Document
conciliaire de Vatican II
L'OECUMÉNISME
Décret de Oecumenismo"
("Unitatis Redintegratio")
promulgué le 21 novembre 1964
TRADUCTION ÉTABLIE PAR
LE SECRÉTARIAT POUR L'UNITÉ DES CHRÉTIENS
ET PUBLIÉE PAR
"L'OSSERVATORE ROMANO" (Édition française)
LE 11 DÉCEMBRE 1964
Texte latin dans !es
"Acta Apostolicae Sedis" 57 (1965) pp. 90-112
et dans les
"Constitutiones, Decreta, Declarationes" pp. 243-274
PLAN
du Décret
Introduction
Chapitre 1: Les principes catholiques de
l'œcuménisme.
Des relations entre les frères séparés et l'Église catholique
De l'œcuménisme
Chapitre II: Exercice de l'œcuménisme
Rénovation de l'Église
La conversion du cœur
La prière en commun
Connaissance réciproque fraternelle
Formation œcuménique
La manière d'exprimer et d'exposer la doctrine de la foi
Collaboration avec les frères séparés
Chapitre III: Églises et communautés
ecclésiales séparées du Siège apostolique romain
I- Considérations particulières relatives aux Églises orientales
Esprit et histoire propre des Orientaux
Tradition liturgique et spirituelle des Orientaux
Discipline particulière des Orientaux
Caractère particulier des Orientaux au regard des questions doctrinales
Conclusion
II - Les Églises et communautés ecclésiales séparées en Occident
Condition spéciale de ces communautés
La foi au Christ
Étude de l'Écriture
La vie sacramentelle
La vie dans le Christ
Conclusion
DÉCRET
"UNITATIS REDINTEGRATIO"
PAUL, ÉVÊQUE,
SERVITEUR
DES SERVITEURS DE DIEU,
AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE, POUR QUE LE SOUVENIR
S'EN MAINTIENNE À JAMAIS.
INTRODUCTION
1. Promouvoir la restauration de l'unité entre tous les Chrétiens, c'est l'un
des buts principaux du saint Concile œcuménique de Vatican II. Un e seule et
unique Église a été instituée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs
Communions chrétiennes se présentent aux hommes comme les véritables héritières
de Jésus-Christ. Tous, certes, confessent qu'ils sont les disciples du
Seigneur; mais ils ont des attitudes différentes. Ils suivent des chemins
divers, comme si le Christ lui-même était partagé (1). Il est certain qu'une
telle division s'oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le
monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes:
la prédication de l'Évangile à toute créature.
Or, le Maître des siècles qui poursuit son dessein de grâce avec sagesse et
patience à l'égard des pécheurs que nous sommes, a commencé en ces derniers
temps de répandre plus abondamment dans les Chrétiens divisés entre eux
l'esprit de repentir et le désir de l'union. Très nombreux sont partout les
hommes qui ont été touchés par cette grâce et, sous l'action de l'Esprit-Saint,
est né un mouvement, qui s'amplifie également de jour en jour chez nos frères
séparés, en vue de rétablir l'unité de tous les Chrétiens.
A ce mouvement vers l'unité, qu'on appelle le Mouvement œcuménique, prennent
part ceux qui invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus pour Seigneur et
Sauveur. Et il ne s'agit pas seulement de Chrétiens pris un à un, il s'agit
encore de Chrétiens réunis en communautés dans lesquelles ils ont entendu
l'Évangile et qu'ils appellent leur Église et l'Église de Dieu. Presque tous
cependant bien que de façon diverse, aspirent à une Église de Dieu, une
visible, vraiment universelle, envoyée au monde entier pour qu'il se
convertisse à l'Évangile et qu'il soit ainsi sauvé pour la gloire Dieu.
Voilà pourquoi le Concile, considérant avec joie tous ces faits, après avoir
déclaré la doctrine relative à l'Église, pénétré du désir de rétablir l'unité
entre les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les
secours, les orientations et les moyens qui leur permettront à eux-mêmes de
répondre à cet appel divin et à cette grâce.
CHAPITRE PREMIER
LES PRINCIPES CATHOLIQUES DE L'ŒCUMÉNISME
2. En ceci est apparue la charité de Dieu pour nous, que le Fils unique de Dieu
a été envoyé au monde par le Père pour que, par son Incarnation, il régénérât
tout le genre humain, lui procurant la rédemption et le rassemblement en un
tout (2). C'est lui qui, avant de s'offrir sur l'autel de la croix comme hostie
immaculée, adressa au Père cette prière pour ceux qui croiraient en lui:
"Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi; qu'eux
aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jn
17, 21). Et il institua dans son Église l'admirable sacrement de l'Eucharistie
qui exprime et réalise l'unité de l'Église. A ses disciples il donna un nouveau
commandement d'amour mutuel (3) et promit l'Esprit Paraclet (4) qui resterait
avec eux, Seigneur et vivificateur, jusque dans l'éternité.
Élevé sur la croix, puis entré dans la gloire, le Seigneur Jésus répandit
l'Esprit qu'il avait promis. Par lui, il appela et réunit dans l'unité de la
foi, de l'espérance et de la charité, le peuple de la Nouvelle Alliance qui est
l'Église, selon l'enseignement de l'Apôtre: "Il n'y a qu'un Corps et qu'un
Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu
: un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême" (Eph. 4, 4-5).
"Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le
Christ... Vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus" (Gal. 3, 27-28 gr.)
L'Esprit-Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute
l'Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si
intimement dans le Christ, qu'il est le Principe de l'unité de l'Église. C'est
lui qui réalise la diversité des grâces et des ministères (5), enrichissant de
fonctions diverses l'Église de Jésus-Christ, "organisant ainsi les saints
pour l'œuvre du ministère en vue de la construction du Corps du Christ"
(Eph. 4, 12).
Mais pour établir en tout lieu son Église sainte jusqu'à la consommation des
siècles, le Christ confia au collège des Douze l'office d'enseigner, de régir
et de sanctifier (6). Parmi eux, il choisit Pierre sur lequel, après sa
profession de foi, il décréta d'édifier son Église; il lui promit les clefs du
royaume (7) et, après que l'Apôtre lui eut donné l'attestation de son amour, il
lui confia toutes les brebis pour les confirmer dans la foi (8) et pour les
paître en unité parfaite (9), Jésus-Christ lui-même demeurant éternellement la
suprême pierre angulaire (10) et le Pasteur de nos âmes (11).
Au moyen de la fidèle prédication de l'Évangile faite par les Apôtres et par
leurs successeurs, c'est-à-dire les Évêques avec leur chef qui est le
successeur de Pierre, par l'administration des sacrements et par le
gouvernement dans l'amour, sous l'action du Saint-Esprit, Jésus-Christ veut que
son peuple s'accroisse et il accomplit la communion dans l'unité par la
profession d'une seule foi, par la célébration commune du culte divin, par la
concorde fraternelle de la famille de Dieu.
Ainsi l'Église, seul troupeau de Dieu, comme un signe levé à la vue des nations
(12), mettant au service de tout le genre humain l'Évangile de paix (13),
accomplit dans l'espérance son pèlerinage vers le terme qu'est la patrie
céleste (14).
Tel est le mystère sacré de l'unité de l'Église, dans le Christ et par le
Christ, sous l'action de l'Esprit-Saint qui réalise la variété des ministères.
De ce mystère, le modèle suprême et le principe sont l'unité, dans la Trinité
des personnes, d'un seul Dieu Père, Fils en l'Esprit-Saint.
3. [Des relations entre les frères séparés et l'Église catholique]
Dans cette seule et unique Église de Dieu apparurent dès l'origine (15),
certaines scissions, que l'Apôtre réprouve avec vigueur comme condamnables
(16); au cours des siècles suivants naquirent des dissensions plus graves, et
des communautés considérables furent séparées de la pleine communion de
l'Église catholique, parfois par la faute des personnes de l'une et de l'autre
parties. Ceux qui naissent aujourd'hui dans de telles Communautés, et qui
vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division et
l'Église catholique les entoure de respect fraternel et de charité. En effet,
ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême, se trouvent
dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique.
Assurément, des divergences variées entre eux et l'Église catholique sur des
questions doctrinales, parfois disciplinaires, ou sur la structure de l'Église,
constituent nombre d'obstacles, parfois fort graves, à la pleine communion
ecclésiale. Le Mouvement œcuménique tend à les surmonter. Néanmoins, justifiés
par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ (17), ils portent à juste
titre le nom de Chrétiens et les fils de l'Église catholique les reconnaissent
à bon droit comme des frères dans le Seigneur (18).
Au surplus, parmi les éléments ou les biens par l'ensemble desquels l'Église se
construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup, et de grande valeur,
peuvent exister en dehors des limites visibles de l'Église catholique: la
parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l'espérance et la charité,
d'autres dons intérieurs du Saint-Esprit et d'autres éléments visibles. Tout
cela, provenant du Christ et conduisant à lui, appartient de droit à l'unique
Église du Christ.
De même, beaucoup de gestes sacrés de la religion chrétienne s'accomplissent
chez nos frères séparés, et, de manières différentes, selon la situation
diverse de chaque Église ou Communauté, ils peuvent certainement produire
effectivement la vie de la grâce, et l'on doit reconnaître qu'ils ouvrent
l'entrée de la communion du salut.
En conséquence, ces Églises (19) et Communautés séparées, bien que nous les
croyions victimes de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification
et de valeur dans le mystère du salut. L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse
pas de se servir d'elles comme de moyens de salut dont la force dérive de la
plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique.
Cependant, nos frères séparés, soit en particulier, soit réunis dans leurs
Communautés ou leurs Églises ne jouissent pas de cette unité que Jésus-Christ a
voulu dispenser à tous ceux qu'il a régénérés et vivifiés pour former un seul
corps en vue d'une vie nouvelle et qui est attestée par l'Écriture sainte et la
vénérable Tradition de l'Église.
C'est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est
"moyen général de salut", que peut s'obtenir toute la plénitude des
moyens de salut. Car c'est au seul collège apostolique, dont Pierre est le
chef, que furent confiées, selon notre foi, toutes les richesse de la Nouvelle
Alliance, afin de constituer sur la terre un seul Corps du Christ auquel il
faut que soient pleinement incorporés tous ceux qui, d'une certaine façon,
appartiennent déjà au peuple de Dieu. Durant son pèlerinage terrestre, ce peuple,
bien qu'il demeure en ses membres exposé au péché, continue sa croissance dans
le Christ, suavement guidé par Dieu selon ses mystérieux desseins, jusqu'à ce
que, dans la Jérusalem céleste, il atteigne joyeux la totale plénitude de la
gloire éternelle.
4. [ De l'œcuménisme]
Étant donné qu'aujourd'hui. en diverses parties du monde, sous le souffle de la
grâce de l'Esprit-Saint, beaucoup d'efforts s'accomplissent par la prière, la
parole et l'action pour arriver à la perfection de l'unité voulue par Jésus-Christ,
le Concile exhorte tous les fidèles catholiques à reconnaître les signes des
temps et à prendre part active à l'effort œcuménique.
Par "Mouvement œcuménique" on entend les entreprises et les
initiatives provoquées et organisées en faveur de l'unité des chrétiens, selon
les nécessités variées de l'Église et selon les circonstances. Ainsi en premier
lieu, tout effort accompli pour éliminer les paroles, les jugements et les
faits qui ne correspondent ni en justice, ni en vérité à la situation des frères
séparés, et contribuent ainsi à rendre plus difficiles les relations avec eux.
Ensuite au cours de réunions de Chrétiens de diverses Églises ou Communautés,
organisées dans un esprit religieux, le "dialogue" mené par des
experts bien informés, où chacun explique à fond la doctrine de sa Communauté
et montre de façon claire ce qui la caractérise. Par ce dialogue, tous
acquièrent une connaissance plus véritable, en même temps qu'une estime plus
juste, de l'enseignement et de la vie de chaque Communauté. De la même manière,
ces Communautés viennent à collaborer plus largement à toutes sortes
d'entreprises qui, selon les exigences de toute conscience chrétienne,
contribuent au bien commun. On peut aussi, à l'occasion, se réunir pour une
prière unanime. Enfin, tous examinent leur fidélité à la volonté du Christ par
rapport à l'Église et entreprennent, comme il le faut, un effort soutenu de
rénovation et de réforme.
Tout cela, accompli avec prudence et patience par les fidèles de l'Église
catholique sur lesquels veillent les Pasteurs, contribue au progrès de la
justice et de la vérité, de la concorde et de la collaboration, de l'amour
fraternel et de l'union. Par cette voie, peu à peu, après avoir surmonté les
obstacles qui empêchent la parfaite communion ecclésiale, se trouveront
rassemblés par une célébration eucharistique unique, dans l'unité d'une seule
et unique Église, tous les Chrétiens. Cette unité, le Christ l'a accordée à son
Église dès le commencement. Nous croyons qu'elle subsistera de façon inamissible
dans l'Église catholique et nous espérons qu'elle s'accroîtra de jour en jour
jusqu'à la consommation des siècles.
Il est évident que l'œuvre de préparation et de réconciliation des personnes
individuelles qui désirent la pleine communion avec l'Église catholique, se
distingue, par sa nature, du dessein œcuménique; mais il n'y a, entre elles,
aucune opposition puisque l'une et l'autre procèdent d'une disposition
admirable de Dieu.
Dans l'action œcuménique, les fidèles de l'Église catholique, sans hésitation,
se montreront pleins de sollicitude pour leurs frères séparés; ils prieront
pour eux, parleront avec eux des choses de l'Église, feront vers eux les
premiers pas. Ils considéreront surtout avec loyauté et attention tout ce qui,
dans la famille catholique elle-même, a besoin d'être réalisé, de telle manière
que sa vie rende un témoignage plus fidèle et plus manifeste de la doctrine et
des institutions que le Christ a transmises par ses Apôtres.
En effet, bien que l'Église catholique ait été enrichie de la vérité révélée
par Dieu ainsi que de tous les moyens de grâces, néanmoins ses membres n'en
vivent pas avec toute la ferveur qui conviendrait. Il en résulte que le visage
de l'Église resplendit moins aux yeux de nos frères séparés, ainsi que du monde
entier, et la croissance du royaume de Dieu est entravée. C'est pourquoi tous
les catholiques doivent tendre à la perfection chrétienne (20); ils doivent,
chacun dans sa sphère, s'efforcer de faire en sorte que l'Église, portant dans
corps l'humilité et la mortification de Jésus (21), se purifie et se renouvelle
de jour en jour, jusqu'à ce que le Christ se la présente lui-même, glorieuse,
sans tache ni ride (22).
Tout en conservant l'unité dans ce qui est nécessaire, chacun, au sein de
l'Église, selon la fonction qui lui est départie, doit conserver la liberté
voulue, soit dans les formes diverses de la vie spirituelle et de la
discipline, soit dans la variété des rites liturgiques et même dans
l'élaboration théologique de la vérité révélée. Il faut en tout cultiver la
charité. De cette façon, tous authentiquement manifesteront de jour en jour la
plénitude de la catholicité et de l'apostolicité de l'Église.
D'un autre côté, il est nécessaire que les catholiques reconnaissent avec joie
et apprécient les valeurs réellement chrétiennes qui ont leur source au commun
patrimoine et qui se trouvent chez nos frères séparés. Il est juste et
salutaire de reconnaître les richesses du Christ et sa puissance agissante dans
la vie de ceux qui témoignent pour le Christ parfois jusqu'à l'effusion du
sang; car, toujours admirable, Dieu doit être admiré dans ses œuvres.
Il ne faut pas non plus oublier que tout ce qui est accompli par la grâce de
l'Esprit-Saint dans nos frères séparés peut contribuer à notre édification.
Rien de ce qui est réellement chrétien ne s'oppose jamais aux vraies valeurs de
la foi, mais tout cela peut contribuer à faire pénétrer toujours plus
parfaitement le mystère du Christ et de l'Église.
Pourtant les divisions entre Chrétiens empêchent l'Église de réaliser la
plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes,
lui appartiennent par le baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine
communion. Bien plus, même pour l'Église, il est plus difficile, dans ces
conditions, d'exprimer, sous tous ses aspects, la plénitude de la catholicité
dans la réalité même de la vie.
Le Concile constate avec joie l'accroissement de la participation des fidèles
catholiques à la tâche œcuménique, Il confie celle-ci aux évêques de toute la
terre pour qu'ils veillent à la promouvoir et qu'ils l'orientent avec prudence.
CHAPITRE II
EXERCICE DE L'ŒCUMÉNISME
5. Le souci de parvenir à l'union concerne l'Église tout entière, fidèles
autant que pasteurs, et touche chacun selon ses possibilités, aussi bien dans
la vie chrétienne quotidienne que dans les recherches théologiques et
historiques. Un souci de cette sorte manifeste, d'une certaine façon, la
liaison fraternelle qui existe déjà entre les Chrétiens et conduit à une unité
pleine et parfaite, selon la bienveillance de Dieu.
6. [Rénovation de l'Église]
Attendu que toute rénovation de l'Église (23) consiste essentiellement dans une
fidélité grandissante à sa vocation, c'est là certainement la raison qui
explique le mouvement vers l'unité. L'Église, au cours de son pèlerinage, est
appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement
besoin ,en tant qu'institution humaine et terrestre. S'il arrive donc, par
suite des circonstances, que dans les mœurs, la discipline ecclésiastique, ou
même dans la manière d'énoncer la doctrine (qu'il faut distinguer avec soin du
dépôt de la foi) telles réformes n'aient pas été observées attentivement, il
faut les remettre en vigueur en 1emps opportun avec la droiture qui convient.
Cette rénovation a donc une insigne valeur œcuménique. Les différentes formes
de la vie de l'Église selon lesquelles s'accomplit la rénovation en cause
(mouvement biblique et liturgique, prédication de la Parole de Dieu, catéchèse,
apostolat des laïcs, nouvelles formes de la vie religieuse, spiritualité du
mariage, doctrine et activité de l'Église en matière sociale) sont à considérer
comme autant de gages et de signes qui annoncent favorablement les futurs
progrès de l'œcuménisme.
7. [La conversion du cœur]
Il n'y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure. En effet,
c'est du renouveau de l'âme (24), du renoncement à soi-même et d'une libre
effusion de charité que partent et mûrissent les désirs de l'unité. Il nous
faut par conséquent demander à l'Esprit-Saint la grâce d'une abnégation
sincère, celle de l'humilité et de la douceur dans le service, d'une
fraternelle générosité à l'égard des autres. "Je vous conjure", dit
l'Apôtre des Nations, "moi qui suis enchaîné dans le Seigneur, de marcher
de façon digne de la vocation qui a été départie, en toute humilité et douceur,
vous supportant les uns les autres avec patience et charité, attentifs à
conserver l'unité l'Esprit par le lien de la paix" (Eph. 4, 1-3). Cette
exhortation s'adresse surtout à ceux qui ont été élevés à un ordre sacré dans
le dessein de continuer la mission du Christ venu parmi nous "non pour
être servi, mais pour servir" (Matth. 20, 28).
Aux fautes contre l'unité peut aussi s'appliquer le témoignage à saint Jean:
"Si nous disons que nous n'avons pas péché, nous faisons de Dieu un
menteur et sa parole n'est pas en nous" (1 Jn l, 16). Par une humble
prière, nous devons donc demander pardon à Dieu et aux frères séparés, de même
que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Que les fidèles se souviennent tous qu'ils favoriseront l'union des Chrétiens,
bien plus, qu'ils la réaliseront, dans la mesure où ils s'appliqueront à vivre
plus purement selon l'Évangile. Plus étroite, eu effet, sera leur communion
avec le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, plus ils pourront rendre intime et
facile la fraternité mutuelle.
8. [La prière en commun]
Cette conversion du cœur et cette sainteté de vie, unies aux prières publiques
et privées pour l'unité des Chrétiens, doivent être regardées comme l'âme de tout
l'œcuménisme et appelées à bon droit "œcuménisme spirituel".
C'est un usage reçu chez les catholiques de se réunir souvent pour renouveler
la prière demandant l'unité de l'Église, celle que le Sauveur lui-même, la
veille de sa mort, a élevée de façon suppliante vers son Père: "Qu'ils
soient tous un" (Jn 17, 21).
En certaines circonstances particulières, par exemple lors des prières prévues
"pour l'unité" et dans les réunions œcuméniques, il est permis, bien
plus, il est souhaitable que les catholiques s'associent pour prier avec les
frères séparés. De telles supplications communes sont assurément un moyen
efficace de demander la grâce de l'unité et elles constituent une expression
authentique des liens par lesquels les catholiques sont encore unis avec les
frères séparés: "Là en effet où deux ou trois sont réunis en mon nom, je
suis au milieu d'eux" (Matth. 18, 20).
Cependant il n'est pas permis de considérer la "communicatio in
sacris" comme un moyen à employer sans réserve pour rétablir l'unité des Chrétiens.
Une telle "communion" dépend surtout de deux principes : unité de
l'Église qu'elle doit exprimer, participation aux moyens de grâce. L'expression
de l'unité empêche la plupart du temps cette "communion". La grâce à
procurer la recommande quelquefois. Sur la façon pratique d'agir, eu égard aux
circonstances de temps, de lieux et de personnes, c'est l'autorité épiscopale
locale qui doit prudemment donner des instructions, à moins qu'il n'y ait eu
d'autres dispositions de la Conférence épiscopale, selon ses propres statuts,
ou du Saint-Siège.
9, [Connaissance réciproque fraternelle]
Il faut connaître l'état d'esprit des frères séparés. Pour cela, une étude est
nécessaire et il faut la mener avec loyauté et bienveillance. Les catholiques
dûment préparés doivent acquérir une meilleure connaissance de la doctrine et
de l'histoire, de la vie spirituelle et culturelle, de la psychologie
religieuse et de la culture propre aux frères séparés. Pour obtenir ce
résultat, un moyen fécond est de se réunir pour traiter surtout de questions
théologiques, où tous se comportent d'égal à égal entre eux, pourvu que ceux
qui y prennent part, sous la vigilance des évêques soient vraiment compétents.
De ce genre de dialogue apparaît plus clairement aussi la vraie situation de
l'Église catholique. De cette manière, on connaîtra mieux la pensée des frères
séparés et notre foi leur sera présentée de façon plus convenable.
10. [Formation œcuménique]
La théologie et les autres disciplines, surtout l'histoire, doivent être enseignées
aussi dans un sens œcuménique, pour mieux répondre à la vraie réalité.
Il est, en effet, très important que les futurs pasteurs et les prêtres
possèdent la théologie ainsi exactement exposée et non pas en termes de
polémique, surtout pour les questions concernant les relations des frères
séparés avec l'Église catholique.
Car c'est de la formation des prêtres que dépendent surtout la nécessaire
éducation et la formation spirituelle des fidèles et des religieux.
De même, les catholiques missionnaires travaillant dans le même pays que
d'autres Chrétiens, doivent connaître surtout aujourd'hui les questions que
pose l'œcuménisme à leur apostolat et les résultats qu'il obtient.
11. [La manière d'exprimer et d'exposer la doctrine de la foi]
La méthode et la manière d'exprimer la foi catholique ne doivent nullement
faire obstacle au dialogue avec les frères. Il faut absolument exposer
clairement la doctrine intégrale. Rien n'est plus étranger à l'œcuménisme que
ce faux irénisme qui cause du dommage la pureté de la doctrine catholique et
obscurcit son sens authentique et incontestable.
En même temps, il faut expliquer la foi catholique de façon plus profonde et
plus droite, utilisant une manière de parler et un langage qui soient
facilement accessibles même aux frères séparés.
En outre, dans le dialogue œcuménique, les théologiens catho1iques, fidèles à
la doctrine de l'Église, doivent procéder en conduisant leurs recherches sur
les divins mystères, en union avec les frères séparés, dans l'amour de la vérité,
la charité et l'humilité. En exposant la doctrine, ils se rappelleront qu'il y
a un ordre ou une "hiérarchie" des vérités de la doctrine catholique,
en raison de leur rapport différent avec les fondements de la foi chrétienne.
Ainsi sera tracée la voie qui les conduira tous, par cette émulation
fraternelle, à une connaissance plus profonde et une manifestation plus
évidente des insondables richesses du Christ (25).
12. [Collaboration avec les frères séparés]
Que tous les Chrétiens, face à l'ensemble des nations, confessent leur foi en
Dieu un et trine, en le Fils de Dieu incarné, notre Rédempteur et Seigneur et
par un commun effort, dans une estime mutuelle, qu'ils rendent témoignage à
notre espérance qui ne sera confondue. Étant donné qu'aujourd'hui la
collaboration est tout à fait en cours dans le domaine social, tous les hommes
sans exception sont appelés à cette œuvre commune, mais surtout ceux qui
croient en Dieu, et, en tout premier lieu, tous les Chrétiens, à cause même du
nom du Christ dont ils sont ornés. La collaboration de tous les Chrétiens
exprime vivement l'union déjà existante entre eux, et elle met en plus
lumineuse évidence le visage du Christ Serviteur. Cette collaboration déjà
établie en beaucoup de pays, doit être sans cesse accentuée, là surtout où
l'évolution sociale ou technique est en cours, soit en faisant estimer à sa
valeur la personne humaine, soit en travaillant à promouvoir la paix, soit en
poursuivant l'application sociale de l'Évangile, ou par le développement des
sciences et des arts dans une atmosphère chrétienne, ou encore par l'apport de
remèdes de toute sorte contre les misères de notre temps, par exemple la faim
et les calamités, l'ignorance et la pauvreté, la crise du logement et l'inégale
distribution des richesses. Par cette collaboration, tous ceux qui croient au
Christ peuvent facilement apprendre comment on peut mieux se connaître les uns
les autres, s'estimer davantage et préparer la voie à l'unité des Chrétiens.
CHAPITRE III
ÉGLISES ET COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES
SÉPARÉES DU SIÈGE APOSTOLIQUE ROMAIN
13. Nous examinons maintenant deux sortes de scissions principales qui ont
porté atteinte à la tunique sans couture du Christ.
Les premières eurent lieu en Orient, soit par la contestation des formules
dogmatiques des Conciles d'Éphèse et de Chalcédoine, soit plus tard, par la
rupture de la communion ecclésiastique entre les Patriarches orientaux et le
Siège romain.
D'autres ensuite, après plus de quatre siècles, se produisirent en Occident, en
conséquence d'événements que l'on a coutume d'appeler la Réforme. Il en résulta
que plusieurs communions, soit nationales, soit confessionnelles, furent
séparées du Siège romain. Parmi celles qui gardent en partie les traditions et
les structures catholiques, se distingue la Communion anglicane.
Mais ces diverses séparations diffèrent beaucoup entre elles, non seulement
pour des raisons d'origine, de lieu et de temps, mais surtout par la nature et
la gravité des questions concernant la foi et la structure ecclésiale.
C'est pourquoi le Concile, désireux de ne pas sous-estimer les conditions
diverses des différentes sociétés chrétiennes et de ne pas passer sous silence
les liens qui subsistent entre elles malgré la division, juge opportun de
présenter les considérations suivantes, afin de procéder à une action
œcuménique basée sur la prudence.
I - CONSIDÉRATIONS PARTICULIÈRES RELATIVES
AUX ÉGLISES ORIENTALES
14. [Esprit et histoire propre des Orientaux]
Pendant plusieurs siècles, les Églises d'Orient et d'Occident suivirent chacune
leur propre voie, unies cependant par la communion fraternelle dans la foi et
la vie sacramentelle. Si des dissentiments s'élevaient entre elles au sujet du
dogme ou de la discipline, le Siège romain usait de son autorité d'un commun
accord. Le Concile se plaît à rappeler à tous entre autres événements
d'importance, qu'il y a en Orient plusieurs Églises particulières ou locales,
au premier rang desquelles sont les Églises patriarcales, et dont plusieurs se
glorifient d'avoir été fondées par les Apôtres eux-mêmes. C'est pourquoi
prévalut et prévaut encore parmi les Orientaux, le soin particulier de
conserver dans une communion de foi et de charité les relations fraternelles
qui doivent exister entre les Églises locales, comme entre des sœurs.
Il ne faut pas non plus oublier que les Églises d'Orient possèdent depuis leur
origine un trésor auquel l'Église d'Occident a puisé beaucoup d'éléments de la
liturgie, de la tradition spirituelle et du droit. On doit aussi estimer à sa
juste valeur le fait que les dogmes fondamentaux de la foi chrétienne sur la
Trinité, le Verbe de Dieu qui a pris chair de la Vierge Marie, ont été définis
dans des Conciles œcuméniques tenus en Orient. Pour conserver leur foi, ces
Églises ont beaucoup souffert et souffrent encore.
L'héritage transmis par les Apôtres a été reçu de manières diverses et, depuis
les origines mêmes de l'Église, il a été expliqué de façon différente selon la
diversité du génie et les conditions d'existence. Ce sont toutes ces raisons,
sans parler des motifs d'ordre extérieur, par suite encore du manque de
compréhension mutuelle et de charité, qui donnèrent prise aux séparations.
C'est pourquoi le Concile exhorte tout le monde, surtout ceux qui se proposent
de travailler à l'établissement de la pleine communion souhaitée entre les
Églises orientales et l'Église catholique, à bien considérer cette condition
particulière des Églises d'Orient, à l'époque de leur naissance et de leur
croissance, et la nature des relations qui étaient en vigueur entre elles et le
Siège romain avant la scission, et à se former sur tous ces points un jugement
équitable. Cette règle bien observée sera extrêmement profitable pour le
dialogue que l'on recherche.
15. [Tradition liturgique et spirituelle des Orientaux]
Chacun sait avec quel amour les Chrétiens orientaux célèbrent la Sainte
liturgie, surtout l'Eucharistie, source de vie pour l'Église et gage de la
gloire céleste. Par là les fidèles, unis à l'évêque, trouvent accès auprès de
Dieu le Père par son Fils, Verbe incarné, mort et glorifié dans l'effusion de
l'Esprit-Saint. Ils entrent de la sorte en communion avec la Très Sainte
Trinité et deviennent "participants de la nature divine" (2 Petr. 1,
4). Ainsi donc, par la célébration de l'Eucharistie du Seigneur en chaque Église
particulière, l'Église de Dieu s'édifie et grandit (26), et la communion entre
elles se manifeste par la concélébration.
Dans ce culte liturgique, Marie toujours Vierge, que le Concile œcuménique
d'Éphèse proclama solennellement Très Sainte Mère de Dieu, pour que le Christ
fût reconnu vraiment et proprement Fils de Dieu et Fils de l'Homme, selon les
Écritures, est célébrée par les Orientaux en des hymnes magnifiques;
pareillement beaucoup de saints, au nombre desquels les Pères de l'Église
Universelle, reçoivent de grands hommages.
Puisque ces Églises, bien que séparées, ont de vrais sacrements, surtout en
vertu de la succession apostolique: le Sacerdoce et l'Eucharistie, qui les
unissent intimement à nous, une certaine "communicatio in sacris",
dans des circonstances favorables, et avec l'approbation de l'autorité
ecclésiastique, est non seulement possible, mais même recommandable.
En Orient, aussi, on trouve les richesses de ces traditions spirituelles, qui
s'expriment surtout par le monachisme. Là, depuis le temps glorieux des Saints
Pères, en effet, a fleuri la spiritualité monastique, qui s'est répandue
ensuite en Occident, devenant pour ainsi dire la source de l'organisation
religieuse latine et lui conférant par la suite une nouvelle vigueur. Par conséquent,
on recommande instamment aux Catholiques d'accéder plus fréquemment à ces
richesses spirituelles des Pères Orientaux qui élèvent l'homme tout entier à la
contemplation des mystères divins.
Tout le monde doit savoir qu'il est très important de connaître, vénérer,
conserver, développer le si riche patrimoine liturgique et spirituel de
l'Orient pour conserver fidèlement la plénitude de la tradition chrétienne, et
pour réaliser la réconciliation des Chrétiens orientaux et occidentaux.
16. [Discipline particulière des Orientaux]
Depuis les origines, les Églises d'Orient suivaient des règles particulières
sanctionnées par les Saints Pères et les Conciles même œcuméniques. Il n'est
pas du tout contraire à l'unité de l'Église qu'il y ait diversité de mœurs et
de coutumes, ainsi qu'il vient d'être mentionné, et même une telle diversité
est un élément qui accroît sa beauté ainsi qu'une aide précieuse pour
l'accomplissement de sa mission. Aussi, le Concile déclare pour enlever tous
les doutes possibles que les Églises d'Orient, conscientes de la nécessaire
unité de toute l'Église, ont le pouvoir de se régir selon leurs propres lois,
plus conformes au caractère do leurs fidèles et plus aptes à promouvoir le bien
des âmes. L'observance parfaite de ce principe traditionnel (à vrai dire elle
ne fut pas toujours respectée) est une des conditions préalables absolument
nécessaires pour rétablir l'union.
17. [Caractère particulier des Orientaux au regard des questions doctrinales]
Ce qui a été dit plus haut de la légitime diversité en matière de culte et de
discipline doit s'appliquer aussi à la formation théologique de la doctrine.
Effectivement, quand il s'agit d'approfondir la vérité révélée, les méthodes et
les moyens de connaître et d'exprimer les choses divines, ne sont pas les mêmes
en Orient et en Occident. Il n'est donc pas étonnant que certains aspects du
mystère révélé aient été parfois mieux saisis et mieux exposés par l'un que par
l'autre, si bien que l'on doit considérer ces diverses formules théologiques
souvent plus complémentaires qu'opposées. Quant aux traditions authentiques des
Orientaux, on doit le reconnaître, elles sont enracinées de façon excellente
dans la Sainte Écriture; elles sont développées et exprimées dans la vie
liturgique; elles se nourrissent de la tradition vivante des Apôtres, des
écrits des Pères Orientaux et des auteurs spirituels; elles tendent à devenir
de véritables règles de vie, et même de pleine contemplation de la vérité
chrétienne.
Rendant grâces à Dieu de ce que beaucoup d'Orientaux, Fils de l'Église
catholique qui gardent ce patrimoine et désirent en vivre plus purement et
pleinement, vivent déjà en pleine communion avec leurs frères qui gardent la
tradition occidentale, le Concile déclare que tout ce patrimoine spirituel et
liturgique, disciplinaire et théologique, dans ses diverses traditions, fait
partie pleinement de la catholicité et de l'apostolicité de l'Église.
18. [Conclusion]
Tout cela bien examiné, le Concile renouvelle ce qui fut déclaré par les
Conciles antérieurs, ainsi que par les Pontifes romains: pour rétablir ou
garder la communion et l'unité, il ne faut " rien imposer qui ne soit
nécessaire " (Act. 15, 28). Il souhaite virement que tous les efforts
dorénavant tendent à réaliser peu à peu cette unité aux divers niveaux et dans
les diverses formes de la vie de l'Église, surtout par la prière et le dialogue
fraternel concernant la doctrine et les nécessités les plus urgentes du
ministère pastoral de notre temps. Pareillement, le Concile recommande aux pasteurs
et aux fidèles de l'Église catholique d'établir des relations avec ceux qui ne
sont plus en Orient, mais vivent loin de leur patrie. De cette façon, grandira
entre eux une fraternelle collaboration: l'esprit de charité exclura toute
forme de rivalité. Si tout cela se fait généreusement, le Concile en a
l'espoir, le mur qui sépare l'Église d'Orient de celle d'Occident tombera.
Ainsi n'y aura-t-il plus qu'une seule demeure. Le Christ Jésus en sera la
pierre angulaire, assurant de l'une à l'autre l'unité (27).
II --LES ÉGLISES ET COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES
SÉPARÉES EN OCCIDENT
19. [Condition spéciale de ces communautés]
Les Églises et Communautés ecclésiales qui, à l'époque de la grande crise
commencée en Occident, à la fin du moyen âge ou dans la suite, furent séparées
du Siège apostolique romain, demeurent unies à l'Église catholique par une
affinité particulière et par des relations dues à la longue durée de vie du
peuple chrétien dans la communion ecclésiastique au cours des siècles passés.
Étant donné que ces Églises et Communautés ecclésiales, à cause de leur
diversité d'origine, de doctrine et de vie spirituelle, se distinguent
notablement, non seulement de nous-mêmes, mais aussi, entre elles, il est très
difficile de bien les définir et nous n'en avons pas ici l'intention.
Bien que le mouvement œcuménique et le désir de paix avec l'Église catholique
n'aient pas prévalu partout, nous avons l'espoir néanmoins que tous finiront
par avoir ce sens de l'œcuménisme et que l'estime mutuelle ne fera que grandir.
Cependant, il faut reconnaître qu'entre ces Églises et Communautés et l'Église
catholique il y a des différences considérables, non seulement de caractère
historique, sociologique, psychologique et culturel, mais surtout dans
l'interprétation de la vérité révélée. Pour rendre plus facile, malgré ces
différences, l'instauration du dialogue œcuménique, nous voulons souligner
certains points qui peuvent et doivent servir de base et de point de départ à
ce dialogue.
20. [La foi au Christ]
Nous avons en vue surtout ces Chrétiens qui reconnaissent ouvertement
Jésus-Christ comme Dieu et Seigneur, unique Médiateur entre Dieu et les hommes
pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Certes, nous savons
qu'elles ne sont pas légères les différences qui existent par rapport à la
doctrine de l'Église catholique, même au sujet du Christ, Verbe Incarné et de
l'œuvre de la rédemption, et par conséquent au sujet du mystère et du ministère
de l'Église ainsi que du rôle de Marie dans l'œuvre du salut. Ce nous est une
joie cependant de voir nos frères séparés considérer le Christ comme source et
centre de la communion ecclésiale. Touchés du désir d'union avec le Christ, ils
sont poussés de plus en plus à cherches l'unité, et à rendre partout témoignage
de leur foi parmi les nations.
21. [Étude de l'Écriture]
L'amour et la vénération -- presque le culte -- de nos frères pour l'Écriture
Sainte, les portent à l'étude constante et diligente du Texte sacré: l'Évangile
"est en effet la force de Dieu opérant le salut pour tout croyant. pour le
juif d'abord et puis pour le Grec" (Rom. 1.16).
Invoquant l'Esprit-Saint, c'est dans les Écritures mêmes qu'ils cherchent Dieu
comme celui qui leur parle par le Christ qu'avaient annoncé les prophètes et
qui est le Verbe de Dieu incarné pour nous. Ils y contemplent la vie du Christ,
ainsi que les enseignements et les faits accomplis par le Divin Maître pour le
salut des hommes, surtout les mystères de sa mort et de sa résurrection.
Mais. si les Chrétiens séparés de nous affirment l'autorité divine des Saints
Livres, ils ont une opinion différente de la nôtre (et différente aussi entre
eux), au sujet de la relation entre Écritures et Église. Dans celle-ci, selon
la foi catholique, le magistère authentique occupe une place particulière pour
l'explication et la prédication de la Parole de Dieu écrite.
Cependant les Paroles divines sont, dans le dialogue des instruments insignes
entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité que le Sauveur
offre à tous les hommes.
22. [La vie sacramentelle]
Par le sacrement du baptême, conféré validement selon l'institution du Seigneur
et reçu avec les dispositions intérieures requises, l'homme est incorporé
vraiment au Christ crucifié et glorifié, il est régénéré pour participer à la
vie divine, selon le mot de l'Apôtre: "Vous êtes ensevelis avec lui par le
baptême, vous êtes ressuscités avec lui parce que vous avez cru en la force de
Dieu. qui l'a ressuscité d'entre les morts" (Col. 2, 12) (28).
Le baptême est donc le lien sacramentel d'unité existant entre ceux qui ont été
régénérés par lui. Cependant, le baptême, de soi, n'est que le commencement et
le point de départ, car il tend intégralement à l'acquisition de la plénitude
de la vie dans le Christ. Il est donc destiné à la parfaite profession de foi,
à la parfaite intégration dans l'économie du salut, telle que le Christ l'a
voulue et enfin, à la parfaite insertion dans la communion eucharistique.
Certes, les Communautés ecclésiales séparées de nous n'ont pas avec nous la pleine
unité dérivant du baptême, et nous croyons, surtout par suite de l'absence du
Sacrement de l'Ordre, qu'elles n'ont pas conservé toute la réalité propre du
Mystère eucharistique. Néanmoins, en célébrant à la Sainte Cène le mémorial de
la mort et de la résurrection du Seigneur, elles professent que la vie consiste
dans la communion au Christ et elles attendent son retour glorieux. Il faut
donc que la doctrine sur la Cène du Seigneur, les autres sacrements, le culte
et les ministères de l'Église, fassent l'objet du dialogue.
23. [La vie dans le Christ]
La vie chrétienne de ces frères se nourrit de la foi au Christ. Elle bénéficie
de la grâce du baptême et de la prédication de la Parole de Dieu. Elle se
manifeste dans la prière privée, la méditation biblique, la vie de la famille
chrétienne, le culte de la communauté rassemblée pour la louange de Dieu. Par
ailleurs, leur culte comporte plus d'une fois des éléments remarquables de
l'antique liturgie commune.
La foi au Christ produit des fruits de louange et d'action de grâces pour les
bienfaits reçus de Dieu. A cela s'ajoute un sens très vif de la justice et une
sincère charité à l'égard du prochain. Cette foi agissante a même provoqué
l'institution de beaucoup d'œuvres pour le soulagement de la misère spirituelle
et corporelle, pour l'éducation de la jeunesse, pour l'amélioration des
conditions sociales de vie, pour l'établissement partout d'une paix stable.
Même si parmi les Chrétiens beaucoup n'entendent pas, de la même manière que
les Catholiques, l'Évangile dans les questions morales, et n'admettent pas les
mêmes solutions des bien difficiles problèmes de la société d'aujourd'hui,
néanmoins, ils veulent, comme nous, s'attacher à la parole du Christ comme à la
source de la force chrétienne et obéir au précepte apostolique: "Quoi que
vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus,
rendant par Lui grâces au Dieu Père" (Col. 3, 17). C'est ici que le
dialogue œcuménique peut commencer sur l'application morale de l'Évangile.
1. Cf. 1 Cor. 1.13.
2. Cf. 1 Jn 4. 9; Col. 1.18-20; Jn 11, 52.
3. Cf. Jn 13. 34.
4. Cf. Jn 16, 7.
5. Cf. I Cor. 12. 4-11.
6. Cf. Matth. 28, 18-20, collato Jn 20, 21-23.
7. Cf. Matth. 16, 19, collato Matth. 18, 18.
8. Cf. Jn 22, 32.
9. Cf. Jn 21, 15-17.
10. Cf. Eph. 2, 20.
11. Cf. I Petr. 2, 25; Conc. Vaticanum I, Sess. IV (1870), Constitutio Pastor
Aeternus: Coll. Lac. 7, 482 a.
12. Cf. Is. 11.10-12.
13. Cf. Eph. 2, 17-18, collato Mc 16. 15.
14. Cf. 1 Petr. 1.3-9
15. Cf. I Cor. 11.18-19; Gal. 1.6-9: I Jn 2, 18-19.
16. Cf. I Cor. I. 11 sqq. 11.22.
17. Cf. Conc. Florenlinum. Sess. VIII (1439), Decretum Exultate Deo: Mansi 31,
1055 A.
18. Cf. S. Augustin. in Ps. 32, Enarr. I1, 29: PL 36, 299.
19. Cf. Conc. Lateranense IV (1215), Constitutio IV: Mansi 22, 990: Conc. Lugdunense
I! (1274), Professio fidei Michaelis Palaeologi: Mansi 24, 71 E; Conc.
Florentinum, Sess. VI (1439), Definitio Laetentur caeli: Mansi 31, 1026 E.
20. Cf. Jac. 1.4: Rom. 12. 1-2.
21. Cf. 2 Cor. 4. 10; Phil. 2, 5-8
22. Cf. Eph. 5. 27.
23. Cf. Conc. Lateranense V, Sess. XII (1517), Constitutio Constituti: Mansi
32, 988 B-C.
24. Cf. Eph. 4. 23.
25. Cf. Eph. 3.8.
26. Cf. s. loannes Chrysostomus, In Ioannem Homelia XLVI, PG 59, 260-262.
27. Cf. Conc. Florentinum, Sess. VI (1439). Definitio Laetentur caeli: Mansi
31, 1026 E.
28. Cf. Rom. 6, 4.
CONCLUSION
24. C'est ainsi que maintenant, après avoir exposé brièvement les conditions
d'exercice de l'action œcuménique, et indiqué les principes qui doivent la
diriger, nous tournons avec confiance le regard vers l'avenir. Le Concile
exhorte les fidèles à s'abstenir de toute légèreté, de tous zèle imprudent, qui
pourraient nuire au progrès de l'unité. Leur activité œcuménique ne peut être,
en effet, que pleinement et sincèrement catholique, c'est-à-dire fidèle à la
vérité reçue des Apôtres et des Pères, et conforme à la foi que l'Église
catholique a toujours professée : elle tend à cette plénitude en laquelle, au
cours des âges, le Seigneur veut que Son Corps grandisse.
Le Concile souhaite instamment que les initiatives des enfants de l'Église
catholique progressent unies à celles des frères séparés, sans mettre un
obstacle quelconque aux voies de la Providence et sans préjuger des impulsions
futures de l'Esprit-Saint. Au surplus, le Concile déclare avoir conscience que
ce projet sacré : la réconciliation de tous les Chrétiens dans l'unité d'une
seule et unique Église du Christ, dépasse les forces et les capacités humaines.
C'est pourquoi il met entièrement son espoir dans la prière du Christ pour
l'Église, dans l'amour du Père à notre égard et dans la puissance du
Saint-Esprit : "L'espérance ne déçoit point: car l'amour de Dieu a été
répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné" (Rom. 5.
5).
Tout l'ensemble et chacun des points qui sont édictés dans ce Décret ont plu
aux Pères du saint Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que le
Christ Nous a confié, avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, décrétons
et arrêtons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que, pour la gloire de
Dieu, ce qui a été ainsi établi en Concile soit Promulgué.
Rome, près Saint-Pierre, le 21 novembre 1964.
Moi, PAUL,
Évêque de l'Église catholique.
Suivent les signatures des Pères.