Sacrée
Congrégation pour le Culte Divin
A. Explication liminaire
L'instruction
ci-après, qui a été transmise aux Conférences épiscopales afin qu'elles en
fassent un
examen approfondi et attentif, est publiée afin que tous soient très clairement
informés du fondement et des circonstances sur lesquelles s'est appuyée la
procédure suivie par le Saint-Siège.
Instruction Memoriale Domini
sur la façon de distribuer la communion
Traduction (d’après le
texte latin original) de La Documentation catholique, n° 1544,
20 juillet 1969, pp. 669 sq., avec quelques modifications apportées par Mgr
Juan Rodolfo Laise, Évêque de San Luis (Argentine), à partir de la traduction
espagnole.
Les chiffres en gras (1273 à 1291) correspondent à la version de l’Enchiridion Vaticanum (tome 3)
B. Exposé du problème
L’Eucharistie
et les rites de l'Église
1273 - En célébrant le mémorial du Seigneur,
l’Église témoigne par le rite lui-même, de la foi et de l'adoration adressées
au Christ, présent dans le sacrifice et offert en nourriture à ceux qui
participent à la table eucharistique.
C'est
pourquoi elle tient beaucoup à ce que l'Eucharistie soit célébrée de la façon
la plus digne possible et qu'on y participe de la manière la plus fructueuse,
en gardant de façon intacte la tradition qui arrive jusqu'à nous à travers un
certain développement dont les richesses sont passées dans les usages et la vie
de l’Église. Les documents historiques nous montrent en effet que la façon de
célébrer et de consommer la Sainte Eucharistie a été multiforme.
La réforme
liturgique
A notre
époque également des changements importants et nombreux ont été introduits dans
le rite de la célébration de l'Eucharistie, afin qu'il réponde mieux aux
besoins spirituels et psychologiques des hommes d'aujourd'hui. De plus, dans la
discipline relative au mode de participation des fidèles au divin sacrement a
été rétabli, dans certaines circonstances, l'usage de la communion sous les
deux espèces du pain et du vin, qui était autrefois commun, également dans le
rite latin, et qui ensuite est progressivement tombé en désuétude. L'état de
choses ainsi instauré s'était déjà généralisé au moment du Concile de Trente,
lequel le sanctionna et le défendit par une doctrine dogmatique, parce qu'il
convenait à la situation de cette époque.(1)
Introduction
de la communion dans la main sans autorisation
1274 – Avec les réformes indiquées, le signe
du banquet eucharistique et l'accomplissement fidèle du mandat du Christ sont
devenus plus manifestes et vivants. Mais en même temps, ces dernières années,
la participation plus complète à la célébration eucharistique, exprimée par la
communion sacramentelle, a suscité çà et là le désir de revenir à l'ancien
usage de déposer le pain eucharistique dans la main du fidèle, lequel se communie
lui-même en le portant à sa bouche.
Plus
encore, dans quelques communautés et en certains lieux ce rite a été pratiqué,
sans que la demande n'en ait été faite auparavant auprès du Siège Apostolique
et parfois cette pratique a été introduite sans que les fidèles y aient été
préparés convenablement.
C) Le rite de la communion dans la bouche
La pratique
primitive
1275 – Il est vrai que, selon l'usage ancien,
les fidèles ont pu autrefois recevoir cet aliment divin dans la main et le
porter eux-mêmes à la bouche. Il est également vrai que, dans des temps très
anciens, ils ont pu emporter le Saint Sacrement avec eux, depuis l'endroit où
était célébré le Saint Sacrifice, avant tout pour s'en servir comme viatique
dans le cas où ils auraient à affronter la mort pour confesser leur foi.
Cependant,
les prescriptions de l’Église et les textes des Pères attestent abondamment le
très profond respect et les très grandes précautions qui entouraient la sainte
Eucharistie. Ainsi : « Que personne... ne mange cette chair s'il ne l'a
auparavant adorée » ;(2) et à quiconque la mange est adressé cet avertissement
: « Reçois ceci, en veillant à n'en rien perdre » ;(3): « c'est en effet le
Corps du Christ ».(4)
1276 – De plus, le soin et le ministère du
Corps et du Sang du Christ étaient confiés d'une façon toute spéciale aux
ministres sacrés ou aux hommes désignés à cet effet : « Après que celui qui
préside a récité les prières et que le peuple tout entier a acclamé, ceux que
nous appelons les diacres distribuent à tous ceux qui sont présents, et portent
aux absents, le pain, le vin et l'eau sur lesquels ont été données les grâces
».(5)
Aussi, la
fonction de porter la Sainte Eucharistie aux absents ne tarda-t-elle pas à être
confiée uniquement aux ministres sacrés, afin de mieux assurer la révérence due
au Corps du Christ, et en même temps de mieux répondre aux besoins des fidèles.
Changement
de l'usage primitif - Raisons avancées
Le temps
passant, lorsque la vérité et l'efficacité du mystère eucharistique, ainsi que
la présence du Christ en lui, ont été scrutées plus en profondeur, le sens de
la révérence due à ce Très Saint Sacrement et de l'humilité avec laquelle il
doit être reçu ont exigé que soit introduite la coutume que ce soit le ministre
lui-même qui dépose sur la langue du communiant une parcelle de pain consacré.
Raisons de
conserver la pratique de la communion dans la bouche
1277 – Compte tenu de la situation actuelle de
l’Église dans le monde entier, cette façon de distribuer la sainte communion
doit être conservée, non seulement parce qu'elle a derrière elle une tradition
multiséculaire, mais surtout parce qu'elle exprime la révérence des fidèles
envers l'Eucharistie.
Par
ailleurs, cet usage ne blesse en rien la dignité de la personne de ceux qui
s'approchent de ce sacrement si élevé, et il est propre à la préparation
requise pour recevoir le Corps du Seigneur de la façon la plus fructueuse
possible.(6)
Cette
révérence exprime bien la communion, non pas « d'un pain et d'une boisson
ordinaires »,(7) mais du Corps et du Sang du Seigneur, en vertu de laquelle «
le peuple de Dieu participe aux biens du sacrifice pascal, réactualise l'alliance
nouvelle scellée une fois pour toutes par Dieu avec les hommes dans le Sang du
Christ, et dans la foi et l'espérance préfigure et anticipe le banquet
eschatologique dans le Royaume du Père ».(8)
1278 – Pour le reste, à travers cette façon
d'agir qui doit déjà être considérée comme traditionnelle, on s 'assure plus
efficacement que la sainte communion sera administrée avec la révérence, le
décorum et la dignité qui lui sont dus de sorte que soit écarté tout danger de
profanation des espèces eucharistiques, dans lesquelles, « d'une façon unique,
le Christ total et tout entier, Dieu et homme, se trouve présent
substantiellement et sous un mode permanent » ;(9) et pour que l'on conserve
avec diligence tout le soin constamment recommandé par l’Église en ce qui
concerne les fragments du pain consacré : « Ce que tu as laissé tomber,
considère que c'est comme une partie de tes membres qui a été amputée ».(10)
D) Le pape décide de ne pas autoriser la communion
dans la main
La
consultation de l’épiscopat latin
1279 – Aussi, pour toutes les raisons énoncées
ci-après, comme un petit nombre de Conférences épiscopales et certains évêques
à titre individuel ont sollicité que sur leur territoire soit admis l'usage de
déposer le pain consacré dans les mains des fidèles, le Souverain Pontife
a-t-il décidé de demander à tous les évêques de l’Église latine ce qu'ils
pensent de l'opportunité d'introduire ce rite.
Avertissement
sur les dangers qu'impliquerait ce changement
En effet,
un changement apporté, dans une matière si importante, à un usage qui s'appuie
sur une tradition très ancienne et vénérable, non seulement touche à la
discipline, mais peut aussi comporter des dangers qui, comme on le craint,
naîtraient éventuellement de cette nouvelle manière de distribuer la sainte
communion, c'est-à-dire : une moindre révérence envers l'auguste sacrement de
l'autel; une profanation de ce sacrement; ou une altération de la vraie
doctrine.
Résultats de
l’enquête
1280 – C'est pourquoi trois questions ont été
posées aux évêques, dont les réponses s'établissent ainsi à la date du 12 mars
dernier:
1. Pensez-vous
qu'il faille exaucer le vœu que, outre la manière traditionnelle, soit
également autorisé le rite de la réception de la communion dans la main ?
Placet (oui): 567;
Nonplacet (non): 1233
Placet juxta
modum (oui, avec
réserves): 315
Réponses non
valides: 20.
2.
Aimeriez-vous que ce nouveau rite soit expérimenté d'abord dans de petites
communautés, avec l'autorisation de l'Ordinaire du lieu ?
Placet: 751
Non placet :
1125
Réponses non
valides: 70.
3. Pensez-vous
qu'après une bonne préparation catéchétique, les fidèles accepteraient
volontiers ce nouveau rite ?
Placet: 835;
Non placet :
1185
Réponses non
valides: 128.
En
conséquence, à partir des réponses obtenues, il est évident qu'une forte
majorité d'évêques estiment que rien ne doit être changé à la discipline
actuelle; et que si on la changeait cela offenserait le sentiment et la
sensibilité spirituelle de ces évêques et de nombreux fidèles.
Décision
définitive du pape
1281 – C'est pourquoi, compte tenu des
remarques et des conseils de ceux que « l'Esprit-Saint a constitués épiscopes
pour gouverner » les Églises, (11) eu égard à la gravité du sujet et à la
valeur des arguments invoqués, il n'a pas paru opportun au Souverain Pontife de
changer la façon selon laquelle depuis longtemps est administrée la Sainte
Communion aux fidèles.
Dispositif
Aussi, le
Siège apostolique exhorte-t-il de façon véhémente les évêques, les prêtres et
les fidèles à se soumettre diligemment à la loi en vigueur une fois encore
confirmée, en prenant en considération tant le jugement émis par la majorité de
l'épiscopat catholique que la forme utilisée actuellement dans la sainte
liturgie, et enfin le bien commun de l’Église.
Attitude à
adopter face aux situations irrégulières
1282 – Mais au cas où se serait déjà enraciné,
dans un endroit particulier, l'usage contraire, c'est-à-dire celui de déposer
la sainte communion dans la main, le Saint-Siège, afin d'aider les Conférences
épiscopales à accomplir leur tâche pastorale, devenue souvent plus difficile
que jamais dans les circonstances actuelles, confie à ces mêmes Conférences la
charge et le devoir de peser avec soin les circonstances particulières qui
pourraient exister, à condition cependant de prévenir tout danger de manque de
révérence ou d'opinions fausses qui pourraient s'insinuer dans les esprits au sujet
de la Très Sainte Eucharistie, et d'éviter soigneusement tous autres
inconvénients.
Procédure à
suivre pour demander l'induit
1283 – Dorénavant, dans ces cas précis, et
afin que cet usage soit correctement ordonné, les Conférences épiscopales, après
prudent examen, procéderont aux consultations opportunes, par vote secret et à
la majorité des deux tiers. Ces consultations seront ensuite soumises au
Saint-Siège, pour en recevoir la nécessaire confirmation,(12) accompagnées d'un exposé précis des causes
qui les ont motivées. Le Saint-Siège examinera chaque cas attentivement, en
tenant compte des liens existant entre les différentes églises locales, ainsi
qu'entre chacune d'elles et l'Église universelle, afin de promouvoir le bien
commun et l'édification commune, et afin que l'exemple mutuel accroisse la foi
et la piété.
E) Conclusion
Cette
instruction, rédigée par mandat spécial du Souverain Pontife Paul VI, a été
approuvée par lui-même, en vertu de son autorité apostolique, le 28 mai 1969,
et il a décidé qu'elle soit portée à la connaissance des évêques par l'intermédiaire
des présidents des Conférences épiscopales.
Nonobstant
toutes dispositions contraires.
À Rome, le 29
mai 1969
Benno, card.
Gut, Préfet. A. Bugnini, secrétaire.
Notes:
(1) Cf. Conc. de Trente, Sess. XXI, Doctrina de
communione sub utraque specie et parvulorum: Denz. 1726-1727 (930); Sess. XXII,
Decretum super petitionem concessionis calicis: Denz. 1760.
(2) St Augustin: Enarrationes in Psalmos, 98, PL,
XXXVII, 1264.
(3) Cf. S. Cyrille de Jérusalem, Catecheses
Mystagogicae, 5, 21; PG, XXXIII, 1126.
(4) S. Hyppolyte, Traditio Apostolica, n. 37: B.
Botte, 1963, p. 84.
(5) S. Justin, Apologia, 1, 65; PG, VI, 427.
(6) Cf. S. Augustin, Enarrationes in Psalmos, 98,
9; PL, XXXVII, 1264-1265.
(7) Cf S. Justin, Apologia, 1, 66; PG, VI, 427; cf
S. Irénée, Adversus Haereses, 1, 4, c. 18, n. 5; PG,
VIl, ,1028-1029.
(8) S. Congréga6on des Rites, Instruction
Eucharisticum Mysterium, n. 3 a. A‑AS LIX (1967), p. 541. (9) Cf. ibidem,
n. 9, p. 457.
(10) S. Cyrille de Jérusalem, Catecheses
Mystagogicae, 5, 21; PG, XXXIII, 1126.
(11) Cf. Act. 20, 28.
(12) Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Décr. Christus
Dominus, n. 38, 4; AAS, 58 (1966), p. 693.
Lettre
pastorale
accompagnant
l'instruction Memoriale Domini
La Sacrée
Congrégation pour le Culte Divin a envoyé cette lettre, traduite dans leur
langue, à ceux qui ont demandé l'indult. Texte français orignal, publié dans La
Documentation catholique n° 1544 du 20 juillet 1969, pp.
671-672.
En
matière pastorale, cette instruction [Memoriale Domini] est complétée par une lettre par laquelle est
concédée aux Conférences épiscopales l’indult pour distribuer la sainte
communion dans la main des fidèles, lorsque toutes les conditions requises sont
réunies.
Révérendissime
1284 – En réponse à la demande présentée par
Votre Conférence Épiscopale sur la permission de distribuer la Communion en
déposant l'hostie dans la main des fidèles, je suis en mesure de vous
transmettre la communication suivante:
Tout en
rappelant ce qui fait l'objet de l'Instruction ci-jointe, en date du 29 mai
1969, sur le maintien en vigueur de l'usage traditionnel, le Saint-père a pris
en considération les motifs invoqués à l'appui de Votre demande et les
résultats du vote qui est intervenu à ce sujet. Il accorde que, sur le
territoire de Votre Conférence Épiscopale, chaque Évêque, selon sa prudence et
sa conscience, puisse autoriser dans son diocèse l'introduction du nouveau
rite pour distribuer la Communion, à condition que soient évités toute occasion
de surprise de la part des fidèles et tout danger d'irrévérence envers
l'Eucharistie.
1285 – Pour cela, on tiendra
compte des normes suivantes:
1. La nouvelle manière de communier
ne devra pas être imposée d'une manière qui exclurait l'usage traditionnel. Il
importe notamment que chaque fidèle ait la possibilité de recevoir la Communion
sur la langue, là où sera concédé légitimement le nouvel usage et lorsque
viendront communier en même temps d'autres personnes qui recevront l'hostie
dans la main. En effet, les deux manières de communier peuvent coexister sans
difficulté dans la même action liturgique. Cela, pour que personne ne trouve
dans le nouveau rite une cause de trouble à sa propre sensibilité spirituelle
envers l'Eucharistie et pour que ce Sacrement, de sa nature source et cause
d'unité, ne devienne pas une occasion de désaccord entre les fidèles.
1286 – 2. Le rite de la Communion donnée dans
la main du fidèle ne doit pas être appliqué sans discrétion. En effet,
puisqu'il s'agit d'une attitude humaine, elle est liée à la sensibilité et à la
préparation de celui qui la prend. Il convient donc de t'introduire
graduellement, en commençant par des groupes et des milieux qualifiés et plus
préparés. Il est nécessaire surtout de faire précéder cette introduction par
une catéchèse adéquate, afin que les fidèles comprennent exactement la
signification du geste et accomplissent celui-ci avec le respect dû au
Sacrement. Le résultat de cette catéchèse doit être d'exclure quelque apparence
que ce soit de fléchissement dans la conscience de l’Église sur la foi en la
présence eucharistique, et aussi quelque danger que ce soit ou simplement
apparence de danger de profanation.
1287 –
3. La possibilité offerte au fidèle de recevoir dans la main et de porter
à la bouche le pain eucharistique ne doit pas lui offrir l'occasion de le
considérer comme un pain ordinaire ou une chose sacrée quelconque; elle doit,
au contraire, augmenter en lui le sens de sa dignité de membre du Corps
Mystique du Christ, dans lequel il est inséré par le Baptême et par la grâce de
l'Eucharistie, et aussi accroître sa foi en la grande réalité du Corps et du
Sang du Seigneur qu'il touche de ses mains. Son attitude de respect sera
proportionnée à ce qu'il accomplit.
1288 – 4. Quant à la manière de faire, on
pourra suivre les indications de la tradition ancienne, qui mettait en relief
la fonction ministérielle du prêtre et du diacre, en faisant déposer l'hostie
par ceux-ci dans la main du communiant. On pourra cependant adopter aussi une
manière plus simple, en laissant le fidèle prendre directement l'hostie dans
le vase sacré. En tout cas, le fidèle devra consommer l'hostie avant de
retourner à sa place, et l'assistance du ministre sera soulignée par la formule
habituelle « Le Corps du Christ », à laquelle le fidèle répondra: « Amen ».
1289 – 5. Quelle que soit la forme adoptée,
qu'on fasse attention à ne pas laisser tomber ni se disperser des fragments du
pain eucharistique, comme aussi à la propreté convenable des mains et à la bonne
tenue des gestes selon les usages des divers peuples.
1290 – 6. Dans le cas de la Communion sous les
deux espèces distribuée par intinction, il n'est jamais permis de déposer dans
la main du fidèle l'hostie trempée dans le Sang du Seigneur.
1291 – 7. Les Évêques qui auront permis
l'introduction du nouveau mode de communion sont priés d'envoyer à cette Sacrée
Congrégation, d'ici six mois, un rapport sur le résultat de cette concession.
Je profite
de l'occasion pour Vous exprimer, Révérendissime, mes sentiments de profonde
estime.
Benno Card. Gut,
Préfet
A. Bugnini,
Secrétaire