L’irrespect de l’Eucharistie
Rappel à l'ordre du Saint-Siège
Malgré les différentes mises en garde de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements sur tous les abus commis envers l'Eucharistie (Instructions de 1973, 1980, 1997, 2004), l'irrespect n'a cessé de s'amplifier. Il est donc fondamental en cette «Année de l'Eucharistie» de dénoncer ces désobéissances à partir de la toute dernière Instruction Redemptoris Sacramentum publiée le 25 mars 2004 (cf. éd. Téqui, avril 2004). Voici quelques extraits significatifs des principaux articles qui permettent de mesurer l'irritation du Saint-Siège et l'ampleur des abus :
4. - « On ne peut passer sous silence les abus, même très
graves, contre la nature de la Liturgie et des Sacrements, et aussi contre la
tradition et l’autorité de l’Eglise, qui, à notre époque affligent fréquemment
les célébrations liturgiques dans tel ou tel milieu ecclésial. Dans certains
lieux, le fait de commettre des abus dans le domaine liturgique est même
devenu un usage habituel ; il est évident que de telles attitudes ne peuvent
être admises et qu'elles doivent cesser. »
14. - « Le gouvernement de la Sainte Liturgie dépend
uniquement de l'autorité de l'Eglise : il appartient au Siège Apostolique et
dans les règles du droit, à l'Evêque.»
16. - « Il revient au Siège Apostolique d'organiser la
sainte Liturgie de l'Eglise universelle...»
38. - « La doctrine constante de l'Eglise sur la nature non
seulement conviviale mais aussi et avant tout sacrificielle de l'Eucharistie,
doit être à juste titre considérée comme l'une des principales clefs de la
pleine participation de tous les fidèles à un si grand Sacrement. » « Privé
de sa valeur sacrificielle, le Mystère eucharistique est considéré comme s'il
n'allait pas au-delà du sens et de la valeur d'une rencontre conviviale et
fraternelle. »
Jésus a institué la Cène à la veille
de sa mort, unissant ainsi l’Eucharistie à son Sacrifice : « J'ai désiré
ardemment manger cette Pâque avec vous avant que de souffrir ». (Luc 22, 15).
Aussitôt son Sacrifice institué, la
Passion de Jésus commence par son agonie au Jardin de Gethsémani dans
l'incompréhension des apôtres qui n'ont pas su veiller avec lui. Aujourd’hui le
sens du Saint Sacrifice n'est pas expliqué aux jeunes générations qui ne le
vivent pas : cela rejaillit sur leur vie ; on veut bien du Christ, mais du
Christ sans la Croix !... Les offices «conviviaux» et sans réalité
sacrificielle, reflètent la même superficialité, influencés par les
manifestations profanes de ce monde de spectacle, auquel l’Eglise n'offre plus
vraiment de contrepoids salutaire.
59 - « L'usage suivant, qui est expressément réprouvé doit cesser : ici ou là, il arrive que les prêtres, les diacres ou les fidèles introduisent, de leur propre initiative, des changements ou des variations dans la sainte Liturgie, qu'ils sont chargés de prononcer. »
Outre la suppression fréquente de la
prière pénitentielle, nous entendons aujourd'hui des textes incomplets ou
fantaisistes, tel le Gloria sans
invocation ni même mention des trois Personnes de la Sainte Trinité, des
Sanctus et des Agnus modifiés ou abrégés, ou encore chantés sur des musiques
qui altèrent ou même empêchent le recueillement.
72. - « Il convient que ‘chacun souhaite la paix de manière sobre et seulement à ceux qui l'entourent. Le prêtre peut donner la paix aux ministres, en restant cependant dans le sanctuaire pour ne pas troubler la célébration’ » (cf. Missel Romain, n. 82).
C'est l'un des excès
caractéristiques de ce monde de spectacle. Donc point de déplacement, ni
d'effusions intempestives, qui rendent d'autant plus graves la froideur ou
l'indifférence réservées au Seigneur.
94. - « Il n'est pas permis aux fidèles de prendre eux-mêmes
la sainte hostie ou le saint calice, encore moins de se le transmettre de main
en main...»
C'est le rappel clair et net de l’Institution
Générale du Missel Romain (n. 118). Les
fidèles ne doivent donc pas toucher le saint calice et encore moins le Corps du
Christ, en se substituant au prêtre et au diacre, pour le remettre lors de la
Communion.
104. - « Il n'est pas permis à celui qui reçoit la Communion de tremper lui-même l'hostie dans le Calice, ni de recevoir dans la main l'hostie, qui a été trempée dans le Sang du Christ ».
C'est la conséquence logique du
précédent article 94.
117. - Les vases sacrés, destinés à recevoir le Corps et le
Sang du Seigneur, doivent être faits en respectant strictement les normes de la
tradition et des livres liturgiques. Au jugement des Conférences des Evêques, auxquelles
a été donnée cette faculté, moyennant la confirmation de leurs actes par le
Saint-Siège, il peut être opportun de réaliser les vases sacrés en utilisant
d'autres matières, pourvu que celles-ci soient solides. Cependant, dans chaque
région, il est strictement requis de choisir des matières que tout le monde
estime nobles, en signe de respect pour le Seigneur, et afin d'écarter complètement,
aux yeux des fidèles, tout risque d'un affaiblissement de la doctrine de la
présence réelle du Christ sous les espèces eucharistiques. Ainsi, le fait de
célébrer la Messe avec n'importe quel vase d'usage quotidien ou plus commun,
est expressément réprouvé, en particulier s'il s'agit d'objets dépourvus de
toute qualité artistique, ou de simples corbeilles, ou encore de récipients en
verre, en argile, en terre cuite ou en d'autres matières, qui se brisent
facilement. Cela vaut aussi pour tous les vases en métal ou réalisés dans des matières
qui s'altèrent facilement.
On voit trop d'ecclésiastiques
utiliser des mazagrans plutôt que des calices. Cette « misère » des vases
sacrés n'a rien à voir avec l'esprit de pauvreté.
154. - « Parce qu'ils ont reçu l’Ordination sacrée, les
ministres ordinaires de la sainte Communion sont l'Evêque, le prêtre et le
diacre ; il leur revient par conséquent de donner la sainte Communion aux
fidèles laïcs au cours de la célébration de la Sainte Messe...»
155. - « En plus des ministres ordinaires, il y a aussi l’acolyte
institué, qui est, du fait de son institution, le ministre extraordinaire de la
sainte Communion, y compris en dehors de la célébration de la Messe. De plus si
des motifs de vraie nécessité l’exigent, l’Evêque diocésain peut députer à cet
effet un autre fidèle laïc en qualité de ministre extraordinaire, ad actum ou ad tempus,
selon les normes du droit, en utilisant dans ce cas la bénédiction
appropriée... L’autorisation ad actum ne peut être accordée par le prêtre, qui préside
la célébration eucharistique, que dans des cas particuliers et imprévisibles. »
L'autorisation ad actum, pour l'acte,
soit l'acte unique, c'est-à-dire ponctuellement, ne peut être accordée que dans
des cas particuliers et imprévisibles, en
rappel de la précédente Instruction Ecclesiae de
mysterio (1997),
qui précisait pareillement dans des cas exceptionnels et imprévisibles ;
exceptionnels ou particuliers, il s'agit
en fait de la même traduction. Ainsi, en aucun cas la messe dominicale ne peut
être considérée comme un cas « particulier » ou « imprévisible »... sauf par
une mauvaise foi qui manifeste la volonté délibérée de désobéissance ! Hélas,
en ce cas, l'acolyte va souvent de lui-même chercher le calice, ou le ramène,
acte déjà formellement interdit au n° 94.
158. - « En effet, le ministre extraordinaire de la sainte Communion ne peut donner la Communion que dans le cas où le prêtre ou le diacre font défaut, lorsque le prêtre est empêché à cause d'une maladie, du grand âge ou pour tout autre motif sérieux, ou encore lorsque le nombre des fidèles qui s'approchent de la Communion est tellement important que cela risquerait de prolonger la célébration d'une manière excessive. A ce sujet, on considère néanmoins que le fait de prolonger brièvement la célébration, en tenant compte des habitudes et du contexte culturel du lieu, constitue une cause tout à fait insuffisante. »
Or, c'est bien ce motif de
prolongation qui constitue le plus souvent l'alibi pour utiliser des acolytes
laïcs lors de la messe dominicale et même pour les solennités. Les prêtres
justifient alors la participation des acolytes laïcs, par la volonté de les « responsabiliser
» ! Cette prétendue « responsabilisation » est l'une des causes essentielles de
la chute des vocations, par la confusion entretenue auprès des enfants et des
jeunes gens, qui, voyant auprès du prêtre des laïcs en tenue civile accomplir de
manière quasi régulière le même acte fondamental et sacré du sacerdoce,
n'estiment pas nécessaire l'ordination et l'engagement sacerdotal. Ce qui va
de pair avec l'irrespect pour la Présence réelle et toutes les profanations qui
en découlent, dont, en toute logique, la revendication pour le mariage des
prêtres, la prêtrise des hommes mariés et des femmes.
En utilisant abusivement les
acolytes laïcs, les prêtres se privent de grâces et en privent leurs fidèles.
Ils induisent la rébellion contre l'autorité du Siège Apostolique, amènent ou
entretiennent la division dans la communauté paroissiale. Face aux taches de
leur ministère et à la tentation de se rendre indispensable à toutes sortes de
sollicitations secondaires, le prêtre doit d’abord privilégier son sacerdoce et
l'acte fondamental pour lequel il ne peut être remplacé par des laïcs sans
graves conséquences. Dans sa mission, Jeanne d’Arc disait : « Dieu premier
servi ! » Celle du prêtre n'est pas moins grande !
184. - « Il est reconnu à tout catholique, qu'il soit
prêtre, diacre, ou fidèle laïc, le droit de se plaindre d'un abus liturgique,
auprès de l'Evêque diocésain ou de l'ordinaire compétent équiparé par le droit,
ou encore auprès du Siège Apostolique en raison de la primauté du Pontife
Romain. Cependant, il convient autant que possible, que la réclamation ou la
plainte soit d'abord exposée à l'Evêque diocésain. Cela doit toujours se faire
dans un esprit de vérité et de charité. »
Pour toutes ces graves raisons, en
cette exceptionnelle « Année de l'Eucharistie », il convient en premier lieu
d'ouvrir les yeux des prêtres et des laïcs qui commettent ces abus, afin que,
dans la situation grave que connaît actuellement le monde de plus en plus
déchristianisé et malade, la Présence réelle du Seigneur soit véritablement
accueillie, aimée et honorée, dans la célébration respectueuse de la Sainte
Messe, par laquelle sont données en abondance toutes les grâces de l'âme et du
corps.
« Ainsi
donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement se
rendra coupable à l'égard du Corps et du Sang du Seigneur. Que chacun s'éprouve
soi-même ; et qu'il mange alors de ce pain et boive de cette coupe ; car celui
qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le
Corps du Seigneur.
Voilà
pourquoi il y a parmi vous beaucoup de malades et d'infirmes, et que bon nombre
sont morts. Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés.
Mais par ses jugements le Seigneur nous corrige...» (1 Cor 11, 27-32) .
Cela vaut pour le monde entier lui-même car la situation « générale » n'est que la somme des situations particulières... « Ils ont des yeux et ils ne verront pas ! »
Henri MARTEL
Le Sourire de Marie, avril 2005, n. 324