Document
conciliaire de Vatican II
LES MOYENS DE
COMMUNICATION
SOCIALE
Décret "de Instrumentis communicationis
socialis" ("Inter Mirifica")
promulgué le 4 décembre 1963
TRADUCTION PUBLIÉE PAR "L'OSSERVATORE
ROMANO" (Édition française)
LE 13 DÉCEMBRE 1963
Texte latin dans les
"Acta Apostolicae Sedis"
56 (1964) pp. 145-157
et dans les "Constitutiones, Decreta,
Declarationes" pp. 73-89
PLAN
du Décret
Introduction
Chapitre I: La doctrine de l'Église
Usage de ces instruments par l'Église et par les laïcs
Application des principes de la morale
La société a droit à une information vraie et honnête
La morale a la primauté sur l'art
L'exposé du mal doit se conformer aux lois morales
Importance de bien former l'opinion publique
Devoirs des usagers
Devoirs des jeunes et des parents
Graves devoirs des producteurs
Devoirs de l'autorité civile
Chapitre II: L'action pastorale de l'Église
Action nécessaire de tous les fils de l'Église
Directives particulières
a) La presse
b) Le cinéma
c) La radio et la télévision
d) Le théâtre
Formation de spécialistes, prêtres et laïcs
Formation du public, surtout des jeunes
Soutien des entreprises de valeur
Journée annuelle, établie par les évêques
Office spécial du Saint-Siège
Devoirs des évêques en ce domaine
Constitution d'Offices Nationaux
Associations catholiques internationales
Conclusion
DÉCRET "INTER
MIRIFICA"
PAUL, ÉVÊQUE.
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.
[INTRODUCTION]
1. Parmi les admirables inventions techniques que, Dieu aidant, le génie humain
a pu extraire de l'univers créé, l'Église accueille et suit avec une
sollicitude particulière celles qui concernent avant tout l'esprit même de
l'homme et qui ont ouvert des voies nouvelles pour communiquer les informations
de toutes sortes, les pensées et les modes d'actions avec la plus grande
facilité. Parmi ces dernières inventions émergent à leur tour les
"instruments". qui, de par leur nature, sont à même d'atteindre et
d'influencer non seulement les individus, mais les multitudes en tant que
telles, voire toute la société humaine. Ce sont la presse, le cinéma, la radio,
la télévision, ainsi que d'autres encore, qui méritent de ce fait le nom d'
"instruments de communication sociale".
2. L'Église a parfaitement conscience que ces instruments employés de la juste
façon, apportent au genre humain de précieux concours; car ils peuvent
contribuer au délassement aussi bien qu'à l'instruction des esprits, ainsi qu'à
l'extension et à la consolidation du règne de Dieu. Mais elle sait aussi que
les hommes peuvent les utiliser contre les desseins du divin Créateur et les
faire tourner ainsi à leur propre perte; et son cœur maternel se serre à la
pensée des torts que l'abus de ces instruments a trop souvent valus à la
communauté humaine.
Aussi le saint Synode, poursuivant la vigilante sollicitude des Souverains
Pontifes et des Évêques en cette si importante matière, considère-t-il de son
devoir de traiter des principales questions soulèvent ces instruments de
communication sociale. Il a la ferme conviction que sa doctrine et sa
discipline ainsi exposées profiteront pas seulement à ses propres fidèles, mais
serviront progrès de toute la communauté humaine.
CHAPITRE PREMIER
[LA DOCTRINE DE L'ÉGLISE]
3. [Usage de ces instruments par l'Église et par les laïcs]
Fondée par le Christ pour apporter le salut à tous les hommes et poussée de ce
fait par la nécessité de leur annoncer l'Évangile, l'Église catholique estime
de son devoir de prêcher le salut également au moyen des instruments de
communication sociale et d'enseigner aux hommes le droit usage de ces derniers.
Aussi, l'Église revendique-t-elle pour elle-même le droit fondamental
d'utiliser et de posséder ces différents genres d'instruments, dans la mesure
où ils lui sont nécessaires ou utiles à l'éducation chrétienne et à l'ensemble
de son œuvre au salut des âmes; aux Pasteurs revient la charge d'instruire et
de diriger les fidèles de telle façon que l'usage de ces instruments les aide
lui aussi à faire leur propre salut et à contribuer au bien et au progrès de
toute la famille humaine.
C'est en particulier aux laïcs qu'il appartient de féconder ces instruments
d'esprit humain et chrétien, afin qu'ils puissent pleinement répondre à
l'attente de la grande communauté humaine aussi bien qu'aux desseins du
Créateur.
4. [Application des principes de la morale]
Pour que soit fait de ces instruments l'usage qui convient, il est
indispensable que tous ceux qui s'en servent connaissent les principes de la
morale et les appliquent fidèlement à ce domaine. Ce faisant, ils doivent considérer
en premier lieu la matière même, que la communication -- selon la nature de
chacun de ces instruments -- a pour objet; ils doivent ensuite envisager toutes
les circonstances, dans lesquelles la communication s'opère -- soit le but
poursuivi, les personnes, le lieu et le temps -- cela dans la mesure où ces
circonstances peuvent en affecter ou même complètement changer la moralité;
dans le même ordre d'idées il convient de considérer le mode d'action propre à
chacun de ces instruments, dont la puissance de conviction peut être telle que
les hommes, surtout qu'ils n'y sont pas préparés, peuvent difficilement s'en
rendre compte, la dominer et, le cas échéant, s'en défendre.
5. [La société a droit à une information vraie et honnête]
Il est indispensable, en particulier, que tous ceux qui y sont impliqués
forment leur conscience par rapport au droit usage de ces, instruments, surtout
en ce qui concerne l'une ou l'autre question vivement discutée de nos jours:
Une première d'entre elles concerne l'information, c'est-à-dire la recherche et
la diffusion des nouvelles. Étant donné les progrès de la société humaine
d'aujourd'hui et les liens toujours plus étroits entre ses membres,
l'information est devenue extrêmement utile, voire même le plus souvent indispensable;
car la publication rapide des événements et des choses apporte à l'individu une
connaissance plus complète en même temps que continue sur leur sujet, rendant
chaque citoyen à même de contribuer efficacement au bien commun et au progrès
de toute la société. Il s'ensuit qu'il existe dans la société humaine un droit
à l'information par rapport aux choses dont la connaissance convient, selon les
conditions particulières de chacun, soit aux individus soit à la communauté. Le
juste usage de ce droit exige cependant que le contenu de l'information soit
toujours vrai et qu'il soit complet dans la mesure où le réclament la justice
et la charité; il faut en outre que l'information soit honnête et équitable
dans son procédé, c'est-à-dire que dans la recherche de la nouvelle aussi bien
que dans sa divulgation soient scrupuleusement observées les lois morales et
respectés les droits légitimes et la dignité de la personne humaine; car toute
science n'est pas pour le bien, mais "la charité, elle, édifie" (l
Cor. VIII. I).
6. [La morale a la primauté sur l'art}
Une autre question concerne les relations entre ce qu'on est convenu d'appeler
les droits de l'art et les principes de la morale. Les controverses en cette
matière provenant souvent de fausses conceptions sur l'éthique et sur
l'esthétique, le Concile déclare que tous doivent reconnaître d'une façon
absolue le primat de l'ordre moral objectif, qui seul domine et coordonne comme
il convient tous les plans de l'activité humaine, fussent-ils les plus élevés
en dignité, le plan de l'art non excepté. Car, seul l'ordre moral atteint
l'homme, créature de Dieu dotée de raison et appelée à la vie éternelle, dans
sa nature complète et le conduit, s'il est entièrement et fidèlement observé, à
la perfection et à la pleine béatitude.
7. [L'exposé du mal doit se conformer aux lois morales]
Enfin, la narration, la description ou la représentation du mal moral au moyen
des instruments de communication sociale, peut, bien sûr, servir à mieux
connaître et explorer l'âme humaine, voire à mettre
en meilleure lumière le vrai et le bien, sans parler de la possibilité
d'obtenir ainsi de meilleurs effets dramatiques; pour éviter, cependant, qu'il
ne fasse aux âmes plus de mal que de bien, l'exposé du mal doit lui-même se
conformer aux lois morales, surtout lorsqu'il s'agit de choses qui commandent
un juste respect ou qui sont de nature à éveiller des passions illicites en
l'homme marqué de la faute originelle.
8. [Importance de bien former l'opinion publique]
L'opinion publique exerçant de nos jours une puissance et une très grande
autorité au point de s'imposer à la vie tant privée que publique des citoyens
quels qu'ils soient, il faut que tous les membres de la société remplissent
également en cette matière leur devoir de justice et de charité; ils se
serviront aussi des instruments de communication sociale pour former une juste
opinion publique et la répandre.
9. [Devoirs des usagers]
Des devoirs particuliers incombent aux usagers c'est-à-dire aux lecteurs, aux
spectateurs et aux auditeurs, qui, par un choix personnel et libre, suivent les
messages diffusés par les instruments de communication sociale. Car la
rectitude de leur choix exige qu'ils donnent leur préférence marquée à tout ce
qui se distingue par la vertu, la science et l'art; et qu'ils évitent au
contraire ce qui peut soit leur être à eux-mêmes cause ou occasion de dommage
spirituel, soit, en raison du mauvais exemple, mettre en danger leur prochain;
ils éviteront enfin tout acte qui serait de nature à empêcher le bien ou
promouvoir le mal répandus par les instruments de communication sociale, comme
cela se fait communément en apportant sa contribution financière à des vendeurs
et à des exploitants mus par leur seul intérêt économique.
Ainsi, aux fins d'être à même de se conformer à la loi morale, les usagers ne
doivent pas négliger leur devoir de se renseigner en temps utile sur les
jugements portés en ces matières par l'autorité compétente et de s'y conformer
selon les règles d'une droite conscience; d'autre part, pour pouvoir plus
facilement résister à des suggestions douteuses, tout en profitant pleinement
des exhortations au bien, ils auront soin d'orienter et de former leurs
consciences par tous les moyens adaptés.
10. [Devoirs des jeunes et des parents]
Les usagers, et plus spécialement les jeunes, s'imposeront à l'égard des
instruments de communication sociale modération et discipline. Qu'ils
s'efforcent en outre de bien comprendre les choses vues, entendues ou lues;
qu'ils en discutent avec leurs éducateurs des personnes compétentes, apprenant
ainsi à les juger comme il convient. Que de leur côté les parents se
souviennent du devoir qu'ils ont de veiller soigneusement à ce que ne
franchissent pas le seuil du foyer les spectacles, publications etc. contraires
à la foi et aux bonnes mœurs, et que leurs enfants les évitent par ailleurs.
11. [Graves devoirs des producteurs]
Le principal devoir moral quant au juste usage des instruments de communication
sociale concerne les journalistes, les écrivains, les artistes, les metteurs en
scène, les producteurs, les bailleurs de fonds, les distributeurs, les
exploitants de salle, les vendeurs, les critiques et, en général, tous ceux
qui, de quelque façon que ce soit, contribuent l'élaboration et à la diffusion
des communications; car il apparaît clairement que de nombreux et graves
devoirs leur incombent dans les conditions actuelles de la communauté humaine,
du fait qu'en informant et en incitant ils peuvent mener le genre humain au
meilleur et au pire.
A eux de composer les conditions économiques, politiques ou artistiques des
instruments de communication sociale de telle manière que ceux-ci ne s'opposent
jamais au bien commun. Afin d'atteindre plus rapidement ce but, il est à
souhaiter qu'ils s'affilient à des associations professionnelles qui imposent à
leurs membres - moyennant, si nécessaire, l'engagement de se soumettre à un
code moral à établir - le respect des lois morales dans les affaires et les
fonctions de leur profession.
Qu'ils se rappellent toujours, par ailleurs, qu'une grande partie de leurs
lecteurs ou spectateurs sont des jeunes, et que ceux-ci ont besoin d'une presse
et de spectacles offrant un honnête délassement, tout en attirant les esprits
vers des idéals élevés. Qu'ils aient soin, enfin, de ne confier qu'à des
personnes dignes et compétentes l'élaboration de communications touchant à des
choses religieuses, et de faire en sorte que celles-ci soient traitées avec le
respect qui leur revient.
12. [Devoirs de l'autorité civile]
Des devoirs particuliers incombent en cette matière à l'autorité civile. et
cela en raison du bien commun vers lequel les instruments de communication
sociale sont orientés. Ainsi, en vertu même de sa fonction, l'autorité doit
sauvegarder et protéger la vraie et juste liberté de l'information, surtout
dans le domaine de la presse, liberté indispensable au progrès de la société
moderne; elle aura soin de favoriser la religion. la culture, les arts en ce
qu'ils produisent de meilleur; elle protégera les usagers dans le libre
exercice de leurs droits légitimes. Il lui revient en outre de promouvoir
certaines initiatives particulièrement utiles, surtout pour la jeunesse, mais
que sans cette aide il serait impossible d'entreprendre.
Enfin, l'autorité civile, qui prend un juste soin du bien-être des citoyens,
doit, par la promulgation de lois appropriées et leur scrupuleuse exécution,
veiller à ce qu'un mauvais usage de ces instruments ne vienne causer de graves
préjudices aux mœurs publiques et au progrès de la société. Une telle vigilance
ne constitue nullement une répression de la liberté des individus ou des
groupes, surtout en l'absence de solides garanties de la part des professions
qui exploitent ces instruments.
L'autorité civile veillera avec un soin particulier à protéger les jeunes
contre les écrits et les spectacles qui leur seraient nuisibles en raison de
leur âge.
CHAPITRE II
[L'ACTION
PASTORALE DE L'ÉGLISE]
13. [Action nécessaire de tous les fils de l'Église]
Que tous les fils de l'Église unissent leur zèle et leur savoir pou faire en
sorte que les instruments de communication sociale utilisés sans retard --.
fût-ce aux prix des plus grands efforts et selon les circonstances et les
opportunités de l'heure -- au service des multiples œuvres d'apostolat,
prévenant des initiatives nuisibles; cette action est spécialement importante
dans les pays dont le développement religieux et moral se présente comme
particulièrement urgent.
Les Pasteurs se hâteront donc d'accomplir leur devoir en ce domaine, devoir
intimement lié à leur tâche générale d'évangélisation. Que de leur côté les
laïcs engagés dans la pratique de ces instruments s'efforcent de rendre
témoignage au Christ; ils le feront tout d'abord en accomplissant leurs devoirs
professionnels avec compétence et dans un esprit apostolique; ils apporteront
en outre à l'action pastorale de l'Église, dans la mesure de leurs moyens,
l'aide d'une collaboration directe sur les plans technique, économique,
culturel et artistique.
14. [Directives particulières]
[a) La presse]
En ce qui concerne la presse, il faut tout d'abord favoriser d'une façon
générale les publications honnêtes. Pour assurer cependant aux lecteurs une
nourriture chrétienne sans mélange, il convient de créer également et de
répandre une presse proprement catholique qui - éditée soit directement par
l'autorité ecclésiastique, soit par des hommes catholiques et dépendant de
l'une ou des autres - poursuit ouvertement le but de créer, d'affermir et de
promouvoir une opinion publique conforme au droit naturel, ainsi qu'à la
doctrine et aux préceptes catholiques, tout en diffusant et commentant de la
juste façon les informations sur la vie même de l'Église. Que, de leur côté,
les fidèles soient exhortés sur la nécessité de lire et de répandre la presse
catholique, afin de pouvoir se former sur tous les événements un jugement
chrétien.
[b) Le cinéma]
Il faut promouvoir et assurer par tous les moyens adaptés la production et
l'exhibition de films cinématographiques -- et en premier lieu de productions
destinées à la jeunesse -- qui offrent un honnête délassement à l'esprit et
servent utilement la culture et l'art: Cela se fera surtout en soutenant et en
coordonnant entre eux les efforts et les initiatives des producteurs et des
distributeurs bien intentionnés, en recommandant les films qui le méritent par
les commentaires favorables des critiques et par les distinctions qu'on leur
attribue, et, enfin, en favorisant et en groupant entre elles les salles de
spectacles tenues par des exploitants catholiques et sérieux.
[c) La radio et la télévision]
Il convient d'apporter cette même aide efficace aux honnêtes transmissions
radiophoniques et télévisées, et en premier lieu celles qui conviennent au
milieu familial. Il faut, en plus, promouvoir activement les émissions
catholiques qui font participer les auditeurs et les spectateurs à la vie de
l'Église et les nourrissent des vérités religieuses. Là où il le faut, on
créera des émetteurs proprement catholiques, mais en prenant soin que leurs
émissions se distinguent par leurs réelles perfection et efficacité.
[d) Le théâtre]
Des mesures s'indiquent, enfin, pour obtenir que l'ancien et noble art
théâtral, dont les œuvres se voient d'ailleurs largement diffusées par le moyen
des instruments de communication sociale, contribue de son côté à développer
chez les spectateurs les qualités humaines de l'esprit et du cœur.
15. [Formation de spécialistes, prêtres et laïcs]
Pour répondre aux nécessités ci-dessus exposées, il convient de former sans
retard des prêtres, des religieux et des laïcs jouissant de l'expérience qu'il
faut sur le plan de l'utilisation de ces instruments au service de l'apostolat.
C'est avant tout des laïcs qu'il faut ainsi instruire dans l'art, la doctrine
et les mœurs, multipliant dans ce but les écoles, facultés et instituts où des
journalistes, des créateurs de films et d'émissions radiophoniques et
télévisées, ainsi que tous les autres qui y trouvent intérêt, puissent acquérir
une formation complète en même temps que chrétienne, surtout en ce qui concerne
la doctrine sociale de l'Église. Il faut former également des artistes et les
aider à faire servir leur art au bien de la société humaine. Il faut préparer
enfin des critiques littéraires, cinématographiques, radiophoniques et de
télévision, qui connaissent leur méfier à fond; il faut leur apprendre et la
exhorter à toujours mettre dûment en lumière, dans leurs appréciations,
l'aspect moral des œuvres commentées.
16. [Formation du public, surtout des jeunes]
Le bon usage des instruments de communication sociale requiert également du
côté des lecteurs, auditeurs et spectateurs différents quant à leur âge et leur
degré de culture une éducation appropriée et spécifique, et cela sur le double
plan théorique et pratique; il faut donc créer, multiplier et orienter selon
les principes de la morale chrétienne les initiatives aptes à atteindre ce but
-- surtout t l'intention des jeunes -- dans les écoles catholiques à tous les
niveaux, dans les séminaires et dans les organisations d'apostolat des laïcs.
Pour faciliter ce travail, on devra exposer et commenter au catéchisme la
doctrine et la discipline catholiques en cette matière.
17. [Soutien des entreprises de valeur]
Il serait hautement inconvenant que les fils de l'Église permettent que la
parole du salut reste enchaînée et soit empêchée d'atteindre les âmes du fait
de difficultés techniques ou économiques,: quelque importants que puissent être
les moyens requis pour l'utilisation de ces instruments. Aussi, le saint Synode
leur rappelle-t-il le devoir qu'ils ont de soutenir et d'aider de leurs deniers
les journaux catholiques, les revues, les initiatives cinématographiques, les
postes émetteurs et les émissions de radio et de télévision, dont le but principal
est de diffuser la vérité, de la défendre et de travailler à la
christianisation de la société humaine. Le Concile invite avec la même instance
les sociétés et les individus qui jouissent d'une grande influence en matière
économique ou technique, à soutenir de leur argent et de leur expérience ces
instruments dans la mesure où ils servent la vraie culture et l'apostolat.
18. [Journée annuelle, établie par les évêques]
Afin de rendre plus efficace le multiforme apostolat de l'Église concernant les
instruments de communication sociale, il convient de célébrer annuellement, là
où les évêques le jugeront opportun, une journée, à l'occasion de laquelle les
fidèles seront instruits de leurs devoirs en la matière, exhortés à prier à
cette intention et invités à verser une obole pour soutenir et promouvoir,
selon les besoins qui se feront sentir, les institutions et les initiatives
reconnues par l'Église sur ce plan.
19. [Office spécial du Saint-Siège]
Dans l'accomplissement de sa suprême tâche pastorale concernant les instruments
de communication sociable, le Souverain Pontife est assisté d'un Office spécial
du Saint-Siège1.
20. [Devoirs des évêques en ce domaine]
De leur côté, les évêques auront à veiller sur les œuvres et les initiatives
sur ce plan, en leurs diocèses, à les promouvoir et, dans 1a mesure où elles
relèvent de l'apostolat public, à les coordonner, y compris celles qui sont
dirigées par des religieux exempts.
21. [Constitution d'Offices Nationaux]
Un apostolat efficace sur le plan national exigeant une prospection centrale et
la mise en commun des moyens d'action de tout un pays, le saint Synode établit
et ordonne que des Offices Nationaux pour la presse, le cinéma, la radio et la
télévision soient constitués et qu'ils soient aidés par tous les moyens. La
tâche de ces offices sera avant tout de veiller à ce que soit éduquée la
conscience des fidèles par rapport à l'usage de ces instruments; il leur
incombe en outre de promouvoir et de coordonner toutes les initiatives des
catholiques sur ce plan.
Dans chaque pays, la direction de l'Office National sera confiée soit à une
commission épiscopale, soit à un évêque délégué à cette fin: feront partie de
ces offices également des laïcs versés dans la doctrine catholique aussi bien
que dans les arts en question.
22. [Associations catholiques internationales]
L'action de ces instruments dépassant les limites des nations elles-mêmes et
faisant des individus pour ainsi dire des citoyens de toute la société humaine,
il faut que les initiatives nationales en ces matières coopèrent entre elles
sur le plan international. Aussi, les offices dont il est question au numéro
21, collaboreront-ils activement chacun avec son association catholique
internationale. Ces Associations catholiques internationales, de leur côté.
relèvent du Saint-Siège, qui, seul. peut légitimement les approuver.
1 Faisant leur le vœu du "Secrétariat pour la presse et les
spectacles" préparatoire au Concile, les Pères demandent respectueusement
au Souverain Pontife d'étendre la compétence de cet Office à tous les
instruments de communication sociale, la presse comprise, et de lui adjoindre
des experts -- parmi lesquels également des laïcs -- à choisir dans différentes
nations.
CONCLUSION
23. Pour l'application de tous les principes et de toutes les normes du saint
Synode relatifs aux instruments de communication sociale, par mandat exprès du
Concile, un Directoire pastoral sera rédigé par l'Office du Saint-Siège dont il
est question au numéro 19 avec l'aide d'experts de différentes nations.
24. Le saint Synode a la ferme confiance que les instructions et les préceptes
qu'il leur présente en ce décret, seront reçus avec joie et soigneusement
observés par tous les fils de l'Église; ainsi, usant de ces moyens, non
seulement ils ne subiront pas de tort, mais, semblables au sel et à la lumière,
ils féconderont la terre et conféreront au monde toute sa splendeur. Mais au
delà de ses propres fils, le saint Synode invite tous les hommes de bonne
volonté, et en premier lieu ceux qui dirigent ces instruments, à les orienter
uniquement au bénéfice de la société humaine, dont le sort dépend chaque jour
davantage de leur droit usage. Qu'ainsi le Nom du Seigneur, déjà glorifié par
les chefs-d'œuvre des arts classiques, le soit de nos jours également à travers
ces inventions modernes, selon le mot de l'Apôtre: " Le Christ Jésus, hier
et aujourd'hui et dans les siècles à venir " (Hébr. 13, 8).
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans ce Décret ont plu
aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que le
Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, décrétons
et arrêtons dans le Saint. Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de
Dieu, ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 4 décembre 1963.
Moi, PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.