Document
conciliaire de Vatican II
L'APOSTOLAT
DES LAÏCS
Décret "de Apostolatu laicorum"
("Apostolicam Actuositatem")
promulgué le 18 novembre 1965
TRADUCTION ÉTABLIE PAR
MGR JEAN STREIFF,
secrétaire général de l'Action catholique française,
et publiée par
"L'OSSERVATORE ROMANO" (Édition française)
LE 26 NOVEMBRE 1965
Texte latin dans les
"Acta Apostolicae Sedis" 58 (1966) p. 837-864
et dans les
"Constitutiones, Decreta, Declarationes" p. 459-508
PLAN
du Décret
Avant-propos
Chapitre I: Vocation des laïcs à l'apostolat
Participation des laïcs à la mission de l'Église
Fondements de l'apostolat des laïcs
De la spiritualité des laïcs dans l'ordre de l'apostolat
Chapitre II: Les buts à atteindre
Introduction
L'apostolat destiné à évangéliser et sanctifier les hommes
Le renouvellement chrétien de l'ordre temporel
L'action caritative, sceau de l'apostolat chrétien
Chapitre III: Les divers champs
d'apostolat
Introduction
Les communautés ecclésiales
La famille
Les jeunes
Le milieu social
Les plans national et international
Chapitre IV: Les divers modes
d'apostolat
Introduction
Importance et multiplicité des formes de l'apostolat individuel
L'apostolat individuel en certaines circonstances
Importance de l'apostolat organisé
Les multiples formes de l'apostolat organisé
L'Action Catholique
Estime des organisations
Les laïcs qui sont à un titre spécial au service de l'Église
Chapitre V: Les dispositions à
observer
Introduction
Relations avec la Hiérarchie
Aide à apporter par le clergé à l'apostolat des laïcs
Moyens utiles à la coopération mutuelle
Coopération avec les autres chrétiens et les non-chrétiens
Chapitre VI: Formation à l'apostolat
Nécessité d'une formation à l'apostolat
Principes de la formation des laïcs à l'apostolat
Ceux qui doivent former les autres à l'apostolat
Adaptation de la formation aux diverses formes d'apostolat
Moyens à prendre
Exhortation finale
DÉCRET
"APOSTOLICAM ACTUOSITATEM"
PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE A ]AMAIS.
AVANT-PROPOS
1. Le Saint Concile dans sa volonté de rendre plus intense l'activité
apostolique du peuple de Dieu (1), se tourne avec une grande attention vers les
chrétiens laïcs, dont il a déjà rappelé en d'autres documents le rôle propre et
absolument nécessaire dans la mission de l'Église (2). L'Apostolat des laïcs,
en effet, ne peut jamais manquer à l'Église car il est une conséquence de leur
vocation chrétienne. L'Écriture elle-même montre parfaitement (voir Act. XI,
19-21; XVIII, 26; Rom. XVI, 1-16; Phil. IV, 3) combien cette activité se
manifesta spontanément aux premiers jours de l'Église et combien elle fut
féconde.
Notre temps n'exige pas un moindre zèle de la part des laïcs; les circonstances
actuelles réclament d'eux au contraire un apostolat toujours plus intense et
plus étendu. En effet l'augmentation constante de la population, le progrès des
sciences et des techniques, la solidarité plus étroite entre les hommes ont non
seulement élargi à l'infini le champ de l'apostolat des laïcs, en grande partie
ouvert à eux seuls, mais ils ont fait surgir de nouveaux problèmes, qui
réclament de leur part une vigilance et une recherche toutes particulières. Cet
apostolat devient d'autant plus urgent que s'est affirmée, comme c'est normal,
l'autonomie de nombreux secteurs de la vie humaine, entraînant parfois un
certain délaissement de l'ordre moral et religieux, au grand péril de la vie
chrétienne. Il faut ajouter qu'en de nombreuses régions les prêtres sont très
peu nombreux ou parfois privés de la liberté indispensable à leur ministère, de
sorte que, sans le travail des laïcs, l'Église et son action ne pourraient que
difficilement être présentes.
Le signe de cette urgente nécessité aux multiples aspects est l'action
manifeste du Saint-Esprit qui rend aujourd'hui les laïcs de plus en plus
conscients de leur propre responsabilité et les incite partout à servir le
Christ et l'Église (3).
Dans ce décret le Concile se propose d'éclairer la nature de l'apostolat des
laïcs, son caractère et sa variété, d'en énoncer les principes fondamentaux, et
de donner des directives pastorales pour qu'il s'exerce plus efficacement. La
révision du droit canon concernant l'apostolat des laïcs devra prendre pour
règle tout ce qui est contenu dans ce décret.
1. Cf. Jean XXIII, Const. Apost. Humanae Salutis, 25 déc. 1961 : AAS, 54
(1962), p. 7-10 [575-578]
2. Cf. Conc. Val. II, Const. dogm. De l'Église, nn. 33 ss.: AAS 57 (1965), pp.
39 s. [pp. 58]; cf. aussi Const. De la Sainte Liturgie, nn. 26-40: AAS 56
(1964), pp. 107-111 [pp. 137-140]; cf. décret Des Moyens de Communication
Sociale: AAS 56 (1964), pp. 145-153 [pp. 517-530]; cf. décret Sur l'Œcuménisme,
AAS 57 (1965), pp. 90-107 [pp. 495-516]; cf. décret sur la charge pastorale des
Évêques dans l'Église, nn. 16, 17, 18: AAS 58 (1966), pp. 680-682 [pp.
286-289]; cf. Déclaration sur l'Éducation Chrétienne, nn. 3. 5, 7: AAS 58
(1966), pp. 731-732, 733, 734 [pp. 536-539, 540].
3. Cf. Pie XII, Alloc. aux Cardinaux, 18 février 1946: AAS 38 (1946). pp.
101-102: Sermon à des Membres de la Jeunesse Ouvrière Catholique. 25 août 1957:
AAS 49 {1957), p. 843.
CHAPITRE I
VOCATION DES LAÏCS À L'APOSTOLAT
2. [Participation des laïcs à la mission de l'Église]
L'Église est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la
Gloire de Dieu le Père; elle fait ainsi participer tous les hommes à la
rédemption et au salut (1); par eux elle ordonne en vérité le monde entier au
Christ. On appelle apostolat toute activité du Corps Mystique qui tend vers ce
but: l'Église l'exerce par tous ses membres, toutefois de diverses manières; en
effet, la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation à l'apostolat.
Dans l'organisme d'un corps vivant, aucun membre ne se comporte de manière
purement passive, mais participe à la vie et à l'activité générale du corps,
ainsi dans le Corps du Christ qui est l'Église, "tout le corps opère sa
croissance selon le rôle de chaque partie" (Éph. IV, 16). Bien plus, les
membres de ce corps sont tellement unis et solidaires (cf. Eph. IV, 16), qu'un
membre qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps
doit être réputé inutile à l'Église et à lui-même.
Il y a dans l'Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ
a confié aux Apôtres et à leurs successeurs la charge d'enseigner, de
sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus
participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument
dans l'Église et dans le monde leur part dans ce qui est la mission du Peuple
de Dieu tout entier (2). Ils exercent concrètement leur apostolat en se
dépensant à l'évangélisation et à la sanctification des hommes: il en est de
même quand ils s'efforcent de pénétrer l'ordre temporel d'esprit évangélique et
travaillent à son progrès de telle manière que, en ce domaine, leur action
rende clairement témoignage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de
l'état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires
profanes, ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la
manière d'un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien.
3. [Fondements de l'apostolat des laïcs]
Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit
d'être apôtres. Insérés qu'ils sont par le Baptême dans le Corps Mystique du
Christ, fortifiés grâce à la Confirmation par la puissance du Saint-Esprit,
c'est le Seigneur lui-même qui les députe à l'apostolat. S'ils sont consacrés
sacerdoce royal et nation sainte (cf. I Petr. II, 4-10), c'est pour faire de
toutes leurs actions des offrandes spirituelles, et pour rendre témoignage au
Christ sur toute la terre. Les Sacrements et surtout la Sainte Eucharistie leur
communiquent et nourrissent en eux cette charité qui est comme l'âme de tout
apostolat (3).
L'apostolat se vit dans la foi, l'espérance et la charité que le Saint-Esprit
répand dans les cœurs de tous les membres de l'Église. Bien plus, le précepte
de la charité, qui est le plus grand commandement du Seigneur, presse tous les
chrétiens de travailler à la gloire de Dieu par la venue de son règne et à la
communication de la vie éternelle à tous les hommes: "qu'ils connaissent
le seul vrai Dieu et celui qu'Il a envoyé, Jésus-Christ" (Cf. Jn XVII, 3).
A tous les chrétiens donc incombe la très belle tâche de travailler sans cesse
pour faire connaître et accepter le message divin du salut par tous les hommes
sur toute ta terre.
Pour l'exercice de cet apostolat, le Saint-Esprit qui sanctifie le Peuple de
Dieu par les Sacrements et le ministère accorde en outre aux fidèles des dons
particuliers (cf. I Cor. XII, 7) les "répartissant à chacun comme il
l'entend" (cf. I Cor. XII, 11) pour que tous et "chacun selon la
grâce reçue se mettant au service des autres" soient eux-mêmes "comme
de bons intendants de la grâce multiforme de Dieu" (I Petr. IV, 10), en
vue de l'édification du Corps tout entier dans 1a Charité (cf. Eph. IV, 16). De
la réception de ces charismes même les plus simples résulte pour chacun des
croyants le droit et le devoir d'exercer ces dons dans l'Église et dans le
monde, pour le bien des hommes et l'édification de l'Église, dans la liberté du
Saint-Esprit qui "souffle où il veut" (Jn III, 8), de même qu'en
communion avec ses frères dans le Christ et très particulièrement avec ses
pasteurs. C'est à eux qu'il appartient de porter un jugement sur l'authenticité
et le bon usage de ces dons, non pas pour éteindre l'Esprit, mais pour éprouver
tout et retenir ce qui est bon (cf. I Thess. V, 12-19-20) (4).
4. [De la spiritualité des laïcs dans l'ordre de l'apostolat]
Le Christ envoyé par le Père étant la source et l'origine de tout l'apostolat
de l'Église, il est évident que la fécondité de l'apostolat des laïcs dépend de
leur union vitale avec le Christ, selon cette parole du Seigneur: "Celui
qui demeure en Moi et Moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits. Car sans
Moi vous ne pouvez rien faire" (Jn XV, 5). Cette vie d'intime union avec
le Christ dans l'Église est alimentée par des nourritures spirituelles communes
à tous les fidèles, en particulier par la participation active à la Sainte
Liturgie (5). Les laïcs doivent les employer de telle sorte que, remplissant
parfaitement les obligations du monde dans les conditions ordinaires de
l'exigence, ils ne séparent pas l'union au Christ et leur vie, mais grandissent
dans cette union en accomplissant leur travaux selon la volonté de Dieu. C'est
de cette manière que les laïcs progresseront en sainteté avec ardeur et joie,
s'efforçant de surmonter les difficultés inévitables avec prudence et patience
(6). Ni le soin de leur famille ni les affaires temporelles ne doivent être
étrangers à leur spiritualité, selon ce mot de l'Apôtre: "Tout ce que vous
faites, en paroles ou en œuvres, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ,
rendant grâces par Lui à Dieu le Père" (Col. III, 17).
Une telle vie exige un continuel exercice de la foi, de l'espérance et de la
charité.
Seules la lumière de la foi et la méditation de la Parole de Dieu peuvent
permettre toujours et partout de reconnaître Dieu "en qui nous avons la
vie, le mouvement et l'être" (Act. XVII, 28). C'est ainsi seulement que
l'on pourra chercher en tout sa volonté, discerner le Christ dans tous les
hommes, proches ou étrangers, juger sainement du vrai sens et de la valeur des
réalités temporelles, en elles-mêmes et par rapport à la fin de l'homme.
Ceux qui ont cette foi vivent dans l'espérance de la révélation des fils de
Dieu se souvenant de la croix et de la résurrection du Seigneur.
Dans le pèlerinage qu'est cette vie, cachés en Dieu avec le Christ, délivrés de
la servitude des richesses, à la recherche des biens qui demeurent
éternellement, ils mettent généreusement en œuvre toutes leurs forces pour
étendre le règne de Dieu, animer et parfaire les réalités temporelles selon
l'esprit chrétien. Dans les difficultés de l'existence, ils puisent le courage
dans l'espérance, estimant que " les souffrances de cette vie ne sont pas
proportionnées à la gloire future qui doit se révéler en nous " (Rom.
VIII, 18).
Poussés par la Charité qui vient de Dieu, ils pratiquent le bien à l'égard de
tous, surtout de leurs frères dans la foi (Cf. Gal. VI, 10), rejetant
"toute malice, toute fraude, hypocrisie, envie, toute médisance" (I
Petr. II, I), entraînant ainsi les hommes vers le Christ. Or la charité divine,
qui "est répandue dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été
donné" (Rom. V, 5), rend les laïcs capables d'exprimer concrètement dans
leur vie l'esprit des Béatitudes. Suivant Jésus pauvre, ils ne connaissent ni
dépression dans la privation, ni orgueil dans l'abondance; imitant le Christ
humble, ils ne deviennent pas avides d'une vaine gloire (cf. Gal. V, 26), mais
ils s'efforcent de plaire à Dieu plutôt qu'aux hommes, toujours prêts à tout
abandonner pour le Christ (Cf. Lc. XIV, 26) et à souffrir persécution pour la
justice (cf. Mat. V, 10) se souvenant de la parole du Seigneur: "si
quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa
croix et qu'il me suive" (Mat. XVI, 24). Entretenant entre eux une amitié
chrétienne, ils se prêtent un mutuel appui en toutes nécessités.
Cette spiritualité des laïcs doit revêtir des caractéristiques particulières suivant
les conditions de vie de chacun: vie conjugale et familiale, célibat et
veuvage, état de maladie, activité professionnelle et sociale. Chacun doit donc
développer sans cesse les qualités et les dons reçus et en particulier ceux qui
sont adaptés à ses conditions de vie et se servir des dons personnels de
l'Esprit-Saint.
Enfin les laïcs qui selon leur vocation particulière se sont agrégés à des
associations ou instituts approuvés par l'Église doivent s'efforcer de toujours
mieux réaliser les caractères de la spiritualité qui leur est propre.
Qu'ils estiment beaucoup la compétence professionnelle, le sens familial et
civique, et les vertus qui regardent la vie sociale telles que la probité,
l'esprit de justice, la sincérité, la délicatesse, la force d'âme: sans elles
il n'y a pas de vraie vie chrétienne.
La Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres, est l'exemple parfait de cette
vie spirituelle et apostolique. Tandis qu'Elle menait sur terre une vie
semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux,
Marie demeurait toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l'œuvre du
Sauveur à un titre absolument unique.
Aujourd'hui où elle est au ciel "son amour maternel la rend attentive aux
frères de son Fils dont le pèlerinage n'est pas achevé, et qui se trouvent
engagés dans les peines et les épreuves jusqu'à ce qu'ils parviennent à la
patrie bienheureuse" (7). Tous doivent avoir envers Elle une vraie
dévotion et confier leur vie et leur apostolat à sa sollicitude maternelle.
1. Cf. Pie XI, encycl. Rerum Ecclesiae: AAS 18 (1926), p. 65.
2. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. De l'Église, n. 31: AAS 57 (1965), p. 37
[pp. 56-57].
3. Cf. Conc. Vat. I1, Const. dogm. De l'Église. n. 33: AAS 57 (1965). p. 39;
cf. aussi n. 10, ibid. p. 14 [pp. 29-30, 58-59].
4. Cf. Ibid., n. 12: AAS 57 (1965), p. 16 [pp. 32-33].
5. Cf. Conc. Vat. II, Const. De la Sainte Liturgie, chap. I, n. 11: AAS 56
(1964), pp. 102-103 [pp. 132-133].
6. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. De l'Église, n. 32: AAS 57 (1965), p. 38
[pp. 57-58]; cf. aussi n. 40-41: ibid., p. 45-47 [pp. 65-69].
7. Ibid.. n. 62, p. 63; cf. aussi n. 65, ibid., pp. 64-65 [pp. 88-90].
CHAPITRE II
LES BUTS À ATTEINDRE
5. [Introduction]
L'œuvre de rédemption du Christ qui concerne essentiellement le salut des
hommes embrasse aussi le renouvellement de tout l'ordre temporel. La mission de
l'Église, par conséquent, n'est pas seulement d'apporter aux hommes le message
du Christ et sa grâce, mais aussi de pénétrer et de parfaire par l'esprit évangélique
l'ordre temporel. Les fidèles laïcs accomplissant cette mission de l'Église
exercent donc leur apostolat aussi bien dans l'Église que dans le monde, dans
l'ordre spirituel que dans l'ordre temporel. Bien que ces ordres soient
distincts, ils sont liés dans l'unique dessein divin; aussi Dieu lui-même
veut-il, dans le Christ, réassumer le monde tout entier pour en faire une
nouvelle créature en commençant dès cette terre et en lui donnant sa plénitude
au dernier jour. Le laïc, qui est tout ensemble membre du Peuple de Dieu et de
la Cité des hommes, n'a qu'une conscience, chrétienne. Celle-ci doit le guider,
sans cesse, dans les deux domaines.
6. [L'apostolat destiné à évangéliser et sanctifier les hommes]
La mission de l'Église concerne le salut des hommes, qui s'obtient par la foi
au Christ et par sa grâce. Par son apostolat l'Église et tous ses membres
doivent donc d'abord annoncer au monde le message du Christ par leurs paroles
et leurs actes et lui communiquer sa grâce. Cela s'accomplit principalement par
le ministère de la parole et des sacrements. Confié spécialement au clergé, il
comporte pour les laïcs un rôle propre de grande importance qui fait d'eux les
"coopérateurs de la vérité" (III Jn 8). Dans ce domaine surtout
l'apostolat des laïcs et le ministère pastoral se complètent mutuellement. Les
laïcs ont d'innombrables occasions d'exercer l'apostolat d'évangélisation et de
sanctification. Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres
accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à
la foi et à Dieu; le Seigneur dit en effet: "Que votre lumière brille
devant les hommes pour qu'ils voient vos œuvres bonnes et glorifient votre Père
qui est aux cieux" (Mat. V. 16).
Cet apostolat cependant ne consiste pas dans le seul témoignage de la vie; le
véritable apôtre cherche les occasions d'annoncer le Christ par la parole, soit
aux incroyants pour les aider à cheminer vers la foi, soit aux fidèles pour les
instruire, les fortifier, les inciter à une vie plus fervente, "car la
charité du Christ nous presse" (II Cor. V, 14). C'est dans les cœurs de
tous que doivent résonner ces paroles de l'Apôtre: "Malheur à moi si je
n'évangélise pas" (I Cor. IX, 16) (1).
A une époque où se posent des questions nouvelles et où se répandent de très
graves erreurs qui tendent à ruiner radicalement la religion, l'ordre moral et
la société humaine elle-même, le Concile exhorte instamment les laïcs, chacun
suivant ses talents et sa formation doctrinale, à prendre une part plus active
selon l'esprit de l'Église, dans l'approfondissement et la défense des
principes chrétiens comme dans leur application adaptée aux problèmes de notre
temps.
7. [Le renouvellement chrétien de l'ordre temporel]
Tel est le dessein de Dieu sur le monde: que les hommes d'un commun accord,
construisent l'ordre des réalités temporelles et le rendent sans cesse plus
parfait.
Tout ce qui compose l'ordre temporel: les biens de la vie et de la famille, la
culture, les réalités économiques, les métiers et les professions, les institutions
de la communauté politique, les relations internationales et les autres réalité
du même genre, leur évolution et leur progrès, n'ont pas seulement valeur de
moyen par rapport à la fin dernière de l'homme. Ils possèdent une valeur
propre, mise en eux par Dieu Lui-même, soit qu'on regarde chacun d'entre eux,
soit qu'on les considère comme parties de l'ensemble de l'univers temporel:
"Et Dieu vit tout ce qu'Il avait fait et c'était très bon" (Gen. I,
31). Cette bonté naturelle, qui est leur, reçoit une dignité particulière en
raison de leur relation avec la personne humaine au service de laquelle ils ont
été créés. Enfin il a plu à Dieu de rassembler toutes les réalités aussi bien
naturelles que surnaturelles en un seul tout dans le Christ "pour que
celui-ci ait la primauté en tout" (Col. I, 18). Cette destination, loin de
priver l'ordre naturel de son autonomie, de ses fins, de ses lois propres, de
ses moyens, de son importance pour le bien des hommes, rend au contraire plus
parfaites sa force et sa valeur propre; elle le hausse en même temps au niveau
de la vocation intégrale de l'homme ici-bas.
Au cours de l'histoire, l'usage des choses temporelles a été souillé par de
graves aberrations. Atteints par la faute originelle, les hommes sont tombés souvent
en de nombreuses erreurs sur le vrai Dieu, la nature humaine et les principes
de la loi morale: alors les mœurs et les institutions humaines s'en sont
trouvées corrompues, la personne humaine elle-même bien souvent méprisée. De
nos jours encore, certains, se fiant plus que de raison aux progrès de la
science et de la technique, sont enclins à une sorte d'idolâtrie des choses
temporelles: ils en deviennent les esclaves plutôt que les maîtres.
C'est le travail de toute l'Église de rendre les hommes capables de bien
construire l'ordre temporel et de l'orienter vers Dieu par le Christ. Il
revient aux pasteurs d'énoncer clairement les principes concernant la fin de la
création et l'usage du monde et d'apporter une aide morale et spirituelle pour
que les réalités temporelles soient renouvelées dans le Christ.
Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l'ordre
temporel. Éclairés par la lumière de l'Évangile, conduits par l'esprit de
l'Église, entraînés par la charité chrétienne, ils doivent en ce domaine agir
par eux-mêmes d'une manière bien déterminée. Membres de la cité, ils ont à
coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence particulière en
assumant leur propre responsabilité: et à chercher partout et en tout la justice
du Royaume de Dieu. L'ordre temporel est à renouveler de telle manière que,
dans le respect de ses lois propres et en conformité avec elles, il devienne
plus conforme aux principes supérieurs de la vie chrétienne et soit adapté aux
conditions diverses des lieux, des temps et des peuples. Parmi les tâches de
cet apostolat l'action sociale chrétienne a un rôle éminent à jouer. Le Concile
désire la voir s'étendre aujourd'hui à tout le secteur temporel sans oublier le
plan culturel (2).
8. [L'action caritative, sceau de l'apostolat chrétien]
Tout apostolat trouve dans la charité son origine et sa force, mais certaines
œuvres sont par nature aptes à devenir une expression particulièrement parlante
de cette charité: le Christ a voulu qu'elles soient le signe de sa mission
messianique (cf. Mat. XI, 4-5).
Le plus grand commandement de la loi est d'aimer Dieu de tout son cœur et le
prochain comme soi-même (Mat. XXII, 37-40). De cette loi de l'amour du
prochain, le Christ a fait son commandement personnel. Il l'a enrichi d'un sens
nouveau quand il voulut, s'identifiant à ses frères, être l'objet de cette
charité disant: "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus
petits de mes frères, c'est à Moi que vous l'avez fait" (Mat. XXV, 40). En
assumant la nature humaine c'est toute l'humanité qu'il s'est unie par une
solidarité surnaturelle qui en fait une seule famille; il a fait de la charité
le signe de ses disciples, par ces paroles: "A ceci tous vous
reconnaîtront pour mes disciples: à cet amour que vous aurez les uns pour les
autres" (Jn XIII, 35).
En ses débuts la Sainte Église en joignant "l'agapé" à la Cène
eucharistique, se manifestait tout entière réunie autour du Christ par le lien
de la charité, ainsi en tout temps elle se fait reconnaître à ce signe d'amour;
tout en se réjouissant des initiatives d'autrui, elle tient aux œuvres
charitables comme à une partie de sa mission propre et comme à un droit
inaliénable. C'est pourquoi la miséricorde envers les pauvres et les faibles,
les œuvres dites de chanté et de secours mutuel pour le soulagement de toutes
les souffrances humaines sont particulièrement en honneur dans l'Église (3).
Aujourd'hui ces activités et ces œuvres de charité sont beaucoup plus
pressantes et doivent davantage prendre tes dimensions de l'univers, car les
moyens de communication sont plus aisés et plus rapides, la distance entre les
hommes est pour ainsi dire vaincue, les habitants du monde entier deviennent
comme les membres d'une seule famille. L'action de la charité peut et doit atteindre
aujourd'hui tous les hommes et toutes les détresses. Partout où se trouvent
ceux qui souffrent du manque de nourriture et de boisson, de vêtements, de
logement, de remèdes, de travail, d'instruction, des moyens de mener une vie
vraiment humaine, ceux qui sont tourmentés par les épreuves ou la maladie, ceux
qui subissent l'exil ou la prison, la charité chrétienne doit les chercher et
les découvrir, les réconforter avec un soin empressé, et les soulager par une
aide adaptée. Cette obligation s'impose en tout premier lieu aux hommes et aux
peuples qui sont les mieux pourvus (4).
Pour que cet exercice de la charité soit toujours au-dessus de toute critique
et apparaisse comme tel, il faut voir dans le prochain l'image de Dieu selon
laquelle il a été créé, et le Christ Notre-Seigneur à qui est offert en réalité
tout ce qui est donné au pauvre. La liberté et la dignité de la personne
secourue doivent être respectées avec la plus grande délicatesse. La pureté
d'intention ne doit être entachée d'aucune recherche d'intérêt propre ni
d'aucun désir de domination (5). Il faut satisfaire d'abord aux exigences de la
justice de peur que l'on n'offre comme don de la charité ce qui est déjà dû en
justice. Que disparaissent la cause des maux et pas seulement leurs effets et
que l'aide apportée s'organise de telle sorte que les bénéficiaires se libèrent
peu à peu de leur dépendance à l'égard d'autrui et deviennent capables de se
suffire.
Les laïcs doivent donc estimer profondément et aider, selon leur pouvoir, les
œuvres de charité et les initiatives concernant l'assistance sociale, qu'elles
soient privées ou publiques, sans oublier les initiatives internationales; par
elles on apporte un secours efficace aux personnes et aux peuples qui
souffrent. Qu'en cela ils collaborent avec tous les hommes de bonne volonté
(6).
1. Cf. Pie XI, encycl. Ubi arcano, 23 déc. 1922:
AAS 14 (1922), p. 659; Pie XII, encycl. Summi Pontificatus, 20 oct. 1939: AAS
31 (1939), pp. 442-443
2. Cf. Léon XIII, encycl. Rerum Novarum: ASS 23 (1890-91), p. 647; Pie XI,
encycl. Quadragesimo Anno: AAS 23 (1931), p. 190; Pie XII, message
radiodiffusé, 1er juin 1941: AAS 33 (1941), p. 207.
3. Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra: AAS 53 (1961), p. 402.
4. Cf. Ibid.. pp. 440-441.
5. Cf. Ibid., pp. 442-443.
6. Cf. Pie XII, alloc. à " Pax Romana M.I.I.C. ", 25 avril 1957: AAS
49 (1957), pp. 298-299; et spécialement Jean XXIII, à la réunion du Conseil
" Food and Agriculture Organisation (F.A.O.), 10 nov. 1959: AAS 51 (1959),
pp. 856, 866.
CHAPITRE III
LES DIVERS CHAMPS D'APOSTOLAT
9. [Introduction]
Les laïcs exercent leur apostolat multiforme tant dans l'Église que dans le
monde. Dans l'un et l'autre cas leur sont ouverts divers champs d'action
apostolique. Nous nous proposons de rappeler ici les principaux d'entre eux:
les communautés ecclésiales, la famille, les jeunes, les milieux sociaux, les
secteurs nationaux et internationaux. Comme de nos jours les femmes ont une
part de plus en plus active dans toute la vie de la société, il est très important
que grandisse aussi leur participation dans les divers secteurs de l'apostolat
de l'Église.
10. [Les communautés ecclésiales]
Participant à la fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi, les laïcs ont leur
part active dans la vie et l'action de l'Église. Dans les communautés
ecclésiales, leur action est si nécessaire que sans elle l'apostolat des
Pasteurs ne peut, la plupart du temps, obtenir son plein effet. A l'image des
hommes et des femmes qui aidaient Paul dans l'annonce de l'Évangile (cf. Act. XVIII,
18.26; Rom. XVI, 3) les laïcs qui ont vraiment l'esprit apostolique viennent,
en effet, en aide à leurs frères, et réconfortent aussi bien les pasteurs que
les autres membres du peuple fidèle (cf. I Cor. XVI, 17-18). Nourris par leur
participation active à la vie liturgique de leur communauté, ils s'emploient
avec zèle à ses œuvres apostoliques; ils acheminent vers l'Église des hommes
qui en étaient peut-être fort éloignés; ils collaborent avec ardeur à la
diffusion de la parole de Dieu, particulièrement par les catéchismes; en
apportant leur compétence ils rendent plus efficace le ministère auprès des
âmes de même que l'administration des biens de l'Église.
La paroisse offre un exemple remarquable d'apostolat communautaire, car elle
rassemble dans l'unité tout ce qui se trouve en elle de diversités humaines et
elle les insère dans l'universalité de l'Église (1). Que les laïcs prennent
l'habitude de travailler dans la paroisse en étroite union avec leurs prêtres
(2), d'apporter à la communauté de l'Église leurs propres problèmes, ceux du
monde, et les questions touchant le salut des hommes pour les examiner et les
résoudre en tenant compte de l'avis de tous. Selon leurs possibilités, ils
apporteront leurs concours à toute entreprise apostolique et missionnaire de
leur famille ecclésiale.
Les laïcs développeront sans cesse le sens du diocèse, dont la paroisse est
comme une cellule; ils seront toujours prompts à l'invitation de leur pasteur à
participer aux initiatives du diocèse. De plus, pour répondre aux nécessités
des villes et des régions rurales (3), ils ne borneront pas leur coopération
aux limites de la paroisse ou du diocèse, mais ils s'efforceront de l'élargir
au plan interparoissial, interdiocésain, national et international: d'autant
plus que l'accroissement constant des migrations de population, la
multiplication des liens mutuels, la facilité des communications ne permettent
plus à une partie de la société de demeurer repliée sur elle-même. Les laïcs se
préoccuperont donc des exigences du peuple de Dieu répandu sur toute la terre.
Ils feront leurs en particulier les œuvres missionnaires en leur apportant une
aide matérielle voire même un concours personnel: c'est pour les chrétiens un
devoir et un honneur que de restituer à Dieu une partie des biens qu'ils
reçoivent de Lui.
11. [La famille]
Le Créateur a fait de la communauté conjugale l'origine et le fondement de la
société humaine. Par sa grâce, Il en a fait aussi un mystère d'une grande
portée dans le Christ et dans l'Église (cf. Éph. V, 32). Aussi l'apostolat des
époux et des familles a-t-il une singulière importance pour l'Église comme pour
la société civile.
Les époux chrétiens sont l'un pour l'autre, pour leurs enfants et les autres
membres de leur famille, les coopérateurs de la grâce et les témoins de la foi.
Ils sont les premiers à transmettre la foi à leurs enfants et à en être auprès
d'eux les éducateurs. Ils les forment par la parole et l'exemple à une vie
chrétienne et apostolique; ils les aident avec sagesse dans le choix de leur
vocation et favorisent de leur mieux une vocation sacrée s'ils la découvrent en
eux.
Ce fut toujours le devoir des époux, mais c'est aujourd'hui l'aspect le plus
important de leur apostolat, de manifester et de prouver par toute leur vie
l'indissolubilité et la sainteté du lien matrimonial; d'affirmer avec vigueur
le droit et le devoir assignés aux parents et aux tuteurs d'élever
chrétiennement leurs enfants; de défendre la dignité et l'autonomie légitime de
la famille. Ils doivent donc collaborer, eux et tous les fidèles, avec les
hommes de bonne volonté, pour que ces droits soient parfaitement sauvegardés
dans la législation civile; pour qu'il soit tenu compte, dans le gouvernement
du pays, des exigences des familles concernant l'habitation, l'éducation des
enfants, les conditions de travail, la sécurité sociale et les impôts et que
dans les migrations la vie commune de 1a famille soit parfaitement respectée
(4).
Cette mission d'être la cellule première et vitale de la société la famille
elle-même l'a reçue de Dieu. Elle la remplira si par la piété de ses membres et
la prière faite à Dieu en commun elle se présente comme un sanctuaire de
l'Église à 1a maison; si toute la famille s'insère dans le culte liturgique de
l'Église; si enfin elle pratique une hospitalité active et devient promotrice
de la justice et de bons services à l'égard de tous les frères qui sont dans le
besoin. Parmi les diverses œuvres d'apostolat familial, citons en particulier:
adopter des enfants abandonnés, accueillir aimablement les étrangers, aider à
la bonne marche des écoles, conseiller et aider les adolescents, aider les
fiancés à se mieux préparer au mariage, donner son concours au catéchisme,
soutenir époux et familles dans leurs difficultés matérielles ou morales,
procurer aux vieillards non seulement l'indispensable mais les justes fruits du
progrès économique.
Toujours et partout mais spécialement dans !es régions où commencent à se
répandre les premières semences de l'Évangile, dans celles où l'Église en est à
ses débuts, dans celles aussi où elle se heurte à de graves obstacles, les
familles chrétiennes rendent au Christ un très précieux témoignage face au
monde en s'attachant par toute leur vie à l'Évangile et en présentant l'exemple
d'un foyer chrétien (5).
Afin d'atteindre plus facilement les buts de leur apostolat il peut être
opportun pour les familles de se constituer en associations (6).
12. [Les jeunes]
Les jeunes représentent dans la société moderne une force de grande importance
(7). Les circonstances de leur vie, leurs habitudes d'esprit, les rapports avec
leurs propres familles se sont complètement transformés. Ils accèdent souvent
très rapidement à une nouvelle condition sociale et économique. Alors que
grandit de jour en jour leur importance sociale et même politique, ils
apparaissent assez peu préparés à porter convenablement le poids de ces charges
nouvelles.
Cet accroissement de leur importance sociale exige d'eux une plus grande
activité apostolique, et leur caractère naturel les y dispose. Lorsque mûrit la
conscience de leur propre personnalité, poussés par leur ardeur naturelle et
leur activité débordante, ils prennent leur propre responsabilité et désirent
être parties prenantes dans la vie sociale et culturelle; si cet élan est
pénétré de l'esprit du Christ, animé par le sens de l'obéissance et l'amour
envers l'Église, on peut en espérer des fruits très riches. Les jeunes doivent
devenir les premiers apôtres des jeunes, en contact direct avec eux, exerçant
l'apostolat par eux-mêmes et entre eux., compte tenu du milieu social où ils
vivent (8).
Les adultes auront soin d'engager avec les jeunes des dialogues amicaux qui
permettent aux uns et aux autres, en dépassant la différence d'âge, de se
connaître mutuellement et de se communiquer leurs propres richesses. C'est par
l'exemple d'abord, et, à l'occasion, par un avis judicieux et une aide efficace
que les adultes pourront stimuler les jeunes à l'apostolat.
De leur côté les jeunes sauront garder le respect et la confiance à l'égard des
adultes et, dans leur désir naturel de renouvellement, ils sauront apprécier
comme elles le méritent les traditions estimables.
Les enfants ont également une activité apostolique qui leur est propre. A la
mesure de leurs possibilités, ils sont les témoins vivants du Christ au milieu
de leurs camarades.
13. [Le milieu social]
L'apostolat dans le milieu social s'efforce de pénétrer d'esprit chrétien la
mentalité et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où chacun
vit. Il est tellement le travail propre et la charge des laïcs que personne ne
peut l'assumer à leur place comme il faut. Sur ce terrain, les 1aïcs peuvent
mener l'apostolat du semblable envers le semblable. Là, ils complètent le
témoignage de la vie par celui de la parole (9). C'est là qu'ils sont le plus
aptes à aider leurs frères, dans leur milieu de travail, de profession,
d'étude, d'habitation, de loisir, de collectivité locale.
Les laïcs accomplissent cette mission de l'Église dans le monde avant tout par
cet accord de leur vie avec la foi qui fait d'eux la lumière du monde, et par
cette honnêteté en toute activité capable d'éveiller en chaque homme l'amour du
vrai et du bien, et de l'inciter à aller un jour au Christ et à l'Église. Ils
disposent insensiblement tous les cœurs à l'action de la grâce du salut par
cette vie de charité fraternelle qui leur fait partager les conditions de vie
et de travail, les souffrances et les aspirations de leurs frères. Enfin, par
cette pleine conscience de leur responsabilité propre dans la vie de la
société, ils s'efforcent d'accomplir leurs devoirs familiaux, sociaux et
professionnels avec une telle générosité chrétienne que leur manière d'agir
pénètre peu à peu leur milieu de vie et de travail.
Cet apostolat s'adresse à tous les hommes, aussi nombreux qu'ils soient, et n'a
le droit d'exclure aucun bien spirituel ou temporel qu'il est possible de leur
procurer. Mais les apôtres authentiques ne se contentent pas de cette seule
action: ils ont le souci d'annoncer aussi le Christ par la parole à ceux qui
les entourent. Beaucoup d'hommes en effet ne peuvent recevoir l'Évangile et
reconnaître le Christ que par les laïcs qu'ils côtoient.
14. [Les plans national et international]
Immense est le champ d'apostolat, sur le plan national et international, où les
laïcs surtout sont les intendants de la Sagesse chrétienne. Dans le dévouement
envers la nation, dans le fidèle accomplissement de leurs devoirs civiques, les
catholiques se sentiront tenus de promouvoir le vrai bien commun; c'est ainsi
qu'ils peuvent amener le pouvoir civil à tenir compte de leur opinion afin
qu'il s'exerce dans la justice et que les lois soient conformes aux exigences
morales et au bien commun. Que les catholiques compétents en matière politique,
affermis comme il convient dans la foi et la doctrine chrétienne, ne refusent
pas la gestion des affaires publiques, car ils peuvent par une bonne
administration travailler au bien commun et en même temps préparer la route à
l'Évangile.
Les catholiques s'attacheront à collaborer avec tous les hommes de bonne
volonté pour promouvoir tout ce qui est vrai, juste, saint, digne d'être aimé
(voir Phil. IV, 8). Ils entreront en dialogue avec eux, allant à eux avec
intelligence et délicatesse, et rechercheront comment améliorer les
institutions sociales et publiques selon l'esprit de l'Évangile.
Parmi les signes de notre temps, il faut noter particulièrement ce sens
toujours croissant et inéluctable de la solidarité de tous les peuples que
l'apostolat des laïcs doit développer et transformer en un désir sincère et effectif
de fraternité. Enfin, les laïcs doivent prendre conscience de l'existence du
secteur international, des questions et des solutions doctrinales ou pratiques
qui s'y font jour en particulier en ce qui concerne les peuples qui font effort
vers le progrès (10).
Tous ceux qui travaillent dans des nations étrangères, ou leur apportent leur
aide, se rappelleront que les relations entre peuples doivent être un véritable
échange fraternel dans lequel les deux parties donnent et reçoivent à la fois.
Ceux qui voyagent à l'étranger, pour raison d'affaires ou de loisir, doivent se
rappeler qu'ils sont également partout les messagers itinérants du Christ et
qu'ils ont à se conduire comme tels.
1. Cf. s. Pie X, lettre apost. Creationis duarum
novarum paroeciarum, ler juin 1905: ASS 38 (1905) pp. 65-67; Pie XII, Alloc.
aux paroissiens de S. Saba, 11 janv. 1953: Discours et radio-messages de S.S.
Pie XII. 14 (1952-1953), pp. 449-454; Jean XXIII. Alloc. au clergé et aux
fidèles du diocèse suburbicaire d'Albano, à Castelgondolfo, 26 août 1962: AAS
54 (1962). pp. 656-660.
2. Cf. Léon XIII, Alloc. 28 janv. 1894: Acta, 14 (1894), pp. 424-25.
3. Cf. Pie XII, Alloc. aux Curés, etc., 6 fév. 1951: Discours et radiomessages
de S.S. Pie XII, 12 (1950-1951), pp. 437-443; 8 mars 1952: ibid., 14
(1952~1953), pp. 5-10; 27 mars 1953: ibid., 15 (1953-1954), pp. 27-35; 28 fév.
1954: ibid., pp. 585-590.
4. Cf. Pie XI, encycl. Casti Connubii: AAS 22 (1930), p. 554; Pie XII, message
radiodiffusé, ler juin 1941: AAS 33 (1941), p. 203; ID., Aux délégués du
Congrès de l'Union Internationale des Associations pour la protection des
droits de la famille, 20 sept. 1949: AAS 41 (1949), p. 552; ID., Aux pères de
famille de France en pèlerinage à Rome, 18 sept. 1951: AAS 43 (1951), p. 731;
ID., Message radiodiffusé de Noël 1952: AAS 45 (1953), p. 41; Jean XXIII,
encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS 53 (1961), pp. 429, 439.
5. Cf. Pie XII. encycl. Evangelii Praecones, 2 juin 1951: AAS 43 (1951). p.
514.
6. Cf. Pie XII. Aux délégués du Congrès de l'Union internationale des
associations pour la protection des droits de la famille, 20 sept. 1949: AAS 41
(1949). pp. 552.
7. Cf. S. Pie X, Alloc. à l'Association Catholique de la jeunesse française:
piété, science, action, 25 sept. 1904: AAS 37 (1904-1905), pp. 296-300.
8. Cf. Pie XII, Lettre Dans quelques semaines, à l'Archevêque de Montréal: Sur
les Congrès organisés par les jeunes ouvriers chrétiens du Canada, 24 mai 1947:
AAS 39 (1947}. p. 257; message radiodiffusé à la J.O.C.. Bruxelles, 3 sept. 1950:
AAS 42 (1950), pp. 640-641.
9. Cf. Pie XI, encycl. Quadragesimo Anno, 15 mai 1931: AAS 23 (1931), pp.
225-226.
10. Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS 53 ( 1961 ),
pp. 448-450.
CHAPITRE IV
LES DIVERS MODES D'APOSTOLAT
15. [Introduction]
Les laïcs peuvent exercer leur action apostolique soit individuellement, soit
groupés en diverses communautés ou associations.
16. [Importance et multiplicité des formes de l'apostolat individuel]
L'apostolat que chacun doit exercer personnellement et qui découle toujours
d'une vie vraiment chrétienne (cf. Jn IV, 14) est le principe et la condition
de tout apostolat des laïcs, même collectif, et rien ne peut le remplacer.
Cet apostolat individuel est toujours et partout fécond; il est en certaines
circonstances le seul adapté et le seul possible. Tous les laïcs y sont appelés
et en ont le devoir, quelle que soit leur condition, même s'ils n'ont pas
l'occasion ou la possibilité de collaborer dans des mouvements.
En ce domaine, il existe pour les laïcs de multiples manières de participer à
l'édification de l'Église, à la sanctification du monde et à son animation dans
le Christ.
La forme particulière de l'apostolat individuel des laïcs est le témoignage de
toute une vie de laïcs, inspirée par la foi, l'espérance et la charité: elle
est d'ailleurs un signe très adapté à notre temps et manifeste le Christ vivant
en ses fidèles. Par l'apostolat de la parole, absolument nécessaire en
certaines circonstances, les laïcs annoncent le Christ. Par là ils expliquent
et répandent sa doctrine, chacun selon sa condition, sa compétence et la
professent avec fidélité.
En outre, parce qu'ils collaborent comme citoyens de ce monde à tout ce qui
touche la construction et la gestion de l'ordre temporel, les laïcs doivent
chercher à approfondir dans la vie familiale, professionnelle, culturelle et
sociale, à la lumière de la foi, leurs raisons d'agir et à l'occasion les
révéler aux autres, conscients ainsi d'être !es coopérateurs du Dieu Créateur,
Rédempteur et Sanctificateur, et de Lui rendre gloire.
Enfin les laïcs animeront leur vie par la charité et l'exprimeront concrètement
à la mesure de leurs moyens.
Tous se souviendront que par le culte public et la prière personnelle, par 1a
pénitence et la libre acceptation des travaux et des peines de la vie qui les
conforme au Christ souffrant (2 Cor. IV, 10; Col. I, 24), ils peuvent atteindre
tous les hommes et travailler au salut du monde entier.
17. [L'apostolat individuel en certaines circonstances]
Cet apostolat individuel est particulièrement nécessaire et urgent dans les
régions où la liberté de l'Église est gravement compromise. Dans ces
circonstances très difficiles, les laïcs remplaçant les prêtres dans la mesure
où ils le peuvent, exposant leur propre liberté et parfois leur vie, enseignent
la doctrine chrétienne à ceux qui les entourent, les forment à la vie
religieuse et à l'esprit catholique, les incitent à la réception fréquente des
sacrements et à la piété surtout envers l'Eucharistie (1). Le Concile, du fond
du cœur, rend grâces à Dieu qui, encore aujourd'hui, ne cesse de susciter des
laïcs au courage héroïque au milieu des persécutions; il les entoure de sa
paternelle affection et leur exprime sa reconnaissance.
L'apostolat individuel trouve une grande place là où les catholiques sont peu
nombreux et dispersés. Dans ces circonstances, les laïcs qui n'exercent qu'un
apostolat personnel, soit pour les raisons mentionnées plus haut, soit pour des
motifs particuliers venant parfois de leur activité professionnelle, peuvent se
rassembler utilement par petits groupes, sans aucune forme rigide d'institution
ou d'organisation, pourvu que le signe de la communauté de l'Église apparaisse
toujours aux autres comme un témoignage authentique d'amour.
Ainsi, s'aidant mutuellement au plan spirituel par leur amitié et l'échange de
leurs expériences, ils se préparent à surmonter les inconvénients d'une vie et
d'une action trop isolées, et à produire des fruits apostoliques plus
abondants.
18. [Importance de l'apostolat organisé]
Les chrétiens sont donc appelés à exercer personnellement l'apostolat dans
leurs diverses conditions de vie; il ne faut cependant pas oublier que l'homme
est social par nature et qu'il a plu à Dieu de rassembler ceux qui croient au
Christ pour en faire le peuple de Dieu (cf. I Petr. II, 5-10) et les unir en un
seul corps (cf. I Cor. XII, 12). L'apostolat organisé correspond donc bien à la
condition humaine et chrétienne des fidèles; il présente en même temps le signe
de la communion et de l'unité de l'Église dans le Christ qui a dit: "Là où
deux ou trois sont réunis en Mon nom, Je suis au milieu d'eux" (Mat.
XVIII, 20).
C'est pourquoi les chrétiens exerceront leur apostolat en s'accordant sur un
même but2. Qu'ils soient apôtres, tant dans leurs communautés familiales que
dans les paroisses et les diocèses qui expriment en tant que tels le caractère
communautaire de l'apostolat; qu'ils le soient aussi dans les groupements
libres dans lesquels ils auront choisi de se réunir.
L'apostolat organisé est aussi très important parce que souvent, soit dans les
communautés ecclésiales, soit dans les divers milieux de vie l'apostolat
requiert une action d'ensemble. Les organisations créées pour un apostolat
collectif soutiennent leurs membres, les forment à l'apostolat, ordonnent et
dirigent leur action apostolique de telle sorte qu'on puisse en espérer des
résultats beaucoup plus importants que si chacun agissait isolément.
Dans la conjoncture actuelle, il est souverainement nécessaire que là où s'exerce
l'activité des laïcs se développe l'apostolat sous sa forme collective et
organisée; seule en effet cette étroite conjonction des efforts peut permettre
d'atteindre complètement tous les buts de l'apostolat d'aujourd'hui et d'en
protéger efficacement les fruits (3). Dans cette perspective, il est
particulièrement important que l'apostolat atteigne les mentalités collectives
et les conditions sociales de ceux dont il se préoccupe, sinon ceux-ci seront
souvent incapables de résister à ta pression de l'opinion publique ou des
institutions.
19. [Les multiples formes de l'apostolat organisé]
Il existe une grande variété dans les associations d'apostolat (4). Les unes se
proposent d'atteindre le but apostolique général de l'Église, d'autres des buts
d'évangé1isation et de sanctification envisagés sous un angle particulier;
d'autres visent à l'animation chrétienne de l'ordre temporel; d'autres rendent
.témoignage au Christ plus spécialement par les œuvres de miséricorde et de
charité.
Parmi ces groupements, il faut en premier lieu considérer ceux qui favorisent
et mettent en valeur une union plus intime entre la vie concrète de leurs
membres et leur foi. Les organisations ne sont pas des fins en soi, mais elles
doivent servir la mission de l'Église envers le monde. Leur valeur apostolique
dépend de leur conformité aux buts de l'Église, ainsi que de la qualité
chrétienne de leur témoignage et de l'esprit évangélique de chacun de leurs
membres et de l'association tout entière.
La mission universelle de l'Église, étant donnée la mise en place progressive
des structures et l'évolution de la société actuelle, requiert de plus en plus
le développement des associations apostoliques des catholiques au plan
international. Les organisations internationales catholiques atteindront mieux
leur but si les groupes qu'elles rassemblent et leurs membres leur sont plus
étroitement unis.
Le lien nécessaire avec l'autorité ecclésiastique étant assuré (5), les laïcs
ont le droit de fonder des associations (6), de les diriger et de leur donner
un nom. Il faut cependant éviter la dispersion des forces; celle-ci se
produirait si l'on fondait de nouvelles associations et œuvres sans raison
suffisante, si l'on en conservait d'autres devenues inutiles, ou encore si l'on
gardait des méthodes périmées; enfin il ne sera pas toujours opportun de
transplanter sans discernement dans un pays déterminé les formes d'apostolat
organisé qui existent dans un autre (7).
20. [L'action Catholique]
Depuis quelques dizaines d'années, dans un grand nombre de pays, des laïcs
donnés de plus en plus à l'apostolat se sont réunis en des formes diverses
d'action et d'associations qui, en union particulièrement étroite avec la
hiérarchie, ont poursuivi et poursuivent des buts proprement apostoliques.
Parmi ces institutions, comme parmi d'autres semblables et plus anciennes, il
faut mentionner en premier lieu celles qui, tout en suivant diverses méthodes,
ont été très fécondes pour le Règne du Christ: recommandées et favorisées à
juste titre par les Papes et de nombreux Évêques, elles ont reçu d'eux le nom
d'Action Catholique; elles ont été le plus souvent décrites comme une
collaboration des laïcs à l'apostolat hiérarchique (8).
Ces formes d'apostolat, qu'elles portent ou non le nom d'Action Catholique,
exercent aujourd'hui un apostolat précieux. Elles sont constituées par la
réunion des éléments suivants qui les caractérisent:
a) Le but immédiat des organisations de ce genre est le but apostolique de
l'Église dans l'ordre de l'évangélisation, de la sanctification des hommes et
de la formation chrétienne de leur conscience, afin qu'ils soient en mesure de
pénétrer de l'esprit de l'Évangile les diverses communautés et les divers
milieux.
b) Les laïcs collaborant, selon un mode qui leur est propre, avec la hiérarchie,
apportent leur expérience et assument leur responsabilité dans la direction de
ces organisations, dans la recherche des conditions de mise en œuvre de la
pastorale de l'Église, dans l'élaboration et la poursuite de leur programme
d'action.
c) Ces laïcs agissent unis à la manière d'un corps organisé, ce qui exprime de
façon plus parlante la communauté ecclésiale et rend l'apostolat plus fécond.
d) Ces laïcs, qu'ils soient venus à l'apostolat de leur propre mouvement ou en
réponse à une invitation pour l'action et la coopération directe avec
l'apostolat hiérarchique, agissent sous la haute direction de la Hiérarchie
elle-même qui peut même authentifier cette collaboration par un mandat
explicite.
Les organisations qui, au jugement de la Hiérarchie, vérifient l'ensemble de
ces caractères, doivent être réputées comme étant d'Action Catholique, même si
elles ont des structures et des noms variés selon les exigences des lieux et
des peuples.
Le Saint Concile recommande instamment ces institutions qui répondent
certainement en beaucoup de pays aux nécessités de l'apostolat de l'Église, et
il invite les prêtres et les laïcs qui y travaillent à réaliser de plus en plus
les caractéristiques mentionnées plus haut et à coopérer toujours
fraternellement dans l'Église avec toutes les autres formes de l'apostolat.
21. [Estime des organisations]
Toutes les organisations d'apostolat sont à estimer comme il convient, mais
celles que la Hiérarchie, selon les besoins des temps et des lieux aura louées,
recommandées, décidé de fonder comme plus urgentes, doivent être mises en
première place par les prêtres, les religieux et les laïcs, et développées par
chacun suivant sa mission. Parmi ces groupements, il faut mentionner très
spécialement aujourd'hui les associations ou groupes internationaux de
catholiques.
22. [Les laïcs qui sont à un titre spécial au service de l'Église]
Sont dignes d'une estime et d'un respect particuliers dans l'Église les laïcs
célibataires ou mariés qui de manière définitive ou pour un temps mettent leur
personne, leur compétence professionnelle au service des institutions et de
leurs activités. C'est une grande joie de voir s'augmenter de jour en jour le
nombre des laïcs qui se consacrent aux associations et œuvres d'apostolat, soit
à l'intérieur de leur pays, soit dans le secteur international, soit surtout
dans des communautés catholiques des missions et des églises naissantes.
Les pasteurs accueilleront ces laïcs avec joie et avec reconnaissance; ils
veilleront à ce que leur condition satisfasse aussi parfaitement que possible
aux exigences de la justice, de l'équité et de la charité, surtout en ce qui
concerne les ressources nécessaires à leur vie et à celle de leur famille; ils
feront en sorte que ces laïcs disposent des moyens nécessaires de formation, de
soutien et de stimulant spirituel.
1. Cf. Pie XII, alloc. Au 1er Congrès Mondial de
l'Apostolat des Laïcs, 14 oct. 1951: AAS 43 (1951), p. 788.
2. Cf. Pie XII, alloc. Au 1er Congrès Mondial de l'Apostolat des Laïcs, 14 oct.
1951: AAS 43 (1951) pp. 787-788.
3. Cf. Pie XII, encycl. Le Pèlerinage de Lourdes, 2 juillet 1957, AAS 49
(1957), p. 615
4. Cf. Pie XII, alloc. Au Conseil de la Fédération internationale des hommes
catholiques. 8 déc. 1956: AAS 49 (1957), pp. 26-27.
5. Cf. infra chap. V, n. 24 [pp. 419-420].
6. Cf. " Résolution " de la Congrégation du Concile Corrienten, 13
nov. 1920: AAS 13 (1921), p. 139.
7. Cf. Jean XXIII, encycl. Princeps Pastorum, 10 déc. 1959: AAS 51 (1959), p.
856.
8. Cf. Pie XI, lettre Quae nobis, au cardinal Bertrain, 13 nov. 1928: AAS 20
(1928). p. 385. Cf. aussi Pie XII, alloc. A l'Action catholique italienne, 4
sept. 1940: AAS 32 (1940}, p. 362.
CHAPITRE V
LES DISPOSITIONS À OBSERVER
23. [Introduction]
L'apostolat des laïcs, individuel ou collectif, doit s'insérer à sa vraie place
dans l'apostolat de toute l'Église. Qui plus est: son lien avec ceux que
l'Esprit-Saint a constitués pour paître l'Église de Dieu (cf. Act. XX, 28), est
un élément essentiel de l'apostolat chrétien. Non moins nécessaire est la collaboration
entre les diverses initiatives apostoliques qu'il est du ressort de la
Hiérarchie d'organiser harmonieusement.
Une estime mutuelle et une bonne coordination de toutes les formes apostoliques
de l'Église, respectant le caractère particulier de chacune, sont en effet
absolument nécessaires pour promouvoir l'esprit d'unité afin que la charité
fraternelle éclate dans tout l'apostolat de l'Église, que les buts communs
soient atteints et que les rivalités dommageables soient évitées (1).
Cela apparaît surtout nécessaire quand une action particulière exige dans
l'Église l'harmonie et la coopération apostolique des deux clergés, des
religieux et des laïcs.
24. [Relations avec la Hiérarchie]
Il appartient à la Hiérarchie de favoriser l'apostolat des laïcs, de lui donner
principes et assistance spirituelle, d'ordonner son exercice au bien commun de
l'Église et de veiller à ce que la doctrine et les dispositions fondamentales
soient respectées.
Les liens de l'apostolat des laïcs avec la Hiérarchie peuvent revêtir des
modalités différentes selon la diversité des formes et des buts de cet
apostolat.
On trouve dans l'Église un certain nombre d'initiatives apostoliques qui
doivent leur origine au libre choix des laïcs et dont la gestion relève de leur
propre jugement prudentiel. De telles initiatives permettent à l'Église, en
certaines circonstances, de mieux remplir sa mission; aussi n'est-il pas rare
que la Hiérarchie les loue et les recommande (2) mais aucune initiative ne peut
prétendre au nom de catholique sans le consentement de l'autorité
ecclésiastique légitime.
Certaines formes de l'apostolat des laïcs sont reconnues explicitement par la
Hiérarchie sous une forme ou sous une autre.
En outre, eu égard aux exigences du bien commun de l'Église, l'autorité
ecclésiastique peut choisir et promouvoir d'une façon spéciale certaines
associations et institutions apostoliques, visant directement un but spirituel,
et assumer à leur égard une responsabilité particulière. Ainsi la Hiérarchie,
organisant l'apostolat de diverses manières selon les circonstances, unit plus
étroitement à sa propre charge apostolique telle forme d'apostolat sans
toutefois altérer la nature propre et la distinction des deux tâches, et par
conséquent sans enlever aux laïcs la nécessaire faculté d'agir de leur propre
initiative. Cet acte de la Hiérarchie a reçu le nom de "mandat" dans
divers documents ecclésiastiques.
Enfin, il arrive que la Hiérarchie confie aux laïcs certaines charges touchant
de plus près aux devoirs des Pasteurs: dans l'enseignement de la doctrine
chrétienne, par exemple, dans certains actes liturgiques et dans le soin des
âmes. Par cette mission, les laïcs sont pleinement soumis à la direction du
supérieur ecclésiastique pour l'exercice de ces charges.
En ce qui concerne les œuvres et institutions d'ordre temporel, le rôle de la
Hiérarchie ecclésiastique est d'enseigner et d'interpréter authentiquement les
principes moraux à suivre en ce domaine. Il lui est également possible de juger
après mûre réflexion et consultation de personnes compétentes de la conformité
de telle œuvre ou institution avec ces principes moraux, et de se prononcer à
leur sujet sur ce qui est exigé pour la sauvegarde et la promotion des biens de
l'ordre surnaturel.
25. [Aide à apporter par le clergé à l'apostolat des laïcs]
Les Évêques, les curés, et les autres prêtres du clergé séculier et du clergé
régulier se souviendront que le droit et le devoir d'exercer l'apostolat sont
communs à tous les fidèles, clercs ou laïcs, et que dans l'édification de
l'Église les laïcs ont aussi un rôle propre à jouer (3). C'est pourquoi ils
travailleront fraternellement avec les laïcs dans l'Église et pour l'Église, et
prendront spécialement à cœur le soutien des laïcs dans leurs œuvres
d'apostolat (4).
Les Évêques choisiront avec soin des prêtres capables et bien avertis pour
s'occuper des formes particulières de l'apostolat des laïcs (5). Ceux qui
exercent ce ministère en vertu d'une mission reçue de la Hiérarchie la
représentent dans son action pastorale: toujours attachés fidèlement à l'esprit
et à la doctrine de l'Église, ils favoriseront entre les laïcs et la Hiérarchie
les relations convenables; ils se dépenseront pour nourrir la vie spirituelle
et le sens apostolique au sein des associations catholiques qui leur sont
confiées; ils seront présents à leur action apostolique par leurs avis
judicieux et favoriseront leurs projets; en dialogue constant avec les laïcs,
ils rechercheront attentivement les formes les plus capables de rendre l'action
apostolique plus fructueuse; ils développeront l'esprit d'unité au sein même de
l'association aussi bien qu'entre elle et les autres.
Enfin les religieux, Frères ou Sœurs, estimeront l'action apostolique des
laïcs, et, fidèles à l'esprit et aux règles de leur institut, ils se
dépenseront volontiers à la développer (6); ils s'appliqueront à soutenir, à
aider et à compléter l'action du prêtre.
26. [Moyens utiles à la coopération mutuelle]
Au plan des diocèses, il faudrait autant que possible qu'il y ait des conseils
qui soutiennent le travail apostolique de l'Église tant sur le plan de
l'évangélisation et de la sanctification que sur le plan caritatif, social et
autre: les clercs et les religieux y collaboreront de manière appropriée avec
les laïcs. Ces conseils pourront aider à la coordination mutuelle des diverses
associations ou initiatives des laïcs en respectant la nature propre et
l'autonomie de chacune (7).
Des conseils semblables, autant que faire se peut, devraient être constitués au
plan paroissial, interparoissial, interdiocésain, voire même au plan national
et international (8).
Il faudrait de plus que soit constitué auprès du Saint-Siège un secrétariat
spécial pour le service et la promotion de l'apostolat des laïcs. Ce
secrétariat serait comme un centre doté de moyens adapté pour fournir des
informations au sujet des diverses initiatives apostoliques des laïcs. Il
s'attacherait aux recherches sur les problèmes qui surgissent aujourd'hui dans
ce domaine et assisterait de ses conseil la Hiérarchie et les laïcs sur le plan
des activités apostoliques. Les divers mouvements et organisations apostoliques
des laïcs du monde entier devraient être parties prenantes de ce secrétariat où
se retrouveraient aussi pour collaborer avec les laïcs des clercs et de
religieux.
27. [Coopération avec les autres chrétiens et les non-chrétiens]
Le patrimoine évangélique commun, et le devoir commun qui résulte de porter un
témoignage chrétien, recommandent et souvent exigent la coopération de
catholiques avec les autres chrétiens; cette collaboration peut être le fait
des individus et des communautés ecclésiales et concerner la participation soit
à des activités soit à des associations sur le plan national ou international
(9).
Les valeurs humaines communes réclament aussi de la part des chrétiens qui
poursuivent des fins apostoliques une coopération de ce genre avec ceux qui ne
professent pas le christianisme mais reconnaissent ces valeurs.
Par cette coopération dynamique et prudente (10), particulièrement importante
dans les activités temporelles, les laïcs apportent un témoignage au Christ
Sauveur du monde et à l'unité de la famille humaine.
1. Cf. Pie XI, encycl. Quamvis nostra, 30 avril
1936: AAS 28 (1936), pp. 160-161.
2. Cf. Résolution de la S. Congrég. du Concile Corrienten, 13 nov. 1920: AAS 13
(1921), pp. 137-140.
3. Cf. Pie XII, Alloc. Au 2e Congrès Mondial de l'Apostolat des Laïcs, 5 oct.
1957: AAS 49 (1957), p. 927.
4. Cf. Conc. Vat. II. Const. dogm. De l'Église, n. 37: AAS 57 (1965), pp. 42-43
[pp. 63-641.
5. Cf. Pie XII, exhort. apost. Menti Nostrae, 23 .sept. 1950: AAS 42 (1950), p.
660.
6. Cf. Conc. Vat. II, décret Sur le renouveau et l'adaptation de la vie
religieuse, n. 8: AAS 58 (1966), p. 706 [p. 380].
7. Cf. Benoît XIV, Du synode diocésain, liv. III, c. IX, n. VII-VIII: Opera
omnia in tomos XVII distributa, tom. XI (Prati, 1844), pp. 76-77.
8. Cf. Pie XI, encycl. Quamvis Nostra, 30 avril 1936: AAS 28 (1936), pp.
160-161.
9. Cf. Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS 53 (1961), pp.
456-457. Cf. Conc. Val. il. Décret Sur l'Œcuménisme, n. 12: AAS 57 (1965), pp.
99-100 [p. 508].
10. Cf. Conc. Vat. II, Décret Sur l'Œcuménisme. n. 12: AAS 57 (1965). p. 100
[p. 508]; cf. aussi Const. dogm. De l'Église. n. 15: AAS 57 {1965}, pp. 19-20
[pp. 35-361.
CHAPITRE VI
FORMATION À L'APOSTOLAT
28. [Nécessité d'une formation à l'apostolat]
L'apostolat ne peut atteindre une pleine efficacité que grâce à une formation à
la fois différenciée et complète. C'est ce qu'exigent non seulement le constant
progrès spirituel et doctrinal du laïc lui-même, mais aussi diverses
circonstances tenant aux réalités, aux personnes et aux obligations auxquelles
son activité doit pouvoir s'adapter. Cette formation à l'apostolat s'appuiera
comme sur des fondements sur les propositions et déclarations faites ailleurs
par le Concile (1). Un certain nombre de formes d'apostolat requièrent en plus
de la formation commune à tous les chrétiens une formation spécifique et
particulière en raison de la diversité des personnes et des circonstances.
29. [Principes de la formation des laïcs à l'apostolat]
Les laïcs ayant leur manière à eux de participer à la mission de l'Église, leur
formation apostolique sera adaptée au caractère séculier propre au laïcat et à
la vie spirituelle qui leur convient.
Cette formation à l'apostolat suppose une formation humaine conforme à la
personnalité et aux conditions de la vie de chacun. Le laïc, en effet, grâce à
une bonne connaissance du monde actuel, doit être un membre bien inséré dans
son groupe social et dans la culture qui est la sienne.
Mais, en premier lieu, le laïc apprendra à accomplir la mission du Christ et de
l'Église en vivant par la foi le mystère divin de la création et de la
rédemption sous la motion de l'Esprit-Saint qui anime le peuple de Dieu et qui
sollicite tous les hommes à aimer Dieu comme un Père et à aimer en Lui le monde
et les hommes. Cette formation doit être considérée comme le fondement et la
condition même de tout apostolat fécond.
Outre la formation spirituelle, une solide connaissance doctrinale est requise
en matière théologique, morale et philosophique; cette connaissance devra être
adaptée à l'âge, aux conditions de vie ainsi qu'aux aptitudes de chacun. De
plus il ne faut aucunement oublier l'importance d'une culture générale appropriée
jointe à une formation pratique et technique.
En vue de faciliter au mieux les "relations humaines" il convient
aussi de favoriser le développement des valeurs authentiquement humaines, en
particulier celles qui concernent l'art de vivre en esprit fraternel, de
collaborer ainsi que de dialoguer avec les autres.
Parce que la formation à l'apostolat ne peut consister dans la seule
instruction théorique, il faut apprendre graduellement et prudemment, dès le
début de cette formation, à voir toutes choses, à juger et à agir à la lumière
de la foi, à se former et à se perfectionner soi-même avec les autres par
l'action. C'est ainsi qu'on entrera activement dans le service de l'Église (2).
Cette formation est sans cesse à perfectionner à cause du développement
progressif de la personne humaine et de l'évolution même des problèmes; elle
requiert une connaissance toujours plus profonde et une adaptation constante de
l'action. Tout en cherchant à répondre à ses multiples exigences, on aura le
souci constant de respecter l'unité et l'intégrité totale de la personne
humaine afin d'en préserver et d'en intensifier l'harmonieux équilibre.
De cette manière, le laïc peut s'insérer profondément et activement dans la
réalité même de l'ordre temporel et prendre part efficacement à la marche des
choses; en même temps, comme membre vivant et témoin de l'Église, il rend
celle-ci présente et agissante au cœur même des réalités temporelles (3).
30. [Ceux qui doivent former les autres à l'apostolat]
La formation à l'apostolat doit commencer dès la première éducation des
enfants, mais ce sont plus spécialement les adolescents et les jeunes qui
doivent être initiés à l'apostolat et marqués de son esprit. Cette formation
sera d'ailleurs à poursuivre tout au long de la vie en fonction des exigences
posées par de nouvelles tâches. Il est donc clair qu'il revient à ceux qui ont
la charge de l'éducation chrétienne de s'attacher à cette éducation
apostolique.
C'est aux parents qu'il incombe, au sein même de la famille, de préparer leurs
enfants dès leur jeune âge à découvrir l'amour de Dieu envers tous les hommes;
ils leur apprendront peu à peu - et surtout par leur exemple - à avoir le souci
des besoins de leur prochain tant au plan matériel que spirituel. C'est la
famille tout entière, dans sa communauté de vie, qui doit réaliser ainsi le
premier apprentissage de l'apostolat.
Mais il est par ailleurs nécessaire de former les enfants de telle manière que,
dépassant le cadre familial, ils ouvrent leur esprit à la vie des communautés
aussi bien ecclésiales que temporelles. Leur intégration à la communauté
paroissiale locale doit être faite de telle manière qu'ils y prennent
conscience d'être membres vivants et agissants du Peuple de Dieu. Les prêtres
auront donc le souci constant de cette formation à l'apostolat: dans les
catéchismes, les prédications, la direction des âmes ainsi que dans les
diverses autres fonctions du ministère pastoral.
Ce sont également les écoles, les collèges et les diverses institutions
catholiques consacrées à l'Éducation qui doivent susciter chez les jeunes le
sens catholique et l'action apostolique. Si ces moyens font défaut, soit que
les jeunes ne fréquentent pas ces écoles, soit pour toute autre raison, que les
parents et les pasteurs, ainsi que les mouvements d'apostolat, prennent
d'autant plus soin d'y pourvoir. Quant aux maîtres et aux éducateurs qui, par
vocation et par devoir d'état, exercent une excellente forme de l'apostolat des
laïcs, il importe qu'ils soient pénétrés de la doctrine et de la pédagogie
nécessaires pour transmettre efficacement cette éducation.
Les groupements et associations diverses de laïcs qui se consacrent à
l'apostolat ou à toute autre fin spirituelle doivent soigneusement et
assidûment favoriser, selon leurs objectifs et leurs propres modalités, cette
formation à l'apostolat (4). Ces organismes constituent d'ailleurs souvent 1a
voie ordinaire de cette formation à l'apostolat. On y trouve en effet la
formation doctrinale, spirituelle et pratique. Leurs membres réunis en petits
groupes avec leurs compagnons ou leurs amis, examinent les méthodes et les
résultats de leur action apostolique et cherchent ensemble dans l'Évangile à
juger leur vie quotidienne.
Cette formation doit être poursuivie de façon telle qu'elle tienne compte de
tout l'apostolat qui incombe aux laïcs, car celui-ci ne doit pas s'exercer
seulement à l'intérieur des groupements et des associations mais dans toutes
tes circonstances de la vie, en particulier de la vie professionnelle et
sociale. Bien plus, c'est chaque laïc qui doit se préparer lui-même activement
à l'apostolat; ceci est tout particulièrement vrai des adultes. En avançant en
âge, en effet, l'esprit s'ouvre davantage et chacun est donc plus capable de
découvrir les talents qui lui ont été départis par Dieu, et peut exercer plus
efficacement les charismes que l'Esprit-Saint lui a donnés pour le bien de ses
frères.
31. [Adaptation de la formation aux diverses formes d'apostolat]
Les diverses formes d'apostolat nécessitent une formation particulièrement
adaptée.
a) En ce qui concerne l'apostolat d'évangélisation et de sanctification, les
laïcs doivent être spécialement préparés à engager le dialogue avec les autres,
croyants, ou non croyants, afin de manifester à tous le message du Christ (5).
Mais comme en notre temps le matérialisme, sous des formes diverses, se répand
un peu partout, même parmi les catholiques, il est nécessaire que les laïcs non
seulement étudient avec soin la doctrine, particulièrement les points remis en
cause, mais qu'en face de toute forme de matérialisme ils donnent le témoignage
d'une vie évangélique.
b) En ce qui concerne la transformation chrétienne de l'ordre temporel, les
laïcs doivent être instruits de la véritable signification et de la valeur des
biens temporels considérés tant en eux-mêmes que dans leurs rapports avec
toutes les fins de la personne humaine; ils doivent être entraînés à bien user
des choses et acquérir l'expérience de l'organisation des institutions, en
restant attentifs au bien commun suivant les principes de la doctrine morale et
sociale de l'Église. Les laïcs doivent assimiler tout particulièrement les
principes et les conclusions de cette doctrine sociale, de sorte qu'ils
deviennent capables de travailler pour leur part à son développement aussi bien
que de l'appliquer correctement aux cas particuliers (6).
c) Comme les œuvres de charité et de miséricorde présentent un excellent
témoignage de vie chrétienne, la formation apostolique doit aussi inviter à les
accomplir, en sorte que dès leur enfance les disciples du Christ apprennent à
partager les souffrances de leurs frères et à pourvoir avec générosité à leurs
besoins (7).
32. [Moyens à prendre]
Les laïcs consacrés à l'apostolat disposent déjà de nombreux moyens de
formation: sessions, congrès, récollections, exercices spirituels, rencontres
fréquentes, conférences, livres et commentaires qui permettent d'approfondir la
connaissance de l'Écriture Sainte et de la doctrine catholique ainsi que de
progresser dans la vie spirituelle, de connaître les conditions de vie du
monde, de découvrir et d'utiliser les méthodes les plus aptes à l'apostolat
(8).
Ces moyens de formation sont fonction des diverses formes d'apostolat à mettre
en œuvre selon les milieux à atteindre.
Dans ce but ont même été créés des centres d'étude ou des instituts supérieurs
qui ont déjà donné d'excellents résultats.
Le Concile se réjouit des initiatives de ce genre et de leur rayonnement déjà
florissant en certaines contrées et souhaite leur fondation là où la nécessité
s'en fera sentir.
De plus, il préconise la création de Centres de documentation et d'étude non
seulement en matière théologique mais aussi pour les sciences humaines:
anthropologie, psychologie, sociologie, méthodologie, afin de développer les
aptitudes des laïcs, hommes, femmes, jeunes et adultes, pour tous les secteurs
d'apostolat.
1. Cf. Conc. Vat. II. Const. dogm. De l'Église, chap. II, IV, V: AAS 57 (1965),
pp. 12-21; 37-49 [pp. 28-38. 56-71]: cf. aussi décret Sur l'Œcuménisme, nn. 4,
6, 7, 12: AAS 57 (1965), pp. 94. 96, 97, 99, 100 [pp. 502-504, 505-506. 508];
cf. aussi ce décret sur 1'Apostolat des Laïcs. n. 4 [399-401].
2. Cf. Pie XII, alloc. A la 7e Conférence Internationale des Scouts, 6 juin
1952: AAS 44 (1952), pp. 579-580; Jean XXIII, encycl. Mater et Magistra, 15 mai
1961: AAS 53 (1961), p. 456.
3. Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. De l'Église, n. 33: AAS 57 (1965), p. 39
[pp. 58-59].
4. Cf. Jean XXIII. encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS 53 (1961}. p.
455.
5. Cf. Pie XII, encycl. Sertum laetitiae, ler nov. 1939: AAS 31 (1939). pp.
635-644; cf. ID., alloc. aux " laureati " de l'Action Catholique
italienne, 24 mai 1953.
6. Cf. Pie XII, alloc. Au Congrès Universel de la Fédération mondiale de la
Jeunesse Féminine Catholique. 18 avril 1952: AAS 44 (1952), pp. 414-419. Cf.
ID., alloc. A l'Association chrétienne des Travailleurs d'Italie (A.C.L.I.).
ler mai 1955: AAS 47 (1955). pp. 463-404.
7. Cf. Pie XII, alloc. Aux délégués du Congrès des Associations de Charité. 27
avril 1952: AAS 44 (1952). pp. 470-471.
8. Cf. Jean XXIIL encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961: AAS 53 (1961). p.
454.
EXHORTATION FINALE
33. Le Saint Concile adjure donc avec force, au nom du Seigneur, tous les laïcs
de répondre volontiers avec élan et générosité à l'appel du Christ qui, en ce
moment même, les invite avec plus d'insistance, et à l'impulsion de
l'Esprit-Saint. Que les jeunes réalisent bien que cet appel s'adresse très
particulièrement à eux, qu'ils le reçoivent avec joie et de grand cœur. C'est
le Seigneur Lui-même qui, par le Concile, presse à nouveau tous les laïcs de
s'unir plus intimement à Lui de jour en jour, et de prendre à cœur ses intérêts
comme leur propre affaire (cf. Phil. 11, 5), de s'associer Sa mission de
Sauveur; Il les envoie encore une fois en toute ville et en tout lieu où Il
doit aller Lui-même (cf. Luc X. 1); ainsi à travers la variété des formes et
des moyens du même et unique apostolat de l'Église, les laïcs se montreront ses
collaborateurs, toujours au fait des exigences du moment présent, " se dépensant
sans cesse au service du Seigneur, sachant qu'en Lui leur travail ne saurait
être vain " (cf. 1 Cor. XV. 58).
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans ce Décret ont plu
aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que le
Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, décrétons
et arrêtons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de
Dieu, ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 18 novembre 1965.
Moi. PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.