystérieuse mais bien réelle, au Christ souffrant et glorifié (6). Par le baptême, en effet, nous sommes rendus conformes au Christ: "En effet, nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps" (I Cor. 12, 13). Par ce rite sacré, l'union à la mort et à la résurrection du Christ est à la fois représentée et effectuée: "par le baptême, en effet, nous avons été ensevelis avec lui dans la mort"; et si "nous avons été greffés sur lui par une mort pareille à la sienne, de même le serons-nous par une résurrection pareille" (Rom. 6, 4-5). Dans la fraction du pain eucharistique nous avons réellement part au corps du Seigneur et nous sommes élevés à la communion avec lui et entre nous. "Parce qu'il y a un seul pain, nous ne sommes qu'un corps malgré notre grand nombre, attendu que tous nous recevons notre part de ce pain unique" (I Cor. 10, 17). Ainsi tous nous devenons membres de ce corps (cf. I Cor. 12, 27) "et respectivement, membres 1es uns des autres" (Rom. 12, 5).

Mais de même que tous les membres du corps humain, pour nombreux qu'ils soient, ne forment cependant qu'un corps, de même en est-il des fidèles dans le Christ (cf. I Cor. 12, 12). La diversité des membres et des fonctions se vérifie également dans l'édification du corps du Christ. Unique est l'Esprit, qui distribue ses dons, à la mesure de sa richesse et suivant les besoins des ministères, au profit de l'Église (cf. I Cor. 12, 1-11). Parmi ces dons vient en tête la grâce des Apôtres, à l'autorité desquels l'Esprit lui-même soumet ceux qui ont reçu des charismes (cf. I Cor. 14). C'est le même Esprit qui unifie lui-même le corps par sa propre puissance et au moyen de l'articulation interne des membres entre eux, et qui produit et stimule la charité chez les fidèles. En conséquence, si un membre a quelque souffrance à supporter, tous les membres souffrent avec lui; ou si an membre est honoré, tous les membres partagent sa joie (cf. I Cor. 12, 26).

De ce corps le Christ est le chef. Il est lui-même l'image du Dieu invisible, et en lui tout a été créé. Lui-même est avant toute chose et toutes choses subsistent en lui. Il est le chef du corps qu'est l'Église. Il est le principe, le premier-né d'entre les morts, afin d'avoir en tout la prééminence (cf. Col. 1, 15418). Par la grandeur de sa puissance il règne sur les choses du ciel et de la terre; grâce à sa perfection et à son action qui surpassent tout, il comble des richesses de sa gloire son corps tout entier (7) (cf. Eph. 1, 18-23).

Tous les membres doivent tendre à lui ressembler, jusqu'à ce que le Christ soit formé en eux (cf. Cal. 4, 19). Voilà pourquoi nous sommes englobés dans les mystères de sa propre vie, rendus conformes à lui-même, morts et ressuscités avec lui en attendant, de régner avec lui (cf. Phil. 3, 21; II Tim. 2, 11; Eph. 2, 6; Col. 2, 12; etc.). Cheminant encore sur la terre, suivant ses traces dans les épreuves et la persécution, nous sommes associés à ses souffrances comme le corps à sa tête, et nous souffrons avec lui pour être glorifiés avec lui (cf. Rom. 8, 17).

De lui "tout le corps, desservi et uni par des jointures et des liens, tire son accroissement en Dieu" (Col. 2, 19). Lui-même, dans son corps qui est l'Église, dispense sons cesse les dons des ministères, au moyen desquels nous nous aidons les uns les autres, grâce à lui, en vue du salut, afin que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous les égards en lui qui est notre Chef (cf. Eph. 4, 11-16 gr.).

Et afin que nous soyons continuellement renouvelés en lui (cf. Eph. 4, 23), il nous a donné d'avoir part à son Esprit. Et cet Esprit, qui est unique et identique dans le Chef et dans les membres, vivifie, unifie et meut tout le corps; si bien que les saints Pères ont pu comparer son rôle à la fonction que l'âme, principe vital, remplit dans le corps humain (8).

Le Christ aime l'Église comme son épouse, et il est le modèle de l'homme qui aime sa femme comme son propre corps (cf. Eph. 5, 25-28); l'Église, pour sa part, est soumise à son Chef (ib. 23-24). "Parce qu'en lui corporellement réside la plénitude de la divinité" (Col. 2, 9), il comble de ses dons divins l'Église qui est son corps et son plérôme (cf. Eph. 1, 22-23), afin qu'elle tende et atteigne à toute la plénitude de Dieu (cf. Eph. 3, 19).

8. [L'Église, à la lois visible et spirituelle]

Le Christ, unique Médiateur, a établi et soutient sans cesse ici-bas sa sainte Église, qui est une communauté de foi, d'espérance et de charité, comme un organisme visible (9) par lequel il répand sur tous la vérité et la grâce. Mais la société constituée d'organes hiérarchiques et le Corps mystique du Christ, le groupement visible et la communauté spirituelle, l'Église terrestre et l'Église déjà pourvue des biens célestes ne doivent pas être considérés comme deux entités; ils constituent bien plutôt une seule réalité complexe formée d'un élément humain et d'un élément divin (10). Ainsi, par une analogie qui n'est pas sans valeur, elle est comparable au mystère du Verbe incarné. De même, en effet, que la nature assumée par le Verbe divin lui sert d'instrument de salut, instrument vivant et indissolublement uni à lui-même, de même cet organisme ecclésial sert à l'Esprit du Christ qui le vivifie en vue de la croissance du corps (cf. Eph. 4, 16) (11).

Telle est l'unique Église du Christ que, dans le Symbole, nous reconnaissons comme une, sainte, catholique et apostolique (12), que notre Sauveur, après sa résurrection remit à Pierre pour qu'il la paisse (Jn 21, 17). C'est elle que le même Pierre et les autres Apôtres furent chargés par lui de répandre et de guider (cf. MI. 28, 18 ss), elle enfin qu'il établit pour toujours "colonne et soutien de la vérité" (I Tim. 3, 15). Cette Église, constituée et organisée en ce monde comme une communauté, subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui (13), encore que, hors de cet ensemble, on trouve plusieurs éléments de sanctification et de vérité qui, en tant que dons propres à l'Église du Christ, invitent à l'unité catholique.

Le Christ a accompli son œuvre rédemptrice dans la pauvreté et la persécution; ainsi l'Église est-elle appelée à prendre la même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus, "possédant la nature divine... s'est anéanti lui-même en prenant la nature de l'esclave" (Phil. 2, 6) et pour nous "s'est fait pauvre, de riche qu'il était" (II Cor. 8, 9). Telle est aussi l'Église; et même si elle a besoin de ressources humaines pour remplir sa mission, elle n'est pas établie pour rechercher la gloire terrestre, mais pour prêcher, même par son exemple, l'humilité et l'abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père "pour évangéliser les pauvres... guérir les cœurs brisés" (Lc 4, 18), "chercher et sauver ce qui était perdu" (Lc 19, 10). De même l'Église entoure tous ceux qu'afflige l'infirmité humaine; bien plus, elle reconnaît dans les pauvres et en ceux qui souffrent l'image de son Fondateur pauvre et souffrant, elle s'emploie à soulager leur détresse et veut servir le Christ en eux. Mais tandis que le Christ "saint, innocent, sans souillure" (Hébr. 7, 26) n'a pas connu le péché (II Cor. 5, 21) mais est venu seulement expier les péchés du peuple (cf. Hébr. 2, 17), l'Église, qui renferme en son sein les pécheurs, qui est sainte et, en même temps, doit toujours être purifiée, recherche sans cesse ta pénitence et le renouvellement.

L'Église "va de l'avant, marchant parmi les persécutions du monde et les consolations de Dieu" (14), annonçant la croix et la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne (cf. I Cor. 11, 26). C'est la puissance du Seigneur ressuscité qui la fortifie pour lui faire surmonter par la patience et la charité ses peines et ses difficultés intérieures aussi bien qu'extérieures, et, malgré tout, lui faire révéler fidèlement au monde le mystère du Seigneur, mystère encore caché jusqu'à ce qu'il apparaisse à la fin dans sa pleine lumière.

1. Cf. S. Cyprianus, Epist. 64, 4: PL 3, 1017. CSEL (Hartel), III B, p. 720. S. Hilarius Pict., In Mt. 23, 6: PL 9, 1047. S. Augustinus, passim. S. Cyrillus Alex., Glaph. in Gen. 2, 10: PG 69, 110 A
2. Cf. S. Gregorius M., Hom. in Evang. 19, 1: PL 76, 1154 B. S. Augustinus, Serm. 341, 9, 11: PL 39, 1499 s. S. Io. Damascenus. Adv. Iconocl. Il: PG 96, 1357.
3. Cf. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 24, 1: PG 7, 966 B; Harvey 2. 131; ed. Sagnard, Sources Chr., p. 398
4. S. Cyprianus, De Orat. Dom. 23: PL 4, 553; Hartel, III A, p. 285. S. Augustinus, Seren. 71, 20, 33: PL 38, 463 s. S. Io. Damascenus, .4dv. Iconocl. 12: PG 96. 1358 D.
5. Cf. Origenes, In Matth. 16, 21: PG 13, 1443 C; Tertullianus, Adv. Marc. 3, 7: PL 2, 357 C; CSEL 47, 3 p. 386. Pour les documents liturgiques, cf. Sacramentarium Gregorianum: PL 78, 160 B. Ou C. Mohlberg, Liber Sacramentorum Romanae Ecclesiae, Romae 1960, p. 111, XC: " Deus, qui ex omni coaptatione sanctorum acternum tibi condis habitaculum... ". Hymnes Urbs Jerusalem beata dans le Bréviaire monastique et Coelestis urbs Jerusalem dans le Bréviaire Romain.
6. Cf. s. Thomas, Summa Theol. III, q. 62, a. 5, ad 1.
7. Cf. Pie XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943), p. 208.
8. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Divinum illud, 9 mai 1897: ASS 29 (1896-97) p. 650. Pie XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 1. c., pp. 219-220; Denz. 2288 (3808). S. Augustinus, Serra. 268, 2: PL 38, 1232, et ailleurs. S. Io. Chrysostomus, In Eph. Hom. 9, 3: PG 62, 72. Didyrnus Alex., Trin. 2, 1: PG 39, 449 s. S. Thomas, In Col. 1, 18, lect. 5; ed. Marietti, II, n. 46: "Sicut constituitur unum corpus ex unitate animae, ita Ecclesia ex unitate Spiritus... ".
9. Leo XIII, Lift. Encycl. Sapientiae christianae, 10 janv. 1890: ASS 22 (1889-90) p. 392. Id., Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895-96) pp. 710 et 724 ss. Plus XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, I. c., pp. 199-200.
10. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 1. c.. p. 221 ss. Id., Litt. Encycl. Humani generis, 12 août 1950: AAS 42 (1950) p. 571.
11. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis Cognitum, 1. c., p. 713.
12. Cf. Symbolum Apostolicum: Denz. 6-9 (10-13); Symb. Nic.-Const.: Denz. 86 (150); coll. Prof. fidei Trid.: Denz. 994 et 999 (1862 et 1868).
13. On dit " Sancta (catholica apostolica) Romana Ecclesia ": dans Prof. fidei Trid., 1. c., et dans Conc. Vat. I, Sess. III, Const. dogm. de fide cath.: Denz. 1782 (3001).
14. S. Augustinus, Civ. Dei, XVIII, 51, 2: PL 41, 614.

CHAPITRE II

LE PEUPLE DE DIEU


9. [La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau]

De tout temps et chez toute nation, celui qui craint Dieu et pratique la justice lui fut agréable (cf. Act. 10, 35). Cependant Dieu n'a pas voulu sanctifier et sauver les hommes individuellement et sans qu'aucun rapport n'intervienne entre eux, mais plutôt faire d'eux un peuple qui le reconnaisse vraiment et le serve dans ta sainteté. Il se choisit donc comme peuple le peuple israélite, conclut avec lui une alliance et l'instruisit graduellement en se manifestant lui-même, en faisant connaître le dessein de sa volonté dans l'histoire de ce peuple et en se le consacrant. Tout cela cependant n'advint qu'à titre de préparation et en figure, eu égard à l'alliance nouvelle et parfaite qui devait se réaliser dans le Christ et de la révélation plus complète qu'allait apporter le Verbe même de Dieu fait homme. "Voici venir des jours -- oracle du Seigneur --. où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle... Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur cœur. Alors, je serai leur Dieu et eux seront mon peuple... Ils me connaîtront tous, des plus petits jusqu'aux plus grands - oracle du Seigneur" (Jér. 31, 31-34). Puis le Christ scella ce nouveau pacte, c'est-à-dire la nouvelle alliance, en son sang (cf. I Cor. 11, 25) en appelant d'entre les Juifs et les gentils une multitude qui s'unirait non pas selon la chair mais en esprit, afin de constituer le nouveau Peuple de Dieu. En effet ceux qui croient au Christ, engendrés à nouveau d'un germe non point corruptible, mais incorruptible par la parole du Dieu vivant (cf. I Petr. 1, 23), non pas de la chair mais de l'eau et de l'Esprit-Saint (cf. Jn 3, 5-6) constituent "une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis... eux, qui jadis n'étaient pas un peuple, et maintenant sont le peuple de Dieu" (I Petr. 2, 9-10).

Ce peuple messianique a pour chef le Christ "qui a été livré pour nos fautes et est ressuscité pour notre sanctification" (Rom. 4, 25) et qui, maintenant, après s'être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne glorieusement dans les cieux. Il est dans l'état de dignité et de liberté propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l'Esprit-Saint. Il a pour loi un commandement nouveau, celui d'aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34). Enfin, il a son terme dans le Royaume de Dieu, inauguré sur terre par Dieu lui-même, destiné à s'étendre dans la suite des âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des siècles, lorsque le Christ se manifestera, lui qui est notre vie (cf. Col. 3, 4), et que "la création elle-même sera libérée de la servitude de la corruption pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu" (Rom. 8, 21). C'est pourquoi ce peuple messianique, s'il ne comprend pas effectivement tous les hommes et n'apparaît parfois que comme un petit troupeau, n'en subsiste pas moins au sein de toute l'humanité comme un germe très fort d'unité, d'espérance et de salut. Établi par le Christ en communion de vie, de charité et de vérité, il lui sert d'instrument pour la rédemption de tous et il est envoyé au monde entier comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt. 5, 13-16).

L'Israël selon la chair, cheminant dans la solitude, prend déjà le nom d'Église de Dieu (II Esdr. 13, 1; cf. Nombr. 20, 4; Deut. 23, 1 et suiv.); de même le nouvel Israël, celui de l'ère présente en quête de la cité future et qui ne finit pas (cf. Hébr. 13, 14), s'appelle également l'Église du Christ (cf. Mt. 16, 18). Car le Christ lui-même l'a acquise au prix de son sang (cf. Act. 20, 28), remplie de son Esprit et pourvue de moyens aptes à procurer une union visible et sociale. Dieu a convoqué ta communauté de ceux qui regardent avec foi Jésus, auteur du salut, principe d'unité et de paix, et il en a fait l'Église, afin qu'elle soit pour tous et pour chacun le sacrement visible de cette unité salvifique (1). Cette Église qui doit s'étendre à toute la terre et entrer dans l'histoire humaine, domine en même temps les époques et les frontières des peuples. Au milieu des embûches et des tribulations qu'elle rencontre, elle est soutenue, dans sa marche, par le secours de la grâce divine que lui a promise le Seigneur, afin que, dans la condition de l'humaine faiblesse, elle ne laisse pas d'être parfaitement fidèle, mais demeure la digne épouse de son Seigneur et se renouvelle sans cesse elle-même, sous l'action de l'Esprit-Saint; jusqu'à ce que, par la croix, elle parvienne à la lumière qui ne connaît pas de déclin.

10. [Le sacerdoce commun]

Le Christ Seigneur, Pontife pris d'entre les hommes (cf. Hébr. 5, 1-5) fit du nouveau peuple "un royaume de prêtres pour Dieu son Père" (Apoc. 1, 6; 5, 9-10). En effet, par la régénération et l'onction de l'Esprit-Saint, les baptisés sont consacrés pour être une maison spirituelle et un sacerdoce saint, en vue d'offrir des sacrifices spirituels, moyennant toutes les œuvres du chrétien, et d'annoncer les louanges de Celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière (cf. I Petr. 2, 4-10). Que tous les disciples du Christ, en persévérant dans la prière et en louant Dieu ensemble (cf. Act. 2, 42-47), s'offrent donc eux-mêmes comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu (cf. Rom. 12, 1), qu'ils rendent partout témoignage au Christ et, à qui le demande, rendent compte de l'espérance de la vie éternelle qui est en eux (cf. I Petr. 3, 15).

Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, s'ils diffèrent essentiellement et non pas seulement en degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre puisque l'un comme l'antre participe à sa façon de l'unique sacerdoce du Christ (2). Grâce au pouvoir sacré dont il est investi, le prêtre, ministre du Christ, instruit et gouverne le peuple sacerdotal, accomplit, en qualité de représentant du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offre à Dieu au nom de tout le peuple; les fidèles, en vertu de leur sacerdoce royal, ont part à l'offrande eucharistique (3) et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l'action de grâces, par le témoignage d'une vie sainte, par l'abnégation et la charité active.

11. [L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements]

Le pouvoir sacré et organiquement structuré de la communauté sacerdotale entre en activité par les sacrements et les vertus. Les fidèles, incorporés à l'Église par le baptême, sont rendus aptes, grâce à leur caractère, à célébrer le culte de la religion chrétienne. Et après avoir été régénérés pour devenir enfants de Dieu, ils sont tenus à professer publiquement la foi qu'ils ont reçue de Dieu par l'Église (4), à laquelle le sacrement de confirmation les unit plus étroitement grâce à l'Esprit-Saint qui les enrichit d'une force particulière. Ainsi se trouvent-ils plus strictement obligés de répandre la foi et de la défendre par la parole et les œuvres, comme de véritables témoins du Christ (5). En participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la divine Victime et eux-mêmes avec elle (6). " Ainsi tous, aussi bien par l'offrande que par la sainte communion, jouent dans l'action liturgique le rôle qui leur est propre, non pas indistinctement, mais chacun à sa manière. De plus, en se nourrissant du Corps du Christ dans la sainte communion, ils manifestent concrètement l'unité du Peuple de Dieu, qui, dans ce sublime sacrement, est convenablement signifiée et merveilleusement réalisée.

Ceux qui s'approchent du sacrement de pénitence reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon des offenses qu'ils lui ont faites; en même temps ils se réconcilient avec l'Église, que leur péché avait blessée et qui coopère à leur conversion par la charité, l'exemple et la prière. Par l'onction sacrée des malades et la prière des prêtres, toute l'Église recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, afin qu'elle adoucisse leurs peines et les sauve (cf. Jac. 5, 14-16); et même elle les exhorte à s'unir spontanément à la passion et à la mort du Christ (cf. Rom. 8, 17; Col. 1, 24; II Tim. 2, 11-12; I Petr. 4, 13), pour contribuer ainsi au bien du Peuple de Dieu. En outre, les fidèles .revêtus d'un Ordre sacré sont établis au nom du Christ pour paître l'Église par la parole et la grâce de Dieu. Enfin les époux chrétiens, en vertu du sacrement de mariage par lequel ils expriment, en y participant, le mystère d'unité et d'amour fécond entre le Christ et l'Église (cf. Eph. 5, 32), s'aident réciproquement afin de parvenir à la sainteté dans la vie conjugale comme dans l'acceptation et l'éducation des enfants. Ils ont ainsi, dans leur état de vie et dans leur fonction, un don qui leur est propre au sein du Peuple de Dieu (7). De cette union, en effet, procède la famille, où naissent les nouveaux citoyens de la société humaine qui, par la grâce de l'Esprit-Saint, en vue de perpétuer le Peuple de Dieu à travers les siècles, deviennent par le baptême enfants de Dieu. Dans ce qu'on pourrait appeler l'Église domestique, les parents doivent par la parole et par l'exemple être les premiers à faire connaître la foi à leurs enfants et ils doivent cultiver la vocation de chacun d'entre eux, spécialement la sainte vocation.

Munis de tant de moyens de salut si admirables, les fidèles, quels que soient leur état et leur condition, sont appelés par le Seigneur, chacun en suivant sa voie personnelle, à la perfection de cette sainteté dont le Père jouit en plénitude.

12. [Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrétien]

Le Peuple saint de Dieu a part également à la fonction prophétique du Christ, en rendant un vivant témoignage à son endroit, avant tout par une vie de foi et de charité et en offrant à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom (cf. Hébr. 13, 15). L'ensemble des fidèles qui ont reçu l'onction du Saint (cf. I Jn 2, 20 et 27) ne peut pas errer dans la foi; et il manifeste cette prérogative au moyen du sens surnaturel de la foi commun à tout le peuple, lorsque "depuis les évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs" (8), il fait entendre son accord universel dans les domaines de la foi et de la morale. C'est, en effet, dans ce sens de la foi éveillé et nourri par l'Esprit de vérité que le Peuple de Dieu, fidèlement soumis à la conduite du magistère sacré, accueille vraiment non pas une parole humaine mais la parole de Dieu (cf. I Thess. 2, 13), qu'il adhère indéfectiblement "à la foi qui fut une fois pour toutes transmise aux saints" (Jude 3), qu'il approfondit correctement cette même foi et la met plus pleinement en œuvre.

En outre, le même Esprit-Saint non seulement sanctifie le Peuple de Dieu, le conduit et l'orne de vertus au moyen des sacrements et des ministères mais, "en distribuant à chacun ses dons comme il lui plaît" (I Cor. 12, 11), il dispense également, parmi les fidèles de tout ordre, des grâces spéciales qui les habilitent à assumer des activités et des services divers, utiles au renouvellement et à l'expansion de l'Église, suivant ces paroles: "A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun" (I Cor. 12, 7). Ces charismes, qu'ils soient extraordinaires ou plus simples et plus répandus, sont ordonnés et adaptés d'abord aux besoins de l'Église: ils doivent donc être accueillis avec gratitude et joie spirituelle. Cependant, il ne faut pas demander imprudemment les dons extraordinaires, pas plus qu'il ne faut en attendre présomptueusement les fruits des travaux apostoliques. C'est à l'autorité ecclésiastique qu'il appartient de juger de l'authenticité et de la mise en œuvre de ces dons; et c'est aussi à elle qu'il appartient spécialement de ne pas éteindre l'Esprit, mais de tout examiner et de retenir ce qui est bon (cf. I Thess. 5, 12 et 19-21).

13. [L'universalité ou "catholicité" de l'unique Peuple de Dieu]

Tous les hommes sont appelés à former le nouveau Peuple de Dieu. En conséquence, ce peuple doit, sans cesser d'être un et unique, s'étendre au monde entier et en tous les siècles afin que s'accomplisse le dessein de Dieu, qui au commencement créa la nature humaine une et voulut ensuite rassembler en un seul corps ses enfants dispersés (cf. Jn 11, 52). A cette fin, Dieu envoya son Fils, qu'il constitua héritier de toutes choses (cf. Hébr. 1, 2), pour être Maître, Roi et Prêtre de l'univers, Chef du peuple nouveau et universel des fils de Dieu. A cette fin aussi Dieu envoya l'Esprit de son Fils, Seigneur et Vivificateur, qui est, pour toute l'Église et pour chacun des croyants, principe de réunion et d'unité dus l'enseignement des Apôtres, dans la communion, dans la fraction du pain et les prières (of. Act. 2, 42 gr.).

En toutes les nations de la terre subsiste l'unique Peuple de Dieu, puisque c'est de toutes les nations qu'il tire ses membres, citoyens d'un Royaume dont le caractère n'est pas terrestre, mais bien céleste. Car tous les fidèles épars à travers le monde sont en communion les uns avec les autres dans l'Esprit-Saint, et ainsi "celui qui habite à Rome sait que les Indiens sont ses membres" (9). Mais comme le Royaume du Christ n'est pas de ce monde (cf. Jn 18, 36), l'Église, Peuple de Dieu, en introduisant ce Royaume, n'enlève rien au bien temporel des peuples, quels qu'ils soient; au contraire, elle favorise et assume, dans la mesure où ces choses sont bonnes, les talents, les richesses, les coutumes des peuples et, en les assumant, les purifie, les renforce et les élève. Elle sait, en effet, qu'il lui faut resserrer ses rangs autour de ce Rois, car c'est à lui que les nations ont été données en héritage (cf. Ps. 2, 8), vers son royaume qu'afflueront richesses et présents (cf. Ps. 71/72, 10; Is. 60, 4-7; Apoc. 21, 24). Ce caractère d'universalité qui distingue le Peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même qui porte l'Église catholique à s'employer efficacement et sans arrêt à rassembler toute l'humanité et la totalité de ses biens sous le Christ Chef, en l'unité de son Esprit (10).

Grâce à cette universalité, chaque élément apporte aux autres et à toute l'Église ses propres dons; en sorte que le tout, comme chaque partie, profite du fait que tous communiquent entre eux et travaillent dans l'unité et sans restriction à la perfection de l'ensemble. En conséquence, le Peuple de Dieu non seulement se rassemble à partir de divers peuples, mais il se compose en lui-même de catégories différentes. Il existe, en effet, entre ses membres une diversité, soit dans les charges (certains membres remplissant une fonction sacrée en vue du bien de leurs frères), soit encore dans l'état de vie et l'orientation, alors que plusieurs, vivant dans l'état religieux, tendent à la sainteté par une voie plus rigoureuse et stimulent leurs frères par leur exemple. De là vient aussi l'existence légitime, dans la communion ecclésiastique, des Églises particulières qui jouissent de traditions propres, sans préjudice du primat de la Chaire de Pierre qui préside à toute l'assemblée de la charité (11), qui protège les légitimes diversités et, en même temps, veille à ce que les différences ne nuisent point à l'unité, mais la servent. De là enfin découle l'existence, entre les éléments qui composent l'Église, des liens d'une union intime en ce qui concerne les biens spirituels, les ouvriers apostoliques et les ressources matérielles. Car les membres du Peuple de Dieu sont appelés à se donner les uns aux autres de leurs biens; et même il faut appliquer à chacune des Églises ces paroles de l'Apôtre: "Que chacun mette au service des autres les dons qu'il a reçus, comme de bons dispensateurs de la grâce divine qui est si variée" (I Petr. 4, 10).

Tous les hommes sont appelés à cette unité catholique du Peuple de Dieu, unité qui annonce et promeut la paix universelle; et c'est à cette même unité qu'ont rapport, c'est à elle que sont ordonnés -- et cela de façons diverses -- soit les fidèles catholiques, soit les autres qui ont foi dans le Christ, soit enfin l'universalité des hommes, appelés au salut par la grâce de Dieu.

14. [Les fidèles catholiques]

Le saint Concile .s'adresse donc avant tout aux fidèles catholiques. Il enseigne, pourtant, en s'appuyant sur la Sainte Écriture et la Tradition, que cette Église voyageuse est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est Médiateur et voie du salut, lui qui se rend présent pour nous dans son Corps, qui est l'Église. Enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Me 16, 16; Jn 3, 5) le Christ lui-même a du même coup affirmé la nécessité de l'Église, dans laquelle on est introduit par le baptême comme par une porte. Aussi ne pourraient-ils pas être sauvés, ceux qui, sans ignorer que Dieu, par Jésus-Christ, a établi l'Église catholique comme nécessaire, refuseraient cependant d'y entrer ou de demeurer en elle.

Sont pleinement incorporés à la communauté ecclésiale ceux qui, possédant l'Esprit du Christ, acceptent toute son économie et tous les moyens de salut établis en elle et sont, par les liens de la profession de foi, des sacrements, de la direction et de la communion ecclésiastiques, unis dans ce même ensemble visible de l'Église, avec le Christ qui la régit par le souverain Pontife et les évêques. D'autre part, n'est pas sauvé, même s'il est incorporé à l'Église, celui qui, faute de persévérer dans la charité, demeure dans le sein de l'Église "de corps ". mais non pas " de cœur" (12). Au surplus, tous les fils de l'Église se rappelleront qu'ils ne doivent pas attribuer leur condition privilégiée à leurs propres mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; et que, s'ils n'y correspondent pas dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actes, bien loin d'être sauvés, ils seront jugés plus sévèrement (13).

Les catéchumènes qui, sous la motion de Esprit-Saint, veulent expressément être incorporés à l'Église, lui sont unis par ce désir même, et la Mère Église les entoure déjà de son amour et de ses soins.

15. [Les liens de l'Église avec les chrétiens non catholiques]

Avec ceux qui, baptisés, s'honorent du nom de chrétiens, mais ne professent pas intégralement la foi ou ne conservent pas l'unité de la communion avec le successeur de Pierre, l'Église se sait unie par de multiples rapports (14). Beaucoup, en effet, vénèrent la sainte Écriture comme norme de foi et de vie; ils manifestent aussi un authentique zèle religieux, croient avec amour en Dieu le Père tout-puissant et dans le Christ, Fils de Dieu Sauveur (15), sont marqués par le baptême, qui les unit au Christ et, en outre, reconnaissent et acceptent d'autres sacrements dans leurs propres Églises ou communautés. Plusieurs parmi eux ont aussi l'épiscopat, célèbrent la sainte Eucharistie et cultivent la dévotion envers la Vierge Mère de Dieu (16). A cela s'ajoute la communion par la prière et d'autres bienfaits spirituels; et même une union réelle dans l'Esprit-Saint, car l'Esprit agit également en eux par ses dons et ses grâces, avec sa puissance sanctificatrice; et il a donné à certains d'entre eux une vertu qui les a fortifiés jusqu'à l'effusion de leur sang. Ainsi l'Esprit éveille-t-il en tous les disciples du Christ le désir et oriente-t-il leur activité afin que tous s'unissent pacifiquement, de la manière que le Christ a fixée, en un seul troupeau et sous un seul Pasteur (17). Et pour obtenir cette unité la Mère Église ne cesse de prier, d'espérer et d'agir. Elle exhorte ses fils à se purifier et à se renouveler, afin que l'image du Christ resplendisse, plus nette, sur le visage de l'Église.

16. [Les non-chrétiens]

Enfin, ceux qui n'ont pas encore reçu l'Évangile sont ordonnés de façons diverses au Peuple de Dieu (18). Et d'abord, le peuple qui reçut les alliances et les promesses et dont le Christ est né selon la chair (cf. Rom. 9, 4-5); peuple élu de Dieu et qui lui est très cher en raison de ses ancêtres, car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance (Rom. 11, 28-29). Mais le dessein de salut englobe aussi ceux qui reconnaissent le Créateur, et parmi eux, d'abord, les Musulmans qui, en déclarant qu'ils gardent la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, qui jugera les hommes au dernier jour. Quant à ceux qui cherchent le Dieu inconnu sous les ombres et les figures, Dieu lui-même n'est pas loin d'eux non plus, puisqu'il donne à tous la vie, le souffle et toutes choses (cf. Act. 17, 25-28), et que le Sauveur veut le salut de tous les hommes (cf. I Tim. 2, 4). En effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église et cependant cherchent Dieu d'un cœur sincère et qui, sous l'influence de la grâce, s'efforcent d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel (19). Et la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires au salut à ceux qui ne sont pas encore parvenus, sans qu'il y ait de leur faute, à la connaissance claire de Dieu et s'efforcent, avec l'aide de la grâce divine, de mener une vie droite. En effet, tout ce que l'on trouve chez eux de bon et de vrai, l'Église le considère comme un terrain propice à l'Évangile (20) et un don de Celui qui éclaire tout homme, pour qu'il obtienne finalement la vie. Mais bien souvent les hommes, trompés par le Malin, se sont abandonnés à la vanité de leurs pensées et ont échangé la vérité divine pour le mensonge, en servant la créature à la place du Créateur (cf. Rom. 1, 21 et 25). Ou encore, en vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils s'exposent au plus grand désespoir. Aussi, en vue de promouvoir la gloire de Dieu et le salut de tous ces hommes, l'Église, se souvenant du commandement du Seigneur qui dit: "Prêchez l'Évangile à toute créature" (Mc 16, 15), s'emploie-t-elle avec sollicitude à développer les missions.

17. [Le caractère missionnaire de l'Église]

En effet, le Fils, comme il a été envoyé par le Père, a lui-même envoyé les Apôtres (cf. Jn 20, 21) en disant: "Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à ta fin du monde" (Mt. 28, 19-20). Et ce mandat solennel d'annoncer la vérité qui sauve, l'Église l'a reçu des Apôtres pour qu'elle l'accomplisse jusqu'aux extrémités de la terre (cf. Act. 1, 8). Dès lors, elle fait siennes les paroles de l'Apôtre: "Malheur....à moi, si je n'évangélise pas" (I Cor. 9, 16) et elle continue sans répit à envoyer des missionnaires jusqu'à ce que les nouvelles Églises soient pleinement établies et qu'elles poursuivent à leur tour l'œuvre de l'évangélisation. En effet l'Esprit-Saint la pousse à travailler à la pleine réalisation du dessein de Dieu, qui a établi le Christ comme principe de salut pour le monde entier. En prêchant l'Évangile, l'Église attire à la foi ceux qui l'écoutent, elle les incite à professer cette foi, elle les dispose au baptême, les arrache à l'esclavage de l'erreur et les incorpore au Christ, afin que par la charité ils croissent en lui jusqu'à la plénitude. Par son activité, elle fait en sorte que toute trace de bien, quelle qu'elle soit, présente dans le cœur et la pensée des hommes, dans leurs rites et leurs cultures, non seulement ne périsse pas, mais soit, au contraire, purifiée, élevée et portée à la perfection pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur .de l'homme. A chacun des disciples du Christ incombe, pour sa part, la charge de jeter la semence de la foi (21). Mais si tout croyant peut baptiser, il appartient cependant au prêtre de parfaire l'édification du Corps par le sacrifice eucharistique, accomplissant ainsi ce que Dieu a dit par le prophète: "Du levant au couchant mon nom est grand parmi .les Nations et en tout lieu un sacrifice et une offrande pure sont offerts à mon nom" (22_ (Mal. 1, 11).

C'est ainsi que l'Église prie et travaille tout ensemble, afin que le monde tout entier devienne le Peuple de Dieu, le Corps du Seigneur et le Temple de l'Esprit-Saint; et que dans le Christ, Chef de tous les êtres, tout honneur et toute gloire soient rendus au Créateur et Père de toutes choses.


1. Cf. S. Cyprianus, Epist. 69, 6: PL 3, 1142 B; Hartel 3 B, p. 754: " inseparabile unitatis sacramentum ".
2. Cf. Pius XII, Alloc. Magnificate Dominum, 2 nov. 1954: AAS 46 (1954) p. 669. Litt. Encycl. Mediator Dei. 20 nov. 1947: AAS 39 (1947) p. 555.
3. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928: AAS 20 (1928) p. 171 s. Pius XII, Alloc. Vous nous avez, 22 septembre 1956: AAS 48 (1956) p. 714.
4. Cf. S. Thomas. Summa Theol. III, q. 63, a. 2.
5. Cf. S. Cyrillus Hieros., Catech. 17. de Spiritu Sancto. II. 35-37: PG 33, 1009-1012. Nic. Cabasilas, De vita in Christo. lib. III, de utilitate chrismatis: PG 150, 569-580. S. Thomas, Summa Theol. III, q. 65, a. 3 et q. 72, a. I et 5..
6. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mediator Dei, 20 nov. 1947: AAS 39 (1947), spécialement p. 552 s.
7. I Cor. 7, 7: " Unusquisque proprium donum (idion charisma) habet ex Deo: alius quidem sic, alius vero sic ". Cf. S. Augustinus, De Dono Persev. 14, 37: PL 45, 1015 s.: " Non tantum continentia Dei donum est, sed coniugatorum etiam castitas ".
8. Cf. s. Augustinus, De Praed. Sanct. 14. 27: PL 44. 980.
9. Cf. S. Io. Chrysostomus. In 1o. Hom. 65, I: PG 59, 361.
10. Cf. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 16, 6; III, 22, 1-3: PG 7, 925C-926A et 955C-958A; Harvey 2, 87 s. et 120-123; Sagnard, Ed. Sources Chrét.. pp. 290-292 et 372 ss.
11. Cf. s. Ignatius M., Ad Rom., Praef.: Ed. Funk, I. p. 252.
12. Cf. S. Augustinus, Bapt. c. Donat. V, 28, 39: PL 43, 197: " Certe manifestum est, id quod dicitur, in Ecclesia intus et foris, in corde, non in corpore cogitandum ". Cf. ib., III, 19, 26: col. 152; V, 18, 24: col. 189; In Io. Tr. 61, 2: PL 35, 1800, et souvent ailleurs.
13. Cf. Lc 12, 48: " Omni autem, cul multum datum est, multum quaeretur ab eo ". Cf. aussi Mt. 5, 19-20; 7, 21-22; 25, 41-46; Iac. 2, 14.
14. Cf. Leo XIII, Epist. Apost. Praeclara gratulationis, 20 juin 1894; .4SS 26 (1893-94) p. 707.
15. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896; ASS 28 (1895-96) p. 738. Epist. Encycl. Caritatis studium, 25 juillet 1898: ASS 31 (1898-99) p. 11. Pius XII, Radiomessage Nell'Alba, 24 décembre 1941: ASS 34 (1942) p. 21.
16. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum Orientalium, 8 sept. 1928: AAS 20 (1928) p. 287. Pius XII, Litt. Encycl. Orientalis Ecclesiae, 9 avr. 1944: AAS 36 (1944) p. 137.
17. Cf. lnstr. S.S.C.S. Officii, 20 déc. 1949: AAS 42 (1950) p. 142.
18. Cf. S. Thomas, Summa Theol. III, q. 8, a. 3, ad 1.
19. Cf. Epist. S.S.C.S. Officii ad Archiep. Boston.: Denz. 3869-72.
20. Cf. Eusebius Caes., Praeparatio Evangelica, 1, I: PG 21, 28 AB.
21. Cf. Benedictus XV, Epist. Apost. Maximum illud: AAS 11 (1919) p. 440, spécialement p. 451 ss. Pius XI, Litt. Encycl. Rerum Ecclesiae: AAS 18 (1926) p. 68-69. Plus XII, Litt. Encycl. Fidei Donum, 21 avr. 1957: AAS 49 (1957) pp. 236-237.
22. Cf. Didachè, 14: ed. Funk, I, p. 32. S. Iustinus, Dial. 41: PG 6, 564. S. Irenaeus, Adv. Haer. IV, 17, 5; PG 7, 1023; Harvey, 2, p. 199 s. Cone. Trial. Sess.22. cap. 1: Denz. 939 (1742).


CHAPITRE III

LA CONSTITUTION HIÉRARCHIQUE DE L'ÉGLISE
ET, EN PARTICULIER, L'ÉPISCOPAT


18. [Introduction]

Le Christ Seigneur, pour paître et accroître toujours davantage le Peuple de Dieu, a établi dans son Église divers ministères qui tendent au bien de tout le Corps. En effet, les ministres qui sont revêtus d'un pouvoir sacré servent leurs frères, afin que tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu et qui, par conséquent, ont vraiment la dignité de chrétiens tendent librement et de façon ordonnée vers le même but et parviennent au salut.

Ce saint Synode, à l'exemple du Concile Vatican I, enseigne avec lui et déclare que Jésus-Christ, Pasteur éternel, a édifié la sainte Église en envoyant les Apôtres comme lui-même avait été envoyé par le Père (cf. Jn 20, 21), et a voulu que leurs successeurs, c'est-à-dire les évêques, fussent dans son Église pasteurs jusqu'à la fin des siècles. Et afin que l'épiscopat lui-même fût un et sans fissure, il a mis à la tête des autres Apôtres le bienheureux Pierre qu'il a établi comme principe et fondement perpétuel autant que visible de l'unité de la foi et de la communion (1). Cette doctrine de l'institution, de la perpétuité, de la valeur et de la raison de la sacrée primauté du Pontife romain et de son infaillible magistère, le saint Concile la propose de nouveau à tous les fidèles pour qu'elle soit crue fermement; et poursuivant le même dessein, il a décidé de professer et de proclamer publiquement la doctrine concernant les évêques, successeurs des Apôtres, lesquels, avec le successeur de Pierre, Vicaire du Christ (2) et Chef visible de toute l'Église, gouvernent la maison du Dieu vivant.

19. [L'institution des Douze]

Le Seigneur Jésus, après avoir prié le Père, appela à lui ceux qu'il voulut et en nomma douze qu'il prendrait avec lui et qu'il enverrait prêcher le Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 13-19; Mt. 10, 42); et ces Apôtres (cf. Lc 6, 13) il les constitua en collège ou corps stable, à la tête duquel il mit Pierre, choisi parmi eux (cf. Jn 21, 15-17). Il les envoya d'abord aux fils d'Israël et puis à toutes les nations (cf. Rom. I, 16) afin que, revêtus de son autorité, ils fassent de tous les peuples ses disciples, les sanctifient et les gouvernent (cf. Mt. 28, 16-20; Mc 16, 15; Lc 24, 45-48; Jn 20, 21-23), et qu'ainsi ils propagent l'Église et, sous la conduite du Seigneur, en soient les ministres et les pasteurs, tous les jours jusqu'à la fin du monde (cf. Mt. 28, 20). Et ils furent pleinement confirmés dans cette mission le jour de la Pentecôte (cf. Act. 2, 1-36) selon la promesse du Seigneur: "Vous recevrez une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, jusqu'aux extrémités de la terre" (Act. 1, 8). Les Apôtres, donc, prêchaient partout l'Évangile (cf. Mc 16, 20), qui fut accueilli par les auditeurs sous la motion du Saint-Esprit, rassemblèrent l'Église universelle que le Seigneur avait fondée dans les Apôtres et qu'il avait édifiée sur le bienheureux Pierre, leur chef, Jésus-Christ étant lui-même la suprême pierre angulaire (3) (cf. Apoc. 21, 14; Mt. 16, 18; Eph. 2, 20).

20. [Les évêques successeurs des Apôtres]

La mission divine confiée par le Christ aux Apôtres durera jusqu'à la fin des siècles (cf. Mt. 28, 20), puisque l'Évangile qu'ils doivent prêcher est de tout temps pour l'Église le principe de sa vie entière. C'est pourquoi les Apôtres, dans cette société hiérarchiquement organisée, eurent soin de se donner des successeurs.

En effet, non seulement ils eurent divers collaborateurs dans leur ministère (4), mais pour que la mission qui leur avait été confiée pût continuer après leur mort, ils laissèrent pour ainsi dire en testament à leurs collaborateurs immédiats la charge de compléter et de consolider l'œuvre commencée par eux (5), en leur recommandant de veiller sur tout le troupeau au milieu duquel le Saint-Esprit les avait placés pour paître l'Église de Dieu (cf. Act. 20, 28). C'est pourquoi ils choisirent ces hommes et prirent ensuite des dispositions pour que, après leur mort, d'autres hommes éprouvés prennent leur place (6). Parmi les divers ministères qui dès 1e début s'exercent dans l'Église, le témoignage de la tradition accorde la première place à ceux qui, établis dans l'épiscopat par une succession ininterrompue depuis l'origine (7), sont la lignée issue de la souche apostolique (8). Ainsi, comme l'atteste saint Irénée, par l'intermédiaire de ceux que les Apôtres consacrèrent évêques et de leurs successeurs jusqu'à nous, la tradition apostolique est manifestée (9) et conservée (10) dans tout l'univers.

Les évêques assumèrent donne la charge de la communauté avec leurs collaborateurs, les prêtres et les diacres (11), et dirigèrent à la place de Dieu le troupeau (12) dont ils étaient les pasteurs, et cela comme maîtres de doctrine, prêtres du culte sacré, ministres du gouvernement de l'Église (13). De même donc que se perpétue la mission concédée en particulier par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, mission qui devait se transmettre à ses successeurs, ainsi se perpétue également la charge qu'avaient les Apôtres de paître l'Église, charge qui doit s'exercer perpétuellement par l'ordre sacré des évêques (14). Ainsi donc le saint Concile enseigne-t-il que les évêques, de par l'institution divine, ont occupé, dans la succession, la place des Apôtres (15) en tant que pasteurs de l'Église; et que quiconque les écoute, écoute le Christ, quiconque les méprise, méprise Ie Christ et Celui qui a envoyé le Christ (16) (cf. Lc 10, 16).

21. [La sacramentalité de l'épiscopat]

En la personne des évêques qu'assistent les prêtres, le Seigneur Jésus-Christ, Pontife Suprême, est donc présent au milieu de ses fidèles. Assis en effet à la droite du Père il ne cesse pas d'être présent au sein de la communauté de ses pontifes (17). Et d'abord, par merveilleux truchement des évêques, il adresse à tous les peuples la parole de Dieu, et il administre continuellement aux croyants les sacrements de la foi; grâce à leur paternelle sollicitude (cf. I Cor. 4, 15) il incorpore de nouveaux membres à son Corps au moyen de la régénération surnaturelle; et enfin, par leur sagesse et leur prudence, il dirige et prépare le Peuple du Nouveau Testament dans sa marche vers l'éternelle béatitude. Ces pasteurs, choisis pour paître le troupeau du Seigneur, sont les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (cf. I Cor. 4, 1); c'est à eux qu'ont été confiés témoignage à rendre à l'Évangile de la grâce divine (cf. Rom. 15, 16;] Act. 20, 24) et le glorieux ministère de l'Esprit et de la justice (cf. II Cor. 3, 8-9).

Pour remplir une si haute charge, les Apôtres ont été enrichis par le Christ des trésors de l'Esprit-Saint, qui descendit sur eux (cf. Act I, 8; 2, 4; Jn 20, 22-23). Par l'imposition des mains ils conférèrent eux-mêmes ce don spirituel à leurs collaborateurs (cf. I Tim. 4, 14 II Tim. 1, 6-7), don qui a été transmis jusqu'à nous dans la consécration épiscopale (18). Le saint Concile enseigne d'autre part que cette consécration épiscopale confère la plénitude du sacrement de l'Ordre que la coutume liturgique de l'Église et la voix des saints Pères appellent sacerdoce suprême, résumé du ministère sacré (19). La consécration épiscopale confère aussi, avec la charge de sanctifier, celle d'enseigner et de gouverner; cependant. de par leur nature, ces charges ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique avec le Chef et les membres du Collège. De la Tradition, en effet, telle qu'elle résulte spécialement des rites liturgiques et des usages de l'Église tant d'Orient que d'Occident, il ressort clairement que, par l'imposition des mains et par les paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit-Saint est conférée (20), et le caractère sacré imprimé (21), et de telle sorte que les évêques tiennent, de façon éminente et visible, la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife, et agissent à sa place (22). Il appartient aux évêques d'incorporer, par le sacrement de l'Ordre, les nouveaux élus dans le corps épiscopal.

22. [Le collège épiscopal et son chef]

C'est par une semblable disposition que saint Pierre et les autres Apôtres constituent, par ordre du Seigneur, un seul Collège apostolique, et que le Pontife romain, successeur de Pierre, et les évêques, successeurs des Apôtres, sont unis entre eux. Déjà la règle très ancienne selon laquelle les évêques du monde entier communiaient entre eux et avec l'Évêque de Rome dans le lien de l'unité, de la charité et de la paix (23), et aussi les conciles rassemblés (24) pour statuer en commun (25), après mûre délibération (26), sur certains points de grande importance, indiquent le caractère et la nature collégiale de l'ordre épiscopal que, d'ailleurs, les Conciles œcuméniques réunis au cours des siècles confirment jusqu'à l'évidence. C'est ce même caractère que révèle déjà l'usage, introduit très tôt, de convoquer plusieurs évêques pour les faire participer à l'élévation du nouvel élu au ministère du sacerdoce suprême. On est constitué membre du Corps épiscopal en vertu de la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique avec le Chef du Collège et avec les membres.

Le Collège ou corps épiscopal n'a cependant d'autorité que si on le conçoit comme uni à son chef le Pontife romain, successeur de Pierre, lequel conserve intégralement sa primauté sur tous, tant pasteurs que fidèles. En effet, le Pontife romain, en vertu de son office qui est celui de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Église, a sur celle-ci un pouvoir plénier, suprême et universel, qu'il peut toujours exercer en toute liberté. D'autre part, l'ordre des évêques, qui succède au collège des Apôtres dans le magistère et le gouvernement pastoral, en qui même se perpétue le corps apostolique, uni à son Chef le Pontife romain, et jamais sans ce Chef, est également sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l'Église (27), pouvoir qui ne peut être exercé qu'avec le consentement du Pontife romain. C'est le seul Simon que le Seigneur a établi comme rocher et porteur des clefs de l'Église (cf. Mt. 16, 18-19) et qu'il a fait pasteur de tout son troupeau (cf. Jn 21, 15 ss); mais la charge de lier et de délier qui a été confiée à Pierre (MI. 16, 19), on la voit également impartie au collège des Apôtres uni à son chef (28) (cf. Mi. 18, 18; 28, 16-20). Ce Collège, en tant qu'il est composé de plusieurs membres, reflète la variété et l'universalité du Peuple de Dieu; et en tant qu'il est rassemblé sous un seul chef, il signifie l'unité du troupeau du Christ. C'est à l'intérieur de ce Collège que les évêques, tout en respectant fidèlement la primauté et la prééminence de leur Chef, exercent leur propre pouvoir pour le bien de leurs fidèles et même de toute l'Église, tandis que le Saint-Esprit en assure constamment la cohésion et la concorde. Le pouvoir suprême que possède ce Collège sur toute l'Église s'exerce de façon solennelle dans le Concile œcuménique. Il n'y a aucun Concile œcuménique qui n'ait été confirmé ou du moins accepté comme tel par le successeur de Pierre; et c'est une prérogative du Pontife romain de convoquer ces Conciles, de les présider et de les confirmer (29). Ce même pouvoir collégial peut être exercé, en union avec le Pape, par les évêques répandus en tous les points du monde
à condition que le chef du collège les appelle à une action collective ou, du moins, approuve ou accepte librement l'action conjointe des évêques dispersés, en sorte qu'elle constitue un véritable acte collégial.

23. [Les relations à l'intérieur du collège]

L'unité collégiale apparaît aussi dans les relations réciproques de chaque évêque avec les Églises particulières et avec l'Église universelle. Le Pontife romain, comme successeur de Pierre, est le principe perpétuel et visible, le fondement de l'unité tant des évêques que de la masse des fidèles (30). Chaque évêque, de son côté, est le principe visible et le fondement de l'unité de son Église particulière (31), formée à l'image de l'Église universelle; et c'est dans toutes ces Églises particulières et par elles qu'est constituée l'Église catholique, une et unique (32). Par conséquent chaque évêque représente sa propre Église et tous ensemble avec le Pape représentent l'Église entière dans le lien de la paix, de l'amour et de l'unité.

Chaque évêque, préposé à une Église particulière, exerce son gouvernement pastoral sur la portion du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et non sur les autres Églises ni sur l'Église universelle. Mais, en tant que membres du Collège épiscopal et successeurs légitimes des Apôtres, tous les évêques sont tenus, par une disposition et un commandement du Christ, d'avoir pour toute l'Église (33) une sollicitude qui, sans s'exercer par un acte de juridiction, contribue considérablement au bien de l'Église universelle. Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et défendre l'unité de la foi et la discipline commune à toute l'Église, inculquer aux fidèles l'amour de tout le Corps mystique du Christ, particulièrement des membres pauvres et souffrants, l'amour de ceux qui sont persécutés pour la justice (cf. Mt. 5, 10); et ,enfin, promouvoir toute activité commune à l'Église entière, spécialement celle qui tend à accroître la foi et à faire briller aux yeux de tous les hommes la lumière de la pleine vérité. Du reste, il est certain qu'en gouvernant bien leur propre Église comme portion de l'Église universelle ils contribuent eux-mêmes efficacement au bien de tout le corps mystique, qui est également le corps des Églises (34).

Le soin d'annoncer l'Évangile dans tous les coins du monde incombe au corps des pasteurs: c'est à lui que le Christ en donna l'ordre, lui imposant une charge commune, comme déjà le Pape Célestin le soulignait devant les Pères du Concile d'Éphèse (35). Chaque évêque donc, pour autant que le permet l'accomplissement de sa charge particulière, est tenu de collaborer avec ses semblables et avec le successeur de Pierre, auquel tout spécialement fut confiée la charge suprême de propager le nom chrétien (36). De toutes leurs forces les évêques doivent procurer aux missions, non seulement des ouvriers, mais aussi les secours spirituels et matériels aussi bien directement par eux-mêmes qu'en suscitant de la part des fidèles une fervente coopération. Enfin, dans une universelle communion de charité, ils doivent offrir volontiers leur aide fraternelle aux autres Églises, principalement aux Églises limitrophes et aux plus pauvres, suivant en cela l'exemple vénérable de l'antiquité.

Par la grâce de la divine Providence, il est advenu que diverses Églises fondées en différents lieux par les Apôtres et leurs successeurs se sont constituées à travers les siècles en des groupements variés, unis en un tout organique. Tout en sauvegardant l'unité de la foi et de la structure divinement instituée de l'Église universelle, ces Églises jouissent d'une discipline propre, d'une coutume liturgique particulière, d'un patrimoine théologique et spirituel qui est le leur. Certaines d'entre elles, surtout les anciennes Églises patriarcales, telles des souches de la foi, en ont suscité d'autres qui sont comme leurs filles et avec lesquelles elles restent liées jusqu'à nos jours par un tien plus étroit de charité, dans la vie sacramentelle et dans le respect réciproque des droits et des devoirs (37). Cette variété d'Églises locales convergeant dans l'unité démontre avec plus d'évidence la catholicité de l'Église indivisible. Pareillement les Conférences épiscopales peuvent aujourd'hui contribuer de façon multiple et efficace à aiguiller le sentiment collégial vers des réalisations concrètes.

24. [Le ministère épiscopal]

Les évêques, en tant que successeurs des Apôtres, reçoivent du Seigneur, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, la mission d'enseigner à toutes les nations et de prêcher l'Évangile à toute créature, afin que par la foi, le baptême et l'observance des commandements, tous les hommes parviennent au salut (cf. Mt. 28, 18-20; Mc 16, 15-16; Act. 26, 17 s.). A cette fin, Notre-Seigneur Jésus-Christ promit aux Apôtres le Saint-Esprit qu'au jour de la Pentecôte il envoya du ciel, afin qu'avec la force de cet Esprit ils soient ses témoins jusqu'aux extrémités de la terre devant les nations, les peuples et les rois (cf. Act. 1, 8; 2, 1 ss.; 9, 15). Cette charge que le Seigneur confia aux pasteurs de son peuple est un véritable service, qui dans les saintes Écritures est précisément appelé diakonia, c'est-à-dire ministère (cf. Act. 1, 17 et 25; 21.19; Rem. 11, 13; I Tire. 1, 12).

La mission canonique des évêques se transmet au moyen des coutumes légitimes non révoquées par la suprême et universelle autorité de l'Église, ou encore au moyen des lois créées ou reconnues par cette même autorité, ou bien directement par le successeur même de Pierre; et si celui-ci refuse ou dénie la communion apostolique, les évêques ne pourront pas entrer en charge (38).

25. [La fonction d'enseignement des évêques]

Parmi les principaux devoirs des évêques se distingue la prédication de l'Évangile (39). Les évêques, en effet, sont les hérauts de la foi qui amènent au Christ de nouveaux disciples; ce sont des docteurs authentiques, revêtus de l'autorité du Christ, qui prêchent au peuple commis à leur soin les vérités de foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie, qui éclairent ces mêmes vérités à la lumière du Saint-Esprit en tirant du trésor de la Révélation du neuf et de l'ancien (Mt. 13, 52), qui les font fructifier et veillent à écarter de leur troupeau les erreurs qui le menacent (cf. II Tim. 4, 1-4). Les évêques quand ils enseignent en communion avec le Pontife romain, doivent être respectés par tous comme les témoins de la vérité divine catholique; et les fidèles doivent accepter l'avis donné par leur évêque au nom de Jésus-Christ en matière de foi et de morale, et y adhérer avec un respect religieux. Mais cette soumission religieuse de la volonté et de l'intelligence, on doit tout particulièrement l'offrir au magistère authentique du Pontife romain, même quand il ne parle pas ex cathedra, de telle sorte que son suprême magistère soit respectueusement accepté et qu'avec sincérité l'on adhère aux décisions qui émanent de lui, selon sa propre pensée et sa volonté manifeste; celles-ci se manifestent spécialement soit par la nature des documents, soit par de fréquents retours sur la même doctrine, soit dans la manière même de parler.

Les évêques considérés isolément ne jouissent pas de la prérogative de l'infaillibilité; cependant, même dispersés à travers le monde et conservant le lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre, lorsque dans leur enseignement authentique concernant des questions de foi et de morale ils déclarent d'un commun accord qu'il faut soutenir sans hésiter tel point de doctrine, ils énoncent alors infailliblement l'enseignement du Christ (40). Cela est encore plus évident lorsque, rassemblés en Concile œcuménique, ils enseignent et décident pour toute l'Église en matière de foi et de morale; et on doit adhérer à leurs définitions dans l'obéissance de la foi (41).

Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur voulut que soit pourvue son Église dans la définition de la doctrine concernant la foi ou les mœurs, s'étend aussi loin que le contenu de la divine Révélation, qu'il faut garder avec vénération et exposer fidèlement. Cette infaillibilité, le Pontife romain, Chef du collège des évêques, la possède en vertu de son office lorsque, en sa qualité de pasteur et de docteur suprême de tous les fidèles qui confirme dans la foi ses frères (cf. Lc 22, 32), il proclame, en la définissant, une doctrine de foi ou de morale (42). Voilà pourquoi ses définitions sont dites à juste titre irréformables par elles-mêmes et non par suite du consentement de l'Église; elles sont en effet prononcées avec l'assistance du Saint-Esprit, qui lui fut promise en la personne du bienheureux Pierre, elles n'ont besoin d'aucune autre approbation et ne tolèrent aucun appel à une autre instance. C'est que le Pontife romain se prononce alors non pas à titre privé, mais expose ou défend la foi catholique comme docteur suprême de l'Église universelle, en qui réside d'une façon particulière le charisme de l'infaillibilité de l'Église elle-même (43). L'infaillibilité promise à l'Église se trouve également dans le corps des évêques, quand il exerce le magistère suprême avec le successeur de Pierre. Et ces définitions rencontrent toujours l'assentiment de l'Église, grâce à l'action du même Esprit qui conserve et fait professer dans l'unité de la foi tout le troupeau du Christ (44).

Lorsque le Pontife romain ou le corps des évêques avec lui définissent une vérité, ils l'entendent selon la Révélation elle-même, à laquelle tous doivent adhérer et se conformer; révélation qui est intégralement transmise par écrit ou par tradition à travers la légitime succession des évêques et spécialement par les soins du Pontife romain lui-même, et qui est jalousement conservée et fidèlement exposée dans l'Église grâce à la lumière dont l'inonde l'Esprit de vérité (45). Cette recherche et ces enseignements sont l'objet de soins attentifs de la part du Pape et des évêques, selon que le requièrent les devoirs de leur charge et l'importance même des vérités en cause (46); ceux-ci cependant n'acceptent pas de nouvelle révélation publique comme appartenant au dépôt divin de la foi (47).

26. [La fonction de sanctification des évêques]

L'évêque, revêtu de la plénitude du sacrement de l'Ordre, est "l'économe de la grâce qui ressortit au suprême sacerdoce" (48) spécialement en ce qui concerne l'Eucharistie, qu'il offre lui-même ou fait offrir (49), dont l'Église vit continuellement et par laquelle elle s'accroît. Cette Église du Christ est vraiment présente dans toutes les communautés locales des fidèles, légitimement réunies autour de leurs pasteurs et que le Nouveau Testament lui-même appelle "églises" (50). En effet, là où elles se trouvent, se trouve aussi le Peuple nouveau appelé par Dieu dans le Saint-Esprit et avec une pleine assurance (cf. I Thess. 1, 5). C'est en elles que l'annonce de l'Évangile du Christ rassemble les fidèles, qu'est célébré le mystère de la Cène du Seigneur "afin que, par la chair et le sang du Seigneur, soient étroitement unis tous les frères de la communauté" (51). Toute assemblée eucharistique relevant du ministère sacré de l'évêque (52) est un signe de cette charité et de cette "unité du Corps mystique, sans laquelle il ne peut y avoir de salut" (53). Dans ces assemblées souvent petites, pauvres et éloignées les unes des autres, le Christ est présent, qui, par sa puissance, rassemble l'Église une, sainte, catholique et apostolique (54). En effet "la participation au corps et au sang du Christ ne fait rien d'autre que de nous transformer en ce que nous prenons" (55).

Toute légitime célébration de l'Eucharistie est dirigée par l'évêque, à qui incombe la charge d'offrir et de régler le culte de la religion chrétienne dû à la divine Majesté, selon les préceptes du Seigneur et les lois de l'Église, normes qu'il précise pour son diocèse. selon son propre jugement.

Ainsi les évêques, priant et travaillant pour le peuple, répandent-ils sous diverses formes et à profusion la plénitude de la sainteté du Christ. Grâce au ministère de la parole ils font passer dans les croyants la puissance de Dieu qui apporte le salut (cf. Rom. 1, 16); et au moyen des sacrements, dont ils déterminent de leur propre autorité l'administration correcte et fructueuse (56), ils sanctifient les fidèles. Ils règlent l'administration du baptême qui donne part au sacerdoce royal du Christ. Ils sont les ministres ordinaires de la confirmation, dispensateurs des ordres sacrés et modérateurs de la discipline pénitentielle; avec sollicitude, ils exhortent et instruisent leur peuple afin que dans la liturgie et spécialement dans le saint sacrifice de la messe celui-ci s'acquitte de sa fonction avec foi et piété. Ils doivent enfin par l'exemple de leur vie, aider ceux qu'ils conduisent, garder leur conduite de tout mal et la rendre bonne autant qu'il leur est possible, avec l'aide de Dieu; ainsi pourront-ils en union avec le troupeau qui leur est confié, atteindre la vie éternelle (57).

27. [La fonction de gouvernement des évêques]

Les évêques gouvernent les Églises locales qui leur soin confiées en qualité de vicaires et légats du Christ (58); ils le font par leurs conseils, leurs paroles persuasives, leurs exemples, mais aussi par des décisions faisant autorité et par le pouvoir sacré. Ce pouvoir, ils ne s'en servent cependant que pour élever leur troupeau dans la vérité et dans la sainteté, se rappelant que quiconque est le plus grand doit se faire le plus petit, et qui est chef, comme le serviteur (cf. Lc 22, 26-27). Ce pouvoir qu'ils exercent personnellement au nom du Christ est propre, ordinaire et immédiat, malgré que l'exercice en soit soumis en dernier ressort à la suprême autorité de l'Église et puisse être circonscrit en de certaines limites, eu égard au bien de l'Église ou des fidèles. En vertu de ce pouvoir, les évêques ont le droit sacré et, aux yeux du Seigneur, la charge de légiférer pour leurs sujets, de juger et de régler tout ce qui touche au domaine du culte et de l'apostolat.

C'est à eux qu'est pleinement confiée la charge pastorale, c'est-à-dire le soin habituel et quotidien de leur bercail; et ils ne doivent pas être considérés comme vicaires des Pontifes romains, car ils sont revêtus d'un pouvoir qui leur est propre et sont appelés en toute vérité chefs spirituels des peuples qu'ils gouvernent (59). Leur pouvoir donc n'est pas affaibli mais au contraire affermi, corroboré et défendu par le pouvoir suprême et universel (60), puisque le Saint-Esprit conserve indéfectiblement la forme de gouvernement établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son Église.

L'évêque, envoyé par 1e Père pour gouverner sa famille, aura devant les yeux l'exemple du Bon Pasteur qui est venu non pour être servi mais pour servir (cf. Mt. 20, 28; Mc 10, 45) et donner sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10, 11). Pris parmi les hommes et sujet aux faiblesses, il peut se montrer indulgent à l'égard de ceux qui sont dans l'ignorance ou l'erreur (cf. Hébr. 5, 1-2). Il ne refusera aucunement d'écouter ses sujets, qu'il aimera comme de vrais fils; et il les exhortera à collaborer activement avec lui. Puisqu'il doit rendre compte à Dieu de leurs âmes (cf. Hébr. 13, 17), il lui faut, par la prière, la prédication et toutes les ressources de la charité, prendre soin d'eux et aussi de ceux qui ne sont pas encore dans l'unique troupeau et qu'il regardera comme lui étant confiés dans le Seigneur. Puisqu'à l'instar de l'apôtre Paul, il est débiteur envers tous, il se montrera prompt à annoncer l'Évangile à tous (cf. Rom. 1, 14-15) comme à exhorter ses fidèles à l'activité apostolique et missionnaire. Les fidèles, de leur côté, doivent adhérer à l'évêque comme l'Église adhère à Jésus-Christ et Jésus-Christ au Père, afin que toutes les choses concordent par le moyen de l'unité (61) et fructifient pour la gloire de Dieu (cf. II Cor. 4. 15).

28. [Les prêtres dans leur relation au Christ, aux évêques, au presbyterium et au peuple chrétien]

Le Christ, que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), a rendu participants de sa consécration et de sa mission les Apôtres et, par eux, les évêques, leurs successeurs (62); ceux-ci à leur tour ont légitimement transmis dans l'Église, selon divers degrés et à des sujets différents, la charge pastorale qui leur incombait. Ainsi le ministère ecclésiastique institué par Dieu est-il exercé, en divers ordres, par ceux qui déjà dans l'antiquité sont appelés Évêques, Prêtres, Diacres (63). Les prêtres, bien qu'ils ne possèdent pas la plénitude du sacerdoce et dépendent des évêques dans l'exercice de leur pouvoir, leur sont toutefois unis dans la dignité sacerdotale (64); en vertu du sacrement de l'Ordre (65), ils sont, à l'image du Christ, Grand Prêtre éternel (cf. Hébr. 5, 1-10; 7, 24; 9, 11-28), consacrés pour prêcher l'Évangile, paître les fidèles célébrer le culte divin, comme vrais prêtres du Nouveau Testament (66). Partageant, selon le degré de leur ministère, la mission de l'unique Médiateur Jésus-Christ (I Tim. 2, 5), ils annoncent à tous la divine parole. Mais c'est avant tout lors de la synaxe eucharistique qu'ils exercent leur fonction sacrée; là, tenant la place du Christ (67) et proclamant son mystère, ils joignent les prières des fidèles au sacrifice de leur Chef et, dans le sacrifice de la messe, ils rendent présent à nouveau et appliquent (68) jusqu'à la venue du Sauveur (cf. I Cor. 11, 26) l'unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ, qui s'est offert une fois pour toutes au Père comme victime immaculée (cf. Hébr. 9, 11-28). Ils exercent en outre le ministère de la réconciliation et du réconfort auprès des fidèles repentants ou malades et portent à Dieu le Père les besoins et les prières des fidèles (cf. Hébr. 5, 1-3). Remplissant selon leur degré l'office du Christ, Pasteur et Chef (69), ils rassemblent la famille de Dieu en une fraternité tendant vers un seul but (70); et, par le Christ, dans l'Esprit, ils la conduisent au Père, qu'au milieu de leur troupeau ils adorent en esprit et vérité (cf. Jn 4, 24). Ils s'adonnent enfin à la prédication et à l'enseignement (cf. I Tim. 5, 17), croyant ce qu'ils ont lu et médité dans la loi du Seigneur, enseignant ce qu'ils ont cru, vivant ce qu'ils ont enseigné (71).

Les prêtres, collaborateurs vigilants de l'épiscopat (72), établis pour l'aider et lui servir d'organe, appelés à servir le Peuple de Dieu, forment avec leur évêque un unique corps sacerdotal (73) (presbyterium) réparti, bien sûr, dans diverses tâches. Dans chacune des communautés locales de fidèles ils rendent pour ainsi dire présent, par leur fidèle et généreuse collaboration, l'évêque dont ils assument, chacun pour sa part, les devoirs et les préoccupations en en faisant l'objet de leur constante sollicitude. Sous l'autorité de l'évêque, ils sanctifient et gouvernent cette portion du troupeau qui leur est confiée; là où ils se trouvent, ils rendent visible l'Église universelle et contribuent à l'édification de tout le Corps mystique du Christ (cf. Eph. 4, 12). Toujours attentifs au bien des fils de Dieu, ils essaieront d'orienter leur activité apostolique en fonction d'une pastorale d'ensemble, au niveau du diocèse et même de toute l'Église. Et en raison de cette participation dans le sacerdoce et dans le travail apostolique, que les prêtres reconnaissent dans l'évêque leur père et lui obéissent avec respect. L'évêque, pour sa part, doit considérer les prêtres, ses collaborateurs, comme des fils et des amis, à l'instar du Christ qui appelle ses disciples non des serviteurs, mais des amis (cf. Jn 15, 15). Ainsi, en raison de leur ordre et de leur ministère, tous les prêtres, tant diocésains que religieux, sont associés au corps épiscopal et, selon leur vocation et la grâce qui leur est donnée, ils servent au bien de toute l'Église.

En vertu de l'ordination sacrée qui leur est commune ainsi que par leur mission, tous les prêtres sont liés entre eux par une grande fraternité, qui doit se manifester spontanément dans l'entraide spirituelle et matérielle, pastorale et personnelle, au cours des réunions et dans la communion de vie, de travail et de charité.

Qu'ils prennent soin, comme des pères dans le Christ, des fidèles qu'ils ont spirituellement engendrés par le baptême et l'enseignement chrétien (cf. I Cor. 4, 15; I Petr. 1, 23). Se faisant les modèles du troupeau (I Petr. 5, 3) qu'ils dirigent et servent leur communauté locale en sorte que celle-ci puisse être dignement appelée du nom dont s'honore l'unique Peuple de Dieu tout entier, c'est-à-dire Église de Dieu (cf. I Cor. I, 2; II Cor. 1, 1; et passim). Et ils se rappelleront que, dans leur conduite et leurs occupations quotidiennes, ils doivent présenter aux fidèles comme aux infidèles, aux catholiques et aux non catholiques, les traits d'un ministère vraiment sacerdotal et pastoral, rendre à tous le témoignage de la vérité et de la vie et, comme de bons pasteurs, rechercher aussi ceux (cf. Lc 15, 4-7) qui, baptisés dans l'Église catholique, ont abandonné la pratique des sacrements ou même la foi.

De nos jours, l'humanité tend de plus en plus à s'unifier à la fois sur les plans civil, économique et social; il est donc d'autant plus nécessaire que les prêtres, mettant en commun leur zèle et leur travail sous l'égide des évêques et du souverain Pontife, suppriment toute cause de discorde afin que le genre humain tout entier accède à l'unité de la famille de Dieu.

29. [Les diacres]

Au degré suivant de la hiérarchie se trouvent les diacres qui reçoivent l'imposition des mains "non en vue du sacerdoce, mais du ministère" (74). En effet, soutenus par la grâce sacramentelle, de concert avec l'évêque et son presbyterium, ils servent le Peuple de Dieu dans l'office liturgique, le ministère de la prédication, les secours de la charité. Il revient au diacre, après détermination de l'autorité compétente, d'administrer solennellement Le baptême, de conserver et de distribuer l'Eucharistie, d'assister à un mariage et de le bénir au nom de l'Église, de porter le Viatique aux moribonds, de lire la sainte Écriture aux fidèles, d'instruire et d'exhorter le peuple, de présider le culte et la prière des fidèles, d'administrer les sacramentaux, d'accomplir les rites des funérailles et de la sépulture. Voués aux œuvres de charité et d'assistance, les diacres se rappelleront l'avertissement de saint Polycarpe: "Miséricordieux, empressés, marchant dans la vérité du Seigneur, qui s'est fait le serviteur de tous" (75).

Aujourd'hui, cependant, ces offices extrêmement nécessaires à la vie de l'Église, peuvent difficilement s'exercer dans la discipline de l'Église latine telle qu'elle existe en de nombreuses régions; le diaconat pourra donc à l'avenir être rétabli comme degré distinct et permanent de la hiérarchie. Il appartient aux diverses conférences territoriales d'évêques ayant compétence en la matière de décider, en accord avec le souverain Pontife, s'il est ou non opportun pour le bien des âmes d'instituer un tel diaconat, et en quel endroit la chose peut se faire. Avec le consentement du Pontife romain, ce diaconat pourra être conféré à des hommes d'âge mûr, même s'ils vivent dans le mariage, et aussi à des jeunes hommes jugés aptes à cette fonction, la loi du célibat demeurant pour eux en vigueur.



1. Cf. Conc. Val. 1, Sess. IV, Const. Dogm. Pastor aeternus : Denz. 1821 {3050 s.).
2. Cf. Conc. Flor., Decretum pro Graecis: Denz. 694 (1307) et Conc. Val, I, ib.: Denz. 1826 (3059).
3. Cf. Liber sacraenentoruen S. Gregorii, Praef. in natali S. Matthiae et S. Thomae: PL 78, 51 et 152; cf. Cod. Val. lat. 3548, f. 18. S. Hilarius, In Ps. 67, 10: PL 9, 450; CSEL 22, p. 286. S. Hieronymus, Adv. Iovin. 1.26: PL 23,247 A. S. Augustinus, In Ps. 86, 4: PL 37, 1103. S. Gregorius M., Mor. in Iob, XXVIII, V: PL 76, 455-456. Primasius, Comm. in Apoc. V: PL 68, 924 BC. Paschasius Radb., In Matth. L. VIII, cap. 16: PL 120, 561 C. Cf. Leo XIII, Epist. Et sane, 17 déc. 1888: ASS 21 (1888) p. 321.
4. Cf. Act. 6, 2-6; 11, 30; 13, 1; 14, 23; 20, 17; I Thess. 5, 12-13; Phil. 1, 1; Col. 4, 11, et passim.
5. Cf. Act. 20, 25-27; 2 Tim. 4.6 s. coll. c. I Tim. 5, 22; 2 Tim. 2, Tit. I, 5; S. Clem. Rom.. Ad Cor. 44, 3; ed. Funk, I, p. 156.
6. S. Clem. Rom., Ad Cor. 44, 2; ed. Funk, I, p. 154 s.
7. Cf. Tertull., Praescr. Haer. 32; PL 2, 52 s.; S. lgnatius M.. passim.
8. Cf. Tertull.. Praescr. Haer. 32; PL 2, 53.
9. Cf. S. Irenaeus. Adv. Haer. III, 3, I; PG 7, 848 A; Harvey 2. 8: Sagnard, p. 100 s.: " manifestatam ".
10. Cf. S. Irenaeus. Adv. Haer. III, 2, 2; PG 7, 847: Harvey 2, 7: Sagnard, p. 100: " custoditur ", cf. ib. IV, 26, 2; col. 1053; Harvey 2, 236, necnon IV, 33, 8; col. 1077; Harvey 2, 262.
11. S. Ign. M., Philad., Praef.; ed. Funk, I, p. 264.
12. S. lgn. M., Philad.. 1, 1; Magn. 6, 1; Ed. Funk, I, pp. 264 et 234.
13. S. Clem. Rom., 1. c., 42, 3-4; 44, 3-4; 57, 1-2; Ed. Funk, 1, 152, 156, 171 s. S. Ign. M., Philad. 2; Senyrn. 8; Magn. 3; Trall. 7; Ed. Funk, I, p. 265 s.; 282; 232; 246 s. etc.; S. lustinus, Apol., 1, 65; PG 6, 428; S. Cyprianus, Epist., passim.
14. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognituen, 29 juin 1896: ASS 28 (1895-96) p. 732.
15. Cf. Conc. Trid., Sess. 23, Decr. de sacr. Ordinis, cap. 4: Denz. 960 (1768); Conc. Vat. I, Sess. 4, Const. Dogrn. I De Ecclesia Christi, cap. 3: Denz. 1828 (3061). Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 (1943) pp. 209 et 212. Cod. Iur. Can., c. 329 § 1.
16. Cf. Leo XIII. Epist. Et sane. 17 déc. 1888: ASS 21 (l888) p. 321 s.
17. S. Leo M., Serra. 5, 3: PL 54, 154.
18. Le Conc. de Trente, Sess. 23. cap. 3, cite les paroles 2 Tim. I, 6-7, pour démontrer que l'Ordre est un vrai sacrement: Denz. 959 (1766).
19. In Trad. Apost. 3, ed. Botte, Sources Chr., pp. 27-30. à l'évêque est attribué "primatus sacerdotii". Cf. Sacramentarium Leonianum, ed. C. Mohlberg, Sacramentarium Veronense, Romae, 1955, p. 119: "ad summi sacerdotii ministerium... Comple in sacerdotibus tuis mysterii tui summam "... Idem, Liber Sacramentorum Romanae Ecclesiae, Romae, 1960, pp. 121-122: " Tribuas eis, Domine, cathedram episcopalem ad regendam Ecclesiam tuam et plebem universara ". Cf. PL 78, 224.
20. Trad. Apost. 2, ed. Botte, p. 27
21. Le Concile de Trente. Sess. 23, cap. 4, enseigne que le sacrement de l'Ordre imprime un caractère indélébile: Denz. 960 (1767). Cf. Jean XXIII. AIIoc. Iubilate Deo. 8 mai 1960: AAS 52 (1960) p. 466. Paul VI, Homélie dans la Basilique vaticane, 20 octobre 1963: AAS 55 (1963) p. 1014.
22. S. Cyprianus, Epist. 63, 14: PL 4, 386; Hartel, I11 B, p. 713: " Sacerdos vice Christi vere fungitur ". S. Io. Chrysostomus, In 2 Tim. Hom. 2, 4: PG 62, 612: Sacerdos est " symbolon " Christi. S. Ambrosius, In Ps. 38, 25-26: PL 14, 1051-52: CSEL 64, 203-204. Ambrosiaster, In I Tim. 5, 19: PL 17, 479 C et In Eph. 4, 11-12: col. 387. C. Theodorus Mops., Hom. Catech. XV, 21 et 24: ed. Tonneau, pp. 497 et 503. Hesychius Hieros., In Lev. L. 2, 9, 23: PG 93, 894 B.
23. Cf. Eusebius, Hist. Eccl., V, 24. 10: GCS II, 1, p. 495; ed. Bardy, Sources Chr. Il, p. 69. Dionysius, dans Eusebius ib. VIl, 5, 2: GCS II, 2, p. 638 s., Bardy, II, p. 168 s.
24. Cf. sur les anciens Conciles, Eusebius, Hist. Eccl. V, 23-24: GCS II, 1, p. 488 ss.; Bardy, II, p. 66 ss. et passim. Conc. Nicaenum, Can. 5: Conc. Oec. Decr. p. 7.
25. Tertullianus, De Ieiunio, 13: PL 2, 972 B; CSEL 20, p. 292, lin. 13-16.
26. S. Cyprianus, Epist. 56, 3: Hartel, III B, p. 650; Bayard, p. 154.
27. Cf. la Relation officielle Zinelli, dans Conc. Vat. 1: Mansi 52, 1109 C.
28. Cf. Conc. Vat. 1, Schema Const. dogm. I1, de Ecclesia Christi, c. 4: Mansi 53, 310. Cf. Relation Kleutgen sur le Schéma réformé: Mansi 53, 321 B-322 B et déclaration Zinelli: Mansi 52, 1110 A. Voir aussi S. Leo M., Serra. 4, 3: PL 54, 151 A.
29. Cf. Cod. Iur. Can., c. 222 et 227.
30. Cf. Conc. Vat. I, Const. Dogm. Pastor aeternus: Denz. 182~ (3050 s.).
31. Cf. S. Cyprianus. Epist. 66, 8: Hartel III. 2. p. 733: " Episcopus in Ecclesia et Ecclesia in Episcopo ".
32. Cf. S. Cyprianus, Epist. 55, 24: Hartel. p. 642, lin. 13: "Una Ecclesia per totum mundum in multa membra divisa ". Epist. 36, 4: Hartel, p. 575, lin. 20-21.
33. Cf. Plus XII, Litt. Encycl. Fidei Donum. 21 avr. 1957: AAS 49 (1957) p. 237.
34. Cf. S. Hilarius Pict., In Ps. 14. 3: PL 9, 206; CSEL 22, p. 86.-S. Gregorius M., Moral. IV, 7, 12: PL 75, 643 C. Ps.-Basilius, In Is. 15, 296: PG 30, 637 C.
35. S. Coelestinus, Epist. 18, 1-2, ad Conc. Eph.: PL 50, 505 AB; Schwartz, Acta Conc. Oec. 1, 1, 1, p. 22. Cf. Benedictus XV, Epist. Apost. Maximum illud: AAS 11 (1919) p. 440. Plus XI, Litt. Encycl. Rerum Ecclesiae, 28 févr. 1926: AAS 18 (1926) p. 69. Pius XII, Litt. Encycl. Fidei Donum, 1. c.
36. Leo XllI, Litt. Encycl. Grande munus, 30 sept. 1880: ASS 13 (1880) p. 145. Cf. Ced. lur. Can., c. 1327; c. 1350 § 2.
37. Sur les droits des sièges patriarcaux cf. Conc. Nicaenum, can. 6 sur Alexandrie et Antioche, et can. 7 sur Jérusalem: Conc. Oec. Decr., p. 8 - Conc. Enter. IV, année 1215, Constit. V: De dignitate Patriarcharum: ibid. p. 212.- Conc. Ferr.-Flor.: ibid. p. 504.
38. Cf. Ced. Iuris pro Eccl. Orient., c. 216-314: de Patriarchis; c. 324-339: de Archiepiscopis maioribus; c. 362-391: de aliis dignitariis; in specie, c. 238 § 3; 216; 240; 251; 255: de Episcopis a Patriarcha nominandis.
39. Cf. Conc. Trid., Decr. de reform., Sess. V. c. 2. n. 9; et Sess. XXIV. can. 4: Conc. Oec. Decr. pp. 645 et 739.
40. Cf. Conc. Vat. I, Const. dogm. Dei Filius, 3: Denz. 1712 (3011). Cf. note jointe au Schéma I de Eccl. (prise à St-Rob. Bellarmin): Mansi 51, 579 C; et aussi le Schema reformatum Const. Il de Ecclesia Christi, avec le commentaire de Kleutgen: Mansi 53, 313 AB. Pius IX. Epist. Tuas libenter: Denz. 1683 (2879).
41. Cf. Cod. Iur. Can., c. 1322-1323.
42. Cf. Conc. Val. 1. Const. dogm. Pastor Aeternus. Denz. 1839 (3074).
43. Cf. l'explication de Gasser dans Conc. Vat. I: Mansi 52. 1213 AC. 44.
44. Casser, ib.: Mansi 1214 A.
45. Gasser, ib.: Mansi 1215 CD, 1216-1217 A.
46. Casser, ib.: Mansi 1213.
47. Conc. Vat. I, Const. dogm. Pastor Aeternus, 4: Denz. 1836 (3070).
48. Prière de la consécration épiscopale dans le rite byzantin: Euchologion to mega. Romae, 1873, p. 139.
49. Cf. S. Ignatius M., Smyrn. 8, 1: ed. Funk. I. p. 282.
50. Cf..Act. 8. 1; 14, 22-23; 20, 17, et passim.
51. Oraison mozarabe: PL 96, 759 B.
52. Cf. S. lgnatius M., Smyrn. 8, 1: ed. Fonk. I. p. 282.
53. S. Thomas, Summa Theol. II1, q. 73. a. 3.
54. Cf. S. Augustinus. C. Faustum, 12. 20: PI. 42. 265; Serm. 57, 389, etc.
55. S. Leo M., Serra. 63, 7: PL 54: 357C.
56. Traditio Apostolica Hippolyti, 2-3: ed. Botte, pp. 26-30.
57. Cf. le texte de l'examen au début de la consécration épiscopale, et l'Oratio à la fin de la Messe de la même consécration, après le Te Deum.
58. Benedictus XIV. Br. Romana Ecclesia. 5 ott. 1752, § 1: Bullarium Benedicti XIV, t. IV, Romae 1758, 21: "Episcopus Christi typum gerit. Eiusque munere fungitur". Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, I. c., p. 211: "Assignatos sibi greges singuli singulos Christi nomine pascunt et regunt ".
59. Leo XIII, Epist. Encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895~96) p. 732. Idem, Epist. Officio sanctissimo, 22 déc. 1887: ASS 20 (1887) p. 264. Pius IX, Litt. Apost. aux Évêques d'Allemagne, 12 mars 1875. et Alloc. Consist., 15 mars 1875: Denz. 3112-3117, dernière édition.
60. Conc. Var. I, Const. dogm. Pastor aeternus, 3: Denz. 1828 (3061). Cf. Relation Zinelli: Mansi 52, 1114 D.
61. Cf. S. Ignatius M., Ad Ephes., 5, 1: ed. Funk, I, p. 216.
62. Cf. S. Ignatius M., Ad Ephes., 6, 1: ed. Funk, I, p. 218.
63. Cf. Conc. Trid., Sess. 23, De sacr. Ordinis, cap. 2: Denz. 959 (1765), et can. 6: Denz. 966 (1776).
64. Cf. Innocentius I, Epist. ad Decentium: PL 20, 554 A; Mansi 1029; Denz. 98 (215): " Presbyteri, licet secundi sint sacerdotes, pontificatus tamen apicem non habent ". S. Cyprianus, Epist. 61, 3: ed. Hartel, p. 696.
65. Cf. Conc. Trid., 1. c., Denz 956a-968 (1763-1778), et en particulier can. 7: Denz. 967 (1777). Pius XII Const. Apost. Sacramentum Ordinis: Denz 2301 (3857-3861).
66. Cf. Innocentius I, 1. c. - S. Gregorius Naz., Apol. II, 22: PG 35, 432 B. ps.-Dionysius. Eccl. Hier., 1, 2: PG 3, 372 D
67. Cf. Conc. Trial., Sess. 22: Denz 940 (1743), Plus XII, Litt. Encycl. Mediator Dei, 20 nov. 1947: AAS 39 (1947) p. 553; Denz. 2300 (3850).
68. Cf. Conc. Trid., Sess. 22: Denz. 938 (1739-40). Conc. Var. 11. Const. De Sacra Liturgia, n. 7 et n. 47: AAS 56 (1964), pp. 100-113.
69. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mediator Dei, I. c., sub. n. 67.
70. Cf. S. Cyprianus, Epist. 11, 3: PL 4, 242 B; Hartel, II, 2, p. 497.
71. Ordo consecrationis sacerdotalis, à l'imposition des ornements.
72. Ordo consecrationis sacerdotalis, dans la Prélace.
73. Cf. S. Ignatius M., Philad. 4: ed. Funk, I, p. 266. S. Cornelius 1, dans S. Cyprianus, Epist. 48, 2: Hartel, III, 2, v 610.
74. Constitutiones Ecclesiae aegyptiacae, III, 2: ed. Funk, Didascalia, II, p. 103. Statuta Eccl..Ant. 37-41: Mansi 3. 954.
75. S. Polycarpus, Ad Phil. 5. 2: ed. Funk, I, p. 300: le Christ est dit " omnium diaconus factus". Cf. Didachè, 15, I: ib., p. 32. S. Ignatius M., Trall. 2, 3: ib., p. 242. Constitutiones Apostolorum, 8, 28, 4: ed. Funk. Didascalia, I, p. 530.


CHAPITRE IV

LES LAÏCS


30. [Introduction]

Après avoir traité des devoirs de la hiérarchie, le saint Concile se penche avec sollicitude sur la condition de ces fidèles qu'on appelle les laïcs. Tout ce qui a été dit du Peuple de Dieu s'adresse aussi bien aux laïcs qu'aux religieux et aux clercs; parmi ces traits cependant, il en est quelques-uns qui concernent particulièrement les laïcs, hommes ou femmes, eu égard à leur état de vie et à leur mission. Ces traits, on doit en retracer avec grand soin les fondements en raison des circonstances propres à notre temps. Les pasteurs savent parfaitement, en effet, combien les laïcs contribuent au bien de toute l'Église; et ils savent qu'eux-mêmes n'ont pas été institués par le Christ pour assumer à eux seuls toute la mission salvatrice de l'Église envers le monde, mais qu'ils ont la charge sublime de paître si bien les fidèles, de si bien reconnaître chez eux les ministères et les charismes, que tous coopèrent à leur mesure et d'un même cœur à l'œuvre commune. Car il faut que tous "vivant selon la vérité et dans la charité, nous croissions de toute manière vers Celui qui est le Chef, .le Christ, dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même dans la charité" (Eph. 4, 15-16).

31. [Acception du mot "laïc"]

Sous le nom de laïcs nous entendons ici tous les fidèles, à l'exclusion des membres engagés dans un ordre sacré et dans un état religieux reconnu par l'Église; c'est-à-dire les fidèles qui, après avoir été incorporés au Christ par le baptême, ont été associés au Peuple de Dieu et rendus à leur manière participants de l'office sacerdotal, prophétique et royal du Christ, et qui exercent pour leur part la mission dévolue au peuple chrétien tout entier dans l'Église et dans le monde.

Le temporel est un domaine propre aux laïcs et qui les caractérise. Ceux qui en effet sont dans les ordres sacrés peuvent bien s'occuper de choses temporelles et même exercer une profession séculière; cependant, de part leur vocation spéciale, ils sont d'abord et proprement destinés au ministère sacré, tandis que les religieux, dans leur condition, témoignent avec un éclat tout particulier du fait que le monde ne saurait être transfiguré ni offert à Dieu sans l'esprit des béatitudes. De par leur vocation propre, il revient aux laïcs de chercher le royaume de Dieu en administrant les choses temporelles et en les ordonnant selon Dieu. Ceux-ci vivent dans le siècle, engagés dans toutes et chacune des allures du monde, plongés dans l'ambiance où se meuvent la vie de famille et la vie sociale dont leur existence est comme tissée. C'est là qu'ils sont appelés par Dieu, jouant ainsi le rôle qui leur est propre et guidés par l'esprit évangélique, à travailler comme de l'intérieur, à la manière d'un ferment, à la sanctification du monde et à manifester ainsi le Christ aux autres, principalement par le témoignage de leur propre vie, par le rayonnement de leur foi, de leur espérance et de leur charité. C'est à eux qu'il revient particulièrement d'illuminer et d'ordonner toutes les choses temporelles auxquelles ils sont étroitement liés, en sorte qu'elles soient toujours accomplies selon le Christ, qu'elles croissent et soient à la louange du Créateur et Rédempteur.

32. [La dignité des laïcs, membres du Peuple de Dieu]

Grâce à son institution divine, la sainte Église présente une structure et un gouvernement admirablement diversifiés. "De même, en effet, que notre corps en son unité possède beaucoup de membres et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, ainsi nous à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres" (Rom. 12, 4-5).

Le peuple élu de Dieu est donc un: "Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême" (Eph. 4, 5). La dignité des membres est commune à tous par le fait de leur régénération dans le Christ; commune est la grâce des fils, commune la vocation à la perfection, unique est le salut, unique l'espérance et indivise la charité. Il n'existe donc pas d'inégalité dans le Christ et dans l'Église en raison de la race ou de la nation, de la condition sociale ou du sexe, car "il n'y a plus ni juifs ni gentils, il n'y a plus ni esclaves ni hommes libres, il n'y a plus ni hommes ni femmes: vous êtes tous un dans le Christ Jésus" (G~. 3, 28 gr., cf. Col. 3, 11).

Si donc dans l'Église tous ne cheminent pas en suivant la même voie, tous cependant sont appelés à la sainteté et ont reçu en partage une foi du même prix par la justice de Dieu (cf. Il Petr. 1, 1). Même si certains. par la volonté du Christ, sont mis à la tête des autres comme docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs, il existe cependant entre tous une véritable égalité, sur les plans de la dignité et de l'action commune, en ce qui regarde l'édification du Corps du Christ. En effet, la distinction posée par le Seigneur entre les ministres sacrés et le reste du Peuple de Dieu comporte l'union que des devoirs communs aux pasteurs et aux autres fidèles créent entre eux: devoir pour les pasteurs de l'Église, à l'exemple du Christ, de se mettre au service les uns des autres et au service des fidèles; et pour ces derniers de prêter volontiers leur concours aux pasteurs et aux docteurs. Ainsi, dans la diversité, tous rendent témoignage de l'admirable unité qui existe dans le Corps du Christ; car la diversité même des grâces, des ministères et de l'action rassemble en un seul tout les fils de Dieu, puisque "c'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses" (1 Cor. 12, 11).

Par la bienveillance divine, les laïcs ont donc pour frère le Christ qui, étant le Seigneur de toutes choses, n'est pourtant pas venu pour être servi, mais pour servir (cf. Mt. 20, 28); ainsi, ont-ils également pour frères ceux qui, préposés aux fonctions sacrées, enseignent, sanctifient et régissent, paissant la famille de Dieu de par l'autorité du Christ, en sorte que le précepte nouveau de la charité soit accompli par tous. Saint Augustin dit fort bien à ce sujet: "Si ce que je suis pour vous m'effraie, être avec vous me console. Car pour vous je suis évêque et avec vous je suis chrétien. Le premier titre est celui de la dignité dont je suis revêtu, et le second, celui de la grâce. L'un ne me présente que des dangers, l'autre est pour moi un gage de salut" (1).

33. [La vie par rapport au salut et à l'apostolat]

Les laïcs, rassemblés dans le Peuple de Dieu et constitués en Corps unique du Christ sous un seul chef, sont tous appelés, quels qu'ils soient, à contribuer comme des membres vivants et de toutes les forces qu'ils ont reçues de la bonté du Créateur et de la grâce du Rédempteur, à l'accroissement de l'Église et à son ascension continuelle dans la sainteté.

L'apostolat des laïcs est donc une participation à la mission salvatrice de l'Église elle-même. Cet apostolat, tous y sont destinés par le Seigneur lui-même en vertu de leur baptême et de leur confirmation. Les sacrements, et en particulier la sainte Eucharistie, communiquent et alimentent cet amour envers Dieu et envers les hommes qui est l'âme de tout l'apostolat. Cependant, les laïcs sont par-dessus tout appelés à rendre l'Église présente et agissante en tout lieu et en toute circonstance où elle ne peut devenir le sel de la terre que par leur intermédiaire (2). Ainsi tout laïc, en vertu des dons qu'il a reçus, est le témoin et, en même ,temps, l'instrument vivant de la mission de l'Église "selon la mesure du don du Christ" (Eph. 4, 7).

Outre cet apostolat qui incombe à tous les fidèles sans exception, les laïcs peuvent également être appelés, de diverses manières, à collaborer plus immédiatement à l'apostolat de la hiérarchie (3), à l'instar des hommes et des femmes qui aidaient l'apôtre Paul à évangéliser, et peinaient beaucoup dans le Seigneur (cf. Phil. 4, 3; Rom. 16, 3 ss). Ils sont, en outre, susceptibles d'être appelés par la hiérarchie à exercer certaines tâches ecclésiastiques dans un but spirituel.

C'est donc une magnifique tâche qui attend tous les laïcs: celle de travailler à ce que le plan divin du salut se réalise toujours davantage dans chacun des hommes en tous les temps et par toute la terre. Que de toutes parts donc, la voie leur soit ouverte afin que, selon leurs forces et les besoins actuels, ils puissent, eux aussi, travailler avec ardeur à l'œuvre salvatrice de l'Église.

34. [Participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte]

Le Christ Jésus, Grand Prêtre éternel, voulant poursuivre également par le moyen des laïcs son témoignage et son service auprès des hommes, les vivifie par son Esprit et les invite sans cesse à toute œuvre bonne et parfaite.

En effet, ceux qu'il unit intimement à sa vie et à sa mission, il leur donne également part à son office sacerdotal pour qu'ils exercent un culte spirituel, afin que Dieu soit glorifié et les hommes sauvés. En conséquence, les laïcs voués au Christ et commis par l'Esprit-Saint sont admirablement appelés et merveilleusement pourvus, en sorte que les fruits de l'Esprit croissent toujours en eux en plus grande abondance. En effet, toutes leurs actions, leurs prières, leurs initiatives apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leur travail journalier, leurs loisirs et leurs divertissements, s'ils sont vécus dans l'Esprit, et même les épreuves de la vie supportées avec patience deviennent "des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ" (I Petr. 2, 5); et ces sacrifices sont pieusement offerts au Père dans la célébration eucharistique avec l'oblation du Corps du Seigneur. De cette manière, les laïcs, en une sainte et universelle adoration, consacrent à Dieu le monde même.

35. [Participation des laïcs à la l'onction prophétique du Christ et au témoignage]

Le Christ, notre grand Prophète, qui, par le témoignage de sa vie et la puissance de sa parole, a proclamé le Royaume du Père, accomplit son office prophétique jusqu'à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par le moyen de la hiérarchie qui enseigne en son nom et en vertu de son pouvoir, mais aussi par le moyen des laïcs dont il fait aussi ses témoins et qu'il remplit du sens de la foi et du don de sa parole (cf. Act. 2, 17-18; Apoc. 19, 10), afin que la force de l'Évangile resplendisse dans la vie quotidienne, familiale et sociale. Les laïcs se montrent fils de la promesse, si, persévérant dans la foi et dans l'espérance, ils mettent à profit le temps présent (cf. Eph. 5, 16; Col. 4, 5) et attendent avec patience la gloire future (cf. Rom. 8, 25). Cette espérance ils ne doivent pas l'enfouir au fond de leurs âmes, mais, par une conversion continuelle et la lutte "contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits malins" (Eph. 6, 12), ils doivent la faire passer aussi dans les structures de la vie terrestre.

Les sacrements de la Nouvelle Loi, qui soutiennent la vie et l'apostolat des fidèles, annoncent un ciel nouveau et une terre nouvelle (cf. Apoc. 21, 1); de même les laïcs deviennent les hérauts de la foi aux choses que l'on espère (cf. Hébr. 11, 1), s'ils joignent résolument une vie de foi à la profession de cette foi. Cette évangélisation, véritable annonce du Christ proclamée par la parole et le témoignage de la vie, présente un aspect tout à fait caractéristique et possède une efficacité particulière du seul fait qu'elle est accomplie dans les conditions ordinaires de la vie courante.

Cette vocation du laïc laisse apparaître la grande valeur d'un état de vie sanctifié par un sacrement particulier, savoir la vie matrimoniale et familiale. C'est là où la religion chrétienne pénètre la vie tout entière et la transforme que se trouve la meilleure école préparant à l'apostolat laïc. Là, les conjoints ont pour vocation propre d'être l'un pour l'autre, et aussi pour leurs enfants, des témoins de la foi et de l'amour du Christ. La famille chrétienne proclame à haute voix la puissance actuelle du Royaume de Dieu et l'espérance de la vie bienheureuse. Ainsi, par son exemple et par son témoignage, elle convainc le monde de péché et illumine les hommes en quête de vérité.

Les laïcs donc, même lorsqu'ils sont accaparés par des soucis temporels, peuvent et doivent exercer une action importante eu égard à l'évangélisation du monde. Certains d'entre eux, à défaut de ministres sacrés ou lorsque ceux-ci en sont empêchés par la persécution, emplissent une suppléance, selon leurs pouvoirs, en certains offices sacrés. Nombre d'entre eux consacrent toutes leurs forces au travail apostolique. Tous cependant se doivent de coopérer à l'extension et à la croissance du Royaume du Christ dans le monde. Aussi les laïcs s'attacheront-ils avec diligence à approfondir la vérité révélée et demanderont-ils à Dieu, avec insistance, le don de sagesse.

36. [Participation des laïcs au service royal]

Le Christ qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort et qui, à cause de cela, a été exalté par le Père (cf. Phil. 2, 8-9) et est entré dans la gloire de son royaume, à qui toute chose est soumise jusqu'à ce que lui-même se soumette au Père et avec lui toutes les créatures, afin que Dieu soit tout en tous (cf. I Cor. 15, 27-28), a communiqué sa puissance à ses disciples afin qu'ils soient, eux aussi, établis dans la liberté royale, que par l'abnégation d'eux-mêmes et une vie sainte, ils puissent vaincre en eux la domination du péché (cf. Rom. 6, 12), et que, servant le Christ même dans les autres, ils conduisent avec humilité et patience, leurs frères au Roi dont il est dit que le servir c'est régner. Le Seigneur, en effet, désire, même avec la collaboration des fidèles laïcs, étendre son royaume, royaume "de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d'amour et de paix" (4). Dans ce royaume la créature elle-même sera libérée de l'esclavage de la corruption pour participer à la glorieuse liberté des fils de Dieu (cf. Rom. 8, 21). C'est, à la vérité, une grande promesse et un grand commandement qui sont donnés aux disciples par ces paroles: "Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu" (I Cor. 3, 23).

Les fidèles doivent, en conséquence, reconnaître la nature intime de toute la création, sa valeur et sa destination à la louange de Dieu. Ils doivent aussi s'aider les uns les autres en vue d'une vie plus sainte, même par des œuvres proprement profanes, afin que le monde soit imprégné de l'esprit du Christ et atteigne plus efficacement son but dans la justice, la charité et la paix. C'est en remplissant universellement cet office que les laïcs occupent un poste de premier plan. Par leur compétence dans les disciplines profanes et grâce à leur action, élevée à une valeur surnaturelle par la grâce du Christ, ils doivent de toutes leurs forces contribuer à la mise en valeur des biens créés, selon le commandement donné par le Créateur et à la lumière de sa Parole; et cela grâce au travail humain, à la technique et à l'œuvre civilisatrice, pour l'utilité de tous les hommes sans exception. Ils travailleront aussi à répartir plus équitablement ces biens entre les hommes et à faire servir ces mêmes biens au progrès universel, dans la liberté humaine et chrétienne. Ainsi le Christ, par les membres de l'Église, illuminera toujours davantage la société humaine tout entière de sa lumière salvifique.

Au reste, les laïcs s'efforceront tous ensemble d'assainir les institutions humaines et les conditions de vie, si les mœurs qu'elles comportent entraînent tant soit peu au péché; ainsi tout cela sera-t-il rendu conforme aux normes de la justice et favorable, plutôt que nuisible, à la pratique des vertus chrétiennes.

En agissant ainsi, les laïcs imprégneront de valeur morale la culture et les œuvres humaines. De cette manière, le champ du monde sera mieux préparé à recevoir la semence de la parole divine et, en même temps, les portes s'ouvriront davantage à l'Église pour laisser passer dans ce monde le message de la paix.

En raison même de l'économie du salut, les fidèles apprendront à bien distinguer entre les droits et les devoirs qui leur incombent du fait de leur appartenance à l'Église, et ceux qui leur reviennent en tant que membres de la société humaine. Ils doivent s'efforcer de les mettre en harmonie les uns avec les autres, se rappelant que, dans toute chose temporelle, ils doivent se guider d'après la conscience chrétienne: car aucune activité humaine, même dans les choses temporelles, ne peut être soustraite à l'autorité de Dieu. A notre époque, il est extrêmement important que cette distinction et cette harmonie resplendissent toutes deux avec le plus grand éclat dans la façon d'agir des fidèles, afin que la mission de l'Église puisse répondre plus pleinement aux conditions particulières du monde d'aujourd'hui. De même qu'on doit reconnaître qu'une cité terrestre, aux prises -- et à juste titre -- avec des problèmes terrestres, obéisse à des lois qui lui sont propres, de même faut-il, et au même titre, rejeter la théorie néfaste qui prétend construire la société sans tenir aucun compte de la religion et qui combat ou détruit la liberté religieuse des citoyens5.

37. [Relation à la hiérarchie]

Les laïcs, comme tous les fidèles, ont le droit de recevoir en abondance des pasteurs les biens spirituels de l'Église, surtout le réconfort que procurent la parole de Dieu et les sacrements (6). Que les laïcs manifestent donc aux pasteurs leurs besoins et leurs désirs avec cette liberté et cette confiance qui conviennent à des fils de Dieu et à des frères dans le Christ. Selon la science, la compétence et l'autorité dont ils jouissent, ils peuvent, et même parfois ils doivent donner leur avis en ce qui concerne le bien de l'Église (7). Si tel est le cas, qu'on procède par le moyen des organes institués à cette fin par l'Église et toujours dans le respect de la vérité, avec courage et prudence, et avec le respect et la charité qui sont dus à ceux qui, en raison de leur fonction sacrée, représentent le Christ.

Les laïcs, comme tous les fidèles, accueilleront avec promptitude et dans l'obéissance chrétienne ce que les pasteurs, représentants du Christ, auront décidé en tant que docteurs et chefs de l'Église; ils suivront alors l'exemple du Christ qui, par son obéissance jusqu'à la mort, a ouvert à tous les hommes la voie bienheureuse de la liberté des fils de Dieu. Et ils ne négligeront pas de recommander à Dieu dans leurs prières leurs supérieurs, qui veillent sur nos âmes, comme devant en rendre compte, afin que ceux-ci s'acquittent allègrement de leur tâche et non pas en gémissant (cf. Hébr. 13, 17).

D'autre part, les pasteurs doivent reconnaître et promouvoir la dignité et la responsabilité des laïcs dans l'Église, utiliser volontiers leurs avis prudents, leur assigner des postes de confiance au service de l'Église, leur accorder la liberté d'action et un champ où ils puissent l'exercer, et même les encourager à entreprendre des œuvres de leur propre initiative. Ils doivent aussi considérer avec attention et affection paternelle dans le Christ les projets, les demandes et les désirs proposés par les laïcs (8). En outre, les pasteurs auront soin de reconnaître la juste liberté dont chacun doit jouir dans la cité terrestre.

De ces rapports familiers entre laïcs et pasteurs, on doit attendre pour l'Église de nombreux et d'heureux résultats. De cette manière, en effet, les laïcs acquerront davantage le sens de leur propre responsabilité; leur élan sera soutenu et leurs forces plus facilement associées à l'œuvre des pasteurs. Ceux-ci, aidés par l'expérience des laïcs, pourront juger avec plus de clarté et d'opportunité dans le domaine spirituel aussi bien que dans le domaine temporel. Et ainsi, l'Église entière, fortifiée par tous ses membres, accomplira avec une plus grande efficacité sa mission pour la vie du monde.

38. [Conclusion]

Tout laïc doit être, à la face du monde, un témoin de la résurrection et de la vie du Seigneur Jésus, un signe du Dieu vivant. Tous ensemble, et chacun pour sa part, ils doivent nourrir le monde de fruits spirituels (cf. Gal. 5, 22) et répandre en lui l'esprit dont sont animés ces pauvres, ces doux et ces pacifiques que le Seigneur a proclamés bienheureux dans l'Évangile (cf. Mt. 5, 3-9). En un mot: "Ce qu'est l'âme dans le corps, que les chrétiens le soient dans le monde" (9).


1. S. Augustinus, Serra. 340, 1: PE 38. 1483.
2. Cf. Pius XI, Litt. Encycl. Quadragesimo anno, 15 mai 1931: AAS 23 (1931) p. 221 s. Pius XII, AIloc. De quelle consolation, 14 oct. 1951: AAS 43 (1951) p. 790 s.
3. Cf. Pius XII. Alloc. Six ans se sont écoulés, 5 oct. 1957: AAS 49 (1957) p. 927.
4. De la Préface du Christ-Roi.
5. Cf. Leo XIII, Epist. Encycl. Immortale Dei, ler nov. 1885. AAS 18 (1885) p. 166 ss. Idem, Litt. Encycl. Sapientiae christianae, 10 janv. 1890: ASS 22 (1889-90) p. 397 ss. Pius XII, Alloc. Alla vostra filiale, 23 mars 1958: AAS 50 (1958) p. 220: " la saine et légitime laïcité de l'État ".
6. Cod. Iur. Cas., can. 682.
7. Cf. Pius XII, Alloc. De quelle consolation, 1. c., p. 789: " Dans les batailles décisives, c'est parfois du front que partent les plus heureuses initiatives... ". Idem, Alloc. L'importance de la presse catholique, 17 février 1950: AAS 42 (1950) p. 256.
8. Cf. I Thess. 5, 19 et I In 4, 1.
9. Epist. ad Diognetum, 6: ed. Funk, 1, p. 400. Cf. S. Io. Chrysostomus, In Matth. Hom. 46 (47), 2: PG 58, 478, sur le levain dans la pâte.


CHAPITRE V

LA VOCATION UNIVERSELLE À LA SAINTETÉ
DANS L'ÉGLISE


39. [Introduction]

Cette Église, dont le saint Concile expose le mystère, la foi lui reconnaît une sainteté sans défaillance. En effet, le Christ, Fils de Dieu, qui avec le Père et le Saint-Esprit est proclamé "le seul Saint" (1), a aimé l'Église comme son épouse et s'est donné pour elle afin de la sanctifier (cf. Eph. 5, 25-26). Il l'a unie à lui comme son corps et l'a comblée du don de l'Esprit-Saint, pour la gloire de Dieu. Voilà pourquoi tous les membres de l'Église, tant ceux qui appartiennent à la hiérarchie que ceux qui sont dirigés par elle, sont appelés à la sainteté, selon l'expression de l'Apôtre: "La volonté de Dieu c'est votre sanctification" (I Thess. 4, 3; Eph. 1, 4). Cette sainteté de l'Église se manifeste constamment et doit se manifester par les richesses de la grâce que l'Esprit-Saint produit chez les fidèles; elle s'exprime différemment en chacun de ceux qui, dans la conduite de leur vie, parviennent, en édifiant le prochain, à la perfection de la charité; elle apparaît en quelque sorte proprement dans la pratique des conseils qu'on appelle d'ordinair