Document
conciliaire de Vatican II
L'ACTIVITÉ
MISSIONNAIRE
DE L'ÉGLISE
Décret "de Activitate promulgué missionali Ecclesiae"
(" Ad Gentes ") le 7 décembre 1965
TRADUCTION ÉTABLIE PAR
S. E. MGR GUY RIOBÉ ET M. LE CHANOINE G. BLOND,
AVEC LA COLLABORATION DU R.P.Y. CONGAR, O.P.
POUR LES ACTES DU CONCILE (Éd. du Cerf)
Texte latin dans les "Acta Apostolicae Sedis" 58 (1966) p. 947-990
et dans les "Constitutiones, Decreta, Declarationes" p. 543-615
PLAN
du Décret
Avant-propos
Chapitre I: Principes doctrinaux
Le dessein du Père
La mission du Fils
La mission du Saint-Esprit
L'Église envoyée par le Christ
L'activité missionnaire
Raisons et nécessité de l'activité missionnaire
L'activité missionnaire dans la vie et l'histoire humaines
Caractère eschatologique de l'activité missionnaire
Chapitre II: L'œuvre missionnaire elle-même
Introduction
Art. 1--Le témoignage chrétien
Le témoignage de la vie et le dialogue
Présence de la charité
Art. 2--La prédication de l'Évangile et le rassemblement du Peuple de Dieu
Évangélisation et conversion
Catéchuménat et initiation chrétienne
Art. 3- La formation de la communauté chrétienne .
Formation de la communauté chrétienne
Établissement du clergé local
Formation des catéchistes
Promouvoir la vie religieuse
Chapitre III: Les Églises particulières
Le progrès des jeunes Églises
L'activité missionnaire des Églises particulières
Promouvoir l'apostolat des laïcs
Diversité dans l'unité
Chapitre IV: Les missionnaires
La vocation missionnaire
La spiritualité missionnaire
Formation spirituelle et morale
Formation doctrinale et apostolique
Les Instituts qui travaillent dans les missions
Chapitre V: L'organisation de
l'activité missionnaire
Introduction
Organisation générale
Organisation locale dans les missions
Coordination régionale
Organisation de l'activité des Instituts
Coordination entre les Instituts
Coordination entre les Instituts scientifiques
Chapitre VI: La coopération
Introduction
Devoir missionnaire du peuple de Dieu tout entier
Devoir missionnaire des communautés chrétiennes
Devoir missionnaire des Évêques
Devoir missionnaire des prêtres
Devoir missionnaire des Instituts de perfection
Devoir missionnaire des laïcs
Conclusion
NOTE DES TRADUCTEURS
Le mot gentes qui revient souvent dans ce décret est polyvalent. On ne
s'étonnera pas qu'il soit traduit ici tantôt par païens. tantôt gentils.
éventuellement par peuples, selon le contexte.
DÉCRET "AD
GENTES"
PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.
[ 1. AVANT-PROPOS]
Envoyé par Dieu aux peuples pour être "le sacrement universel du
salut" (1), l'Église, en vertu des exigences intimes de sa propre
catholicité, et obéissant au commandement de son Fondateur (cf. Mc 16, 15), est
tendue de tout son effort vers la prédication de l'Évangile à tous les hommes.
Les Apôtres eux-mêmes, en effet, sur lesquels l'Église a été fondée, ont suivi
les traces du Christ, "prêché la parole de vérité et engendré des
églises" (2). Le devoir de leurs successeurs est de perpétuer cette œuvre,
afin que "la parole de Dieu soit divulguée et glorifiée" (2 Thess. 3,
1), le Royaume de Dieu annoncé et instauré dans le monde entier.
Mais, dans l'ordre actuel des choses, dont découlent de nouvelles conditions
pour l'humanité, l'Église, sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt. 5,
13-14), est appelée de façon plus pressante à sauver et à rénover toute
créature, afin que tout soit restauré dans le Christ, et qu'en Lui les hommes
constituent une seule famille et un seul peuple de Dieu.
Aussi, le Saint Concile, tout en rendant grâce à Dieu pour les œuvres
magnifiques accomplies par le zèle généreux de l'Église tout entière,
désire-t-il esquisser les principes de l'activité missionnaire, et rassembler
les forces de tous les fidèles pour que le peuple de Dieu, s'avançant par la
porte étroite de la croix, étende partout le règne du Christ Seigneur qui embrasse
les siècles de son regard (cf. Eccli. 36, 19), et qu'il prépare les voies à son
avènement.
1. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, 48 (AAS, 1965, 53) [pp. 77-78].
2. S. Augustin, Enarr. in Ps., 44, 23, PL XXXVI, 508; CChr., 38, 150.
CHAPITRE PREMIER
PRINCIPES DOCTRINAUX
2. [Le dessein du Père]
De sa nature, l'Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire,
puisqu'elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du
Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père (1).
Ce dessein découle de "l'amour dans sa source", autrement dit de la
charité du Père qui, étant le Principe sans Principe, de qui le Fils est
engendré, de qui le Saint-Esprit procède par le Fils, nous a créés librement
dans sa trop grande bonté et miséricorde, et nous a depuis appelés
gracieusement à partager avec lui sa vie et sa gloire; qui a répandu sur nous
sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre, en sorte que Lui, qui
est le créateur de tous les êtres, devienne enfin "tout en tous" (1
Cor. 15, 28), en procurant à la fois sa gloire et notre bonheur. Il a plu à
Dieu d'appeler les hommes à participer à sa vie non pas seulement de façon
individuelle, sans aucun lien les uns avec les autres, mais de les constituer
en un peuple dans lequel ses enfants, qui étaient dispersés, seraient
rassemblés dans l'unité (cf. Jn 11, 52).
3. [La mission du Fils]
Ce dessein universel de Dieu pour le salut du genre humain ne se réalise pas
seulement d'une manière pour ainsi dire secrète dans l'âme des hommes, ou
encore par des initiatives, même religieuses, au moyen desquelles ils cherchent
Dieu de bien des manières "pour atteindre si possible, et le trouver;
aussi bien n'est-il pas loin de chacun de nous" (cf. Act. 17, 27); car ces
initiatives ont besoin d'être éclairées et redressées, bien que, de par un
dessein bienveillant de la Providence divine, on puisse parfois les considérer
comme une orientation vers le vrai Dieu ou une préparation à l'Évangile (2).
Pour affermir la paix, autrement dit la communion avec lui, et pour établir la
fraternité entre les hommes, -- les hommes qui sont pécheurs, -- il décida
d'entrer dans l'histoire humaine d'une façon nouvelle et définitive, en
envoyant son Fils dans notre chair, afin d'arracher par lui les hommes à l'empire
des ténèbres et de Satan (cf. Col. 1, 13; Act. 10, 38), et de se réconcilier en
lui le monde (cf. 2 Cor. 5, 19). Son Fils, par qui aussi il a fait les
siècles3, il l'a établi héritier de toutes choses, afin de tout restaurer en
Lui (cf. Eph. 1, 10).
Car le Christ Jésus fut envoyé dans le monde comme le véritable médiateur entre
Dieu et les hommes. Puisqu'il est Dieu, "toute la plénitude de la divinité
habite en Lui corporellement" (Col. 2, 9); dans sa nature humaine, il est
le nouvel Adam, il est constitué chef de l'humanité régénérée, il est
"rempli de grâce et de vérité" (Jn 1, 14). Aussi, par les voies d'une
Incarnation véritable, le Fils Dieu est-il venu pour faire participer les
hommes à la nature divine; il s'est fait pauvre alors qu'il était riche afin de
nous enrichir par sa pauvreté (2 Cor. 8, 9). Le Fils de l'Homme n'est pas venu
pour servi, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pou beaucoup,
c'est-à-dire pour tous (cf. Mc 10, 45). Les Saints Père proclament sans cesse
que n'est pas guéri ce qui n'a pas été assumé par le Christ (4). Mais il a
assumé la nature humaine dans toute réalité, telle qu'on la trouve chez nous,
malheureux et pauvres, mais elle est chez lui sans péché (cf. Héb. 4, 15; 9,
28). Parlant de lui même, le Christ, "que le Père a consacré et envoyé
dans le monde" (cf. In 10, 36), a dit ces paroles: "L'Esprit du
Seigneur est sur moi parce qu'il m'a consacré par son onction; il m'a envoyé
porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé,
annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue "
(Luc 4, 18); et encore: "Le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce
qui était perdu" (Luc 19, 10).
Ce qui a été une fois prêché par le Seigneur ou accompli en lui pour le salut
du genre humain, doit être proclamé et répandu jusqu'aux extrémités de la terre
(Act. 1, 8), en commençant par Jérusalem (cf. Luc 24, 47), de sorte que ce qui
a été accompli une fois en vue du salut de tous, obtienne son résultat chez
tous au cours des âges.
4. [La mission du Saint-Esprit]
Mais pour le réaliser pleinement, le Christ a envoyé d'auprès du Père le
Saint-Esprit, qui accomplirait son œuvre porteuse de salut à l'intérieur des
âmes, et pousserait l'Église à s'étendre. Sans l'ombre d'un doute le Saint-Esprit
était déjà à l'œuvre avant la glorification du Christ (5). Pourtant, le jour de
la Pentecôte, il descendit sur les disciples pour demeurer avec eux à jamais
(cf. Jn 14, 16); l'Église se manifesta publiquement devant la multitude, la
diffusion de l'Évangile commença avec la prédication; enfin fut préfigurée
l'union des peuples dans la catholicité de la foi, par l'Église de la Nouvelle
Alliance, qui parle toutes les langues, comprend et embrasse dans sa charité
toutes les langues, et triomphe ainsi de la dispersion de Babel (6). Car c'est
à la Pentecôte que commencèrent "les actes des Apôtres", tout comme
c'est lorsque le Saint-Esprit vint sur la Vierge Marie que le Christ fut conçu,
et lorsque le même Esprit-Saint descendit sur le Christ pendant sa prière que
le Christ fut poussé à commencer son ministère (7). Le Christ Jésus lui-même,
avant de donner librement sa vie pour le monde, a de telle sorte organisé le
ministère apostolique et promis d'envoyer le Saint-Esprit que ce ministère et
cette mission sont tous deux associés pour mener à bien, toujours et partout,
l'œuvre du salut (8). A travers toutes les époques, c'est le Saint-Esprit qui
"unifie l'Église tout entière dans la communion et le ministère, qui la
munit des divers dons hiérarchiques et charismatiques" (9), vivifiant à la
façon d'une âme (10) les institutions ecclésiastiques, et insinuant dans les
cœurs des fidèles le même esprit missionnaire qui avait poussé le Christ
lui-même. Parfois même, il prévient visiblement l'action apostolique (11), tout
comme il ne cesse de l'accompagner et de la diriger de diverses manières (12).
5. [L'Église envoyée par le Christ]
Dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus "appels à Lui ceux qu'Il
voulut... et en institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer
prêcher" (Mc 3, 13; cf. Mt. 10, 1-42). Les Apôtres furent ainsi les germes
du Nouvel Israël et en même temps l'origine de la hiérarchie sacrée. Puis, une
fois qu'Il eut, par sa mort et sa résurrection, accompli en lui les mystères de
notre salut et de la restauration du monde, le Seigneur, qui avait reçu tout
pouvoir au ciel et sur la terre (cf. Mt. 28, 18), fonda son Église, comme le
sacrement du salut, avant d'être enlevé au ciel (cf. Act. l, 4-8); tout comme
I1 avait été lui-même envoyé par le Père {cf. Jn 20, 21), il envoya ses Apôtres
dans le monde entier en leur donnant cet ordre: "Allez donc, de toutes les
nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai
prescrit" (Mt. 28, 19s.). "Allez par le monde entier proclamer la
bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera
sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné" (Mc 16, 15s.). C'est de là
que découle pour l'Église le devoir de propager la foi et le salut apporté par
le Christ, d'une part, en vertu du mandat exprès qu'a hérité des Apôtres
l'ordre des Évêques, assisté par les prêtres en union avec le Successeur de
Pierre, Pasteur suprême de l'Église, et, d'autre palet, en vertu de l'influx
vital que le Christ communique à ses membres: le Christ "dont le Corps
tout entier reçoit concorde et cohésion, par toutes sortes de jointures qui le
nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa
croissance et se construisant lui-même dans la charité" (Eph. 4, 16). La
mission de l'Église s'accomplit donc par l'opération au moyen de laquelle,
obéissant à l'ordre du Christ, et mue par la grâce de l'Esprit-Saint et la
charité, elle devient un acte plénier présent à tous les hommes et à tous les
peuples, pour les amener, par l'exemple de sa vie, par la prédication, par les
sacrements et les autres moyens de grâce, à la foi, à la liberté, à la paix du
Christ, de telle sorte qu'elle leur soit ouverte comme la voie libre et sûre
pour participer pleinement au mystère du Christ.
Cette mission continue et développe au cours de l'histoire la mission du Christ
lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle; c'est
donc par la même route qu'a suivie le Christ lui-même que, sous la poussée de
l'Esprit du Christ, l'Église doit marcher, c'est-à-dire par la route de la
pauvreté, de l'obéissance, du service et de l'immolation de soi jusqu'à la
mort, dont Il est sorti victorieux par sa résurrection. Car c'est ainsi dans
l'espérance qu'ont marché tous les Apôtres, qui ont achevé par leurs multiples
tribulations et souffrances ce qui manque à la passion du Christ au profit de
son Corps, l'Église {cf. Col. 1, 24); souvent aussi le sang des chrétiens fut
une semence (13).
6. [L'activité missionnaire]
Cette tâche, c'est par l'ordre des Évêques, à la tête duquel se trouve le
successeur de Pierre, qu'elle doit être accomplie, avec la même manière du fait
des circonstances. Par conséquent, les différences qu'il faut reconnaître dans
cette activité de l'Église ne dérivent pas de la nature intime de la mission
elle-même, mais des conditions dans lesquelles elle est menée.
Ces conditions dépendent soit de l'Église, soit même des peuples, des groupes
humains ou des hommes à qui s'adresse la mission. Car l'Église, bien que de soi
elle contienne la totalité ou la plénitude des moyens de salut, n'agit pas ni
ne peut agir toujours et immédiatement selon tous ses moyens; elle connaît des
commencements et des degrés dans l'action par laquelle elle s'efforce de
conduire à son effet le dessein de Dieu; bien plus, elle est parfois
contrainte, après des débuts heureux, de déplorer de nouveau un recul, ou tout
au moins de demeurer dans un état de semi-plénitude et d'insuffisance. En ce
qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, elle ne les
atteint et ne les pénètre que progressivement, et les assume ainsi dans la
plénitude catholique. Les actes propres, les moyens adaptés doivent s'accorder
avec chaque condition ou état.
Les initiatives particulières par lesquelles les prédicateurs de l'Évangile,
envoyés par l'Église et allant dans le monde entier, s'acquittent de la charge
de prêcher l'Évangile et d'implanter l'Église parmi les peuples ou les groupes
humains qui ne croient pas encore au Christ, sont communément appelées
"missions"; elles s'accomplissent par l'activité missionnaire, et
sont menées d'ordinaire dans des territoires déterminés reconnus par le
Saint-Siège. La fin propre de cette activité missionnaire, c'est
l'évangélisation et l'implantation de l'Église dans les peuples ou les groupes
humains dans lesquels elle n'a pas encore été enracinée14. Il faut que, nées de
la parole de Dieu, des Églises particulières autochtones, suffisamment
établies. croissent partout dans le monde, jouissent de leurs ressources
propres et d'une certaine maturité; il faut que, pourvues de leur hiérarchie
propre unie à un peuple fidèle, et des moyens accordés à leur génie,
nécessaires pour mener une vie pleinement chrétienne, elles contribuent au bien
de toute l'Église. Mais le moyen principal de cette implantation, c'est la
prédication de l'Évangile de Jésus-Christ; c'est pour annoncer l'Évangile que
le Seigneur a envoyé ses disciples dans le monde entier, afin que les hommes
ayant acquis une nouvelle naissance par la parole de Dieu (cf. 1 Pet. 1, 23),
soient agrégés par le baptême à l'Église qui, en tant que Corps du Verbe
incarné, est nourrie et vit de la parole de Dieu et du pain eucharistique (cf.
Act. 2, 42).
Dans cette activité missionnaire de l'Église, diverses situations se présentent
parfois mêlées les unes aux autres: situation d'abord de début ou de
plantation, puis de nouveauté ou de jeunesse. Quand tout cela est accompli,
l'action missionnaire de l'Église ne cesse pas pour autant: le devoir incombe
aux Églises particulières déjà formées, de la continuer et de prêcher
l'Évangile à tous ceux qui sont encore au dehors.
En outre, il n'est pas rare que les groupes humains parmi lesquels l'Église
existe, soient complètement transformés pour des raisons diverses; des
situations nouvelles peuvent en résulter. L'Église doit alors examiner si ces
situations exigent de nouveau une activité missionnaire. De plus, les
circonstances sont parfois telles que manque pour un temps la possibilité de
proposer directement et immédiatement le message évangélique; c'est alors que
les missionnaires peuvent et doivent donner avec patience et prudence, avec une
grande confiance en même temps, au moins le témoignage de la charité et de la
bienfaisance du Christ, et préparer ainsi les voies au Seigneur et le rendre
présent d'une certaine manière.
Ainsi, il est clair que l'activité missionnaire découle profondément de la
nature même de l'Église; elle en propage la foi qui sauve, elle en réalise
l'unité catholique en la répandant, l'apostolicité de l'Église lui donne sa
vigueur, elle met en œuvre le sens collégial de sa hiérarchie, elle en atteste,
répand et procure la sainteté. Ainsi l'activité missionnaire au milieu des
nations diffère tant de l'activité pastorale à mener à l'égard des fidèles, que
des initiatives à prendre pour rétablir l'unité des chrétiens. Cependant, ces
deux domaines sont très étroitement liés avec l'activité missionnaire de
l'Église (15): la division des Chrétiens en effet nuit (16) à la cause très
sacrée de la prédication de l'Évangile à toute créature, et, pour beaucoup,
elle ferme l'accès à la foi. Ainsi, de par la nécessité de la mission, tous les
baptisés sont appelés à s'assembler en un seul troupeau, afin de pouvoir ainsi,
da façon unanime, rendre témoignage du Christ leur Seigneur devant les nations.
S'ils sont encore incapables de donner le témoignage d'une foi unique, il faut
au moins qu'ils soient animés par une estime et une charité réciproques.
7. [Raisons et nécessité de l'activité missionnaire]
La raison de cette activité missionnaire se tire de la volonté da Dieu, qui
"veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance
de la vérité. Car il n'y a qu'un seul Dieu, et un seul Médiateur entre Dieu et
les hommes, l'homme Jésus-Christ, qui s'est livré en rédemption pour tous"
(1 Tim. 2, 4-6); "et il n'existe de salut en aucun autre" (Act. 4,
12). Il faut donc que tous se convertissent au Christ connu par la prédication
de l'Église, et qu'ils soient incorporés par le Baptême à Lui et à l'Église,
qui est son Corps. Car le Christ lui-même, "en inculquant en termes
formels la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16; In 5), a du même
coup confirmé la nécessité de l'Église dans laquelle les hommes entrent par le
baptême, comme par une porte. C'est pourquoi ces hommes ne peuvent être sauvés
qui, n'ignorant pas l'Église a été fondée comme nécessaire par Dieu, par
l'intermédiaire de Jésus-Christ, n'auront cependant pas voulu y entrer ou y
persévérer" (17). Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui amener
à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (Hébr. 11, 6), des
hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile, la nécessité incombe
cependant à l'Église (1 Cor. 9,16) - et en même temps elle en a le droit sacré
- d'évangéliser, et par conséquent son activité missionnaire garde dans leur
intégrité, aujourd'hui comme toujours, sa force et sa nécessité.
C'est par elle que le Corps mystique du Christ rassemble et ordonne sans cesse
les forces en vue de son propre accroissement (cf. Eph. 4, 11-16). C'est pour
mener à bien cette activité que les membres de l'Église sont poussés par la
charité, qui leur fait aimer Dieu et leur fait désirer partager avec tous les
hommes les biens spirituels de la vie future comme ceux de la vie présente.
Par cette activité missionnaire enfin, Dieu est pleinement glorifié, du moment
que les hommes accueillent consciemment et pleinement son œuvre salutaire qu'il
a réalisée dans le Christ. C'est ainsi que par elle se réalise le dessein de
Dieu (que le Christ a servi par obéissance et par amour pour la gloire du Père
qui l'a envoyé [18] ): que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple
de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul
Temple du Saint-Esprit; ce qui, en évoquant la concorde fraternelle, répond au
désir intime de tous les hommes. C'est ainsi qu'enfin s'accomplit vraiment le
dessein du Créateur formant l'homme à son image et à sa ressemblance, quand tous
ceux qui participent à la nature humaine, une fois qu'ils auront été régénérés
dans le Christ par le Saint-Esprit, et reflétant ensemble la gloire de Dieu,
pourront dire: "Notre Père" (19).
8. [L'activité missionnaire dans la vie et l'histoire humaines]
L'activité missionnaire possède un lien intime avec la nature humaine elle-même
et ses aspirations. Car en manifestant le Christ, l'Église révèle aux hommes
par le fait même la vérité authentique de leur condition et de leur vocation
intégrale, le Christ étant le principe et le modèle de cette humanité rénovée,
pénétrée d'amour fraternel, de sincérité, d'esprit pacifique, à laquelle tout
le monde aspire. Le Christ, et l'Église qui rend témoignage à son sujet par la
prédication évangélique, transcendent tout particularisme de race ou de nation,
et par conséquent ils ne peuvent jamais être considérés, ni lui ni elle, comme
étrangers nulle part ni à l'égard de qui que ce soit (20). Le Christ lui-même
est la vérité et la voie que la prédication évangélique découvre à tous, en
portant aux oreilles de tous ces paroles du même Christ: "Faites pénitence
et croyez à l'Évangile" (Mc 1, 15). Puisque celui qui ne croit pas est
déjà jugé (cf. Jn 3, 18), les paroles du Christ sont des paroles à la fois de jugement
et de grâce, de mort et de vie. Car c'est seulement en faisant mourir ce qui
est vieux que nous pouvons parvenir à la nouveauté de vie: cela vaut d'abord
des personnes; mais cela vaut aussi des divers biens de ce monde, qui sont
marqués en même temps par le péché de l'homme et la bénédiction de Dieu:
"Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu" (Rom. 3,
23). Personne, par lui-même ou par ses propres efforts, n'est délivré du péché
ni élevé au-dessus de lui-même, personne n'est entièrement libéré de sa
faiblesse ni de sa solitude ni de son esclavage (21), mais tous ont besoin du
Christ, le Modèle, le Maître, le Libérateur, le Sauveur, celui qui donne la
vie. En toute vérité, dans l'histoire humaine, même au point de vue temporel,
l'Évangile fut un ferment de liberté et de progrès, et il se présente toujours
comme un ferment de fraternité, d'unité et de paix. Ce n'est donc pas sans
raison que le Christ est honoré par les fidèles comme "l'Attente des
nations et leur Sauveur"(22).
9. [Caractère eschatologique de l'activité missionnaire]
Aussi le temps de l'activité missionnaire se situe-t-il entre le premier
avènement du Seigneur, et le second, dans lequel, des quatre vents, telle une
moisson, l'Église sera rassemblée dans le royaume de Dieu (23). Car avant la
venue du Seigneur, il faut que la bonne nouvelle soit proclamée parmi toutes
les nations (cf. Mc 13, 10).
L'activité missionnaire n'est rien d'autre, elle n'est rien de moins que la
manifestation du dessein de Dieu, son Épiphanie et sa réalisation dans le monde
et son histoire, dans laquelle Dieu conduit clairement à son terme, au moyen de
la mission, l'histoire du salut. Par la parole de la prédication et par la
célébration des sacrements, dont la Sainte Eucharistie est le centre et le
sommet, elle rend présent le Christ auteur du salut. Tout ce qui se trouvait
déjà de vérité et de grâce chez les nations comme par une secrète présence de
Dieu, elle le délivre des contacts mauvais et le rend au Christ son Auteur, qui
détruit l'empire du diable et arrête la malice infiniment diverse des crimes.
Aussi, tout ce qu'on découvre de bon semé dans le cœur et l'âme des hommes ou
dans les rites particuliers et les civilisations particulières des peuples, non
seulement ne périt pas, mais est purifié, élevé et porté à sa perfection pour
la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l'homme (24). Ainsi
l'activité missionnaire tend vers la plénitude eschatologique (25): c'est par
elle, en effet, que jusqu'à la mesure et à l'époque que le Père a fixées dans
son autorité (cf. Act. 1, 7), se développe le Peuple de Dieu, en vue de qui il
a été dit de manière prophétique: "Élargis l'espace de ta tente, déploie
les tentures de ta demeure ! Ne les retiens pas !" (Is. 54, 2)26; c'est
par elle que s'accroît le Corps mystique jusqu'à la mesure de l'âge de la
plénitude du Christ (cf. Eph. 4, 13), et que le temple spirituel où Dieu est
adoré en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23) grandit et se construit "sur
le fondement des apôtres et des prophètes, le Christ Jésus étant lui-même la
pierre d'angle" (Eph. 2, 20).
1. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, 2 (AAS, 1965. 5-6) [p. 19].
2. Cf. S. Irénée, Adv. Haer., III, 18, 1: " Le Verbe existant auprès de
Dieu, par qui tout a été fait, et qui était toujours présent dans le genre
humain... " P. G. 7, 932; ib. IV, 6, 7: " Depuis le début, le Fils
présent dans sa création, révèle le Père à tous ceux à qui le veut, quand le
veut et comme le veut le Père " ib. 990; cf. IV, 20, 6-7, ib. 1037;
Démonstration 34 (Patr. Orient XII, 773; Sources chrét. 62, Paris, 1958, p. 87;
-- Clément d'Alexandrie, Protreptique, 112, 1 (GCS, Clemens, I, 79); Stromates
VI, 6, 44, 1 (GCS, Clemens, II, 453); VI, 13, 106, 3-4, ib., 485. Sur la
doctrine elle-même, Pie XII, Message radiophonique 31 déc. 1952; Conc. Vat. II
Const. dogm. Lumen Gentium, 16 (AAS, 1965, 20) [pp. 36-37].
3. Cf. Héb. 1, 2; Jn 1, 3 et 10; 1 Cor. 8. 6; Col. 1, 16.
4. Cf. S. Athanase, Lettre à Epictète, 7 (P.G. 26, 1060); S. Cyrille de
Jérusalem, Catech. 4, 9 (P.G. 33, 465); Marius Victorinus, Adv. Arium, 3, 3
(P.L. 8, 1101); S. Basile, Lettre 261, 2 (P.G. 32, 969); S. Grégoire de
Nazianze, Lettre 101 (P.G. 37, 181); S. Grégoire de Nysse, Antirrheticus, Adv.
Apollin., 17 (P.G. 45, 1156); S. Ambroise. Lettre 48. 5 (P.L. 16, 1153); S.
Augustin, Tract. in Evang. Joann., tr. 23, 6 (P.L. 35, 1585; CChr. 36, 236); en
outre, c'est cet argument qui lui sert à démontrer que le Saint-Esprit ne nous
a pas rachetés, puisqu'il ne s'est pas incarné: De Agone Christ., 22, 24 (P.L.
40, 302); S. Cyrille d'Alexandrie, Adv. Nestor., I, I (P.G. 76, 20); S.
Fulgence, Lettre 17, 3, 5 (P.L. 65, 454); A Trasimond III, 21 (P.L. 65, 284: de
la tristesse et de la crainte).
5. C'est l'Esprit-Saint qui a parlé par les prophètes: Symb. de Constantinople
(Denz. 150 [86]); S. Léon le Grand, Sermon 76 (P.L. 54, 405-406): " Quand
au jour de la Pentecôte l'Esprit-Saint remplit les disciples du Seigneur, ce ne
fut pas le début d'un don, mais une largesse surajoutée à d'autres: les
patriarches, les prophètes, les prêtres, tous les saints qui vécurent aux temps
anciens ont été nourris du même Esprit sanctifiant... bien que la mesure des
dons ait été différente ". De même le Sermon 77, I (P.L. 54, 412); Léon
XIII, Encycl. Divinum illud, 9 mai 1897 (AAS 1897, 650-651 ). De même S. Jean
Chrysostome, bien qu'il insiste sur la nouveauté de la mission du Saint-Esprit
au jour de la Pentecôte: In Eph., c. 4, Hom. 10, 1 (P.G. 62, 75).
6. Les saints Pères parlent souvent de Babel et de la Pentecôte: Origène, In
Genesim, c. I (P.G. 12, 112); S. Grégoire de Nazianze, Orat. 41, 16 (P.G. 36,
449); S. Jean Chrysostome, Hom. 2 pour la Pentecôte, 2 (P.G. 50, 467); In Acta
Apost. (P.G. 60, 44); S. Augustin, Enarr. in Psalm. 54, 11 (P.L. 36, 636;
CChr., 39, 664 sq); Sermon 271 (P.L. 38, 1245); S. Cyrille d'Alexandrie,
Glaphyra in Genesim 11 (P.G. 69, 79); S. Grégoire le Grand, Hom. in Evang.,
lib. II, Hom. 30, 4 (P.L. 76, 1222); S. Bède, In Hexaemer, liv. III (P.L. 91,
125). Voir aussi la représentation dans l'atrium de la Basilique Saint-Marc à
Venise.
L'Église parle toutes les langues, et ainsi rassemble tous les hommes dans la
catholicité de la foi: S. Augustin, Sermons 266, 267, 268, 269 (P.L. 38.
1225-1237); Sermon 175, 3 (P.L. 38, 946); S. Jean Chrysostome, In Epist. 1 ad
Cor., Hom. 35 (P.G. 61, 296); S. Cyrille d'Alex., Fragm. in Acta (P.G. 74,
758); S. Fulgence, Sermon 8, 2-3 (P.L. 65, 743-744).
Sur la Pentecôte et la consécration des Apôtres à la mission: cf. J. A. Cramer,
Catena in Acta SS. Apostolorum, Oxford, 1838, p. 24 sq.
7. Cf. Luc 3, 22; 4, 1; Act. 10, 38.
8. Cf. Jean, chap. 14 à 17; Paul VI, Discours prononcé au Concile, le 14
septembre 1964 (AAS 1964, 807).
9. Cf. Conc. Vat. Il, Const. dogm. Lumen gentium, 4 (AAS 1965, 7) [p. 21].
10. S. Augustin, Sermon 267, 4 (P.L. 38, 1231 ): " Ce que fait l'âme dans
tous les membres d'un même corps, le Saint-Esprit le fait dans l'Église tout
entière ". Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n. 7, avec la
note 8. (AAS 1965, 11) [pp. 23-261.
11. Cf. Act. 10, 44-47; 11, 15; 15, 8.
12. Cf. Act. 4, 8; 5, 32; 8, 26. 29. 39; 9, 31; 10; 11, 24-28; 13, 2. 4. 9; 16,
6-7; 20, 22-23; 21, 11, etc.
13. Tertullien, Apologeticum, 50, 13 (P.L. 1, 534; CChr., 1,171).
14. Déjà saint Thomas d'Aquin parle de la charge apostolique de planter
l'Église: cf. Sent., Lib. I, dist. 16, q. 1, a. 2 ad 2 et 4; a. 3 sol.; Somme
Théologique la, q. 43, a. 7 ad 6; la IIae, q. 106, a. 4 ad 4. Cf. Benoît XV,
Maximum illud. 30 nov. 1919 (AAS 1919. 445 et 453): Pie XI. Rerum Ecclesiae, 28
févr. 1926 (AAS 1926, 74); Pie XII, 30 avril 1939, aux Direct. des Œuvres
Pontif. Missionn.; Id., 24 juin 1944 aux Direct. des Œuvres Pontif.
Missionnaires (.4 .d S. 1944. 210); de nouveau AAS 1950, 727, et 1951, 508);
Id., 29 juin 1948 au clergé indigène (AAS 1948, 374); Id,, Evangelii praecones,
2 juin 1951 (AAS 1951, 507); Id., Fidei Donum 15 janv. 1957 (AAS 1957, 236);
Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 835); Paul VI, Homélie
du 18 octobre 1964 (AAS 1964, 911).
Les Papes aussi bien que les Pères et les Scolastiques parlent de l'expansion
de l'Église (dilatatio Ecclesiae): S. Thomas, Comment. sur Matt. 16, 28; Léon
XIII, Encycl. Sancta Dei Civitas, 3 déc. 1880 (AAS 1880, 241); Benoît XV,
Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 442); Pie XI, Rerum Ecclesiae, 28 fév. 1926
(AAS 1926, 65).
15. Dans cette notion de l'activité missionnaire sont incluses en toute
réalité, comme il est évident, même ces parties de l'Amérique Latine dans
lesquelles n'existe pas de hiérarchie propre, et où ne se trouvent ni une
maturité de vie chrétienne ni une prédication suffisante de l'Évangile. La
question de savoir si ces territoires sont reconnus de fait par le Saint-Siège
comme territoires missionnaires, n'est pas du ressort du Concile. C'est
pourquoi relativement au lien entre la notion de l'activité missionnaire et
certains
territoires déterminés, on dit à juste titre que cette activité s'exerce "
d'ordinaire " dans des territoires déterminés reconnus par le Saint-Siège
16. Conc. Vat. II, Décret Unitatis redintegratio, 1 (AAS 1965, [pp. 497-498].
17. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 14 (AAS 18) [pp. 34-35].
18. Cf. Jn 7, 18; 8, 30 et 44; 8, 50; 17, 1,
19. Sur cette idée synthétique, voir la doctrine de saint Irénée sur la
Récapitulation. Cf. aussi Hippolyte, De Antichristo, 3: " Aimant tous les
hommes et désirant les sauver tous, voulant les rendre tous fils de Dieu et
appelant tous les saints à former un seul homme parfait... " (P.G. 10,
732; G.C.S. Hippolyte I, 2, p. 6); Benedictiones Jacob, 7 (T.U., 38-1, p, 18,
lin. 4 ss); Origène, In Joan. Tom. I, 16: " Il n'y aura alors qu'un seul
acte de connaître Dieu chez ceux qui seront arrivés à Dieu, sous la conduite de
ce Verbe qui est chez Dieu; en sorte que tous soient formés avec soin pour
connaître le Père comme des enfants, comme le Fils est maintenant seul à
connaître le Père " (P.G. 14, 49; G.C.S. Origène IV, 20); S. Augustin, De
Sermone Domini in monte, 1, 41: " Aimons ce qui avec nous peut être mené
jusqu'à ces royaumes où personne ne dit: Mon Père, mais où tous disent à un
seul Dieu: Notre Père " (P,L. 34, 1250); S. Cyrille d'Alex., In Joan., I:
" Car nous sommes tous dans le Christ et la nature commune de notre
humanité reprend vie en lui. C'est pour cela qu'il a été appelé le nouvel Adam.
Il a habité parmi nous, Celui qui par nature est Fils et Dieu; aussi nous
écrions-nous dans son Esprit: Abba, Père ! Le Verbe habite en tous en un seul
temple, c'est-à-dire dans ce temple qu'il a pris pour nous et qu'il nous a
emprunté, afin qu'ayant en lui tous les hommes, il réconcilie au Père tous les
hommes dans un seul corps, comme le dit Paul · (P.G. 73, 161-164).
20. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 445): "Car de même
que l'Église de Dieu est catholique et qu'elle n'est étrangère en aucune race
ni aucune nation... "; cf. Jean XIII, Enc. Mater et Magistra : " De
droit divin l'Église s'étend à toutes les nations... lorsqu'elle a injecté dans
ce qu'on peut appeler les veines d'un peuple sa puissance, elle n'est pas, elle
ne se considère pas une institution quelconque, imposée de l'extérieur à ce
peuple... Aussi tout ce qui lui paraît être bon et honnête, ils le confirment
et le mène à la perfection " (i.e. ceux qui sont re-nés dans le Christ),
25 mai 1961 (AAS, 1961, 444).
21. Cf. S. Irénée, Adv. Haereses, III, 15, 3 (P.G. 7, 919) : " Ils furent
les prédicateurs de la vérité et les apôtres de la liberté ".
22. Bréviaire romain, Antienne O aux vêpres du 23 décembre.
23. Cf. Mt. 24, 31; Didachè 10, 5 (Funk, I, p. 32).
24. Cinc. Vat. II, Cinst. dogm. Lumen Gentium, 17 (AAS, 1965, 20-21) [pp.
37-38]; S. Augustin, De Civitate Dei, 19, 17 (P.L. 41) Instr. de la S. Congr.
de la Propagande (collectanea I, n. 135, p. 42).
25. Selon Origène, l'Évangile doit être prêché avant la consommation de ce
monde : Hom. sur saint Luc, XXI (G.C.S., Origen IX, 136, 21 ss); Conmm. sur
Matth., 39 (XI 75, 25 ss; 76, 4 ss); Hom. sur Jérémie, III, 2 (VIII 308, 29
s.); St Thomas, Somme théologique, Ia Ilae, q. 106, art. 4, ad 4.
26. S. Hilaire de Poitiers, Sur le psaume 14 (P.L. 9, 301); Eusèbe de Césarée,
Sur Isaïe 54, 2-3 (P.G. 24, 462-463); S. Cyrille d'Alexandrie, Sur saïe V,
chap. 54, 1-3 (P.G. 70, 1193).
CHAPITRE II
L'OEUVRE MISSIONNAIRE ELLE-MÊME
10. [Introduction]
L'Église, envoyée par le Christ pour manifester et communique la charité de
Dieu à tous les hommes et à toutes les nations, comprend qu'elle a à faire une
œuvre missionnaire encore énorme. Car deux milliards d'hommes, dont le nombre
s'accroît de jour en jour, qui sont rassemblés en des groupements importants et
déterminés par les rapports stables de la vie culturelle, par les antiques
tradition religieuses, par les liens solides des relations sociales, n'ont pas
encore entendu le message évangélique ou l'ont à peine entendu; les uns suivent
l'une des grandes religions, les autres demeurent étrangers à connaissance de
Dieu lui-même, d'autres nient expressément son existence, parfois même
l'attaquent. L'Église, afin de pouvoir présenter à tous le mystère du salut et
la vie apportée par Dieu, doit s'insérer dans tous ces groupes humains du même
mouvement dont le Christ lui-même, par son incarnation, s'est lié aux
conditions sociales culturelles déterminées des hommes avec lesquels il a vécu.
ART. 1 - LE TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN
11. [Le témoignage de la vie et le dialogue]
Il faut que l'Église soit présente dans ces groupements par ses enfants, qui y
vivent ou sont envoyés vers eux. Car chrétiens, partout où ils vivent, sont
tenus de manifester de telle manière, par l'exemple de leur vie et le
témoignage de leur parole l'homme nouveau qu'ils ont revêtu par le baptême, et
la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation, que
les autres, réfléchissant à leurs bonnes œuvres, glorifient le Père Mt. 5, 16),
et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien
universel de communion des hommes.
Pour qu'ils puissent donner avec fruit ce témoignage du Christ, ils doivent se
joindre à ces hommes par l'estime et la charité, se reconnaître comme des
membres du groupement humain dans lequel ils vivent, avoir une part dans la vie
culturelle et sociale au moyen des divers échanges et des diverses affaires
humaines; ils doivent être familiers avec leurs traditions nationales et
religieuses; découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s'y trouvent
cachées; ils doivent en même temps faire attention à la transformation profonde
qui s'opère parmi les nations, et travailler à ce que les hommes de notre
temps, trop attentifs à la science et à la technique du monde moderne, ne
soient pas détournés des choses divines; bien au contraire, à ce qu'ils soient
éveillés à un désir plus ardent de la vérité et de la charité révélées par
Dieu. Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes, et les a amenés par un
dialogue vraiment humain à la lumière divine; de même ses disciples,
profondément pénétrés de l'Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au
milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu'eux aussi
apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa
munificence, a dispensées aux nations; ils doivent en même temps s'efforcer
d'éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les
ramener sous l'autorité du Dieu Sauveur.
12. [Présence de la charité]
La présence des chrétiens dans les groupements humains doit être animée de
cette charité dont nous a aimés Dieu, qui veut que nous aussi nous nous aimions
mutuellement de la même charité (cf. I Jn 4, 11). La charité chrétienne s'étend
véritablement à tous les hommes, sans aucune distinction de race, de condition
sociale ou de religion; elle n'attend aucun profit ni aucune reconnaissance.
Dieu nous a aimés d'un amour gratuit; de même, que les fidèles soient
préoccupés dans leur charité de l'homme lui-même, en l'aimant du même mouvement
dont Dieu nous a cherchés. Le Christ parcourait toutes les villes et les
bourgades en guérissant toutes les maladies et intimités, en signe de
l'avènement du Règne de Dieu (cf. Mt. 9, 35ss; Act. 10, 38); de même l'Église
est par ses fils en liaison avec les hommes de quelque condition qu'ils soient;
elle l'est surtout avec les pauvres et ceux qui souffrent, et de tout son cœur
elle se sacrifie pour eux (cf. 2 Cor. 12, 15). Elle participe à leurs joies et
à leurs souffrances, elle connaît les aspirations et les problèmes de leur vie,
elle souffre avec eux dans les angoisses de la mort. A ceux qui cherchent la
paix, elle désire répondre dans un dialogue fraternel, en leur apportant la
paix et la lumière qui viennent de l'Évangile.
Les chrétiens doivent donc travailler, ils doivent collaborer avec tous les
autres à organiser de manière droite les affaires économiques et sociales; ils
doivent se dévouer avec un soin spécial à l'éducation des enfants et des jeunes
au moyen des écoles de toute sorte, qu'il faut considérer non seulement comme
un moyen privilégié pour former et élever une jeunesse chrétienne, mais en même
temps comme un service de très haute valeur pour les hommes, surtout pour les
nations qui montent, pour élever la dignité humaine et préparer des conditions
plus humaines. Ils doivent en outre prendre une part dans les efforts de ces
peuples qui, en faisant la guerre à la faim, à l'ignorance et aux maladies,
s'appliquent à améliorer les conditions de la vie et à affermir la paix dans le
monde. Dans cette activité, les fidèles doivent souhaiter ardemment apporter de
façon prudente leur dévouement aux initiatives proposées par les institutions
privées ou publiques, par les gouvernements, par les organismes internationaux,
par les diverses communautés chrétiennes et par les religions non chrétiennes.
Mais l'Église ne veut en aucune manière s'ingérer dans le gouvernement de la
cité terrestre. Elle ne revendique pour elle-même d'autre titre que celui
d'être au service des hommes, Dieu aidant, par sa charité et son service fidèle
(cf. Mt. 20, 26; 23, 11) (1).
Dans leur vie et leur activité. les disciples du Christ, intimement unis aux
hommes, espèrent leur présenter le vrai témoignage du Christ et travailler en
vue de leur salut, même là où ils ne peuvent annoncer pleinement le Christ. Car
ils ne recherchent pas le progrès et la prospérité purement matériels des
hommes; mais ils entendent promouvoir leur dignité et leur union fraternelle,
en enseignant les vérités religieuses et morales que le Christ a éclairées de
sa lumière; et ainsi, ils ouvrent pas à pas un chemin plus parfait vert Dieu.
C'est ainsi que les hommes sont aidés dans l'obtention de leur salut au moyen
de la charité envers Dieu et le prochain; c'est ainsi que commence à luire le
mystère du Christ, en qui est apparu le nouvel homme, créé selon Dieu (cf. Eph.
4, 24), en qui la charité de Dieu se révèle.
ART. 2 - LA PRÉDICATION DE L'ÉVANGILE
ET LE RASSEMBLEMENT DU PEUPLE DE DIEU
13. [Évangélisation et conversion]
Partout où Dieu ouvre un champ libre à la prédication pour proclamer le mystère
du Christ (cf. Col. 4, 3), on doit annoncer (cf. I Cor. 9, 15; Rom. 10, 14) à
tous les hommes (cf. Mc 16, 15) avec assurance et persévérance (cf. Act. 4, 13,
29, 31; 9, 27-28; 13, 46; 14, 3; 19, 8; 26, 26; 28, 31; 1 Thess. 2, 2; 2 Cor.
3, 12; 7, 4; Phil. 1, 20; Eph. 3, 12; 6, 19-20) le Dieu vivant, et Celui qu'Il
a envoyé pour le salut de tous, Jésus-Christ (cf. 1 Thess. 1, 9-10; 1 Cor. 1,
18-21; Gal. 1, 31; Act. 14, 15-17; 17, 22-31), pour que les non-chrétiens, le
Saint-Esprit ouvrant leur cœur (cf. Act. 16, 14), croient et se convertissent
librement au Seigneur et s'attachent loyalement à Lui qui, étant "la Voie,
la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6), comble toutes leurs attentes
spirituelles, bien plus les dépasse de façon infinie.
Bien sûr, cette conversion est à comprendre comme une conversion initiale; elle
est suffisante cependant pour que l'homme se rende compte que, détourné du
péché, il est introduit dans le mystère de l'amour de Dieu, qui l'appelle à
nouer des rapports personnels avec Lui dans le Christ. En effet, sous l'action
de la grâce de Dieu, le nouveau converti entreprend un itinéraire spirituel par
lequel, communiant déjà par la foi au mystère de la mort et de la résurrection,
il passe du vieil homme au nouvel homme qui a sa perfection dans le Christ (cf.
Col. 3, 5-10; Eph. 4, 20-24). Ce passage, qui entraîne avec soi un changement
progressif de la mentalité et des mœurs, avec ses conséquences sociales, doit
devenir manifeste et se développer peu à peu pendant le temps du catéchuménat.
Comme le Seigneur en qui on croit est un signe de contradiction (cf. Lc 2, 34;
Mt. 10, 34-39), il n'est pas rare que le converti fasse l'expérience de
ruptures et de séparations, mais aussi connaisse les joies que Dieu donne sans
les mesurer (cf. 1 Thess. 1, 6).
L'Église interdit sévèrement de forcer qui que ce soit à embrasser la foi, ou
de l'y amener ou attirer par des pratiques indiscrètes, tout comme elle
revendique avec force le droit pour qui que ce soit de n'être pas détourné de
la foi par des vexations injustes (2).
Selon la très antique coutume de l'Église, on doit examiner avec soin les
motifs de la conversion et, s'il est nécessaire, les purifier.
14. [Catéchuménat et initiation chrétienne]
Ceux qui ont reçu de Dieu par l'intermédiaire de l'Église la foi au Christ (3)
doivent être admis au catéchuménat par des cérémonies liturgiques. Le
catéchuménat n'est point un simple exposé des dogmes et des préceptes, mais une
formation à la vie chrétienne intégrale, et un apprentissage mené de la façon
qui convient -- formation et apprentissage par lesquels les disciples sont unis
au Christ leur Maître. Les catéchumènes doivent donc être initiés comme il faut
au mystère du salut et à la pratique des mœurs évangéliques, et introduits par
des rites sacrés, célébrés à des époques successives (4), dans la vie de la
foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu.
Ensuite, délivrés de la puissance des ténèbres (cf. Col. 1, 13) (5) par les
sacrements de l'initiation chrétienne, morts avec le ensevelis avec lui et
ressuscités avec lui (cf. Rom. 6, 4-11; Col. 2, 12-13; 1 Pt. 3, 21-22; Mc 16,
16), ils reçoivent l'Esprit d'adoption des enfants (cf. 1 Thess. 3, 5-7; Act.
8, 14-17) et célèbrent avec tout le Peuple de Dieu le mémorial de la mort et de
la résurrection du Seigneur.
Il faut souhaiter que la liturgie du temps du Carême et du temps de Pâques soit
réformée de telle manière qu'elle prépare les cœurs des catéchumènes à la
célébration du mystère pascal, pendant solennités duquel ils sont régénérés par
le baptême dans le Christ.
Cette initiation chrétienne au cours du catéchuménat doit être l'œuvre non pas
des seuls catéchistes ou des seuls prêtres, mais celle de toute la communauté
des fidèles, spécialement celle des parrains, en sorte que dès le début les
catéchumènes sentent qu'ils appartiennent au peuple de Dieu. La vie de l'Église
étant apostolique, les catéchumènes doivent de même apprendre à coopérer
activement par le témoignage de leur vie et la profession de leur foi à
l'évangélisation et à la construction de l'Église.
Enfin, le statut juridique des catéchumènes doit être fixé clairement dans le
nouveau Code: ils sont déjà unis à l'Église (6), ils sont déjà de la maison du
Christ (7), et il n'est pas rare qu'ils mènent une vie de foi, d'espérance et
de charité.
ART. 3 - LA FORMATION DE LA COMMUNAUTÉ
CHRÉTIENNE
15. [Formation de la communauté chrétienne]
Quand l'Esprit-Saint, qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du
Verbe et la prédication de l'Évangile et produit dans les cœurs la soumission
de la foi, engendre à une nouvelle vie dans le sein de la fontaine baptismale,
ceux qui croient au Christ, il les rassemble en un seul Peuple de Dieu qui est
"race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis" (1 Pt. 2,
9) (8).
Les missionnaires donc, collaborateurs de Dieu (cf. 1 Cor. 3, 9), doivent faire
naître des assemblées de fidèles qui, menant une vie digne de l'appel qu'elles
ont reçu (cf. Eph. 4, 1), soient telles qu'elles puissent exercer les fonctions
à elles confiées par Dieu: sacerdotale, prophétique, royale. C'est de cette
manière qu'une communauté chrétienne devient signe de la présence de Dieu dans
le monde: par le sacrifice eucharistique, en effet, elle passe constamment au
Père avec le Christ (9); nourrie (10) avec soin de la parole de Dieu elle
présente le témoignage du Christ (11); elle marche enfin dans la charité et est
enflammée d'esprit apostolique (12).
Une communauté chrétienne doit dès le début être constituée de telle manière
qu'elle puisse, dans la mesure du possible, pourvoir elle-même à ses besoins.
Ce rassemblement des fidèles, doté des richesses culturelles de sa propre
nation, doit être profondément enraciné dans le peuple: les familles doivent
s'y épanouir pénétrées de l'esprit évangélique (13) et y être aidées par des
écoles valables; on doit y organiser des associations et des groupements au
moyen desquels l'apostolat des laïcs pourra pénétrer de l'esprit évangélique
toute la société. La charité enfin doit y briller dans son éclat entre les
catholiques de rites différents (14).
L'esprit œcuménique doit aussi être nourri parmi les néophytes, qui doivent
penser avec exactitude que des frères qui croient au Christ sont des disciples
du Christ, régénérés par le baptême, des participants de nombreux biens du
Peuple de Dieu. Autant que le permettent les situations religieuses, une action
œcuménique doit être menée de telle sorte que, étant bannie toute apparence
d'indifférentisme, de confusionnisme et d'odieuse rivalité, les catholiques
collaborent fraternellement avec les frères séparés, selon les dispositions du
décret sur l'œcuménisme, par une commune profession de foi en Dieu et en
Jésus-Christ devant les nations, dans la mesure du possible, et par une
coopération dans les questions sociales et techniques, culturelles et
religieuses; qu'ils collaborent surtout à cause du Christ leur Maître commun:
que son Nom les unisse ! Cette collaboration doit être établie non seulement
entre les personnes privées, mais aussi, au jugement de l'Ordinaire du lieu,
entre les Églises, communautés ecclésiales et entre leurs œuvres.
Les chrétiens venus de tous les peuples et rassemblés dans l'Église, "ne
se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par leur
façon de se comporter dans la cité" (15); aussi doivent-ils vivre pour
Dieu et le Christ selon les usages et le comportement de leur pays, pour
cultiver vraiment et efficacement en bons citoyens l'amour de la Patrie, pour
éviter cependant de manière absolue le mépris à l'égard des races étrangères,
le nationalisme exacerbé, et promouvoir l'amour universel des hommes.
Dans l'obtention de ces résultats, ont une très grande importance et sont
dignes d'un intérêt particulier les laïcs, autrement dit ces chrétiens qui, incorporés
au Christ par le baptême, vivent dans le monde. C'est leur rôle propre, quand
ils sont pénétrés de l'Esprit du Christ, d'animer de l'intérieur, à la façon
d'un ferment, les réalités temporelles, et de les disposer pour qu'elles soient
toujours selon le Christ (16).
Il ne suffit point cependant que le peuple chrétien soit présent et établi dans
un pays; il ne suffit point non plus qu'il exerce l'apostolat de l'exemple; il
est établi, il est présent dans ce but: annoncer le Christ aux concitoyens non
chrétiens par la parole et par l'action, et les aider à recevoir pleinement le
Christ.
En outre, pour l'implantation de l'Église et le développement de la communauté
chrétienne, sont nécessaires des ministères divers qui, suscités par l'appel
divin du sein même de l'assemblée des fidèles, doivent être encouragés et
respectés par tous avec un soin empressé: parmi eux, il y a les fonctions des
prêtres, des diacres et des catéchistes, et l'Action catholique. De même, les
Religieux et les Religieuses remplissent, soit par leur prière soit par leur
dévouement actif, une tâche indispensable pour enraciner dans les cœurs le
Règne du Christ, l'y fortifier et l'étendre plus au loin.
16. [Établissement du clergé local]
Avec une immense joie, l'Église rend grâces pour le don inappréciable de la
vocation sacerdotale que Dieu a accordé à un si grand nombre de jeunes parmi
les peuples récemment convertis au Christ. L'Église, en effet, enfonce des
racines plus vigoureuses en chaque groupe humain, quand les diverses communautés
de fidèles possèdent, tirés de leurs membres, leurs propres ministres du salut
dans l'ordre des évêques, des prêtres et des diacres, qui sont au service de
leurs frères, en sorte que les jeunes Églises acquièrent peu à peu une
structure diocésaine avec leur clergé propre.
Ce qui a été décidé par le Concile à propos de la vocation et de la formation
sacerdotale, doit être observé religieusement dès que l'Église commence à
s'implanter, et aussi dans les jeunes Églises. Il faut faire très grand cas de
ce qui est dit de la formation spirituelle à joindre étroitement à la formation
doctrinale et pastorale, de la vie à mener selon le type de l'Évangile sans
considération de l'avantage personnel ou de l'intérêt familial, du sens intime
du mystère de l'Église à développer. Ils apprendront ainsi de façon
merveilleuse à se consacrer tout entiers au service du Corps du Christ et à
l'œuvre de l'Évangile, à s'attacher à leur propre évêque comme de fidèles
collaborateurs et à apporter un concours loyal à leurs confrères (17).
Pour arriver à cette fin générale, toute la formation des élèves doit être
organisée à la lumière du mystère du salut comme il est exposé dans les
Écritures; qu'ils découvrent et vivent ce mystère du Christ et du salut des
hommes présent dans la liturgie (18).
Ces exigences communes de la formation sacerdotale, même pastorale et pratique,
selon les dispositions du Concile (19), doivent se combiner avec le zèle à
aller au-devant du mode particulier de penser et d'agir de sa propre nation. Les
esprits des élèves doivent donc être ouverts et rendus pénétrants pour bien
connaître et pouvoir juger la culture de leur pays; dans les disciplines
philosophiques et théologiques, ils doivent saisir les raisons qui créent un
désaccord entre les traditions et la religion nationales. et la religion
chrétienne (20). De même, la formation sacerdotale doit viser les nécessités
pastorales de la région; les élèves doivent apprendre l'histoire, le but et la
méthode de l'action missionnaire de l'Église, et les conditions particulières
sociales, économiques, culturelles de leur propre peuple. Ils doivent être
éduqués dans un esprit d'œcuménisme, et préparés comme il convient au dialogue
fraternel avec les non-chrétiens (21). Tout cela demande que les études conduisant
au sacerdoce soient menées, autant que faire se peut, en liaison continuelle
avec le pays particulier de chacun et dans le même cadre de vie (22). Qu'on
veille enfin à donner une formation préparant à l'administration ecclésiastique
ordonnée, et même une formation économique.
On devra aussi choisir des prêtres capables qui, après une certaine pratique
pastorale, pourront mener à bon terme des études supérieures dans des
Universités même étrangères, surtout à Rome, et dans d'autres Instituts
scientifiques, en sorte que les jeunes Églises aient à leur disposition des
prêtres venant du clergé local, dotés d'une science et d'une expérience
convenables, pour remplir des fonctions ecclésiastiques plus ardues.
Là où les Conférences Épiscopales le jugeront opportun, l'ordre du diaconat
devra être rétabli comme état de vie permanent, selon les dispositions de la
Constitution sur l'Église (23). Il est utile, en effet, que les hommes qui
accomplissent un ministère vraiment diaconal, ou en prêchant la parole de Dieu
comme catéchistes, ou en gouvernant au nom du curé et de l'évêque les
communautés chrétiennes éloignées, ou en exerçant la charité dans les œuvres
sociales ou caritatives, soient fortifiés par l'imposition des mains transmise
depuis les Apôtres, et plus étroitement unis à l'autel, pour qu'ils
s'acquittent de leur ministère plus efficacement, au moyen de la grâce
sacramentelle du diaconat.
17. [Formation des catéchistes]
De même, elle est digne d'éloge cette armée, qui a si magnifiquement mérité de
l'œuvre des missions auprès des païens, l'armée des catéchistes hommes et
femmes qui, pénétrés de l'esprit apostolique, apportent par leurs labeurs
considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l'expansion de la
foi et de l'Église.
De nos jours, du fait du petit nombre des clercs pour évangéliser de si grandes
multitudes et accomplir le ministère pastoral, l'office des catéchistes a une
très grande importance. Leur formation doit donc être tellement menée à bien et
accommodée au progrès culturel qu'ils puissent remplir le plus parfaitement
possible leur fonction en collaborateurs efficaces de l'ordre sacerdotal --
leur fonction qui se complique de charges nouvelles et plus amples.
Il faut donc multiplier les écoles diocésaines et régionales dans lesquelles
les futurs catéchistes cultiveront avec soin la doctrine catholique, surtout en
matière biblique et liturgique, et aussi la méthode catéchétique et la pratique
pastorale, se formeront aux mœurs des chrétiens (24), s'appliquant sans arrêt à
cultiver la piété et la sainteté de leur vie. De plus, on devra établir des
sessions ou des cours qui permettront aux catéchistes de se renouveler à
périodes fixes dans les disciplines et les arts utiles à leur ministère, de
nourrir et de fortifier leur vie spirituelle. En outre, à ceux qui se dévouent
entièrement à cette besogne, on devra procurer par une juste rémunération un
état de vie décent et la sécurité sociale (25).
On souhaite qu'il soit pourvu d'une manière convenable à la formation et à
l'entretien des catéchistes par des subsides spéciaux du sacré dicastère de la
Propagande. Si cela apparaît nécessaire et indiqué, on fondera une Œuvre pour
les catéchistes.
De plus, les Églises apprécieront avec reconnaissance le labeur généreux des
catéchistes auxiliaires, dont l'aide leur sera indispensable. Ils président les
prières dans leurs communautés et enseignent la doctrine. Il faut donc se
préoccuper comme il convient de leur formation doctrinale et spirituelle. En
outre il est désirable que, là où cela paraîtra opportun, la mission canonique
soit confiée publiquement au cours d'une action liturgique aux catéchistes qui
auront reçu une formation suffisante, afin qu'ils soient au service de la foi
auprès du peuple avec une plus grande autorité.
18. [Promouvoir la vie religieuse]
Dès la période de l'implantation de l'Église, on doit prendre soin d'introduire
la vie religieuse: non seulement elle apporte une aide précieuse et absolument
nécessaire à l'activité missionnaire, mais par la consécration plus intime
faite à Dieu dans l'Église, elle manifeste aussi avec éclat et fait comprendre
la nature intime de la vocation chrétienne (26).
Les Instituts religieux qui travaillent à la plantation de l'Église,
profondément imprégnés des richesses mystiques qui sont la gloire de la
tradition religieuse de l'Église, doivent s'efforcer de les exprimer et de les
transmettre selon le génie et le caractère de chaque nation. Ils doivent
examiner comment les traditions ascétiques et contemplatives, dont les germes
ont été quelquefois répandus par Dieu dans les civilisations antiques avant la
prédication de l'Évangile, peuvent être assumées dans la vie religieuse
chrétienne.
Dans les jeunes Églises, les diverses formes de vie religieuse doivent être
cultivées avec soin, afin de montrer les divers aspects de la mission du Christ
et de la vie de l'Église, d'apporter un dévouement aux diverses œuvres
pastorales et de préparer comme il le faut leurs membres à les accomplir.
Cependant, que les Évêques veillent dans les Conférences à ce que des
Congrégations poursuivant la même fin apostolique ne se multiplient pas au
détriment de la vie religieuse et de l'apostolat.
Sont dignes d'une mention spéciale les diverses initiatives en vue de
l'enracinement de la vie contemplative: certains Instituts, gardant les
éléments essentiels de l'institution monastique, travaillent à implanter la
très riche tradition de leur Ordre; d'autres reviennent aux formes plus simples
du monachisme antique; tous cependant doivent chercher une authentique adaptation
aux conditions locales. La vie contemplative relevant du développement complet
de la présence de l'Église, il faut qu'elle soit instaurée partout dans les
jeunes Églises.
1. Cf. Alloc. de Paul VI au Concile, 21 novembre 1964 (AAS 1964, 1013).
2. Cf. Conc. Vat. II, Décl. sur la liberté religieuse, 2, 4, 10 (AAS, 1966,
930-933, 936) [pp. 558-559, 560-561, 564-565]. Const. sur l'Église dans le
monde d'aujourd'hui 21 (AAS, 1966, 1040-1042) [pp. 167 ss].
3. Cf. Conc. Vat. Il, Const. dogm. Lumen gentium, 17 (AAS, 1965, 20-21) [pp.
37-38].
4. Cf. Conc. Vat. II, Const. sur la liturgie, 64-65 (AAS, 1964, 117) [p. 148].
5. Sur la libération de l'esclavage du démon et des ténèbres. dans l'Évangile:
cf. Mt. 12, 28; Jn 8, 44; 12, 31 (cf. I Jn 3.8; Eph. 2. 1-2); dans la liturgie
du baptême: cf. le Rituel romain.
6. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 14 (AAS 1965. 19) [pp.
34-35].
7. Cf. S. Augustin, Tract. in Joan., Tr. 11, 4 (P.L. 35, 1476).
8. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 9 (AAS, 1965, 13) [pp.
28-29].
9. Cf. Ibid., 10, I1, 34 (AAS, 1965, 14-16, 39-40) [pp. 29-32, 59-60].
10. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine, 21 (AAS, 1965,
24) [p. 117].
11. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 12, 35 (AAS, 1965, 16,
40-41) [pp. 32-33, 60-61].
12. Cf. Ibid., 23, 36 (AAS, 1965, 28. 41-42) [pp. 45-47, 61-62]
13. Cf. lbid., 11, 35.41 (AAS, 1965, 15-16, 40-41.47) [pp. 30-32, 60-61,
66-69].
14. Cf. Conc. Vat. II. Décret sur les Églises orientales, 4 (AAS, 1965, 77-78)
[pp. 484-485].
15. Epître à Diognète, 5 (P.G. 2, 1173); cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen
gentium, 38 (AAS, 1965, 43) [p. 64].
16. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 32 (AAS, 1965, 38) [pp.
57-58]; Décret sur l'Apostolat des laïcs, 5-7 (AAS, 1966, 842-844) [pp.
402-404].
17. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, 4, 8, 9 (AAS 1966,
716, 718-719) [pp. 359, 361-363].
18. Cf. Conc. Vat. II, Const. sur la liturgie, 17 (AAS, 1964, 105) [pp.
134-135].
19. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, I (AAS 1966,
713-714) [p. 356].
20. Cf. Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 843-844).
21. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur l'œcuménisme, 4 (AAS, 1965, 94-96) [pp.
502-5041.
22. Cf. Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS, 1959, 842).
23. Cf. Conc. Vat. Il, Const. dogm. Lumen gentium, 29 (AAS, 1965. 36) [pp.
54-55].
24. Cf. Jean XXIII. Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 855).
25. Il s'agit de ce qu'on appelle " les catéchistes à plein temps ",
" full time catechists ".
26.. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 31, 44 (AAS 1965, 37,
50-51) [pp. 56-57, 73-74].
CHAPITRE III
LES ÉGLISES PARTICULIÈRES
19. [Le progrès des jeunes Églises]
Quand l'assemblée des fidèles est déjà enracinée dans la vie sociale et modelée
jusqu'à un certain point sur la culture locale, qu'elle jouit d'une certaine
stabilité et fermeté, l'œuvre de la plantation de l'Église dans ce groupe
humain déterminé atteint dans une certaine mesure son terme; ayant ses ressources
propres, fussent-elles insuffisantes, en clergé local, en religieux et en
laïcs, elle est enrichie de ces ministères et institutions qui sont nécessaires
pour mener et développer la vie du peuple de Dieu sous la conduite de son
propre évêque.
Dans ces jeunes Églises, la vie du Peuple de Dieu doit acquérir sa maturité
dans tous les domaines de la vie chrétienne, qui doit être renouvelée selon les
dispositions de ce Concile; les assemblées de fidèles deviennent de jour en
jour plus consciemment des communautés de foi, de liturgie et de charité; par
leur activité civile et apostolique, les laïcs travaillent à instaurer dans la
cité un ordre de charité et de justice; les moyens de communication sociale
sont employés de manière opportune et prudente; grâce à une vie vraiment
chrétienne, les familles deviennent des séminaires d'apostolat des laïcs et de
vocations sacerdotales et religieuses. La foi enfin est enseignée au moyen
d'une catéchèse adaptée, elle est célébrée dans une liturgie conforme au génie
du peuple, et par une législation canonique convenable, elle passe dans les
institutions honorables et dans les coutumes locales.
Les Évêques, chacun avec leur presbyterium, de plus en plus pénétrés du sens du
Christ et de l'Église, doivent sentir et vivre avec l'Église universelle.
Intime doit demeurer la communion des jeunes Églises avec l'Église tout
entière; elles doivent en joindre les éléments traditionnels à leur culture
propre, pour accroître la vie du Corps Mystique par des échanges mutuels (1).
On doit donc cultiver les éléments théologiques, psychologiques et humains qui
peuvent contribuer à favoriser ce sens de la communion avec l'Église
universelle.
Ces Églises, situées très souvent dans des contrées plus pauvres du globe,
souffrent encore d'une insuffisance, d'ordinaire très grave, de prêtres, et
d'un manque, de subsides matériels. Aussi ont-elles un très grand besoin que
l'action missionnaire continuée de l'Église tout entière leur procure les
secours qui servent tout d'abord au développement de l'Église locale et à la
maturité de la vie chrétienne. Cette action missionnaire doit aussi apporter
son aide à ces Églises, fondées de longue date, qui se trouvent dans un état de
régression et de faiblesse.
Cependant, ces Églises doivent renouveler leur zèle pastoral commun et les
œuvres adaptées au moyen desquels les vocations pour le clergé diocésain et les
instituts religieux s'accroissent en nombre, sont discernées avec plus de
sûreté et cultivées avec un soin plus efficace (2) en sorte que peu à peu ces
Églises puissent pourvoir à leurs propres besoins et apporter de l'aide aux
autres.
20. [L'activité missionnaire des Églises particulières]
L'Église particulière étant tenue de représenter le plus parfaitement possible
l'Église universelle, elle doit savoir nettement qu'elle a été envoyée aussi à
ceux qui ne croyant pas au Christ demeurent avec elle sur le même territoire,
afin d'être par le témoignage de la vie de chacun des fidèles et de toute la
communauté. un signe qui leur montre le Christ.
De plus, le ministère de la parole est indispensable pour que l'Évangile
parvienne à tous. Il faut donc qu'avant tout l'Évêque soit un prédicateur de la
foi, qui amène au Christ de nouveaux disciples (3), Pour s'acquitter comme il
faut de cette noble tâche, il doit connaître à fond la situation de son
troupeau, les opinions intimes sur Dieu de ses concitoyens, en tenant
soigneusement compte de ces changements introduits par l'urbanisation (ainsi
parle-t-on}. les migrations et l'indifférentisme religieux.
Dans les jeunes Églises, les prêtres locaux doivent entreprendre avec ardeur
l'œuvre de l'évangélisation. organisant une action commune avec les
missionnaires étrangers avec lesquels ils forment un seul presbyterium
parfaitement uni sous l'autorité de l'évêque, non seulement pour paître les
fidèles et célébrer le culte divin, mais aussi pour prêcher l'Évangile à ceux
qui sont dehors. Ils doivent se montrer prêts, et à l'occasion s'offrir d'un
cœur ardent à l'Évêque pour entreprendre le travail missionnaire dans les
régions éloignées et délaissées de leur propre diocèse, ou en d'autres
diocèses.
Du même zèle doivent brûler les religieux et les religieuses, et de même les
laïcs à l'égard de leurs concitoyens, de ceux surtout qui sont plus pauvres.
Les Conférences Épiscopales doivent veiller à ce que, à des époques fixes,
soient organisés des cours de renouvellement biblique, théologique, spirituel
et pastoral dans l'intention suivante: que parmi les bouleversements et les
changements, le clergé acquière une connaissance plus pleine de la science
théologique et des méthodes pastorales.
Au reste, que soit observé religieusement ce que ce Concile a décidé
spécialement dans le Décret sur le ministère et la vie des prêtres.
Pour que cette œuvre missionnaire d'une Église particulière puisse être menée à
bien, il faut avoir des ministres capables, qu'on préparera à temps de la
manière qui convient à la situation de chaque Église. Les hommes se réunissant
de plus en plus en groupes, il convient tout à fait que les Conférences
Épiscopales aient des échanges sur le dialogue à instituer avec ces groupes. Si
en certaines régions il se rencontre des groupes d'hommes qui sont détournés
d'embrasser la foi catholique, du fait qu'ils ne peuvent s'adapter à la forme
particulière que l'Église y a revêtue, il est désirable qu'on pourvoie de façon
spéciale4 à une telle situation, jusqu'à ce que tous les chrétiens puissent
être rassemblés en une seule communauté. Les Évêques doivent appeler dans leur
diocèse ou recevoir volontiers les missionnaires dont le Siège Apostolique
pourrait disposer dans ce but, et favoriser efficacement leurs initiatives.
Pour que ce zèle missionnaire commence à fleurir chez "les frères de la
même patrie", il convient tout à fait que les jeunes Églises participent
effectivement le plus tôt possible à la mission universelle de l'Église en
envoyant, elles aussi, des missionnaires qui pourront annoncer l'Évangile par
toute la terre, bien qu'elles souffrent d'une pénurie de clergé. La communion
avec l'Église universelle sera d'une certaine manière consommée lorsque, elles
aussi, elles participeront activement à l'action missionnaire auprès d'autres
nations.
21. [Promouvoir l'apostolat des laïcs]
L'Église n'est pas fondée vraiment, elle ne vit pas pleinement, elle n'est pas
le signe parfait du Christ parmi les hommes si un laïcat authentique n'existe
pas et ne travaille pas avec la hiérarchie. L'Évangile ne peut s'enfoncer
profondément dans les esprits, dans la vie, dans le travail d'un peuple sans la
présence active des laïcs. Par conséquent, il faut dans la fondation d'une
Église apporter déjà une très grande attention à constituer un laïcat chrétien
qui atteigne sa maturité.
Les laïcs qui sont fidèles appartiennent à la fois au Peuple de Dieu et à la
société civile; ils appartiennent à leur nation; ils y sont nés; ils ont
commencé à participer par l'éducation à ses trésors culturels, ils sont liés à
sa vie par des liens sociaux de formes multiples; ils coopèrent à son progrès
par leurs efforts personnels, chacun dans sa profession; ils sentent ses
problèmes comme étant les leurs propres, et ils s'appliquent à les résoudre;
ils appartiennent aussi au Christ, parce qu'ils ont été régénérés dans l'Église
par la foi et le baptême afin d'être au Christ (cf. I Cor. 15, 23) par leur vie
et leur action nouvelles, afin aussi que dans le Christ tout soit soumis à
Dieu, et qu'enfin Dieu soit tout en tous (cf. 1 Cor. 15, 28).
Leur principal devoir à eux, hommes et femmes, c'est le témoignage du Christ,
qu'il doivent rendre par leur vie et leurs paroles dans leur famille, dans leur
groupe social, dans leur milieu professionnel. Il faut donc qu'apparaisse en
eux l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté véritable
(cf. Eph. 4, 24). Ils doivent exprimer cette nouveauté de vie dans le milieu
social et culturel de leur patrie, selon les traditions nationales. Ils doivent
connaître cette culture, la purifier, la conserver, la développer selon les
situations récentes, enfin lui donner sa perfection dans le Christ, afin que la
foi du Christ et la vie de l'Église ne soient plus étrangères à la société dans
laquelle ils vivent, mais commencent à la pénétrer et à la transformer. Ils
doivent se joindre à leurs concitoyens avec une charité sincère, afin que dans
leur comportement apparaisse un nouveau lien d'unité et de solidarité
universelle, puisé dans le mystère du Christ. Ils doivent aussi répandre la foi
du Christ parmi ceux auxquels ils sont liés par la vie et la profession; cette
obligation s'impose d'autant plus que le plus grand nombre des hommes ne
peuvent entendre l'Évangile et connaître le Christ que par les laïcs proches
d'eux. Bien plus, là où c'est possible, les laïcs doivent être prêts, en une
collaboration plus immédiate avec la hiérarchie, à remplir une mission spéciale
pour annoncer l'Évangile et communiquer la doctrine chrétienne, afin de rendre
plus vigoureuse l'Église naissante.
Les ministres de l'Église doivent estimer à haut prix l'apostolat difficile des
laïcs; ils doivent former les laïcs pour que, comme membres du Christ, ils
prennent conscience de leur responsabilité à l'égard de tous les hommes; ils
doivent les instruire profondément dans le mystère du Christ, les introduire
aux méthodes pratiques, être avec eux dans les difficultés, selon la pensée de
la Constitution sur l'Église et du Décret sur l'apostolat des laïcs.
Les fonctions et les responsabilités propres des Pasteurs et des laïcs étant
bien respectées, la jeune Église tout entière doit rendre un seul témoignage
vivant et ferme du Christ, afin de devenir un signe évident du salut qui nous
arrive dans le Christ.
22. [Diversité dans l'unité]
La semence qui est la parole de Dieu venant à germer dans une bonne terre,
arrosée de la rosée divine, puise la sève, la transforme et l'assimile pour
porter enfin un fruit abondant. Certes, à l'instar de l'économie de
l'Incarnation, les jeunes Églises enracinées dans le Christ et construites sur
le fondement des Apôtres, assument pour un merveilleux échange toutes les
richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage (cf. Ps. 2, 8).
Elles empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur
sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut
contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du
Sauveur, et ordonner comme il le faut la vie chrétienne5.
Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire que dans chaque grand territoire
socioculturel, comme on dit, une réflexion théologique de cette sorte soit
encouragée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l'Église universelle,
les faits et les paroles révélés par Dieu, consignés dans les Saintes Lettres,
expliqués par les Pères de l'Église et le Magistère, seront soumis à un nouvel
examen. Ainsi on saisira plus nettement par quelles voies "la foi",
compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut "chercher
l'intelligence", et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie,
l'ordre social peuvent s'accorder avec les mœurs que fait connaître la
révélation divine. Ainsi apparaîtront les voies vers une plus profonde
adaptation dans toute l'étendue de la vie chrétienne. De cette manière, toute
apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée, la vie
chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture (6), les
traditions particulières avec les qualités propres de chaque famille des
nations, éclairées par la lumière de l'Évangile, assumées dans l'unité
catholique. Enfin, les nouvelles Églises particulières, enrichies de leurs
traditions, auront leur place dans la communion ecclésiastique, la Primauté de
la Chaire de Pierre, qui préside à tout le rassemblement de la charité (7),
demeurant intacte.
Il faut donc souhaiter -- bien plus, il convient tout à fait -- que les
Conférences Épiscopales, dans les limites de chaque grand territoire
socioculturel, s'unissent de telle manière qu'elles puissent, en plein accord
et en mettant en commun leurs avis, poursuivre ce propos d'adaptation.
1. Cf. Jean XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 838).
2. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres 11 (AAS
1966, 1008) [pp. 332-333]; Décret sur la formation des prêtres 2 (AAS 1966,
714-715) [pp. 356-358].
3. Cf. Conc. Vat. II, Const. Dogm. Lumen gentium, 25 (AAS, 1965, 29) [pp.
47-49].
4. Cf. Conc. Vat. II, le Décret sur le ministère et la vie des prêtres, 10, où,
en vue de faciliter la pastorale pour divers groupes sociaux, on prévoit
l'établissement de Prélatures personnelles dans la mesure où l'organisation
parfaite de l'apostolat le demandera (AAS, 1966, 1007) [pp. 331-332].
5. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 13 (AAS., 1965, 17-18) [pp.
33-341.
6. Cf. Alloc. de Paul VI à la canonisation des Martyrs de l'Ouganda, 18 oct.
1964 (AAS 1964, 908).
7. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 13 (AAS, 18) [pp. 33-34].
CHAPITRE IV
LES MISSIONNAIRES
23. [La vocation missionnaire]
Bien qu'à tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la
foi (1), le Christ Seigneur appelle toujours parmi ses disciples ceux qu'il
veut pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher aux peuples païens
(cf. Me 3, 13 s.). Aussi par l'Esprit-Saint, qui partage comme il lui plaît les
charismes pour le bien de l'Église (1 Cor. 12, 11), inspire-t-il la vocation
missionnaire dans le cœur d'individus et suscite-t-il en même temps dans
l'Église des Instituts (2) qui se chargent comme d'un office propre de la
mission d'évangélisation qui appartient à toute l'Église.
Ils sont, en effet, marqués d'une vocation spéciale ceux qui -- doués d'un
caractère naturel adapté, aptes en raison de leurs qualités et de leur
intelligence -- sont prêts à assumer (3) l'œuvre missionnaire, qu'ils soient
autochtones ou étrangers: prêtres, religieux, laïcs. Envoyés par l'autorité
légitime, ils partent dans la foi et l'obéissance vers ceux qui sont loin du
Christ, mis à part pour l'œuvre en vue de laquelle ils ont été choisis (cf.
,Act. 13, 2) comme ministres de l'Évangile "pour que l'offrande des païens
soit agréée, étant sanctifiée par l'Esprit-Saint" (Rom. 15, 16).
24. [La spiritualité missionnaire]
Mais au vrai Dieu qui l'appelle, l'homme doit répondre d'une manière telle que,
sans consulter la chair ni le sang (cf. Gal. 1, 16), il s'attache tout entier à
l'œuvre de l'Évangile. Mais cette réponse ne peut être donnée qu'à l'invitation
et avec la force de l'Esprit-Saint. L'envoyé entre en effet dans la vie et la
mission de Celui qui "s'est anéanti en prenant la forme d'esclave"
(Phil. 2, 7). Il doit donc être prêt à se maintenir pour la vie dans sa
vocation, à renoncer à lui-même et à tout ce qu'il a possédé jusque-là et à se
faire tout à tous (1 Cor. 9, 22).
Annonçant l'Évangile parmi les peuples païens, il doit faire connaître avec
confiance le mystère du Christ, dont il est l'ambassadeur, de telle manière
qu'en Lui il ait l'audace de parler comme il le faut (cf. Eph. 6, 19 s.; Act.
4, 31), sans rougir du scandale de la croix. Suivant les traces de son Maître
qui est doux et humble de cœur, il doit montrer que son joug est suave et son
fardeau léger (Mt. I 1, 29 s.). Par une vie véritablement évangélique (4), par
une grande constance, par la longanimité, par la douceur, par une charité sans
feinte (cf. 2 Cor. 6, 4 s.), il doit rendre témoignage à son Seigneur et même,
si c'est nécessaire, jusqu'à l'effusion du sang. Il obtiendra de Dieu courage
et force pour reconnaître que, dans les multiples tribulations et la très
profonde pauvreté qu'il expérimente, se trouve une abondance de joie (cf. 2
Cor. 8, 2). Il doit être persuadé que l'obéissance est la vertu particulière du
ministre du Christ, qui a racheté le genre humain par son obéissance.
Les prédicateurs de l'Évangile doivent se garder de négliger la grâce qui est
en eux; ils doivent se renouveler de jour en jour par une transformation
spirituelle (cf. 1 Tim. 4, 14; Eph. 4, 23; 2 Cor. 4,16). Les Ordinaires et les
Supérieurs devront à époques fixes, réunir les missionnaires pour qu'ils soient
fortifiés dans l'espérance de leur vocation et renouvelés dans leur ministère
apostolique; des maisons adaptées pourront même être organisées dans ce but.
25. [Formation spirituelle et morale]
Le futur missionnaire doit être préparé à une si noble tâche par une formation
spirituelle et morale spéciale (5). Il doit être prompt à prendre des
initiatives, avoir de la constance pour mener à bout ses œuvres, persévérant
dans les difficultés; il doit supporter patiemment, courageusement, la
solitude, la fatigue, le travail stérile. Il ira au-devant des hommes
franchement, le cœur largement ouvert; il entreprendra de bon cœur les tâches
qui lui auront été confiées; il s'adaptera généreusement aux mœurs étrangères
des peuples, aux situations changeantes; en plein accord avec eux, avec une
charité réciproque, il apportera son travail et son aide à ses frères et à tous
ceux qui se consacrent à la même besogne, en sorte qu'ils soient, à l'imitation
de la communauté apostolique, un seul cœur et une seule âme (cf. Act. 2, 42; 4,
32).
Déjà pendant le temps de la formation, ces dispositions d'âme doivent être
mises en œuvre, cultivées, élevées et nourries par la vie spirituelle. Pénétré
d'une foi vive et d'une espérance inébranlable, le missionnaire doit être un
homme de prière; il doit être enflammé d'un esprit de force, d'amour, de
maîtrise de soi (cf. 2 Tim. 1, 7); il doit apprendre à se suffire en toute
occasion (cf. Phil. 4, 11); par l'esprit de sacrifice, il doit porter en lui
l'état de mort de Jésus, afin que la vie de Jésus opère en ceux à qui il est
envoyé (cf. 2 Cor. 4, 10 s.); par zèle des âmes, il doit de tout cœur tout
dépenser et, en outre, se dépenser lui-même pour les âmes (cf. 2 Cor. 12, 15
s.), au point que "par l'exercice quotidien de sa tâche, il grandisse dans
l'amour de Dieu et du prochain" (6). C'est ainsi que, obéissant à la
volonté du Père avec le Christ, il continuera la mission du Christ sous
l'autorité hiérarchique de l'Église, et collaborera au mystère du salut.
26. [Formation doctrinale et apostolique]
Ceux qui seront envoyés vers les divers peuples païens doivent être, comme de
bons ministres du Christ, nourris " des enseignements de la foi et de la
bonne doctrine " (I Tim. 4, 6), qu'ils puiseront avant tout dans les
Saintes Écritures, approfondissant le mystère du Christ dont ils seront les
hérauts et les témoins.
C'est pourquoi tous les missionnaires -- prêtres, frères, sœurs, laïcs --
doivent être préparés et formés chacun selon sa situation, afin de n'être pas
trouvés inférieurs aux exigences de leur future tâche (7). Dès le début déjà,
leur formation doctrinale doit être organisée de telle manière qu'elle embrasse
l'universalité de l'Église et la diversité des nations. Cela vaut pour toutes
les disciplines par lesquelles ils sont préparés à s'acquitter de leur
ministère, et pour les autres sciences dont ils seront utilement instruits,
afin qu'ils aient une connaissance générale des peuples, des cultures, des
religions, tournée non seulement vers le passé, mais aussi vers le présent.
Quiconque en effet doit aborder un autre peuple doit faire grand cas de son
patrimoine, de ses langues, de ses mœurs. Il est donc absolument nécessaire au
futur missionnaire de s'adonner aux études missiologiques, c'est-à-dire de
connaître la doctrine et les règles de l'Église sur l'activité missionnaire, de
savoir quels chemins les messagers de l'Évangile ont parcourus au cours des
siècles, ainsi que la situation actuelle des missions, en même temps que les
méthodes jugées actuellement plus efficaces (8).
Bien que cette formation complète doive être pénétrée de sollicitude pastorale,
une formation apostolique particulière, bien ordonnée, doit être proposée, tant
par des cours que par des exercices pratiques (9).
Le plus grand nombre possible de frères et de sœurs doivent être instruits
convenablement de l'art de la catéchèse, y être préparés, afin de pouvoir
collaborer davantage encore à l'apostolat.
Même ceux qui assument pour une période seulement un rôle dans l'activité
missionnaire, il est nécessaire qu'ils acquièrent formation en rapport avec
leur situation.
Ces diverses sortes de préparation doivent être complétées dans les pays
auxquels ils sont envoyés, de sorte que les missionnaires connaissent de
manière plus étendue l'histoire, les structures sociales, les coutumes des
peuples, qu'ils approfondissent l'ordre moral, les préceptes religieux ainsi
que les idées intimes qu'ils ont selon leurs traditions sacrées sur Dieu, le
monde et l'homme (10). Ils doivent apprendre les langues jusqu'à pouvoir les
utiliser aisément correctement, et trouver ainsi un accès plus facile à
l'esprit et au cœur des hommes (11). En outre, ils doivent être initiés aux
besoins pastoraux particuliers du pays.
Quelques-uns des missionnaires devront être préparés d'une manière plus
approfondie auprès des Instituts Missiologiques ou d'autres Facultés ou
Universités, afin de pouvoir s'acquitter plus efficacement de fonctions
spéciales (12), et rendre service, par leur science, aux autres missionnaires
dans l'exercice de leur activité missionnaire qui, de nos jours, surtout,
présente tant de difficultés et qui est si nécessaire. Il est,
en outre, tout a fait souhaitable que les Conférences Épiscopales régionales
aient à leur disposition un bon nombre de compétences de ce genre, et qu'elles
usent avec fruit de leur science et de leur expérience dans les difficultés que
rencontre leur tache. On ne doit pas non plus manquer d'hommes qui sachent
utiliser les instruments techniques et les moyens de communication sociale,
dont tous doivent apprécier hautement l'importance.
27. [Les Instituts qui travaillent dans les missions]
Tout cela, nécessaire pourtant de façon absolue à quiconque est envoyé aux
païens, peut à peine être vraiment réalisé par des individus. L'œuvre
missionnaire elle-même, au témoignage de l'expérience, ne pouvant non plus être
accomplie par des isolés, une vocation commune a rassemblé des personnes en des
Instituts dans lesquels, en mettant en commun leurs forces, elles pourront
recevoir une formation adaptée et s'acquitter de cette œuvre au nom de l'Église
et selon la volonté de l'autorité hiérarchique. Depuis de nombreux siècles, ces
Instituts ont porté le poids du jour et de la chaleur, soit qu'ils se dévouent
totalement au labeur missionnaire, soit que cette activité absorbe une partie
seulement de leurs efforts. Souvent, d'immenses territoires leur ont été confiés
par le Saint-Siège pour être évangélisés; ils y ont rassemblé pour Dieu un
nouveau peuple, une Église locale qui adhère à ses propres pasteurs. Les
Églises qu'ils ont fondées par leurs sueurs, bien plus encore par leur sang,
ils seront à leur service par leur zèle et leur expérience en une collaboration
fraternelle, ou en prenant la charge des âmes ou en s'acquittant de fonctions
spéciales en vue du bien commun.
Parfois, pour toute l'étendue d'une région, ils assumeront certaines tâches
plus urgentes, par exemple l'évangélisation de groupes humains ou de peuples
qui n'auraient pas encore, pour diverses raisons, reçu le message évangélique,
ou qui jusqu'ici lui ont résisté (13).
Si besoin est, ils doivent être prêts à former et à aider de leur expérience
ceux qui se consacrent pour un temps à l'activité missionnaire.
Pour ces raisons, et du fait qu'il existe encore des peuples nombreux qu'il
faut amener au Christ. les Instituts demeurent absolument nécessaires.
1. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 17 (AAS 1965, 21) [pp. 37-38].
2. Sous le nom d'Instituts sont compris les Ordres, les Congrégations, les
Instituts et les Associations qui travaillent dans les Missions.
3. Cf. Pie XI, Rerum Ecclesiae, 28 fév. 1926 (AAS 1926, 69-71); Pie XII, Saeculo
exeunte, 13 juin 1940 (AAS 1940, 256); Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS
1951, 506).
4. Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 449-450).
5. Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448-449); Pie XII,
Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507). Dans la formation des
missionnaires prêtres, il faut tenir compte aussi de ce qui est décidé au Conc.
Vat. II, dans le Décret sur la formation des prêtres [pp. 351 ss].
6. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 41 (AAS 1965, 46) [pp.
66-69].
7. Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 440); Pie XII,
Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507).
8. Benoit XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448); Décret de la
Propagande du 20 mai 1923 (AAS 1923, 369-370); Pie XII, Saeculo exeunte, 2 juin
1940 (AAS 1940, 256); Evangelii Praecone, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507); Jean
XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 843-844).
9. Conc. Vat. II, Décret sur la formation des prêtres, 19-21 1966, 725-726) [pp.
370-371]; Const. apost. Sedes Sapientiae avec les Statuts généraux (AAS 1956,
354-365).
10. Pie XII, Evangelii Pracones, 2 juuin 1951 (AAS 1951, 523-524).
11. Benolt XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 448); Pie XII, Evangelii
Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 507).
12. Cf. Pie XII, Fidei Domum, 15 iuin 1957 (AAS 1957, 234).
13. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres, 10, où il
est question des diocèses, des prélatures personnelles et autres questions
semblables (AAS 1966, 1007) [pp. 331-332].
CHAPITRE V
L'ORGANISATION DE L'ACTIVITÉ MISSIONNAIRE
28. [Introduction]
Les chrétiens, puisqu'ils ont des charismes différents (cf. Rom. 12, 6),
doivent collaborer à l'Évangile chacun selon ses possibilités, ses moyens, son
charisme et son ministère (cf. 1 Cor. 3, I0); tous par conséquent, ceux qui
sèment et ceux qui moissonnent (cf. Jn 4, 37), ceux qui plantent et ceux qui
arrosent, il faut qu'ils soient un (cf. 1 Cor. 3, 8), afin que "tendant
tous librement et de manière ordonnée à la même fin" (1) ils dépensent
leurs forces d'un même cœur pour la construction de l'Église.
C'est pourquoi les travaux des prédicateurs de l'Évangile et l'aide des autres
chrétiens doivent être dirigés et liés les uns aux autres de telle manière que
"tout se fasse selon l'ordre" (1 Cor. 14, 40), dans tous les domaines
de l'activité et de la coopération missionnaires.
29. [Organisation générale]
La charge d'annoncer l'Évangile par toute la terre étant en premier lieu
l'affaire du Corps Épiscopal (2), le Synode des Évêques ou "Conseil stable
d'Évêques pour l'Église universelle" (3) doit avoir parmi les affaires
d'importance générale (4), un souci spécial de l'activité missionnaire, qui est
une charge très importante et très sacrée de l'Église (5).
Pour toutes les Missions et pour toute l'activité missionnaire, il faut qu'il
n'y ait qu'un seul Dicastère compétent, celui de "De Propaganda
Fide", par qui doivent être dirigées et coordonnées par toute la terre
l'œuvre missionnaire et la coopération missionnaire: cependant, le droit des
Églises Orientales demeure sauf (6).
Bien que l'Esprit-Saint suscite de diverses manières l'esprit missionnaire dans
l'Église de Dieu; bien qu'il ne soit pas rare que l'action de l'Esprit
prévienne l'action de ceux à qui il appartient de gouverner la vie de l'Église,
ce Dicastère doit cependant, pour sa part, promouvoir la vocation et la
spiritualité missionnaires, le zèle et la prière pour les missions, et publier
à leur sujet des messages authentiques et valables. C'est par lui que doivent
être suscités et répartis, selon les besoins plus urgents des régions, les
missionnaires. C'est par lui que doit être établi un plan rationnel d'action;
de lui que doivent provenir les normes directrices et les principes adaptés en
vue de l'évangélisation; par lui que doivent être données les impulsions. C'est
par lui que doit être lancée et coordonnée une collecte efficace de ressources
qui seront distribuées en tenant compte de la nécessité ou de l'utilité et de
l'étendue des territoires, du nombre des fidèles et des infidèles, des œuvres
et des Instituts, des ministres et des missionnaires.
En union avec le Secrétariat pour l'unité des chrétiens, il doit chercher les
moyens de procurer et d'organiser la collaboration fraternelle ainsi que la
bonne entente avec les initiatives missionnaires d'autres communautés
chrétiennes, afin que le scandale de la division soit supprimé dans la mesure
du possible.
Aussi est-il nécessaire que ce Dicastère soit autant un instrument
d'administration qu'un organe de direction dynamique, qui use de méthodes
scientifiques et de moyens adaptés aux conditions de notre temps, c'est-à-dire
en tenant compte de la recherche actuelle en théologie, en méthodologie, et en
pastorale missionnaire.
Dans la direction de ce Dicastère, doivent avoir une part active, avec voix
délibérative, des représentants choisis de tous ceux qui collaborent à l'œuvre
missionnaire: des Évêques du monde entier, les Conférences Épiscopales
entendues; des directeurs des Instituts et des Œuvres Pontificales, selon des
modes et des méthodes à établir par le Pontife Romain. Tous ces représentants,
qui seront convoqués à dates fixes, doivent mener sous l'autorité du Souverain
Pontife, l'organisation suprême de toute l'œuvre missionnaire.
Un groupe permanent d'experts consulteurs, de science ou d'expérience éprouvée,
à qui il appartiendra entre autres choses de recueillir des nouvelles
opportunes sur la situation locale des diverses régions et la mentalité des
divers groupes d'hommes, sur les méthodes d'évangélisation à employer, et de
proposer des conclusions scientifiquement fondées pour l'œuvre et la
coopération missionnaires, doit être à disposition de ce Dicastère.
Les Instituts de religieuses, les œuvres régionales pour les missions, les
organisations de laïcs, particulièrement les organisations internationales,
doivent être représentés de la manière qui conviendra.
30. [Organisation locale dans les missions]
Pour que, dans l'exercice de l'œuvre missionnaire elle-même, les buts soient atteints
et les résultats obtenus, tous ceux qui travaillent à la mission doivent avoir
"un seul cœur et une seule (Act. 4, 32).
C'est le rôle de l'Évêque, comme chef et centre de l'unité l'apostolat
diocésain, de promouvoir l'activité missionnaire, de diriger, de la coordonner,
de telle manière pourtant que soit sauvegardée et encouragée la spontanéité de
ceux qui ont une part dans cette œuvre. Tous les missionnaires, même les
religieux exempts, soumis à son pouvoir dans les diverses œuvres qui regardent l'exercice
de l'apostolat sacré (7). En vue d'une meilleure coordination, l'Évêque doit
constituer, dans la mesure du possible, un Conseil pastoral, dans lequel les
clercs, les religieux et les laïcs auront leur part au moyen de délégués
choisis. L'Évêque doit veiller, en outre, à ce que l'activité apostolique ne
soit pas limitée aux seuls convertis, mais ce qu'une part égale d'ouvriers et
de subsides soit destinée à l'évangélisation des non-chrétiens.
31. [Coordination régionale]
Les Conférences Épiscopales doivent traiter en plein accord des questions plus
graves et des problèmes plus urgents, sans négliger cependant les différences
locales (8). Pour qu'on ne dissipe pas une quantité insuffisante de personnes
et de ressources; pour qu'on multiplie pas sans nécessité les initiatives, il
est recommandé de fonder, en mettant en commun les forces, des œuvres qui
serviront bien de tous, comme sont les séminaires, les écoles supérieures et
techniques, les centres pastoraux, catéchétiques, liturgiques, ainsi que les
centres de moyens de communication sociale.
Une coopération de ce genre doit être établie selon l'opportunité, même entre
diverses Conférences Épiscopales.
32. [Organisation de l'activité des Instituts]
Il est utile aussi de coordonner les activités menées par les Instituts ou les
Associations ecclésiastiques. Tous, de quelque genre qu'ils soient, en tout ce
qui regarde l'activité missionnaire elle-même, doivent obéir à l'Ordinaire du
lieu. Aussi sera-t-il très utile de conduire des conventions particulières, qui
régleront les rapports entre l'Ordinaire du lieu et le Supérieur de l'Institut.
Quand un territoire a été confié à un Institut, le Supérieur ecclésiastique et
l'Institut auront à cœur de tout diriger vers ce but: que la nouvelle
communauté chrétienne grandisse et devienne une Église locale qui, en temps
opportun, sera gouvernée par son propre Pasteur avec son clergé.
Quand cesse le mandat sur un territoire, naît une nouvelle situation. Alors les
Conférences Épiscopales et les Instituts doivent établir par délibération
commune les règles qui doivent diriger les rapports entre les Ordinaires des
lieux et les Instituts (9). Il appartient au Saint-Siège d'esquisser les
principes généraux selon lesquels les conventions régionales ou même particulières
doivent être conclues.
Bien que les Instituts soient prêts à continuer l'œuvre commencée, en
collaborant au ministère ordinaire du soin des âmes, cependant, à mesure que
croîtra le clergé local, il faudra pourvoir à ce que les Instituts, dans la mesure
compatible avec leur but, demeurent fidèles au diocèse lui-même, en y assumant
généreusement des œuvres spéciales ou quelque région.
33. [Coordination entre les Instituts]
Il faut que les Instituts qui dans le même territoire s'appliquent à l'activité
missionnaire, trouvent les voies et les modes selon lesquels leurs œuvres
seront coordonnées. C'est pourquoi sont de très grande utilité les Conférences
de Religieux et les Unions de Religieuses, dans lesquelles tous les Instituts
d'une même nation ou d'une même région ont leur part. Ces Conférences doivent
rechercher ce qui peut être fait en mettant en commun les efforts; elles
doivent entretenir d'étroites relations avec les Conférences Épiscopales.
Tout cela, il convient de l'étendre pour une raison semblable la collaboration
des Instituts missionnaires dans les pays dont ils sont originaires, en sorte
que les questions et les initiatives communes puissent être résolues plus
facilement et à moindres frais, comme la formation doctrinale des futurs missionnaires,
les cours pour les missionnaires, les rapports à envoyer aux autorités
publiques ou aux organes internationaux et supranationaux.
34. [Coordination entre les Instituts scientifiques]
L'exercice régulier et ordonné de l'activité missionnaire exigeant que les
ouvriers évangéliques soient préparés scientifiquement à leur mission,
particulièrement au dialogue avec les religions et les cultures non
chrétiennes, et que dans l'exécution elle-même ils soient aidés efficacement,
on désire que, en faveur des missions, collaborent fraternellement et
généreusement entre eux les divers Instituts scientifiques qui cultivent la
missiologie et d'autres disciplines ou arts utiles aux missions, comme
l'ethnologie et la linguistique, l'histoire et la science des religions, la
sociologie, les arts pastoraux, et autres choses semblables.
1. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 18 (AAS 1965, 22) [p. 39].
2. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 23 (AAS 1965, 28) [pp.
45-47].
3. Cf. Motu proprio Apostolica Sollicitudo, 15 septembre 1965 (AAS 1965, 776)
[pp. 613 ss].
4. Cf. Paul VI, Alloc. au Concile le 21 novembre 1964 (AAS 1964, 1011).
5. Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 39-40).
6. Si, pour des raisons diverses, des missions sont encore pour un temps
soumises à d'autres Dicastères, il est utile que ces Dicastères aient des
rapports avec la Sacrée Congrégation de la Propagande, pour que dans
l'organisation et la direction de toutes les Missions, une méthode et une norme
absolument constantes et uniformes puissent exister.
7. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la charge pastorale des Évêques dans l'Église,
35, 4 (AAS 1966, 691) [p. 300].
8. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la charge pastorale des Évêques dans l'Église,
36-38 (AAS 1966, 692-693) [pp. 301-303].
9. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur la charge pastorale des Évêques dans l'Église,
35, 5-6 (AAS 1966, 692) [p. 300].
CHAPITRE VI
LA COOPÉRATION
35. [Introduction]
L'Église étant tout entière missionnaire, et l'œuvre de l'évangélisation étant
le devoir fondamental du Peuple de Dieu, le Saint Concile invite tous les
chrétiens à une profonde rénovation intérieure, afin qu'ayant une conscience
vive de leur propre responsabilité dans la diffusion de l'Évangile, ils
assument leur part dans l'œuvre missionnaire auprès des païens.
36. [Devoir missionnaire du Peuple de Dieu tout entier]
Comme membres du Christ vivant, auquel ils ont été incorporés et configurés par
le Baptême ainsi que par la Confirmation et l'Eucharistie, tous les fidèles sont
tenus de coopérer à l'expansion et au développement de Son Corps, pour l'amener
le plus, vite possible à sa plénitude (Eph. 4, 13).
C'est pourquoi tous les fils de l'Église doivent avoir une vive conscience de
leur responsabilité à l'égard du monde, nourrir en eux un esprit véritablement
catholique et dépenser leurs forces pour l'œuvre de l'évangélisation.
Cependant, que tous le sachent, leur premier et leur plus important devoir pour
la diffusion de la foi, c'est de vivre profondément leur vie chrétienne. Car
leur ferveur au service de Dieu, leur charité à l'égard des autres apporteront
un nouveau souffle spirituel à l'Église tout entière, qui apparaîtra comme un
signal levé pour les nations (cf. Is. 11, 12), " la lumière du monde
" (Mt. 5, 14), et " le sel de la terre " (Mt. 5, 13). Ce
témoignage de la vie obtiendra plus facilement son effet s'il est donné
conjointement avec d'autres groupements chrétiens, selon les prescriptions du
Décret sur l'Œcuménisme (1).
Cet esprit renouvelé mènera à offrir spontanément à Dieu des prières et des
œuvres de pénitence pour qu'Il féconde de sa grâce l'œuvre des missionnaires;
il amènera l'éclosion de vocations missionnaires, et l'afflux des ressources
dont les missions ont besoin.
37. [Devoir missionnaire des communautés chrétiennes]
Puisque le Peuple de Dieu vit dans des communautés, diocésaines et paroissiales
surtout, et que c'est dans ces communautés que d'une certaine manière il se
montre visible, c'est aussi aux communautés qu'il appartient de rendre témoignage
au Christ devant les nations.
La grâce du renouvellement ne peut croître dans les communautés à moins que
chacune d'entre elles n'étende le rayon de sa charité jusqu'aux extrémités de
la terre, et qu'elle n'ait, pour ceux qui sont loin, une sollicitude semblable
à celle qu'elle a pour propres membres.
C'est ainsi que la communauté tout entière prie, coopère, exerce une activité
parmi les peuples païens, par l'intermédiaire de ses que Dieu choisit pour
cette fonction si magnifique.
Il sera très utile, pourvu qu'on ne laisse pas de côté l'œuvre missionnaire
universelle, de garder contact avec les missionnaires sortis de la communauté
elle-même, ou avec une paroisse ou un diocèse des missions, afin que devienne
visible la communion entre les communautés, et que cela tourne à l'édification
mutuelle.
38. [Devoir missionnaire des Évêques]
Tous les Évêques, en tant que membres du Corps Épiscopal qui succède au Collège
des Apôtres, ont été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le
salut du monde entier. Le commandement du Christ de prêcher l'Évangile à toute
créature (Mc 16, 15) les atteint premièrement et directement, avec Pierre et en
dépendance de Pierre. De là naissent cette communion et coopération des Églises
aujourd'hui si nécessaires pour continuer l'œuvre de l'évangélisation. En vert
de cette communion, chacune des Églises porte la sollicitude de toutes les
autres; les Églises se font connaître réciproquement leurs propres besoins;
elles se communiquent mutuellement leurs biens, puisque l'extension du Corps du
Christ est la fonction du Collège Épiscopal tout entier (2).
Dans son diocèse, avec lequel il ne fait qu'un, l'Évêque, quand il anime, fait
avancer, dirige l'œuvre missionnaire, rend présents et pour ainsi dire visibles
l'esprit et l'ardeur missionnaires du Peuple de Dieu, en sorte que le diocèse
tout entier devient missionnaire.
Il appartiendra à l'Évêque de faire lever dans son peuple, surtout parmi les
infirmes et les affligés, des âmes qui offrent à Dieu, de tout leur cœur, pour
l'évangélisation du monde, prières et œuvres de pénitence; d'encourager
volontiers des vocations de jeunes et de clercs pour les Instituts
missionnaires, et d'accepter avec reconnaissance que Dieu en choisisse
quelques-uns qui entreront dans l'activité missionnaire de l'Église; d'exhorter
et d'aider les Congrégations diocésaines à assumer leur part propre dans les
missions; de promouvoir auprès de les fidèles les œuvres des Instituts
missionnaires, mais particulièrement les œuvres pontificales missionnaires. Car
c'est à ces œuvres qu'à bon droit doit être attribuée la première place,
puisqu'elles ont des moyens pour pénétrer les catholiques, dès leur enfance,
d'un esprit vraiment universel et missionnaire, et pour provoquer une collecte
efficace des subsides au profit de toutes les missions selon les besoins de
chacune (3).
Puisque de jour en jour augmente le besoin d'ouvriers dans la vigne du
Seigneur, et que des prêtres diocésains désirent avoir eux aussi un rôle
toujours plus grand dans l'évangélisation du monde, le Saint Concile souhaite
virement que les Évêques, réfléchissant à la très grave pénurie de prêtres qui
empêche l'évangélisation de nombreuses régions, envoient à des diocèses
manquant de clergé quelques-uns de leurs meilleurs prêtres qui se proposent
pour l'œuvre missionnaire, et leur fassent donner la préparation nécessaire;
ces prêtres y accompliront en esprit de service, au moins pour une période, le
ministère des missions (4).
Pour que l'activité missionnaire des Évêques puisse s'exercer pire efficacement
au profit de l'Église tout entière, il est utile que les Conférences
Épiscopales règlent les affaires qui ont trait à la coopération ordonnée de
leur propre région.
Dans leurs Conférences, que les Évêques traitent: des prêtres du clergé diocésain
à consacrer à l'évangélisation des nations; de la somme déterminée,
proportionnée à ses propres revenus, que chaque diocèse est tenu de donner
chaque année pour l'œuvre des missions (5) de la direction et de l'organisation
des modes et des moyens qui viennent directement en aide aux missions; de
l'aide à apporter aux Instituts missionnaires et aux séminaires du clergé
diocésain pour les missions, et, si besoin est, de leur fondation; de
l'encouragement à donner à des liens plus étroits entre ces Instituts et les
diocèses.
Il appartient de même aux Conférences épiscopales d'établir " de
promouvoir les œuvres qui permettent de recevoir fraternellement et d'entourer
d'un soin pastoral convenable, ceux qui pour cause de travail et d'étude
quittent les territoires de mission pour vivre t l'étranger. C'est par ces
immigrants que les peuples éloignés deviennent proches d'une certaine manière,
et qu'aux communautés qui sont chrétiennes de longue date est offerte une
excellente occasion d'entreprendre le dialogue avec les nations qui n'ont pas
encore entendu l'Évangile, et de leur montrer, dans le service d'amour et
d'aide dont ils s'acquittent, l'authentique visage du Christ (6).
39. [Devoir missionnaire des prêtres]
Les prêtres représentent le Christ et sont les collaborateurs de l'Ordre
épiscopal dans la triple fonction sacrée qui, de sa nature, trait à la mission
de l'Église (7). Ils doivent donc comprendre à fond que leur vie a été
consacrée aussi au service des missions. Puisque par leur ministère propre --
qui consiste principalement dans l'Eucharistie, laquelle donne à l'Église sa
perfection -- ils sont en communion avec le Christ Tête et amènent d'autres
êtres à cette communion, ils ne peuvent pas ne pas sentir combien il manque
encore à plénitude du Corps, et par conséquent tout ce qu'il faudrait faire
pour qu'il s'accroisse de jour en jour. Ils ordonneront donc leur sollicitude
pastorale de manière qu'elle soit utile à l'expansion l'Évangile chez les
non-chrétiens.
Dans leur charge pastorale, les prêtres stimuleront et entretiendront parmi les
fidèles le zèle pour l'évangélisation du monde, en les instruisant par la
catéchèse et la prédication de la mission qu'a l'Église d'annoncer le Christ
aux païens; en enseignant aux familles chrétiennes la nécessité et l'honneur de
cultiver des vocations missionnaires parmi leurs propres fils et filles; en
encourageant chez les jeunes des écoles et des associations catholiques la
ferveur missionnaire, en sorte que de futurs prédicateurs de l'Évangile sortent
de chez eux. Ils doivent apprendre aux fidèles à prier pour les missions; ne
pas rougir de leur demander des aumônes pour les missions, devenus comme des
mendiants pour le Christ et le salut des âmes (8).
Les professeurs des séminaires et des universités enseigneront aux jeunes la
véritable situation du monde et de l'Église, pour que la nécessité d'une
évangélisation plus poussée des non-chrétiens ressorte mieux à leurs yeux et
nourrisse leur zèle. Dans l'enseignement des disciplines dogmatiques,
bibliques, morales et historiques, ils devront mettre en lumière les aspects
missionnaires qui y sont contenus, afin que de cette manière la conscience
missionnaire soit formée chez les futurs prêtres.
40. [Devoir missionnaire des Instituts de perfection]
Les Instituts religieux, de vie contemplative et active, ont eu jusqu'ici et
ont une très grande part dans l'évangélisation du monde. Leurs mérites, le
Saint Concile les reconnaît de grand cœur, et rend grâces à Dieu pour tant de
sacrifices acceptés pour la gloire de Dieu et le service des âmes; il les
exhorte à persévérer sans défaillance dans l'œuvre commencée, puisqu'ils savent
que la vertu de charité, qu'ils sont tenus de pratiquer de façon plus parfaite
du fait de leur vocation, les pousse et les oblige à un esprit et à un travail
vraiment catholiques (9).
Les Instituts de vie contemplative, par leurs prières, leurs œuvres de
pénitence, leurs épreuves, ont une très grande importance dans la conversion
des âmes, puisque c'est Dieu qui envoie à notre prière des ouvriers dans sa
moisson (cf. Mt. 9, 38), ouvre les cœurs des non-chrétiens pour qu'ils écoutent
l'Évangile (cf. Act. 16, 14), et féconde dans leurs cœurs la parole du salut
(cf. 1 Cor. 3, 7). Bien plus, ces Instituts sont invités à fonder des maisons
dans les territoires des missions, comme un certain nombre l'ont fait déjà,
afin que, y menant leur vie d'une manière adaptée aux traditions
authentiquement religieuses des peuples, ils rendent parmi les non-chrétiens un
magnifique témoignage de la majesté et de la charité de Dieu, et de l'union
dans le Christ.
Les Instituts de vie active, qu'ils poursuivent ou non une fin strictement
missionnaire, doivent se poser sincèrement devant Dieu la question de savoir
s'ils peuvent étendre leur activité en vue de l'expansion du Règne de Dieu
parmi les païens; s'ils peuvent laisser à d'autres certains ministères, de
façon à dépenser leurs forces pour missions; s'ils peuvent entreprendre une
activité dans les missions en adaptant, si c'est nécessaire, leurs
Constitutions, mais cependant selon l'esprit du Fondateur; si leurs membres
prennent part selon leurs forces à l'activité missionnaire; si leur façon
habituelle de vivre est un témoignage de l'Évangile, vraiment adapté au
caractère et la situation du peuple.
Puisque, sous l'inspiration du Saint-Esprit, s'accroissent de jour en jour dans
l'Église les Instituts séculiers, leur aide, sous l'autorité de l'Évêque, peut
être fructueuse dans les missions à des titres multiples, comme signe d'un don
plénier à l'évangélisation du monde.
41. [Devoir missionnaire des laïcs]
Les laïcs coopèrent à l'œuvre d'évangélisation de l'Église et participent à
titre de témoins, et en même temps d'instruments vivants à sa mission
.salvifique (10), surtout si, appelés par Dieu, ils sont pris par les Évêques
pour cette œuvre.
Dans les terres déjà chrétiennes, les laïcs coopèrent à l'œuvre de
l'évangélisation en développant en eux-mêmes et chez les autres la connaissance
et l'amour des missions, en faisant naître des vocations dans leur propre famille,
dans les associations catholiques et les écoles, en offrant des subsides de
toute sorte, afin que le don de la foi, qu'ils ont reçu gratuitement, puisse
être aussi donné à d'autres.
Dans les territoires des missions, les laïcs, soit étrangers, soit autochtones,
doivent enseigner dans les écoles, avoir la gestion des affaires temporelles,
collaborer à l'activité paroissiale et diocésaine, établir et promouvoir les
diverses formes de l'apostolat des pour que les fidèles des jeunes Églises
puissent assumer le plus vite possible leur propre part dans la vie de l'Église
(11).
Enfin, les laïcs doivent apporter volontiers leur coopération économico-sociale
aux peuples en voie d'évolution; cette coopération est d'autant plus à louer
qu'elle vise à fonder des Instituts qui atteignent les structures fondamentales
de la vie sociale ou sont destinés à la formation de ceux qui ont la
responsabilité de la chose publique.
Sont dignes d'une louange spéciale les laïcs qui, dans les Universités ou les
Instituts scientifiques, font avancer par leurs recherches historiques ou
scientifico-religieuses la connaissance des peuples et des religions aidant les
prédicateurs de l'Évangile et préparant le dialogue les non-chrétiens.
Avec les autres chrétiens, avec les non-chrétiens, particulièrement avec les
membres des associations internationales, ils doivent collaborer
fraternellement, ayant toujours devant les yeux que "la construction de la
cité terrestre doit être fondée sur le Seigneur et dirigée vers lui" (12).
Pour s'acquitter de toutes ces tâches, les laïcs ont besoin d'une indispensable
préparation technique et spirituelle, qui doit être donnée dans des Instituts
spécialisés, pour que leur vie soit un témoignage pour le Christ parmi les
non-chrétiens, selon ce mot de l'Apôtre: "Ne donnez scandale ni aux Juifs
ni aux Grecs, ni à l'Église de Dieu, tout comme moi je m'efforce de plaire à
tous en tout, ne cherchant pas mon propre intérêt, mais celui du plus grand
nombre, afin qu'ils soient sauvés" (1 Cor. 10, 32-33).
CONCLUSION
42. Les Pères du Concile, en union avec le Pontife Romain, sentant très
profondément le devoir d'étendre partout le Règne de Dieu, saluent avec toute
leur affection tous les prédicateurs de l'Évangile, ceux surtout qui pour le
nom du Christ souffrent la persécution, et s'associent à leurs souffrances
(13).
Ils sont enflammés eux aussi du même amour dont le Christ a brûlé peur les
hommes. Conscients que c'est Dieu qui fait que son Règne arrive sur la terre,
ils répandent leurs prières avec tous les chrétiens pour que, par
l'intercession de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, les nations soient
amenées le plus tôt possible à la connaissance de la vérité (1 Tim. 2, 4), et
que la gloire de Dieu qui resplendit sur la face du Christ commence à luire
pour tous par le Saint-Esprit (2 Cor. 4, 6).
1. Cf. Conc. Vat. II, Décret sur l'Œcuménisme,
12 (AAS 1965, 99) [p. 5081.
2. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 23-24 (AAS 1965, :27-29) [pp.
45-47].
3. Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 nov. 1919 (AAS 1919, 453-4214); Pie XI,
Rerum Ecclesiae, 28 fév. 1926 (AAS 1926, 71-73); Pie XII, Evangeii Praecones, 2
juin 1951 (AAS 1951, 525-526); Id., Fidei donum, 15 janv. 1957 (AAS 1957, 241).
4. Cf. Pie XII, Fidei donum, 15 janv. 1957 (AAS 1957, 245-246).
5. Conc. Vat. II, Décret sur la charge pastorale des Évêques, 6 (AAS 1966,
675-676) [p. 280].
6. Pie XII, Fidei donum, 15 janv. 1957 (AAS 1957, 245).
7. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 28 (AAS 1965, 34) [pp.
52-54].
8. Cf. Pie XI, Rerum Ecclesiae, 28 fév. 1926 (AAS 1926, 72).
9. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 44 (AAS 1965, 50) [pp.
73-74].
10. Cf. Ibid., 33, 35 (AAS 1965, 39, 40-41) [pp. 58-59, 60-61].
11. Cf. Pie XII, Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 510-514); Jean
XXIII, Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 851-852).
12. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, 46 (AAS 1965, 52) [pp.
75-76].
13. Cf. Pie XII, Evangelii Praecones, 2 juin 1951 (AAS 1951, 527); Jean XXIII,
Princeps Pastorum, 28 nov. 1959 (AAS 1959, 864).
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans, Décret ont
plu aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que le
Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, décrétons
et arrêtons dans le Saint Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de
Dieu, ce qui a ainsi établi en Concile soit promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 7 décembre 1965.
Moi, PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.