Les merveilles de la Messe
Le trésor de la Messe
Les merveilles du Saint Nom
Notre-Dame de Liesse
Le Saint Esprit
Les merveilles de la Confession
LES MERVEILLES DE LA MESSE
par le père Paul O’Sullivan, o.p. (E.D.M.)
Traduit de l’anglais
par Jean-Claude Lemyze
avec la permission de St. Martin Apostolate, Dublin, Irlande
"Car du Levant au Couchant, grand est mon nom parmi les nations. En tout
lieu un sacrifice d’encens est présenté en mon nom, ainsi qu’une
offrande pure, car grand est mon nom parmi les nations, dit le Seigneur, le
tout-puissant. " - Malachie 1.11
Ces magnifiques pages sur la Messe ont reçu l’approbation de :
Son Éminence le Cardinal Cerejeira
Son Éminence le cardinal Pietro Ciriaci, nonce du Pape, Lisbonne
Son Excellence l’Archevêque de Braga
Son Excellence l’Archevêque d’Evora
Son Excellence l’Archevêque d’Aveiro
Monseigneur l’Évêque de Coimbra
Monseigneur l’Évêque de Beja
Monseigneur l’Évêque de Portalagre
TABLE DES MATIÈRES
1. Les merveilles de la Messe
2. Qu’est-ce que la Messe ?
3. La joie des saints à la Messe
4. Les prêtres sont les plus heureux des hommes.
5. Les grâces de la Messe
6. Les prêtres - des anges sur la terre
7. Comment entendre la Messe avec profit.
Chapitre 1
LES MERVEILLES DE LA SAINTE MESSE
Les saints ne sont jamais si éloquents que lorsqu’ils parlent de la
Messe. Ils sont intarissables sur ce sublime sujet, car saint Bonaventure dit
que les merveilles de la Messe sont aussi nombreuses que les étoiles dans le
ciel et les grains de sable sur toutes les plages du monde.
Les grâces, les bénédictions et les faveurs accordées à ceux qui assistent à ce
Divin Sacrifice dépassent toute compréhension.
La Messe est la plus grande merveille du monde. Il n’existe rien sur
terre qui puisse lui être comparé et il n’est rien au Ciel de plus grand.
L’autre plus grande merveille
est l’indifférence et l’ignorance des catholiques concernant la
Sainte Messe. Comment se peut-il que tant de catholiques ne vont pas à la
Messe?
Le grand Sacrifice du Calvaire est offert tout près de leur maison, presque à
leur porte, et ils sont trop indolents pour y assister.
Le Sacrifice du Calvaire ?! Oui, car la Messe est réellement et véritablement
l’exacte répétition de la Mort de Jésus sur la Croix.
Pourquoi les mères, pourquoi les catéchistes, pourquoi les maîtres
n’inculquent-ils pas dans l’esprit de ceux dont ils ont la charge
les merveilles de la Messe ? Les prêtres sont tenus de le faire par le Concile
de Trente.
Les protestants peuvent bien demander à ces catholiques qui négligent
d’entendre la Messe chaque jour s’ils croient vraiment à la
naissance de Dieu sur l’autel et que Dieu meurt sur l’autel comme
Il est mort sur le Calvaire ? S’ils le croient vraiment, pourquoi
n’assistent-ils pas à la Messe ?
Saint Augustin nous rapporte que les païens et les Gentils de son temps
demandaient avec une ironie mordante aux chrétiens tièdes et indifférents
s’ils croyaient sincèrement que le Dieu de toute miséricorde descendait
sur leurs autels ! Vous, chrétiens, ajoutaient-ils, vous nous accusez
d’adorer de faux dieux, mais au moins nous croyons qu’ils sont des
dieux et nous les honorons; alors que vous méprisez Celui que vous appelez le
Vrai Dieu!
S’il savait seulement ce qu’est la Messe, pas un chrétien
intelligent et éclairé ne manquerait d’y assister.
SAINT LOUIS ET LA MESSE
Saint Louis de France, qui a travaillé plus durement peut-être qu’aucun
sujet de son royaume et qui fut un des meilleurs et des plus glorieux
souverains qui régnèrent jamais sur le royaume de France, trouvait le temps
d’entendre deux à trois Messes par jour !
Des courtisans lui ont suggéré que peut-être il se surmenait en assistant si
souvent à la Messe. Le roi a répondu : " Si je passais bien plus de temps
à m’adonner aux plaisirs de la chasse, ou à recevoir mes amis au cours de
banquets somptueux, ou si je fréquentais plusieurs heures par jour les théâtres
et les lieux d’amusement, vous ne me reprocheriez pas de consacrer trop
de temps aux plaisirs.
Vous oubliez, mes bons amis, qu’en entendant Messe je n’obtiens pas
seulement pour moi-même d’innombrables bénédictions, mais que je confère
ainsi à mon royaume les avantages les plus importants, bien plus que je ne
pourrais le faire d’aucune autre manière. "
Cette réponse de St Louis pourrait être adressée à ces milliers de chrétiens
indifférents et apathiques qui pourraient facilement entendre la Messe chaque
jour et qui ne le font pas.
Même si c’était au prix d’un grand sacrifice, les bénédictions et
les faveurs qu’ils recevraient dépasseraient leurs plus grands espoirs.
Mais, en réalité, beaucoup pourraient entendre la Messe sans faire aucun sacrifice,
ou à un prix si dérisoire que leur culpabilité, en négligeant ce Divin
Sacrifice, est en vérité incompréhensible. Seule une lamentable ignorance peut
expliquer pourquoi tant de catholiques négligent d’entendre la Messe
chaque jour.
S’ils entendaient la Messe, la journée aurait pour eux plus de valeur que
mille jours, si merveilleux seraient les grâces et les avantages qu’ils
en recevraient.
Loin de perdre du temps, leurs affaires prospéreraient et ils arriveraient à un
degré de félicité qu’ils ne pourraient espérer atteindre autrement.
SIMON DE MONFORT
Le célèbre général et héros, Simon de Montfort, avec seulement 800 cavaliers et
quelques fantassins, se trouva surpris dans la ville de Muret par une armée de
40 000 hommes conduite par le roi d’Aragon et Raimond VI, comte de
Toulouse, qui avait épousé la cause des Albigeois hérétiques. Il entendait la
Messe lorsque ses officiers vinrent lui annoncer que l’armée des
assiégeants était en marche pour attaquer la ville.
" Laissez-moi d’abord finir la Messe, répliqua-t-il, après quoi je
serai à vous. "
Il se hâta ensuite de rejoindre l’endroit où ses forces déjà rassemblées
l’attendaient, les invita à mettre en Dieu leur confiance et, donnant
l’ordre d’ouvrir toutes grandes les portes de la ville, il chargea
en plein cœur de l’armée qui s’approchait, sema la panique
dans ses rangs, abattit le roi d’Aragon lui-même et remporta une
glorieuse victoire.
Baronius déclare que l’empereur Lothaire entendait chaque jour ses trois
Messes, même sur le champ de bataille avec ses troupes.
Au cours de la Grande Guerre (la Première Guerre mondiale), on sait que le
maréchal Foch, commandeur en chef des armées françaises et britanniques,
entendait la Messe chaque jour, même lorsque la situation était le plus
critique.
L’empereur germanique Otton avait un jour convoqué un conseil de ses
officiers supérieurs et de ses conseillers qui devait avoir lieu aux petites
heures dans le palais de Worms.
Le duc de Bohème, un des princes qui devait assister au conseil, avait pour
habitude d’entendre la Messe chaque jour et il arriva par conséquent en
retard au palais royal.
Ce retard mit l’empereur en furie et, sans attendre le duc, il commença
le conseil en donnant l’ordre à tous ceux qui étaient présents de ne pas
rendre hommage au duc ni de le saluer lorsqu’il arriverait.
Peu de temps après, le duc pénétra dans la chambre du conseil et à la surprise
générale, l’empereur, qui parut d’abord étonné, se leva en hâte et
témoigna de grandes marques de respect au duc. Après qu’on eut discuté
des importantes affaires du royaume, l’empereur Otton, remarquant la mine
surprise des seigneurs et des princes devant son changement d’attitude,
expliqua: " Comment, dit-il, vous n’avez pas vu qu’il est
entré accompagné de deux anges, un de chaque côté ? Je n’ai pas osé lui
manifester mon ressentiment. "
De semblables merveilleuses faveurs sont accordées au plus humble des fidèles,
à tous ceux qui entendent la Messe avec dévotion.
Voici quelques exemples.
L’ANGE ET LES ROSES
Depuis de nombreuses années, un pauvre fermier avait coutume d’entendre
la Messe tous les jours.
Un froid matin d’hiver, il traversait un champ couvert de neige, en route
vers l’église. Il lui sembla entendre des pas derrière lui et, se
retournant, il aperçut son ange gardien portant un panier rempli de magnifiques
roses qui exhalaient un délicieux parfum. " Tu vois, lui dit l’ange,
ces roses représentent chaque pas que tu fais pour te rendre à la Messe, et
chaque rose représente aussi une glorieuse récompense qui t’attend dans
le Ciel. Mais bien plus grands encore sont les mérites que tu as obtenus de la
Messe elle-même. "
COMMENT FAIRE PROSPÉRER SES AFFAIRES
En France, deux commerçants résidaient dans la même ville. Tous deux
travaillaient dans la même ligne, mais les affaires de l’un étaient
prospères tandis que l’autre gagnait péniblement sa vie, même s’il
travaillait plus fort et se levait plus tôt que son ami.
Réduit à toute extrémité, il se résolut d’aller demander conseil à son
riche collègue dans l’espoir d’apprendre le secret de son succès.
" Mon bon ami, répliqua le riche marchand, je n’ai pas de secret; je
travaille tout comme tu le fais. S’il existe une différence dans nos
méthodes, la voici: je vais chaque jour à la Messe. Tu n’y vas pas. Suis
mon sincère conseil, va entendre la Messe chaque jour et je suis sûr que Dieu
bénira ton travail. "
Le pauvre fit ce qui lui avait été conseillé et bientôt, de façon inexplicable,
ses difficultés prirent fin et son commerce prospéra au-delà de toute
espérance.
Chapitre 2
QU’EST-CE QUE LA MESSE?
1. Dans la Messe, le Fils de Dieu devient homme de nouveau, de sorte qu’à
chaque Messe le stupéfiant Mystère de l’Incarnation, avec tous ses
infinis mérites, se répète aussi véritablement que lorsque le Fils de Dieu a
pris chair pour la première fois dans le sein de la Vierge Marie.
St Augustin : " Quelle sublime dignité que celle du prêtre, quand dans ses
mains le Christ devient homme une fois de plus ! "
2. La Messe est la naissance de Jésus-Christ. Il naît réellement sur
l’autel chaque fois que la Messe est dite, tout comme Il est né à
Bethléem.
St Jean Damascène: " Si quelqu’un désire savoir comment le pain est
changé pour devenir le Corps et le Sang du Christ, je vais le lui dire.
L’Esprit Saint couvre le prêtre de son ombre et agit sur lui comme Il a
agi sur la sainte Vierge Marie. "
St Bonaventure: " Dieu, lorsqu’Il descend sur l’autel, ne fait
pas moins que ce qu’Il fit lorsqu’Il devint homme pour la première
fois dans le sein de la Vierge Marie. "
3. Le Sacrifice de la Messe est le même que le Sacrifice du Calvaire. Au cours
de ce Sacrifice, Dieu meurt comme Il est mort le premier Vendredi Saint. Il a
la même valeur infinie du Calvaire et fait descendre sur les hommes les mêmes
grâces inappréciables.
La Messe n’est pas une imitation ou un souvenir du Calvaire, elle est
identiquement le même sacrifice et ne diffère du Calvaire qu’en
apparence.
À chaque Messe, le Sang du Christ est à nouveau versé pour nous.
St Augustin: " Dans la Messe, le Sang du Christ coule de nouveau pour les
pécheurs. "
4. Il n’y a rien sur terre, ni même dans le Ciel, qui donne plus de
gloire à Dieu et qui nous obtient plus de faveurs qu’une simple Messe.
5. Par la Messe, nous offrons à Dieu la louange la plus haute, la gloire la
plus parfaite qu’Il puisse jamais désirer. Nous lui témoignons la
gratitude la plus parfaite pour toutes les grâces qu’Il nous a accordées.
Nous faisons une meilleure réparation pour nos fautes que par les plus sévères
pénitences.
6. Nous ne pouvons rien faire de mieux pour la conversion des pécheurs que
d’offrir pour eux le Saint Sacrifice de la Messe. Si les mères voulaient
seulement entendre et faire dire des messes pour leurs enfants égarés, et les
épouses pour leurs maris, combien heureuses seraient leurs familles !
7. Aucune prière, aucun suffrage, quelle qu’en soit la ferveur, ne peut
aider autant les saintes âmes que la Messe. Oh! pensons aux âmes du Purgatoire
! Nos chers parents, nos amis sont peut-être parmi elles. C’est en
entendant la Messe pour elles que nous pouvons les aider le plus facilement et
soulager leurs souffrances le plus efficacement.
CE QUE LES SAINTS DISENT DE LA MESSE
Afin de rendre plus évident encore ce que nous venons de déclarer, nous voulons
citer les paroles mêmes des saints et des saints docteurs.
St Laurent Justinien: " Il n’existe pas de prière ou de bonne
œuvre qui soit aussi grande, aussi agréable à Dieu et aussi utile pour
nous que la Messe. "
St Alphonse: " Dieu lui-même ne pourrait rien faire de plus saint, de
meilleur ou de plus grand que la Messe. "
St Thomas enseigne que la Messe n’est rien de moins que le Sacrifice du
Calvaire renouvelé sur l’autel et que chaque Messe apporte aux hommes les
mêmes grâces que le Sacrifice de la Croix.
St Jean Chrysostome: " La Messe a exactement la même valeur que le
Calvaire. "
St Bonaventure: " La Messe est un compendium de tout l’amour de
Dieu, de toutes Ses grâces accordées aux hommes et chaque Messe confère au
monde une grâce qui n’est en rien inférieure à celle qu’il a reçue
par l’Incarnation. "
St Hanon, évêque de Cologne, vit un jour un globe d’un éclat et
d’une beauté extraordinaires tourner autour du calice à la Consécration
avant de pénétrer dans le vaisseau sacré. Il était si rempli de crainte
révérencielle qu’il avait peur de poursuivre la Messe, mais Dieu lui
révéla que cela se produisait chaque fois que la Messe était célébrée, bien que
les yeux humains ne puissent le voir.
L’Hostie n’est rien d’autre que le Dieu éternel et
tout-puissant qui remplit le Ciel de sa Majesté. Pourquoi ne pouvons-nous en prendre
conscience ?
St Odon de Cluny: " Le bonheur du monde vient du Sacrifice de la Messe.
"
Timothée de Jérusalem: " Sans la Messe, le monde aurait été détruit depuis
longtemps en raison des péchés des hommes. "
" Rien n’apaise autant la colère de Dieu, rien ne nous obtient
autant de grâces que la Messe. "
St Laurent Justinien: " Nulle langue humaine ne peut décrire les immenses
faveurs et les bénédictions que nous recevons de la Messe. Le pécheur obtient
le pardon, le juste devient plus saint, nos fautes sont corrigées et nos vices
extirpés en entendant la sainte Messe. "
Fornerius: " Par une seule Messe que nous entendons en état de grâce, nous
donnons à Dieu plus de plaisir et nous obtenons pour nous-mêmes plus de grâces
et de faveurs que par les plus durs pèlerinages. "
Marchant: " Si nous devions offrir à la sainte Trinité toutes les
pénitences, toutes les prières, toutes les bonnes œuvres de tous les
saints, si nous devions offrir des torrents de sang, toutes les souffrances des
douze apôtres et des millions de martyrs, tout cela Lui donnerait moins de
gloire et de plaisir que la Messe ! Pourquoi ? Parce que la Messe est vraiment
et réellement le Sacrifice du Calvaire. Dans la Messe, Jésus-Christ offre à son
Père éternel toutes les souffrances, les humiliations et tous les mérites
infinis de sa Passion et de sa Mort. "
La Messe nous obtient les plus grandes grâces, les bénédictions et les faveurs
les plus hautes, tant spirituelles que temporelles - des grâces qu’il
nous serait impossible de recevoir autrement.
La Messe nous sauve de dangers innombrables et nous délivre des maux qui nous
menacent.
St Alphonse demande : Quelle est la raison de tout cela ?
Il répond que la valeur de la Messe est infinie; tandis que toutes les prières
et les bonnes œuvres des anges comme des saints, bien que leur mérite soit
extrêmement grand et qu’elles rendent à Dieu une indicible gloire, sont
cependant finies et ne peuvent par conséquent être comparées avec le Sacrifice
de la Messe qui est infini.
De même que la création tout entière, les cieux, la terre, la lune et les
étoiles, les montagnes et les océans, tous les hommes et tous les anges ne sont
rien en comparaison de Dieu, ainsi il n’est pas de bonnes œuvres, si
saintes soient-elles, qui égalent une seule Messe. La Messe est Dieu lui-même.
LES ANGES ET LA MESSE
St Grégoire: " Les Cieux s’ouvrent et une multitude d’anges
viennent assister au saint Sacrifice. "
St Augustin: " Les anges entourent et aident le prêtre lorsqu’il
célèbre la Messe. "
St Jean Chrysostome: " Lorsque la Messe est célébrée, le sanctuaire est
rempli d’une infinité d’anges qui adorent la Divine Victime immolée
sur l’autel. "
L’efficacité de la Messe est si merveilleuse, la miséricorde et la
générosité de Dieu sont si illimitées, qu’il n’y a pas de moment
plus propice pour demander des faveurs que lorsque Jésus prend corps sur
l’autel. Ce que nous demandons alors, nous sommes presque certains de le
recevoir et ce que nous ne recevons pas dans la Messe, nous pouvons à peine
espérer le recevoir par toute autre prière ou pénitence, ou par des
pèlerinages.
Les anges le savent fort bien et ils viennent en multitude adorer Dieu et
présenter leurs pétitions en cette heure de miséricorde.
Nous lisons dans les révélations de Ste Brigitte : " Un jour que
j’assistais au Saint Sacrifice, j’ai vu un nombre immense de saints
anges descendre et se rassembler autour de l’autel en contemplant le
prêtre. Ils chantaient des cantiques célestes qui ravissaient mon cœur; le
Ciel lui-même semblait contempler le grand Sacrifice. Et pourtant, pauvres et
misérables créatures que nous sommes, nous assistons à la Messe avec si peu
d’amour, de ravissement et de respect !
Oh, si Dieu voulait nous ouvrir les yeux, que de merveilles ne verrions-nous
pas ! "
Lorsque le bienheureux Henri Suso, le saint dominicain, disait la Messe, les
anges se rassemblaient en formes visibles autour de l’autel et certains
s’approchaient de lui dans des ravissements d’amour.
C’est cela qui se produit à chaque Messe, même si nous ne le voyons pas.
Les catholiques pensent-ils parfois à cette extraordinaire vérité ? À la Messe,
ils prient en compagnie de milliers d’anges du Seigneur.
Chapitre 3
LA JOIE DES SAINTS À LA MESSE
St Dominique avait l’habitude de passer la nuit en prière devant le Saint
Sacrement. Le matin, il célébrait la Messe avec la ferveur d’un séraphin,
et il était parfois si rempli d’amour et de ravissement que son corps
s’élevait dans les airs et que son visage rayonnait d’une lumière
surnaturelle.
St Jean de la Croix disait la Messe avec un amour et une dévotion
extraordinaires.
Un jour, après avoir prononcé les paroles de la Consécration, une lumière si
brillante irradiait de son visage que beaucoup de ceux qui étaient présents
dans l’église se sont rassemblés autour de l’autel pour admirer
cette merveilleuse lumière.
Après la Messe, le supérieur le pria de dire ce qui s’était passé et le
saint répondit : " Au moment de la Consécration, Dieu s’est révélé à
moi dans une telle majesté et une telle gloire que j’ai craint de ne
pouvoir continuer la Messe. "
Le bienheureux Jean d’Alverne disait la Messe avec une dévotion
semblable. Le jour de la fête de l’Assomption, son âme était si remplie
de sainte crainte et d’émotion qu’il s’efforça vainement de
prononcer les paroles de la Consécration. Il commença et s’arrêta; puis
il recommença et s’arrêta de nouveau. Son supérieur, voyant son trouble,
l’aida à réciter toute la formule.
À peine eut-il fini de prononcer les paroles que le bienheureux Jean vit la
sainte Hostie prendre la forme du Divin Enfant et il était si bouleversé que
deux prêtres ont dû l’aider à terminer le Saint Sacrifice.
Puis il tomba dans une extase d’amour.
Thomas de Cantimbre, le célèbre évêque dominicain, renommé pour son grand
savoir et sa profonde piété, décrit un miracle dont il fut lui-même témoin avec
plusieurs autres.
Ayant appris que Notre Seigneur s’était rendu visible dans une hostie
consacrée dans l’église de St-Amand, à Douai, il s’y rendit en hâte
et pria les prêtres d’ouvrir le tabernacle et de découvrir le fragment
sacré. De nombreuses personnes s’étaient rassemblées dans l’église
à l’annonce de la venue de l’évêque et eurent le privilège de voir
une nouvelle fois notre Divin Seigneur.
L’évêque nous rapporte ce qu’il a lui-même pu voir : "
J’ai vu mon Seigneur face à face. Ses yeux étaient clairs et exprimaient
un merveilleux amour. Ses cheveux étaient abondants et flottaient sur ses
épaules. Sa barbe était longue. Son front était haut et large, ses joues
étaient pâles et sa tête légèrement inclinée. À la vue de mon Seigneur
bien-aimé, mon cœur fut bien près d’éclater de joie et
d’amour.
" Peu de temps après, la face de mon Seigneur prit une expression de
profonde tristesse, semblable à celle qu’il dut avoir au moment de la
Passion. Il était couronné d’épines et son Visage baignait dans le sang.
En voyant l’expression de mon doux Sauveur changer ainsi, mon cœur
fut transpercé d’une profonde tristesse, des larmes jaillirent de mes
yeux et il me semblait sentir les pointes des épines rentrer dans ma tête.
"
St Jean de l’ordre des augustiniens brûlait d’un tel amour pour la
Messe qu’il avait coutume de se lever très tôt pour satisfaire son ardent
désir de célébrer le Saint Sacrifice aussi tôt que possible. Sa dévotion était
en vérité admirable et son âme était emplie de ravissement, spécialement au
moment de la Consécration.
Ceux qui servaient sa Messe se plaignaient cependant à leur supérieur que le
bon Père les fatiguait par la longueur extraordinaire de ses Messes, ce qui les
empêchait de remplir leurs autres devoirs. Le supérieur lui demanda de finir
ses Messes plus rapidement, comme les autres membres de la communauté.
Le bon prêtre suivit ces instructions, mais après quelques jours il se jeta aux
pieds du prieur en l’implorant de l’autoriser à consacrer plus de
temps à la célébration de la sainte Messe.
Pressé de donner à son supérieur les raisons d’une dévotion aussi
inhabituelle, le père Jean lui révéla les faveurs divines qu’il recevait
et que le Seigneur Jésus apparaissait visiblement sur l’autel, ajoutant
des détails qui remplirent le prieur d’une telle crainte et d’une
si grande émotion qu’il faillit en perdre connaissance.
Le récit de ces faits communiqua au supérieur une ferveur ardente et renouvelée
à la sainte Messe pour le reste de ses jours.
Saint Raymond de Peñafort, supérieur général de l’ordre des dominicains,
disait la Messe avec une ferveur angélique. Un jour, un globe de feu recouvrit
sa tête et ses épaules, telle une glorieuse auréole, depuis la Consécration
jusqu’à la Communion.
Le bienheureux François de Possadas, qui appartenait au même ordre, obtint une
faveur non moins grande. Son visage fut illuminé d’une extraordinaire
splendeur et devint beau à l’extrême, comme s’il avait reçu une vie
nouvelle. Un jour, une flamme de lumière brillante sortit de sa bouche et vint
illuminer le missel alors qu’il lisait l’évangile. À deux reprises
durant la fête de la Pentecôte, une splendeur émana de tout son corps pour
illuminer l’autel.
Comme il prononçait les paroles de la Consécration, le Seigneur lui dit avec un
amour infini : " Mon fils, Je suis le Je suis. " Après avoir consommé
l’hostie, le bienheureux Francis fut élevé et resta suspendu dans les
airs.
Saint Ignace avait coutume de dire la Messe avec une dévotion extasiée. Un
jour, l’assistant vit une flamme brillante lui tourner autour de la tête
et se précipitait pour l’éteindre lorsqu’il s’aperçut que
c’était une lumière surnaturelle qui enveloppait la tête du saint !
Le bienheureux François de l’ordre des Frères Mineurs avait depuis de
nombreuses années de graves douleurs dans les jambes qui le faisaient souffrir
à chaque mouvement.
Mais sa dévotion à la Messe était si grande que durant toute ces années, plein
de foi, il se levait de sa couche le matin et célébrait les divins mystères
sans la moindre gêne.
Le bienheureux Jean, un dominicain de Ravenne, fut fréquemment enveloppé
d’une splendeur céleste durant la Messe.
Les vies de saints sont remplies de merveilles semblables. Ce que nous devons
garder à l’esprit, cependant, c’est qu’à chaque Messe que
nous entendons, si humble que soit le prêtre, les mystères sont les mêmes, en
nombre infini, comme dit St Bonaventure. C’est le même Dieu éternel,
infini, omnipotent qui naît sur l’autel et qui s’offre aussi
véritablement qu’Il le fit sur le Calvaire, pour ceux qui assistent à la
Messe.
Chapitre 4
LES PRÊTRES SONT LES PLUS HEUREUX DES HOMMES
Non seulement les saints mais tous les prêtres dévots éprouvent la même
profonde satisfaction et la même joie lorsqu’ils célèbrent la Messe. Il
leur suffit de savoir :
1. Qu’ils sont en conversation intime, immédiate et personnelle avec Dieu
lui-même; qu’ils Le tiennent dans leurs mains, le regardent et conversent
avec Lui et qu’Il regarde au fond de leur cœur avec un ineffable
amour.
2. Qu’ils Lui rendent la joie et la gloire la plus grande que Lui-même
pourrait jamais désirer, une gloire plus grande que celle que tous les saints
et tous les anges Lui rendent au ciel.
3. Qu’ils appellent sur eux-mêmes, sur le monde et sur leur pays natal
d’innombrables grâces.
4. Qu’ils sont entourés pas une foule de saints anges qui observent
chacun de leurs gestes.
5. Finalement, qu’ils aident, consolent et réjouissent les saintes âmes
du Purgatoire. Comment un prêtre dévot et intelligent pourrait-il savoir et
ressentir tout cela sans être rempli de joie ?
LA MESSE DE LÉON XIII
" J’ai pu un jour assister à la Messe du pape Léon XIII, nous a dit
un vénérable prêtre, et aucun livre que j’ai pu lire sur la Messe ni
aucun sermon que j’ai entendu prononcer n’a produit sur moi une aussi
profonde impression.
Cinquante années ont passé depuis cet heureux jour et jamais je n’ai
oublié cette Messe et le Saint Père. Je n’ai moi-même jamais célébré la
Messe sans tenter d’imiter la dévotion qu’il a manifestée dans sa
Messe.
Le Pape avait alors quatre-vingt-cinq ans et il me parut faible et bien courbé
lorsqu’il entra dans la chapelle. Mais en se dirigeant vers
l’autel, il était rempli d’une vie et d’une énergie
nouvelles.
Il a commencé le Saint Sacrifice absorbé dans une profonde dévotion. Tous ses
gestes, tous ses mouvements, sa prononciation lente et distincte des paroles
montraient clairement qu’il se sentait en présence même de Dieu. Au
moment de la Consécration, son visage s’éclaira d’une magnifique
lumière, ses grands yeux brillèrent et toute son expression suggérait
qu’il regardait le Tout-Puissant et conversait avec lui.
Il prit l’Hostie entre ses mains avec une révérence extrême et prononça
les paroles solennelles de la Consécration, de toute évidence avec la pleine
compréhension de l’acte extraordinaire qu’il accomplissait.
Puis il s’agenouilla comme s’il se trouvait devant le trône de Dieu
dans le ciel, il éleva l’Hostie et la fixa avec ravissement avant de la
déposer lentement sur le corporal.
Il manifesta la même onction et la même foi vivante à la Consécration du très
Précieux Sang.
Jusqu’à la communion, sa ferveur était à chaque instant visible.
À l’Agnus Dei, il semblait parler face à face avec Dieu.
Je n’ose décrire avec quel amour il consomma la sainte Hostie et but le
Précieux Sang de Jésus.
Et pourtant la Messe ne durait pas très longtemps, toute la cérémonie était
simple, mais si impressionnante que, comme je l’ai dit, elle est restée
vivante devant mes yeux depuis cinquante longues années. "
UN PROTESTANT CONVERTI PAR LA MESSE
Un groupe de touristes anglais, des protestants, assistaient au Saint Sacrifice
dans la cathédrale de Florence. Le célébrant disait la Messe avec une profonde
dévotion, sans se douter qu’il était observé avec attention par ce groupe
d’étrangers. Le groupe ayant satisfait sa curiosité s’éloigna de
l’autel et continua à admirer les beautés de l’édifice sacré. Un
des touristes, cependant, demeura sur place et continua à observer chacun des
mouvements du prêtre jusqu’à la fin du Saint Sacrifice.
Il était évidemment fort ému et avait été particulièrement frappé par la foi et
la joie qu’il pouvait lire sur le visage du prêtre alors qu’il
descendait les marches de l’autel pour se rendre à la sacristie. De
retour en Angleterre, ce gentleman demanda d’être instruit dans la foi et
devint un catholique fervent.
LES MESSES RAPIDES ET IRRÉVÉRENCIEUSES
Bien différents, nous dit St Alphonse, sont les tristes effets obtenus sur ceux
qui assistent à des Messes célébrées à la hâte et de façon irrévérencieuse.
LE PÈRE MATEO CRAWLEY
Le père Mateo Crawley fut sans doute un des plus grands missionnaires du monde.
On ne pouvait cependant trouver une personne plus aimable, plus modeste et plus
engageante. Même quand il s’agissait des plus grands pécheurs que la vie
l’avait amené à rencontrer, il parlait d’eux avec bonté et pitié.
Mais il est un fait qu’il rapporte avec une grande tristesse. C’est
lui-même qui nous raconte l’histoire. " Mon père, dit-il, était
protestant, un homme droit, honnête et honorable. Ma mère était catholique et
avait élevé ses enfants dans la foi catholique. Son plus ardent désir était de
voir mon père se convertir. Elle agissait avec beaucoup de tact et de prudence.
Elle plaçait son espérance dans la prière et dans l’exemple plutôt que
dans la persuasion, mais trouvait quand même le moyen de faire connaître à mon
père, en évitant de l’ennuyer, les vérités de la foi catholique.
Ses espoirs étaient sur le point de se réaliser, à tel point qu’un jour
mon père lui promit de nous accompagner à la Messe.
Ce qu’il fit, mais malheureusement le prêtre célébra la Messe avec tant
de hâte et d’irrévérence que mon père en revint très déçu et déclara que
plus jamais il ne songerait à devenir catholique.
Nous étions nous aussi fort désappointés, d’autant plus que mon père
refusa ensuite qu’on lui parle de la foi catholique. Les années passèrent
et nous avons continué à prier.
Un soir, un prêtre missionnaire de l’ordre des Passionistes nous rendit
visite et mon père, toujours hospitalier, l’invita à rester.
La Providence voulut que la conversation de ce missionnaire eut sur mon père un
effet frappant ! Il consentit une nouvelle fois à entendre la Messe, célébrée
cette fois par le missionnaire.
Ce père Passioniste célébra la Messe très simplement, mais avec une grande piété
et, grâce au Seigneur tout-puissant, mon brave père suivit peu de temps après
un cours de catéchèse et entra dans l’Église. "
Chapitre 5
LES BIENFAITS DE LA MESSE
Saint Thomas, prince des théologiens, parle merveilleusement de la Messe.
"La Messe, dit-il, obtient pour les pécheurs en état de péché mortel la
grâce du repentir. Pour le juste, elle obtient la rémission des péchés véniels
et le pardon de la peine due au péché. Elle obtient une augmentation de la
grâce [sanctifiante] habituelle, ainsi que les grâces nécessaires pour leurs
besoins particuliers. "
Saint Paul l’Ermite, se tenait un jour à la porte de l’église où
les gens entraient. Il vit l’âme d’un homme, un grand pécheur, dans
un tel état de corruption qu’il en fut effrayé. Il vit également un
diable qui se tenait à ses côtés et semblait le maîtriser complètement. À la
sortie de l’église, il vit le même homme si totalement transformé
qu’il l’appela et lui demanda confidentiellement s’il
regrettait ses péchés. Le pauvre homme confessa immédiatement qu’il avait
commis un grand nombre de péchés graves mais que durant la Messe, il avait lu
dans son livre de prières, " Si vos péchés sont rouges comme
l’écarlate, je les rendrai blancs comme neige. J’ai aussitôt
demandé à Dieu de me pardonner, je regrette mes péchés et je veux me confesser
immédiatement. "
Saint Paul vit que l’homme, par son acte de repentir sincère et grâce aux
mérites infinis de la Messe, avait été pardonné de tous ses péchés.
Notre Seigneur a dit à sainte Mechtilde: " À la Messe, je viens avec une
telle humilité, qu’il n’y a aucun pécheur, si dépravé qu’il
puisse être, que je ne sois prêt à recevoir si seulement il le désire. Je viens
avec une telle douceur et une telle miséricorde que je pardonnerai à mes plus
grands ennemis s’ils me demandent leur pardon. Je viens avec une telle
générosité, que nul n’est si pauvre que je ne veuille le combler de la
richesse de mon amour. Je viens avec une si céleste nourriture qu’elle
redonnera de la force aux plus faibles, avec une lumière telle qu’elle
illuminera les plus aveugles, avec une telle plénitude de grâces qu’elle
ôtera toutes les misères, vaincra toute les obstinations et dissipera toutes
les craintes. "
Quelles paroles de divin réconfort - des paroles de Dieu lui-même! Si
l’on n’entendait rien d’autre à propos du Divin Sacrifice de
la Messe, ces paroles ne suffisent-elles pas à nous remplir de foi et de
confiance dans les Divins Mystères?
Saint Grégoire de Nysse. Dans la vie de ce grand saint, nous lisons que son
père était tombé dangereusement malade et se mourait. Le malade était dans un
tel état de faiblesse qu’il pouvait à peine faire le moindre mouvement.
Son pouls était très faible et il était incapable de se nourrir. Finalement, il
perdit totalement connaissance.
Sa famille, ne comptant plus sur les moyens humains, plaça sa foi en Dieu. Ils
se rendirent à l’église où une Messe fut dite pour le rétablissement du
malade.
À leur retour, tout danger était écarté et le patient recouvra bientôt la
santé.
Le saint curé d’Ars était gravement malade et malgré les soins des
médecins son état s’aggravait rapidement de sorte que l’on perdait
tout espoir de le voir revenir à la vie.
Il demanda qu’une Messe soit célébrée à l’autel de sainte
Philomène. À la fin de la Messe, il était complètement guéri.
Dans la ville de Lisbonne, une dame se mourait d’une maladie mortelle.
Les médecins avaient perdu tout espoir de la guérir. Elle souffrait d’un
cancer malin qui était si développé qu’aucune opération n’était
possible.
Son confesseur suggéra que l’on dise une Messe pour qu’elle soit
complètement guérie.
La mourante accepta le conseil avec joie. La Messe fut offerte en
l’honneur de saint Dominique et grâce à son infinie efficacité, la malade
recouvra rapidement la santé à la grande joie de ses amis et à la totale
surprise de ses médecins.
Combien de fois ne voit-on pas dans les foyers chrétiens des parents, des
frères ou des sœurs près de la mort. On fait venir les plus grands
médecins, on achète les remèdes les plus coûteux, on ne s’épargne aucune
peine pour sauver des êtres chers de la mort et hâter leur guérison.
Tout cela est bien ainsi, mais pourquoi oublier, pourquoi négliger le plus
puissant des remèdes, la sainte Messe?
Combien d’hommes et de femmes qui gisent maintenant dans leur tombeau
pourraient être vivants et en bonne santé si des Messes avaient été offertes
pour eux, comme pour cette dame de Lisbonne?
Combien de malheurs et d’accidents pourraient être évités si les hommes
avaient confiance dans les mérites infinis du Saint Sacrifice?
Si les catholiques comprenaient seulement l’efficacité de la Messe, les
églises ne seraient pas assez grandes pour accueillir les foules qui voudraient
assister aux célébrations des Divins Mystères.
Si seulement les mères allaient à l’église et offraient des Messes pour
leurs familles et, mieux encore, si elles apprenaient à leurs chers petits, dès
leur enfance, à assister à la sainte Messe.
LA MESSE NOUS OBTIENT UNE MORT HEUREUSE
La grâce suprême de notre vie est une mort heureuse et sainte. À quoi bon une
longue et joyeuse existence après avoir joui de tous les conforts que la
richesse peut procurer, de tous les honneurs que le monde peut nous accorder,
si à la fin nous mourons d’une mauvaise mort?
Une mauvaise mort signifie une éternité de misère et de malheur.
On ne meurt qu’une fois, et si c’est d’une mauvaise mort il
n’est plus possible de réparer la faute. Une mauvaise mort plonge
l’homme dans les feux de l’Enfer pour l’éternité.
Il est donc de la plus haute importance que nous fassions tout ce qui est en
notre pouvoir, que nous utilisions tous les moyens possibles pour nous assurer
une heureuse mort.
Les auteurs sacrés recommandent plusieurs méthodes excellentes par lesquelles
nous pouvons assurer notre salut et nous devrions toutes les utiliser le mieux
que nous pouvons. Tous s’entendent, cependant, pour dire que le meilleur
et le plus facile de ces moyens est l’assistance fréquente à la Messe.
Notre Seigneur a assuré sainte Mechtilde qu’il réconforterait et
consolerait tous ceux qui seraient assidus à la Messe et qu’il enverrait
autant de ses grands saints pour les assister à l’heure de la mort
qu’ils avaient entendu de Messes au cours de leur vie.
Penellas rapporte qu’un homme dévot était si confiant dans
l’efficacité de la Messe qu’il faisait tout son possible pour
assister au Saint Sacrifice aussi souvent qu’il le pouvait. Il tomba
gravement malade et mourut dans la joie et avec une grande paix. Le curé de sa
paroisse regrettait beaucoup la perte d’un fidèle aussi exemplaire et offrit
bien des prières pour son âme.
Grande fut sa surprise lorsque le défunt lui apparut rayonnant de joie pour le
remercier de sa charité, ajoutant en même temps qu’il n’avait pas
besoin de prières, car ses nombreuses assistances à la Messe lui avaient valu
d’être admis directement au Ciel.
Mgr Nautier, évêque de Breslau, malgré ses lourdes tâches et ses grandes
responsabilités, s’efforçait d’assister le plus souvent possible
aux Messes qui étaient célébrées dans sa cathédrale.
À l’heure de sa mort, on vit son âme monter vers le Ciel accompagnée de
nombreux anges glorieux qui chantaient de doux cantiques de joie et de louange.
Tous les bons chrétiens feraient bien de suivre ces saints exemples et de
demander à Dieu, chaque fois qu’ils entendent une Messe, de leur accorder
la grâce d’une sainte mort et d’échapper aux feux du Purgatoire.
NE MANQUEZ PAS LA MESSE
L’obligation d’assister à la Messe le dimanche et les jours saints
est très grave et c’est un péché mortel de manquer à ce devoir ces
jours-là. Non seulement le pécheur perd-il ainsi de nombreuses grâces
qu’il ne pourra plus jamais recevoir, mais Dieu peut aussi le punir
sévèrement comme cela s’est souvent produit.
Voici quelques exemples que nous pourrions mentionner.
Les faits qui suivent sont survenus à Rome. Trois hommes d’affaires se
sont rendus à la foire de Cisterno et, après avoir terminé leurs transactions,
deux d’entre eux se préparèrent à rentrer à la maison un dimanche matin.
Le troisième leur fit remarquer que cela leur ferait manquer la Messe. Les deux
hommes s’esclaffèrent en répliquant qu’ils pourraient aller à la
Messe un autre jour. Puis ils montèrent à cheval et entreprirent leur voyage de
retour.
Leur compagnon assista à la Messe et partit à son tour. Mais quelle ne fut pas
sa consternation d’apprendre que ses deux amis avaient perdu la vie,
victimes d’un terrible accident!
Celui qui écrit ces lignes se souvient d’une autre terrible punition
infligée par le Tout-puissant à un malheureux dans la ville même de Rome. Cet
homme était maçon et au lieu d’assister à la Messe le dimanche il
travaillait publiquement, causant ainsi un scandale certain.
Le jour de la Pentecôte, il poursuivait comme d’habitude son occupation
coupable au sommet d’un échafaud élevé lorsque, malheur, il fut précipité
sur le sol et tué instantanément!
Saint Antonin de Florence mentionne un autre cas de mort inopinée comme
punition pour ne pas assister à la Messe.
Deux jeunes hommes sont allés chasser ensemble. L’un avait entendu la
Messe, l’autre non. Un orage accompagné de tonnerre et d’éclairs
éclata soudain au-dessus d’eux. Le jeune homme infortuné qui
n’avait pas assisté à la Messe fut frappé par la foudre et tué sur le
coup, tandis que son compagnon fut épargné et rentra sain et sauf.
Une des premiers devoirs de tout chrétien est d’entendre la Messe le
dimanche, le seul jour de la semaine qui soit consacré à Dieu. Il est en vérité
bien téméraire de négliger cette obligation.
COMMENT UN PAUVRE GARÇON EST DEVENU ÉVÊQUE, PUIS CARDINAL, PUIS SAINT
Pierre Damien a perdu son père et sa mère peu après sa naissance. Un de ses
frères l’a adopté, mais l’a traité avec une extrême dureté,
l’obligeant à de pénibles travaux et lui donnant à peine de quoi manger
et se vêtir.
Un jour, Pierre trouva une pièce d’argent qui représentait pour lui une
petite fortune. Un ami lui dit qu’il pouvait en conscience la garder pour
lui puisque le propriétaire était introuvable.
La seule difficulté était de décider ce dont il avait le plus besoin, car il
manquait de tout.
En retournant la question de sa tête, l’idée lui vint qu’il
pourrait faire mieux encore, c’est-à-dire faire dire une Messe pour les
âmes du Purgatoire, spécialement pour le repos de l’âme de ses chers
parents. Au prix d’un grand sacrifice, il mit son projet à exécution et
fit dire une Messe.
Sa fortune connut alors un changement immédiat.
Son frère aîné lui rendit visite et, horrifié par les brutalités infligées à
cet enfant, fit en sorte qu’il fût confié à ses soins. Il le vêtit et le
nourrit comme son propre fils, l’éleva et prit soin de lui avec la plus
grande affection. Il reçut grâce sur grâce. Ses merveilleux talents furent
bientôt révélés et il accéda rapidement à la prêtrise; peu de temps après, il
fut élevé à l’épiscopat et, finalement, il fut fait cardinal Des miracles
attestaient de sa grande sainteté de sorte qu’à sa mort, il fut canonisé
et déclaré docteur de l’Église. Toutes ces merveilleuses grâces ont
découlé, comme d’une fontaine, de cette seule Messe.
Chapitre 6
LES PRÊTRES - DES ANGES SUR LA TERRE
En comprenant la divine dignité de la prêtrise, nous comprendrons plus
complètement l’infinie grandeur de la Messe.
Saint Ignace, martyr chrétien, dit que la prêtrise est la plus sublime de
toutes les dignités créées.
Saint Éphrem l’appelle une dignité infinie.
Cassian dit que le prêtre de Dieu est exalté au-dessus de toutes les
souverainetés terrestres et au-dessus de toutes les hauteurs célestes. Il
n’est inférieur qu’à Dieu seul.
Le pape Innocent III dit que le prêtre est placé entre Dieu et l’homme;
inférieur à Dieu, mais supérieur à l’homme.
Saint Denis appelle le prêtre un homme divin et la prêtrise une divine dignité.
Saint Éphrem dit que le don de la dignité sacerdotale dépasse toute
compréhension.
C’est pourquoi saint Jean Chrysostome dit que celui qui honore un prêtre
honore le Christ, et celui qui insulte un prêtre insulte le Christ.
Saint Ambroise appelait l’office du prêtre une divine profession.
Saint François de Sales, après avoir donné des ordres à un saint
ecclésiastique, s’aperçut qu’en sortant il s’était arrêté à
la porte comme pour donner préséance à quelqu’un d’autre. Interrogé
par le saint, il répondit que Dieu lui accordait la faveur de voir son ange
gardien qui, avant qu’il eût reçu la prêtrise, se tenait toujours à sa
droite et le précédait, mais qu’à partir de son ordination, son ange
marchait à sa gauche et refusait de le précéder. C’est donc un saint
combat avec l’ange qui le faisait arrêter devant la porte.
Selon saint Thomas, la dignité de la prêtrise dépasse même celle des anges.
Saint Grégoire de Nysse a dit que les anges eux-mêmes vénéraient la prêtrise.
Tous les anges rassemblés ne peuvent remettre un péché. Les anges gardiens
procurent aux âmes dont ils ont la charge la grâce d’avoir recours à un
prêtre afin qu’il les absolve.
Saint François d’Assise avait coutume de dire : Si je voyais un ange et
un prêtre, je m’agenouillerais d’abord devant le prêtre, puis
devant l’ange.
Saint Augustin: L’Église entière ne peut rendre à Dieu plus
d’honneur ni obtenir autant de grâces qu’un seul prêtre en célébrant
une seule Messe. Ainsi, par la célébration d’une seule Messe dans
laquelle il offre Jésus Christ en sacrifice, un prêtre rend plus
d’honneur au Seigneur que si tous les hommes, en mourant pour Dieu, lui
offraient le sacrifice de leur vie.
En ce qui a trait au pouvoir des prêtres sur le corps réel de Jésus Christ, il
est de foi que lorsqu’ils prononcent les paroles de la Consécration, le
Verbe Incarné s’est obligé lui-même à obéir et à venir entre leurs mains
sous les espèces sacramentelles.
Saint Ignace, martyr: Les prêtres sont la gloire et les piliers de
l’Église, les portes et les gardiens du Ciel.
Saint Alphonse: si le Rédempteur devait descendre dans une église et
s’asseoir dans un confessionnal et si un prêtre devait s’asseoir
dans un autre confessionnal, Jésus dirait à chaque pénitent: Ego te absolvo. Le
prêtre dirait aussi à chacun de ses pénitents : Ego te absolvo, et les
pénitents des deux seraient également absous. Ainsi, la dignité sacerdotale est
la plus noble de toutes les dignités de ce monde.
St Ambroise dit qu’elle transcende toutes les dignités des rois, des
empereurs et des anges. La dignité du prêtre est autant au-dessus de la dignité
du roi que la valeur de l’or dépasse celle du plomb.
Saint Cyprien dit que tous ceux qui avaient le véritable esprit de Dieu étaient
saisis de crainte et de tremblement lorsqu’ils étaient contraints de
prendre l’ordre de la prêtrise.
Saint Épiphanius écrit qu’il ne trouva personne disposé à être ordonné
prêtre, tant on craignait une si divine dignité.
Saint Grégoire de Nysse dit, dans sa vie de saint Cyprien, que lorsque le saint
apprit que son évêque voulait l’ordonner prêtre, par humilité, il
s’est caché. On relate également dans la vie de saint Fulgence que lui
aussi a fui et s’est caché.
Saint Ambroise, comme il l’atteste lui-même, résista longtemps avant de
consentir à être ordonné prêtre.
Saint François d’Assise ne consentit jamais à être ordonné.
DIEU RÉCOMPENSE CEUX QUI AIDENT LES PRÊTRES
Un humble commerçant habitait une petite ville d’Irlande avec sa femme et
son fils. Ils possédaient très peu des biens de ce monde mais ils étaient très
dévots et allaient à la Messe aussi souvent qu’ils le pouvaient.
Un jeune prêtre, en raison de sa mauvaise santé et d’un surcroît
d’études, perdit son équilibre mental et fut incapable de remplir ses
devoirs de prêtre. Il errait de lieu en lieu, doux et gentil, sans gêner
personne.
Le bon marchand proposa à sa femme de lui donner une petite chambre dans leur
modeste demeure et de le nourrir. Le prêtre accepta avec joie leur invitation
et passa plusieurs années avec eux, allant et venant à sa guise.
Avant sa mort, il revint à la raison et, assit sur son lit de mort, il pria
Dieu avec ferveur de bénir abondamment ces braves gens: " Multipliez par
mille, Seigneur, tout ce qu’ils m’ont donné à moi, votre prêtre.
Bénissez spirituellement et bénissez-les temporellement. " Et en disant
cela, il rendit d’âme.
Merveilleusement, le modeste commerçant connut une telle prospérité que son
fils devint millionnaire, quatre de ses sœurs se firent religieuses ainsi
que quatre des sœurs de sa femme. Lui-même vécut jusqu’à un âge
avancé.
Ceux qui contribuent généreusement à l’éducation des étudiants à la
prêtrise reçoivent de grandes récompenses, car ils ne pourraient rien faire de
plus grand que d’offrir un bon prêtre à Dieu. Personne sur terre ne peut
autant rendre gloire à Dieu qu’un prêtre dévot.
Chapitre 7
COMMENT ENTENDRE LA MESSE AVEC PROFIT
1. La première condition pour entendre bien la Messe est de bien comprendre
l’infinie sainteté du Saint Sacrifice et les grâces qu’il obtient.
Pour cela nous devons lire non pas une fois mais souvent ce petit livre sur la
Messe.
La Messe, comme nous l’avons vu, est un stupéfiant mystère. Notre esprit,
d’un autre côté, est faible et lent à comprendre. Nous devons donc lire
fréquemment et réfléchir sérieusement sur les merveilles de la Messe. Une seule
Messe entendue avec intelligence et dévotion nous obtient plus de grâces
qu’une centaine entendues avec distraction et dans l’ignorance de
ce qu’est la Messe.
2. Nous devrions faire une règle absolue d’arriver à l’église
quelques minutes avant la Messe, premièrement, pour être préparés et recueillis
lorsque le prêtre arrive à l’autel et deuxièmement, pour éviter de causer
des distractions aux autres.
3. Nous ne devrions pas seulement entendre la Messe, mais nous devrions offrir
la Messe avec le prêtre. De plus, nous devrions avoir l’intention
d’entendre et d’offrir toutes les Messes qui sont dites en même
temps partout dans le monde. De cette façon, nous recevons une partie de toutes
ces innombrables Messes!
LA CROIX
4. Nous remarquons immédiatement qu’un crucifix se trouve sur chaque
autel, que les vêtements du prêtres sont tous marqués du signe de la croix, que
le prêtre commence la Messe par le signe de croix. Pourquoi? Pour nous montrer
clairement que la Messe est vraiment le Sacrifice de la Croix, que dans la
Messe le Christ est crucifié, qu’Il répand son précieux Sang et
qu’Il meurt pour nous. Nous ne devons avoir aucun doute que nous assistons
réellement au Sacrifice de la Croix.
LES PRIÈRES DE LA MESSE
Nous pouvons utiliser toutes les prières que nous voulons et qui nous aident le
plus, mais il est généralement admis qu’il est préférable
d’utiliser le livre de prières et de suivre, aussi fidèlement que nous le
pouvons, la Messe avec le prêtre.
Le Confiteor. Lorsque le prêtre s’incline au commencement de la Messe et
récite le Confiteor, nous devrions nous unir nous aussi avec Jésus dans son
agonie, nous devrions humblement confesser nos fautes et demander son pardon
par les mérites de l’agonie du Christ.
Nous suivons ensuite les prières que dit le célébrant.
Au Sanctus, nous devrions nous souvenir que les anges descendent pour assister
en foule à la Messe et que nous sommes au milieu d’eux, et que nous
devrions joindre nos voix aux leurs en adorant et en louant Dieu. Ils
présentent nos prières à Dieu.
À la Consécration, nous devrions être remplis d’amour et de la plus
profonde révérence, car Jésus naît vraiment dans les mains du prêtre, comme il
est né à Bethléem. Lorsque le prêtre élève la sainte Hostie, nous devrions
contempler notre Dieu dans une extase de joie, comme les anges le contemplent
au Ciel et dire, " Mon Seigneur et mon Dieu ".
À la Consécration du Précieux Sang, nous devrions nous rappeler que tout le
Précieux Sang que Jésus a répandu sur le Calvaire se trouve dans le calice et
nous devrions l’offrir à Dieu avec le prêtre pour la gloire de Dieu et
pour nos propres intentions.
Il est bien de nous placer nous-mêmes, avec nos péchés, toutes nos intentions,
tous ceux qui nous sont chers, et toutes les âmes du Purgatoire dans tous les
calices offerts en cet instant dans le monde entier.
Nous devons être remplis d’amour et d’une crainte révérencielle
depuis la Consécration jusqu’à la Communion. Nous sommes au milieu
d’une infinité d’anges en adoration.
C’est en vérité un signe de douloureuse ignorance de manifester de
l’irrévérence, de regarder autour de soi ou de parler durant cet instant
très sacré. Il est bien plus grave encore de quitter l’église et
d’abandonner Dieu qui meurt sur l’autel pour nous. Rien sinon la
plus urgente nécessité ne devrait nous amener à partir, au moins avant la
Communion du prêtre.
Rappelez-vous, chers lecteurs, que le jour où vous entendez la Messe vaut plus
pour vous que mille autres jours et que toutes les peines et tous les travaux
d’une journée, d’une semaine ou même d’une année entière, ne
sont rien en comparaison du prix d’une seule Messe.
UN MOT AUX PÈRES ET AUX MÈRES
À la lecture des merveilleuses paroles des saints et des docteurs de
l’Église, comment une mère ou un père chrétiens peuvent-ils ne pas
désirer ardemment qu’un de leurs fils devienne prêtre?
Les parents recherchent sincèrement le bien-être de leurs enfants; ils
s’efforcent de leur procurer tous les bonheurs, tous les avantages, tous
les honneurs.
Comme il est triste, alors, qu’ils recherchent si rarement pour eux le
plus grand de tous les honneurs, c’est-à-dire la prêtrise.
Il est vrai qu’il existe quelques familles qui comptent jusqu’à
trois, quatre, six enfants qui sont devenus prêtres, mais elles sont, hélas,
extrêmement rares!
par saint Léonard de Port-Maurice
Introduction
Ce petit livre me fut offert, jadis, par un pieux chrétien, tout animé du zèle de l’apostolat, qui s’en est fait le propagateur. À mon tour, je voudrais le répandre, afin que beaucoup d’âmes en recueillent le profit spirituel et que, dans le monde, l’étiage de la vertu, de la charité, de la vie surnaturelle en soit exhaussé, car c’est un véritable trésor. Car, si la sainte Messe était quotidiennement entendue par tous les fidèles à qui cet effort n’est pas impossible, et si tous les fidèles, qui assistent au Sacrifice divin, s’y unissaient avec plus de foi, plus d’intelligence et plus de ferveur, il y aurait dans le monde, une surabondance de grâces qui suffiraient à rétablir la concorde et la sérénité.
Et ceci, je ne le dis point de mon autorité personnelle; en l’affirmant, je me borne à répéter les paroles d’un grand saint, lui-même interprète exact et approuvé de la plus pure doctrine et de tout l’enseignement de la sainte Église.
De ce petit livre, en effet, ce qui constitue la très haute et très précieuse valeur, c’est qu’il fut composé, voici bien longtemps, par Saint Léonard de Port-Maurice, apôtre de la sainte Messe. En le lisant, vous n’entendez donc point la voix plus ou moins sûre et plus ou moins autorisée d’un bon chrétien, rempli seulement d’excellentes intentions: vous recueillez, des lèvres d’un saint, la moelle de sa science théologique et le suc de ses méditations au pied du Tabernacle.
Écoutez-le donc et gardez avec soin tout ce qu’il vous dira. Ce qu’il vous dira, c’est le prix infini de la sainte Messe, renouvellement multiple et quotidien du Sacrifice du Calvaire, offert à l’autel comme au Golgotha, par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, et que chacun de nous peut offrir avec Jésus-Christ. Ce qu’il vous dira, ce sont les infinis bienfaits qu’une seule Messe, étant elle-même un trésor infini, peut répandre sur les âmes et sur toute la terre. Ce qu’il vous dira, c’est dans quelles dispositions intimes, c’est à quelles intentions personnelles ou générales, vous devez assister, je veux dire prendre part, au divin Sacrifice. Ce qu’il vous dira, c’est quelles grâces incommensurables vous laissez perdre étourdiment, lorsque, pouvant entendre la Messe, vous négligez cette faveur insigne.
Et je devine, ici, que beaucoup de mes lecteurs vont me répondre que, toutes ces vérités, ils les connaissent depuis longtemps. À cette objection, je pourrais répliquer, simplement, que tout homme a besoin de réapprendre et d’approfondir les vérités qu’il connaît; car, parmi les choses que l’on sait, combien d’essentielles à quoi l’on ne pense plus! Mais, j’irai plus outre et j’oserai leur dire:
Non! Ces vérités, vous ne les connaissez pas!… Croyez-moi! J’en ai fait l’expérience personnelle. Moi aussi, je me flattais de savoir, autant que je le puis, ce qu’est la sainte Messe; or, en lisant le petit traité de Saint Léonard de Port-Maurice, j’ai constaté mon ignorance. Il y a, dans ces pages, une si intense et si douce lumière, que l’on découvre, à sa clarté, des beautés nouvelles et jusqu’alors inaperçues, comme un visage, illuminé soudain d’un puissant rayon, révèle à l’observateur des détails ignorés. Et puis surtout, les méditations du saint apôtre sont animées d’une telle ardeur d’amour, d’une force et d’une chaleur de persuasion si conquérantes et pénétrantes, que, l’intelligence en fut-elle insuffisamment convaincue, le cœur en serait totalement saisi.
L’auteur a terminé son écrit par quelques résolutions pratiques. Et certes, en précisant les conclusions du livre, et en orientant la conduite des lecteurs, elles offrent une évidente et précieuse utilité; mais je crois pouvoir dire qu’elles sont presque superflue tellement les résolutions proposées par saint Léonard jaillissent déjà de toutes les pages et s’imposent à notre volonté!…
François Veuillot.
Le trésor caché
Si rare et si précieux qu’il soit en réalité, un trésor ne saurait être estimé qu’autant qu’il est connu. Voilà sans doute, cher lecteur, pourquoi le très Saint Sacrifice de la Messe n’est point apprécié d’un grand nombre de chrétiens dans la mesure de sa réelle valeur: il est la plus belle richesse, la plus divine gloire de l’Église de Dieu; mais c’est un trésor caché que trop peu connaissent. Ah! si tous savaient quelle est cette perle du paradis, il n’est pas sur la terre un homme qui ne donnât volontiers en échange tout ce qu’il possède ici bas.
Savez-vous donc ce qu’est, en réalité, que la sainte Messe? Elle n’est rien de moins que le soleil du christianisme, l’âme de la foi, le cœur de la religion de Jésus-Christ; tous les rites, toutes les cérémonies, tous les sacrements s’y rapportent. Elle est, en un mot, l’abrégé de tout ce qu’il y a de beau et de bon dans l’Église de Dieu.
Ce Sacrifice est vraiment le plus vénérable et le plus parfait; et, afin qu’un pareil trésor obtienne de vous l’estime qu’il mérite, nous examinerons ici rapidement, en peu de mots, quelques-uns de ses titres. Je dis quelques-uns: les embrasser tous serait chose impossible à l’intelligence humaine.
1 - Le sacrifice de la Messe est le même que Celui du Calvaire.
Le premier et principal caractère d’excellence de la sainte Messe, c’est que nous devons la considérer comme étant essentiellement et absolument le même Sacrifice que celui qui fut offert au Calvaire. Une seule différence se présente: sur la croix il fut sanglant et il n’eut lieu qu’une seule fois, et cette seule fois il eut assez de vertu pour expier pleinement toutes les iniquités de l’univers: sur l’autel, il n’y a point de sang répandu; de plus, le Sacrifice se renouvelle à l’infini, et son objet direct est d’appliquer à chacun en particulier, la rédemption générale acquise par Jésus dans sa douloureuse immolation.
Le Sacrifice sanglant a été le principe de notre rançon, le Sacrifice non sanglant nous met en possession de cette rançon; le premier nous ouvre le trésor des mérites de Notre-Seigneur, l’autre nous en assure l’usage.
Remarquons-le attentivement, du reste: la sainte Messe n’est point
une simple représentation, un simple mémorial de la passion et de la mort du
Sauveur: c’est une reproduction réelle et certaine de ce qui s’est
accompli sur la croix: en sorte qu’on peut dire, en toute vérité, que
dans chaque Messe notre Rédempteur subit de nouveau pour nous la mort,
d’une manière mystique, sans mourir en réalité. Il vit tout à la fois et
il est immolé. "J’ai vu, dit saint Jean, l’Agneau qui était
comme égorgé."
Le jour de Noël, par exemple, l’Église nous représente comme actuelle la naissance de Jésus; à l’Ascension et à la Pentecôte, elle nous le montre triomphant, quittant la terre, ou bien envoyant aux Apôtres le Saint-Esprit; sans que pour cela il soit vrai qu’à pareil jour le Seigneur monte au ciel et que l’Esprit-Saint descende visiblement sur les fidèles.
Or, il ne serait pas permis de raisonner ainsi quand au Sacrifice de la
Messe: là, ce n’est point une simple représentation, c’est
exactement le même Sacrifice que celui du Calvaire; seulement il n’est
plus sanglant. Ce même corps, ce même sang, ce même Jésus qui s’offrit
sur la croix, sont offerts sur l’autel.
"C’est, dit l’Église, c’est l’œuvre même de notre rédemption qui s’accomplit de nouveau." Oui, elle s’accomplit très certainement, oui, c’est le même Sacrifice, absolument le même, que le Sacrifice du Calvaire.
Ô merveille inexprimable! Avouez-le sincèrement: si, lorsque vous allez à l’église entendre la Messe, vous réfléchissiez que vous montez au Calvaire pour assister à la mort de Notre-Seigneur, vous verrait-on si peu recueilli, si dissipé, si mondain? Qu’eût-on pensé de Marie-Madeleine si on l’avait rencontrée au pied de la croix couverte de ses plus beaux vêtements, parfumée, parée comme au temps où elle s’abandonnait à ses passions? Que faut-il dire de vous, quand vous vous rendez au saint lieu comme vous iriez à une réunion vulgaire?
Et que serait-ce, grand Dieu! si vous vous oubliiez jusqu’à profaner cette action, de toutes la plus sainte, par des regards et des signes inconvenants, par des rires, des conversations, des rencontres coupables, des sacrilèges?
Le péché est chose horrible en tout lieu et en tout temps; mais celui qui se commet pendant le temps de la Messe, à côté même des saints autels, attire plus que tout autre la malédiction de Dieu.
"Maudit, s’écrie le prophète Jérémie, maudit l’homme qui fraude dans l’œuvre divine." — Pensez-y sérieusement. — Mais il est dans ce Trésor admirable d’autres merveilles encore et d’autres excellences.
2. - Le prêtre principal, à la sainte Messe, est Jésus-Christ lui-même.
Dans le nombre des prérogatives sublimes de cet adorable Sacrifice, aucune semble-t-il, n’est plus admirable que d’être non pas seulement la copie mais l’original même du Sacrifice de la croix: et pourtant il en est une supérieure encore à celle-là, qui est d’avoir pour ministre et pour prêtre un Dieu-Homme.
Dans une action aussi sainte que celle du Saint Sacrifice, il y a trois choses à considérer spécialement: le prêtre qui offre, la victime qui est offerte, la majesté de celui à qui on l’offre. Eh bien! ici nous trouvons, à ce triple égard, l’Homme-Dieu, Jésus-Christ, pour prêtre; la vie d’un Dieu pour victime; Dieu lui-même pour fin.
Excitez donc votre foi, et reconnaissez dans le prêtre qui est à l’autel la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le prêtre principal, non seulement parce que c’est lui qui a institué cet auguste Sacrifice, et lui a donné par ses mérites toute son efficacité, mais encore parce qu’à chaque Messe, il daigne changer pour nous le pain et le vin en son Corps adorable et son Sang précieux.
Voici le plus grand privilège de la sainte Messe; c’est d’avoir pour prêtre l’Homme-Dieu!
Sachez donc, quand vous voyez le célébrant à l’autel, que son principal mérite est d’être le ministre de ce prêtre éternel et invisible Notre-Seigneur Jésus-Christ.
C’est pour cela que le saint Sacrifice de la Messe ne cesse pas d’être agréable à Dieu, lors même que le prêtre qui l’offre est sacrilège; parce que le prêtre principal est Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que celui que vous voyez n’est que son ministre.
Si quelqu’un fait l’aumône par la main de son serviteur, c’est à lui qu’on l’attribue, et lors même que ce dernier serait un scélérat, si le maître est juste, son aumône est sainte et méritoire.
Béni soit donc le Seigneur de nous avoir accordé ce Prêtre saint, la sainteté même, chargé d’offrir au Père éternel l’auguste Sacrifice non seulement en tous lieux puisque la foi est désormais répandue dans l’univers entier, mais en tout temps, chaque jour, à toute heure même, car le soleil ne disparaît à notre horizon que pour se lever sur d’autres contrées.
C’est pourquoi, à chaque heure, sur chaque point du globe, ce Prêtre très saint présente à Dieu son Sang, son Âme, sa Personne entière: il les présente pour nous, et cela autant de fois qu’il se célèbre de Messes dans le monde.
Ô trésor immense! Ô source d’inappréciables richesses! Ah! que ne pouvons-nous assister à toutes les Messes qui se disent! quels mérites nous gagnerions! que de grâces en cette vie et quelle gloire dans l’autre nous pourrions acquérir!
3. - Dignité à laquelle est élevé le fidèle qui assiste à la Messe.
Mais que parlé-je d’assister? Entendre la sainte Messe, ce n’est pas seulement cela, c’est l’offrir soi-même. Oui, le simple fidèle peut et doit être appelé sacrificateur, ainsi que nous le lisons au chapitre V de l’Apocalypse: "Vous avez fait de nous, Seigneur, votre royaume et vos prêtres."
Le célébrant à l’autel, c’est le ministre de l’Église agissant au nom de la communauté; il est le médiateur de tous les fidèles, spécialement de ceux qui sont présents, auprès de Jésus-Christ le prêtre invisible, uni à lui, il offre à Dieu le Père, tant au nom de tous qu’en son nom particulier, le prix divin de la rédemption des hommes.
Mais comprenons-le bien, il n’agit pas seul dans une si auguste fonction: chacun de ceux qui assistent à son sacrifice concourt avec lui à l’accomplir et à l’offrir, et c’est pourquoi, lorsque après l’offertoire, il se tourne vers le peuple, il dit: Priez, mes frères, pour que mon sacrifice qui et aussi le vôtre soit agréable au Dieu tout-puissant; afin que nous entendions par là que, bien qu’il fasse les fonctions de principal ministre, tous ceux qui sont présents offrent avec lui le saint Sacrifice.
Ainsi toutes les fois que vous assistez à la Messe, vous faites en un certain sens l’office du prêtre. Oserez-vous maintenant entendre la Messe en causant, en regardant de côté et d’autre, peut-être même en dormant, vous contentant de réciter tant bien que mal quelques prières vocales, sans faire aucune attention aux fonctions redoutables de prêtre que vous exercez ?
Ah! je ne puis m’empêcher de m’écrier ici: Monde insensé, qui ne comprend rien à ces sublimes mystères! Comment est-il possible que l’on se tienne auprès de l’autel, l’esprit distrait et le cœur dissipé, pendant que les anges contemplent dans une sainte ferveur l’accomplissement d’une œuvre merveilleuse.
Vous êtes peut-être étonné de m’entendre dire que la Messe est une œuvre pleine de merveilles. N’est-ce pas, en effet, une merveille digne de toutes nos admirations, que le changement opéré par les paroles d’un simple mortel?
Qui, non seulement parmi le hommes, mais encore parmi les anges, pourra expliquer une telle puissance? Qui pourrait s’imaginer que la voix d’un homme, lequel n’a pas même la force de soulever de terre une paille sans y mettre la main, ait reçu de Dieu le pouvoir merveilleux de faire descendre du ciel sur la terre le Fils de Dieu lui-même.
C’est là un pouvoir plus grand que celui de transporter les montagnes, de dessécher la mer et de bouleverser les cieux. Les paroles que prononce le prêtre à la consécration sont aussi puissantes, en un certain sens, que ce premier Fiat avec lequel Dieu tira du néant toutes choses; il semble même qu’elles surpassent cet autre Fiat, avec lequel la sainte Vierge conçut dans son sein le Verbe éternel.
Car elle ne fit alors que fournir la matière du corps de Jésus-Christ, qui fut formé, il est vrai de son sang, mais non par elle; tandis que le prêtre, instrument, ministre du Seigneur dans l’acte de la consécration, il produit lui-même Jésus-Christ d’une manière ineffable, sacramentellement, autant de fois qu’il offre le Saint Sacrifice.
Le bienheureux Jean de Mantoue, dit le Bon, avait pour compagnon un ermite, qui ne pouvait comprendre comment les paroles d’un simple prêtre avaient le pouvoir de changer la substance du pain et du vin, en celle du Corps et du Sang de Jésus-Christ; il avait même prêté quelque consentement au doute que le démon lui avait suggéré sur ce point.
Le bon serviteur de Dieu s’étant aperçu de son erreur, le conduisit à une fontaine, et y ayant puisé une coupe d’eau, il la lui donna à boire. L’autre l’ayant bue, confessa qu’il n’avait jamais goûté de vin aussi délicieux.
"Eh bien, mon frère, lui dit alors Jean, vois-tu le miracle? Si Dieu a permis que l’eau ait été changée en vin par moi, homme misérable, pourquoi ne croirais-tu pas que, par le moyen des paroles du prêtre, qui sont après tout les paroles de Dieu, la substance du pain et du
vin est changée en la substance du Corps et du Sang de Jésus-Christ?
Qui oserait assigner des limites à la toute-puissance de Dieu?" C’en fut assez pour éclairer l’ermite, qui, chassant de son esprit tous les doutes, fit une pénitence sévère de son péché. Il ne faut qu’un peu de foi, pour reconnaître que les prérogatives contenues dans cet adorable Sacrifice sont innombrables.
Et d’abord, c’est déjà un grand prodige qu’à toute heure, en mille lieux différents, l’humanité sainte de Jésus se multiplie, jouissant pour ainsi dire d’une sorte d’immensité, que ne possède aucun autre corps, et qu’il a méritée en s’immolant à son Père.
C’est ce que déclarait le démon, parlant par la bouche d’une possédée, à un Juif incrédule. Celui-ci se trouvait sur une place où étaient en même temps beaucoup de personnes, et entre autres une femme possédée.
Un prêtre passa en ce moment, portant le saint viatique à un malade, au milieu d’une grande foule de peuple. Tous s’agenouillèrent pour adorer le Saint Sacrement à son passage: le Juif seul se tint debout, sans donner aucun signe de respect.
La femme, à cette vue se leva furieuse, arracha le chapeau du Juif et lui donna un grand soufflet, en disant: "Malheureux, pourquoi n’honores-tu pas le vrai Dieu, qui se trouve en ce divin sacrement?
— Le vrai Dieu? répondit le Juif; si cela était vrai, il y aurait donc plusieurs Dieux, puisqu’il y en a un sur chacun de vos autels, lorsqu’on y dit la Messe?"
À ce raisonnement, la possédée saisit un tamis, et, le plaçant devant le soleil, elle dit au Juif de regarder les rayons qui pénétraient par les ouvertures. Puis elle ajouta: "Y a-t-il plusieurs soleils qui passent par les trous de ce crible, ou n’y en a-t-il qu’un seul?
Il n’y en a qu’un seul?
— Pourquoi t’étonnes-tu donc que Dieu, quoiqu’il soit invisible et inaltérable, soit par un excès d’amour, réellement présent sur plusieurs autels à la fois?"
Il n’en fallut pas davantage pour confondre le Juif, et le forcer à confesser la vérité.
Oh! si nous avions un peu de foi, nous nous écrierions aussi, dans la ferveur de notre âme: "Non, il n’est point de bornes à la divine puissance." Sainte Thérèse avait de cette puissance une si haute idée, que souvent elle répétait: "Plus les mystères de notre sainte religion sont élevés, profonds, inaccessibles à l’intelligence humaine, plus il convient de les admettre avec fermeté et amour: car nous savons que Dieu, dont le pouvoir est infini, pourrait réaliser des prodiges plus grands encore."
Ravivez donc votre croyance, je vous en conjure, et confessez que cet auguste Sacrifice est le miracle des miracles, la merveille des merveilles, et que sa prérogative la plus étonnante consiste précisément à dominer notre pauvre et court esprit.
Redites, dans votre admiration: "Oh! le rare, l’inappréciable trésor!" — Si de telles considérations vous laissaient indifférent, voyez encore à quel point la sainte Messe vous est nécessaire.
Nécessité de la sainte Messe pour apaiser la justice de Dieu.
Si le soleil n’éclairait pas le monde qu’arriverait-il? Il n’y aurait plus que ténèbres, horreur, stérilité et misère. Et, sans le saint Sacrifice de la Messe, que serions-nous? Nous serions privés de tout bien, en butte à tous les maux et à tous les traits de la colère de Dieu. On s’étonne que Dieu ait en quelque sorte changé sa manière de gouverner les hommes.
Autrefois il prenait le titre de Dieu des armées, il parlait aux peuples au milieu des nuages et la foudre à la main, et il châtiait avec une justice rigoureuse toutes les fautes.
Pour un seul adultère, il fit passer au fil de l’épée vingt-cinq mille personnes de la tribu de Benjamin, pour le péché d’orgueil que commit David en faisant le dénombrement de son peuple, il enleva en peu de temps par la peste soixante mille personnes.
Pour un regard curieux et irrespectueux jeté sur l’arche par les Bethsamites, il en fit massacrer plus de cinquante mille.
Et maintenant, il supporte avec patience, non seulement les vanités et les légèretés, mais les adultères les plus criminels, les plus grands scandales et les blasphèmes les plus horribles que vomissent à chaque instant tant de chrétiens contre son saint Nom.
D’où vient cette différence dans la manière de gouverner les hommes? Nos ingratitudes sont-elles plus excusables qu’autrefois?
Qui osera le dire? Les bienfaits immenses que nous avons reçus nous rendent, au contraire, sans comparaison plus coupables… Le secret, la raison d’une si touchante clémence, c’est à l’autel qu’il réside; c’est dans le Sacrifice de Jésus immolé pour nous à la sainte Messe,
devenu notre victime d’expiation, qu’il faut le chercher. Oui, voilà le soleil de l’Église catholique, qui dissipe les nuages et rend au ciel sa sérénité; voilà l’arc-en-ciel qui apaise les tempêtes de l’éternelle Justice.
Pour moi, je n’en doute guère, sans la sainte Messe le monde serait à cette heure au fond de l’abîme, entraîné par le poids épouvantable de tant d’iniquités. La Messe, voilà le victorieux levier qui le soutient. Voyez donc, après cela, à quel point le divin Sacrifice nous est indispensable.
Ce serait peu de le comprendre si on ne savait pas, lorsqu’il en est besoin, chercher en lui ce qu’il nous offre. Lorsque nous assistons à la sainte Messe, imitons ce que fit un jour le grand Alphonse d’Albuquerque, conquérant des Indes.
L’historien Osorio raconte que cet illustre capitaine, se trouvant avec une partie de son armée sur un navire que les fureurs de la mer allaient faire sombrer, prit dans ses bras un petit enfant qui était là, et, l’élevant vers le ciel: "Si nous autres sommes des pécheurs, ô mon Dieu, s’écria-t-il, cette innocente créature ne vous a jamais offensé: au nom de son innocence, épargnez les coupables!" Chose merveilleuse! le regard du Seigneur s’arrête avec complaisance sur l’enfant, l’Océan s’apaise, le danger disparaît et l’équipage change en cris de joie et d’action de grâces ses mortelles angoisses.
Que fera donc pour nous Dieu le Père, alors que le prêtre, élevant vers lui l’Hostie sacrée, lui présente avec elle son Fils, la parfaite Innocence? Sa miséricorde pourra-t-elle nous refuser quelque chose? pourra-t-elle résister à cette supplication, ne point calmer les flots qui nous assaillent, ne point subvenir à toutes nos nécessités?
Ah! sans cette admirable et divine Victime, sacrifiée pour nous sur la croix d’abord, et ensuite journellement sur nos autels, tout était fini, tout était perdu, et chacun de nous pouvait dire à son frère expirant: "Au revoir en enfer! l’enfer nous réunira!" Mais maintenant, enrichis de ce trésor protecteur, le fruit de la sainte Messe entre les mains, nous surabondons d’espérance; le Paradis est à nous, et une seule chose nous en écarterait, notre perversité calculée.
Baisons-les donc avec amour, ces saints autels; brûlons autour d’eux l’encens et les parfums; mais surtout environnons-les de vénération et de respect, puisqu’ils nous procurent tant et de si précieux biens.
Avantages de la sainte Messe.
Elle nous permet de satisfaire à toutes nos obligations envers la Justice divine. L’honnête et le sublime sont deux motifs très puissants sur nos cœurs: mais de tous les motifs qui peuvent agir sur nous, l’utile est le plus efficace, et il triomphe presque toujours de nos répugnances.
Si vous appréciez peu l’excellence et la nécessité de la Messe, comment ne seriez-vous pas frappé de la très grande utilité qu’elle procure aux vivants et aux défunts, aux justes et aux pécheurs, pendant la vie et à l’heure de la mort, et même après celle-ci?
Représentez-vous que vous êtes ce débiteur de l’Évangile, lequel ayant à payer dix mille talents, et étant appelé à rendre compte de son administration, s’humilie, implore son créancier, et lui demande du temps pour remplir ses engagements:
"Ayez patience et je vous rendrai tout ce que je vous dois."
Vous devez faire la même chose, vous qui avez contracté tant de dettes envers la justice divine: humiliez-vous, demandez seulement le temps d’entendre une Messe, et c’en est assez pour payer toutes vos dettes.
NOS QUATRE OBLIGATIONS ENVERS DIEU.
Saint Thomas nous dit que nous avons quatre obligations principales envers Dieu, dont chacune est infinie.
La première est de louer et d’honorer son infinie majesté, infiniment digne d’honneur et de louanges;
La seconde est de satisfaire pour tant de péchés que nous avons commis;
La troisième, de le remercier pour tant de bienfaits que nous avons reçus de lui;
La quatrième enfin, de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires.
Or, comment nous, misérables créatures, qui avons besoin qu’il nous donne jusqu’au souffle que nous respirons, pourrons-nous satisfaire à toutes ces obligations?
Voici un moyen très facile, qui doit nous consoler tous: entendons souvent la sainte Messe, avec toute la dévotion dont nous sommes capables, faisons dire souvent des Messes à notre intention, et nos dettes, fussent-elles sans nombre, nous pourrons les payer toutes parfaitement, avec le trésor que nous tirons du saint Sacrifice.
Pour que vous compreniez mieux les obligations que nous avons envers Dieu, nous allons les expliquer l’une après l’autre, et vous serez grandement consolés, en voyant l’immense profit et les trésors innombrables que vous pouvez recueillir de cette source infinie et féconde.
1° GLORIFIER DIEU.
Notre première obligation envers Dieu est de l’honorer.
La loi naturelle nous dit elle-même que tout inférieur doit honorer son supérieur, et que plus celui-ci est grand, plus l’hommage qu’on lui rend doit être profond.
Il résulte de là que, Dieu possédant une grandeur infinie, nous lui devons un honneur infini.
Mais où trouver une offrande digne de lui. Jetez les yeux sur toutes les créatures de l’univers, où trouverez-vous quelque chose qui soit digne de Dieu?
Il n’y a qu’un Dieu qui puisse être une offrande digne de Dieu. Il faut donc qu’il descende de son trône comme victime sur nos autels, pour que l’hommage corresponde parfaitement à sa Majesté infinie.
Or, c’est là ce qui se fait au saint Sacrifice; Dieu y est honoré autant qu’il le mérite, parce qu’il est honoré par un Dieu lui-même.
Notre-Seigneur se plaçant dans l’état de victime sur l’autel, adore, par un acte ineffable de soumission, la sainte Trinité, autant qu’elle mérite de l’être; de sorte que tous les autres hommages paraissent, en présence de cette humiliation de Jésus, comme les étoiles devant le soleil.
Le père saint Jure parle d’une sainte âme, qui, éprise d’amour pour Dieu, soulageait son cœur par mille tendres désirs.
"Mon Dieu, lui disait-elle, je voudrais avoir autant de cœurs et de langues qu’il y a de feuilles dans les arbres, d’atomes dans l’air et de gouttes d’eau dans l’Océan, pour vous aimer et vous honorer autant que vous le méritez.
"Oh! si j’avais toutes les créatures en mon pouvoir, je voudrais les mettre à vos pieds, afin qu’elles fondent d’amour pour vous; mais je voudrais vous aimer plus qu’elles toutes ensemble, plus que tous les anges, plus que tous les saints, plus que tout le ciel."
Un jour qu’elle formait ce désir avec plus de ferveur que de coutume, Notre-Seigneur lui répondit: "Console-toi, ma fille, car avec une seule Messe que tu entendras dévotement, tu me rendras toute la gloire que tu désires et infiniment plus encore."
Cette proposition vous étonne? Mais c’est à tort; car notre bon Jésus étant non seulement homme, mais vraiment Dieu, et tout-puissant, quand il s’humilie sur l’autel, il rend à son Père, par cet acte d’humiliation, un hommage et un honneur infinis; et nous, en offrant avec lui ce grand Sacrifice, nous rendons aussi par Lui à Dieu un hommage et un honneur infinis.
Oh! le grand prodige; répétons-le, car il est essentiel qu’on s’en pénètre. Oui, oui, chrétiens, par l’assistance à la sainte Messe, le fidèle rend à Dieu une gloire infinie, un honneur sans bornes.
Secouez votre torpeur, méditez tout émus cette vérité si consolante et si douce: entendre avec dévotion la Messe, c’est procurer à votre Dieu plus d’honneur que ne lui en peuvent apporter dans le ciel tous les anges, tous les saints, tous les bienheureux. Ils ne sont, eux aussi, que de simples créatures, et leurs hommages sont par conséquent finis et bornés; tandis qu’au saint Sacrifice de la Messe, c’est Jésus-Christ qui s’humilie; Lui dont l’humiliation et le mérite ont une valeur infinie: c’est pour cela que l’hommage et l’honneur que nous rendons à Dieu par Lui, à la Messe, sont infinis.
S’il en est ainsi, vous voyez combien nous payons largement à Dieu cette première dette, en assistant au saint Sacrifice.
Ô monde aveugle, quand ouvriras-tu les yeux pour comprendre des vérités si importantes? Et vous, pourrez-vous dire encore: une Messe de plus ou de moins, qu’importe?
2° SATISFAIRE POUR NOS PÉCHÉS.
Notre seconde obligation envers Dieu est de satisfaire à sa justice, pour tant de péchés que nous avons commis.
Dette effroyable! Un seul péché mortel est d’un tel poids dans la balance de Dieu, que pour le mettre en équilibre ce ne serait pas assez des mérites de tous les martyrs et de tous les saints qui sont, qui ont été et qui seront.
Mais nous possédons la sainte Messe, dont le prix intrinsèque est assez grand pour compenser, et au delà, tous les péchés du monde.
Faites-y bien attention, afin de comprendre la reconnaissance extrême que vous devez à Notre-Seigneur.
C’est lui-même qui est l’offensé: et malgré cela, non content d’avoir payé pour vous dans les tortures du Calvaire, il vous a remis et il entretient parmi vous, à votre usage, cette autre source de satisfaction continuelle qui est: le saint Sacrifice.
Là il renouvelle l’immolation que sur la croix il fit de sa Divine
Personne, en rachat de nos fautes; ce même sang adorable qu’il répandit alors en faveur du genre humain coupable, il veut bien l’offrir encore, l’appliquer spécialement, par la Messe, aux péchés de celui qui la célèbre, de ceux qui la font célébrer et de quiconque y assiste.
Ce n’est pas que le Sacrifice de la Messe efface immédiatement et par lui-même nos péchés comme fait le sacrement de pénitence; mais il nous obtient de bonnes inspirations, de bons mouvements intérieurs et des grâces actuelles pour nous repentir, comme il faut, de nos péchés, soit pendant la Messe, soit dans un autre temps opportun.
Dieu seul sait combien d’âmes doivent leur conversion aux secours extraordinaires qui leur viennent de ce divin Sacrifice.
Il ne sert point, il est vrai, comme sacrifice de propitiation à ceux qui sont en état de péché mortel, mais il leur sert comme sacrifice d’impétration; et tous les pécheurs devraient assister souvent à la Messe, afin d’obtenir plus facilement la grâce de se convertir.
Quand aux âmes qui sont en état de grâce, le saint Sacrifice leur donne une force merveilleuse pour s’y maintenir; et, selon l’opinion la plus commune, il efface immédiatement tous les péchés véniels, pourvu qu’on s’en repente au moins en général, comme le dit clairement saint Augustin:
"Si quelqu’un, dit-il, entend dévotement la Messe, il ne tombera point dans le péché mortel, et les péchés véniels lui seront remis."
Et cela ne doit pas vous étonner: saint Grégoire raconte au livre IV de ses Dialogues, ch. 27, qu’une pauvre femme faisait dire tous les lundis une Messe pour l’âme de son mari, qui avait été fait esclave par les barbares, et qu’elle croyait mort.
Or, chaque Messe lui faisait tomber les chaînes des pieds et les menottes des mains, de sorte que, pendant tout le temps qu’elle durait, il restait libre comme il l’avoua à sa femme dès qu’il eut recouvré sa liberté.
Combien plus devons-nous croire que cet auguste Sacrifice sera très efficace, pour briser les liens spirituels des péchés véniels, lesquels tiennent l’âme captive, et ne la lassent point agir avec cette liberté et cette ferveur qu’elle aurait sans eux!
Oh! qu’il est précieux, cet adorable Sacrifice, qui nous rend la liberté des enfants de Dieu, et satisfait pour toutes les peines que nous lui devons à cause de nos péchés!
Il suffira donc, me direz-vous, d’entendre ou de faire dire une seule Messe, pour payer à Dieu toutes les dettes que nous avons contractées envers lui, à cause de nos péchés; car la Messe ayant une valeur infinie, elle donne à Dieu une satisfaction infinie.
La Messe a, en effet, une valeur infinie: mais vous devez savoir que Dieu l’accepte d’une manière limitée et proportionnée aux dispositions de celui qui la dit ou la fait dire ou de ceux qui y assistent.
"Leur foi, Seigneur, vous est connue, leur dévotion est devant vos yeux", dit l’Église dans les prières du Canon.
Et, par là, elle fait entendre ce qu’enseignent expressément les Maîtres de la théologie, à savoir que la satisfaction plus ou moins grande pour les peines dues à nos péchés est déterminée, dans l’application des mérites du Sacrifice, par les dispositions et la ferveur du ministre et des assistants, ainsi que je viens de l’expliquer.
Et ici, considérez la folie de ceux qui courent après les Messes les plus expéditives, les moins édifiantes, ou bien, ce qui est pis, qui s’y tiennent sans recueillement ou avec une dévotion presque nulle, ou bien encore qui s’inquiètent peu, lorsqu’ils les font célébrer pour eux, de s’adresser à un prêtre pieux et fervent.
Sans doute, en tant que sacrement, toutes les Messes ont la même valeur: cependant, observe saint Thomas, elles ne sont plus égales s’il s’agit des fruits qu’on en retire.
Plus la piété actuelle ou habituelle du célébrant sera grande, plus le fruit de son application sera grand aussi.
Il faut dire la même chose de ceux qui assistent à la Messe; et quoique je vous exhorte de tout mon pouvoir à y assister souvent, je vous avertis néanmoins d’avoir moins d’égard au nombre de Messes qu’à la dévotion que vous y apporterez; car si vous avez plus de piété dans une seule Messe qu’un autre en cinquante, cette seule Messe donnera plus d’honneur à Dieu, et à vous plus de profit, même de celui qu’elle produit ex opere operato, que n’en retirera l’autre avec ses cinquante Messes.
"Dans la satisfaction, nous dit saint Thomas, on considère plutôt les dispositions de celui qui offre que la quantité de l’oblation."
Il est certain, comme l’affirme un grave auteur, qu’une seule Messe entendue avec une dévotion singulière, suffit pour satisfaire à la justice divine, pour tous les péchés que nous avons commis, quelque grands et nombreux qu’ils soient.
Et cette vérité est exprimée en termes formels par le saint Concile de Trente.
"Le Seigneur, apaisé par cette oblation et accordant sa grâce avec le don de la pénitence, remet les péchés, les crimes les plus graves."
Cependant, comme vous ne connaissez ni les dispositions intérieures avec lesquelles vous assistez à la Messe, ni le degré de satisfaction qui leur correspond, vous devez prendre vos sûretés le plus que vous pouvez, en y assistant souvent, avec toute la dévotion possible.
Heureux, si vous y apportez une grande confiance dans la miséricorde de Dieu, qui opère des choses merveilleuses en ce divin Sacrifice; et si vous y assistez souvent avec recueillement et dévotion, vous pouvez alors nourrir en votre cœur l’espoir d’aller au ciel sans passer par le Purgatoire. Allez donc souvent à la Messe, et qu’on n’entende plus sortir de votre bouche cette proposition scandaleuse: une Messe de plus ou de moins, qu’importe?
3° REMERCIER DIEU.
Notre troisième dette envers Dieu est celle de la reconnaissance, pour les immenses bienfaits dont il nous a comblés. Réunissez toutes les faveurs, toutes les libéralités, toutes les grâces que vous avez reçues de lui: bienfaits selon la nature et selon la grâce, bienfaits du corps et bienfaits de l’âme, vos sens, vos facultés, votre santé, votre vie; et puis la vie même de Jésus son divin Fils et la mort qu’il a souffert pour nous: toutes ces choses augmentent outre mesure notre dette envers Dieu.
Comment pourrons-nous donc le remercier dignement? Nous voyons que la loi de la reconnaissance est observée par les bêtes féroces, qui deviennent quelquefois dociles envers leurs bienfaiteurs.
À combien plus forte raison doit-elle être observée par les hommes, doués d’intelligence, et comblés de tant de bienfaits par la libéralité divine!
Mais d’un autre côté notre pauvreté est si grande, que nous ne pouvons satisfaire pour le moindre des bienfaits reçus de Dieu; parce que le moindre d’entre eux, nous venant d’une majesté si grande, et étant accompagné d’une charité infinie acquiert un prix infini, et nous oblige à une correspondance infinie.
Malheureux que nous sommes! Si nous ne pouvons soutenir le poids d’un seul bienfait, comment pourrons-nous jamais supporter la masse de ceux dont Dieu nous a comblés? Nous voilà donc réduits à la dure nécessité de vivre et de mourir ingrats envers notre souverain Bienfaiteur.
Mais non: rassurons-nous. Le moyen de satisfaire amplement, parfaitement, à ce nouveau devoir nous est indiqué par le prophète David, qui avait vu en esprit le divin Sacrifice, et qui savait bien qu’avec lui seul nous serions au-dessus de la tâche.
Que rendrai-je au Seigneur, s’écrie-t-il, pour tous les biens qu’il m’a faits? Je prendrai le calice du salut, se répondit-il à lui-même; ou, d’après une autre version, j’élèverai là-haut le calice du Seigneur, c’est-à-dire je lui offrirai un Sacrifice très agréable, et je paierai aussi la dette que je lui dois pour tant de bienfaits signalés.
Ajoutez à cela que ce Sacrifice a été principalement établi par notre divin Sauveur pour reconnaître et remercier la munificence divine: c’est pour cela qu’il s’appelle par excellence l’Eucharistie, c’est-à-dire action de grâces.
Au reste, il nous en a donné lui-même l’exemple, lorsque à la dernière cène, avant de consacrer le pain et le vin dans cette première Messe, il leva les yeux au ciel, et rendit grâce à son
Père.
Ô remerciement divin, qui nous découvre la fin sublime d’un si redoutable mystère, et qui en même temps nous invite à nous conformer à notre Chef, afin que, à chaque Messe à laquelle nous assisterons, nous sachions nous prévaloir d’un si grand trésor et l’offrir à notre éternel Bienfaiteur dans le sentiment d’une immense gratitude; d’autant que le ciel tout entier, la sainte Vierge, les anges et les saints nous voient avec joie payer à notre grand Roi ce tribut de reconnaissance.
La vénérable sœur Françoise Farnèse, lisons-nous dans sa vie, était tourmentée du souci de tout ce qu’elle avait reçu de Dieu et de l’impuissance où elle se trouvait d’acquitter la dette de son cœur pénétré d’amour.
Mais voici qu’un beau jour lui apparaît la très sainte Vierge: elle dépose entre les bras de Françoise le divin Enfant et dit à sa servante: "Prenez-le, ma fille; il est à vous: sachez seulement vous en servir pour ce qui fait le sujet de vos inquiétudes: Jésus suffit à tout..."
Eh bien! dans la Messe, nous recevons non seulement entre nos bras, mais dans notre cœur, le Fils de Dieu: un petit enfant nous a été donné, dit Isaïe, et nous pouvons avec lui remplir entièrement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu.Et même, à bien considérer les choses, nous donnons en quelque sorte à Dieu dans la Messe plus qu’il ne nous a donné, sinon en réalité, du moins en apparence; car le Père éternel ne nous a donné qu’une fois son divin Fils dans l’Incarnation, et nous le lui rendons un nombre infini de fois dans cet auguste Sacrifice.
Et ainsi jusqu’à un certain point, Dieu serait en retour avec nous, sinon quant à la qualité de l’offrande, car il ne se peut rien de supérieur au Fils de Dieu, du moins quant à la multiplicité des actes qui la lui présentent en satisfaction.
Ô Dieu grand et miséricordieux! Que n’avons-nous un nombre infini de langues afin de vous rendre des actions de grâces infinies, pour le trésor précieux que vous nous avez donné dans la sainte Messe!
Comprenez-vous maintenant combien ce trésor est précieux? S’il a été caché pour vous jusqu’ici, maintenant que vous commencez à le connaître, comment ne vous écrieriez-vous pas, dans un saint étonnement: Oh! quel grand trésor! quel grand trésor!
4° DEMANDER LES GRÂCES DONT NOUS AVONS BESOIN.
Mais ce n’est pas tout: nous pouvons encore dans le saint Sacrifice de la Messe nous acquitter de notre dernière obligation envers Dieu, c’est-à-dire lui demander les grâces dont nous avons besoin.
Nous connaissons par une triste expérience, les désolantes misères auxquelles l’homme est soumis, dans le corps aussi bien que dans l’âme, et par conséquent le besoin que nous avons de l’appui et du paternel secours de Dieu, à tout moment, en toute circonstance. Lui seul est l’auteur et le principe de tout bien, temporel ou spirituel.
Mais d’un autre côté, au nom de quoi, avec quelle espérance solliciteriez-vous de sa miséricorde de nouveaux dons, lorsque telle a été votre insensibilité, votre ingratitude pour des faveurs qu’il vous a déjà prodiguées, ingratitude qui est allée à cet excès de tourner le bienfait même contre le bienfaiteur?
Ici encore, néanmoins, ne perdez pas confiance; reprenez tout espoir. Vous n’êtes pas dignes de ces biens que vous souhaitez et dont vous sentez la nécessité; mais le miséricordieux Sauveur accourt se faire votre intercesseur, se constituer votre caution.
Pour vous il a acquis des mérites infinis, pour vous il devient à la Messe l’hostie pacifique, c’est-à-dire la Victime auguste à l’immolation de laquelle notre Père des Cieux ne peut rien refuser. Oui, dans la sainte Messe, l’adorable, le bien-aimé Jésus, à titre de principal et de souverain prêtre prend en main notre cause, intercède pour nous, se fait notre puissant avocat. N’oublions pas que Marie, elle aussi, joint ses supplications aux nôtres pour tout ce que la foi nous porte à demander à Dieu.
Que faut-il de plus à qui veut être exaucé? La confiance, l’espoir ferme et assuré vous manqueront-ils quand vous songerez qu’à l’autel c’est Jésus-Christ qui parle pour vous, qui pour vous offre son Sang très précieux, qui prend en un mot le rôle de divin intermédiaire?
— Ô Messe bénie, source de tous les bienfaits et de tous les dons!
Mais il faut creuser bien avant cette mine afin de découvrir les grands trésors qu’elle renferme. Oh! que de grâces, de dons et de vertus nous obtient le saint Sacrifice!
Nous y obtenons d’abord toutes les grâces spirituelles, tous les biens de l’âme, le repentir de nos péchés, le triomphe des tentations qui nous viennent, soit du dehors, de la part des mauvaises compagnies et des démons de l’enfer, ou du dedans, de la part de notre chair rebelle.
Nous y obtenons les grâces nécessaires pour nous convertir, ou pour nous maintenir dans la grâce et avancer dans les voies de Dieu; nous y obtenons de saintes inspirations et des mouvements intérieurs, qui nous disposent à secouer notre tiédeur, et nous portent à agir avec plus de ferveur, avec une volonté plus prompte, une intention plus droite et plus pure, et c’est là un trésor inestimable, ces moyens étant très efficaces pour obtenir de Dieu la persévérance finale, d’où dépend notre salut, et cette assurance morale que l’on peut avoir ici-bas de la béatitude éternelle.
Nous y obtenons encore les biens temporels, autant qu’ils peuvent concourir à notre salut: la santé, l’abondance, la paix, avec l’exclusion de tous les maux qui s’opposent au bien de notre âme tels que la peste, les tremblements de terre, la guerre, la famine, les persécutions, les procès, les inimitiés, les calomnies, les injures: en un mot, le saint Sacrifice de la Messe est propre à nous délivrer de tous les fléaux, à nous enrichir de tous les biens.
Il est la clé d’or du paradis: quels biens pourrait nous refuser le Père éternel, après nous l’avoir donnée? Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, dit saint Paul aux Romains, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas donné tout avec lui?
Il avait donc bien raison, ce saint prêtre dont un auteur nous rapporte qu’il disait souvent: "Lorsque au saint autel je demande à Dieu, pour moi ou pour d’autres, quelque faveur insigne, la plus extraordinaire des grâces, il me semble ne rien demander, en comparaison de ce que j’offre moi-même?"
Et il ajoutait, expliquant sa pensée: "Toutes les grâces que je puis solliciter à la sainte Messe sont des biens créés et finis, pendant que mon offrande est sans limite et incréée. Ainsi, en faisant arithmétiquement nos comptes, c’est moi qui suis le créancier, Dieu reste mon débiteur."
C’est pourquoi il demandait de grandes grâces, et il obtenait beaucoup de Dieu. Pourquoi n’en faites-vous pas autant? Si vous suivez mon conseil, vous demanderez à Dieu, toutes les fois que vous assisterez à la Messe, qu’il fasse de vous un grand saint. Ne craignez pas que ce soit trop demander.
Notre bon Maître ne nous dit-il pas dans l’Évangile que, pour un verre d’eau donné en son nom, il nous donnera le Paradis?
Comment ne nous donnerait-il pas cent fois davantage, si c’était possible, lorsque nous lui offrons tout le Sang de son Fils bien-aimé?
Comment pouvez-vous douter qu’il vous donne toutes les vertus et toutes les perfections nécessaires, pour faire de vous un grand saint?
Dilatez donc votre cœur, et demandez à Dieu de grandes choses; car Celui que vous invoquez ne s’appauvrit point en donnant, et plus vous demanderez, plus vous obtiendrez.
Autres bienfaits de la Messe.
Mais ce n’est pas tout encore: outre les biens que nous demandons à la Messe, Dieu nous en accorde beaucoup d’autres, sans que nous les lui demandions, pourvu que nous n’y mettions point d’obstacle de notre côté.
On peut donc dire que la Messe est pour le genre humain comme un soleil qui répand ses splendeurs sur les bons et sur les méchants, et qu’il n’y a point d’âme, si criminelle qu’elle soit, qui n’en remporte quelque grand bien, souvent même sans le demander, et encore plus sans y penser, comme il arriva dans le cas raconté par saint Antonin.
Deux jeunes libertins, dont l’un avait entendu la Messe le matin, étant sortis un jour, pour aller se promener dans un bois, furent assaillis par une violente tempête.
Ils entendirent au milieu du tonnerre et des éclairs une voix qui criait: tue, tue.
Celui qui n’avait point entendu la Messe, fut aussitôt frappé par la foudre et mourut; l’autre, épouvanté, continua sa course, cherchant un lieu de refuge, lorsqu’il entendit de nouveau la même voix répéter ces paroles: tue, tue.
Comme il attendait la mort, il entendit une autre voix crier: Je ne puis, je ne puis, car il a entendu aujourd’hui le Verbum caro factum est; la Messe à laquelle il a assisté m’empêche de le frapper.
Combien de fois, par la sainte Messe, Dieu vous a-t-il préservé de la mort, ou du moins d’imminents périls!
C’est ce que nous assure saint Grégoire, lorsqu’il nous dit au livre IV de ses Dialogues: "Celui qui entend la sainte Messe est délivré de beaucoup de maux et de dangers."
Saint Augustin va plus loin encore: "Celui qui entend dévotement la Messe, nous dit-il, ne périra point de mort subite."
Voilà donc un préservatif admirable pour nous préserver de ce malheur: c’est d’assister tous les jours à la Messe avec dévotion. Au dire de saint Grégoire, "le juste qui entend la Messe se maintient dans la justice."
Ce n’est pas assez, il croît toujours davantage en mérites, en grâces et en vertus, et plaît toujours davantage à Dieu. Bien plus, reprend saint Bernard: "Celui qui entend ou célèbre dévotement la Messe mérite bien plus que s’il donnait tous ses biens aux pauvres et parcourait le monde entier en pèlerinage."
Ces paroles s’entendent de la valeur intrinsèque du saint Sacrifice.
Quels trésors immenses renferme-t-il donc?
Comprenez bien cette vérité: en considérant le saint Sacrifice en lui-même et selon sa valeur intrinsèque, on peut dire que l’on mérite plus, en entendant ou célébrant une seule Messe, que si l’on distribuait tous ses biens aux pauvres, et si l’on parcourait le monde entier en pèlerinage, visitant avec une grande dévotion les sanctuaires de Jérusalem, de Rome, de Lorette, de Compostelle, etc.
Saint Thomas nous en donne la raison: "C’est que, dit-il, la Messe renferme tous les fruits, toutes les grâces et tous les trésors que le Fils de Dieu a répandus si abondamment sur son Église, dans le Sacrifice sanglant de la croix."
Arrêtez-vous ici un instant, fermez le livre, et réunissez par la pensée tous les biens et tous les fruits que procure la sainte Messe; considérez-les en silence, et dites-moi ensuite si vous hésitez à croire qu’une seule Messe, quant à sa valeur intrinsèque, est tellement efficace, qu’au dire de plusieurs docteurs, elle suffirait pour obtenir le salut de tout le genre humain.
Supposez que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’ait point souffert sur le Calvaire, et qu’au lieu du Sacrifice sanglant de la croix, il ait institué seulement celui de l’autel, mais avec l’ordre formel qu’il ne se célébrât qu’une seule Messe dans le monde entier.
Eh bien! cette supposition une fois admise, il est très vrai que cette seule Messe célébrée par le dernier prêtre du monde, aurait suffi, considérée en elle-même et dans sa valeur intrinsèque, pour obtenir de Dieu le salut de tous les hommes.
Oui, dans cette hypothèse, une seule Messe suffirait pour obtenir la conversion de tous les Turcs, de tous les hérétiques, de tous les schismatiques, en un mot, de tous les infidèles et de tous les mauvais chrétiens, pour fermer les portes de l’enfer à tous les pécheurs, et ouvrir celles du purgatoire à toutes les âmes qui souffrent.
Mais, hélas! malheureux que nous sommes, nous bornons la sphère immense de cet auguste Sacrifice, et le rendons inefficace par notre tiédeur.
Ah! je voudrais pouvoir me faire entendre de tous les hommes, pour leur dire: malheureux, que faites-vous? Que ne courez-vous tous dans les églises, pour entendre dévotement autant de Messes que vous pouvez?
Pourquoi n’imitez-vous pas les anges, qui, au dire de saint Jean Chrysostome, descendent en foule du ciel, pendant qu’on célèbre la sainte Messe et se tiennent auprès de l’autel, dans un saint respect, attendant que la Messe commence, afin d’intercéder pour nous plus efficacement: car ils savent bien que c’est là le temps le plus opportun et le moment le plus propice pour obtenir les grâces du ciel.
Confondez-vous donc, et rougissez d’avoir si peu apprécié jusqu’ici la sainte Messe, d’avoir même profané tant de fois une action si sainte.
Vous avez bien plus sujet encore de rougir, si vous êtes du nombre de ceux qui sont assez téméraires pour dire qu’une Messe de plus ou de moins, c’est peu de chose.
La Messe et les Âmes du purgatoire
Je vous prie de remarquer que ce n’est pas sans intention que j’ai dit plus haut qu’une seule Messe, en ne considérant que sa valeur intrinsèque, suffit pour ouvrir les portes du Purgatoire à toutes les âmes qui y souffrent et les faire entrer au ciel: car ce divin
Sacrifice sert aux défunts, non seulement comme propitiatoire, pour payer les peines qu’ils doivent à la justice de Dieu, mais encore comme impétratoire, pour en obtenir la rémission.
Comme on le voit par la coutume de l’Église, laquelle non seulement offre la Messe pour les âmes du Purgatoire, mais y prie encore pour leur délivrance.
Afin d’exciter votre compassion en faveur de ces saintes âmes, considérez donc que le feu où elles souffrent égale, au dire de saint Grégoire, celui de l’enfer, et que, comme instrument de la justice divine, il agit avec une telle puissance, qu’il leur cause des peines insupportables, et supérieures à tous les tourments qui se peuvent imaginer dans ce monde.
Elles souffrent bien plus encore de la privation de la vue de Dieu, comme le dit le docteur angélique; l’impossibilité où elles sont de voir ce souverain Bien, vers lequel elles aspirent, les plonge en des angoisses intolérables.
Rentrez ici un peu en vous-mêmes. Si vous voyiez votre père ou votre mère près de se noyer dans un étang, et que pour les délivrer vous n’eussiez qu’à leur tendre la main, ne seriez-vous pas obligé par charité, et par justice en même temps, à le faire?
Or, vous voyez des yeux de la foi tant de pauvres âmes, parmi lesquelles se trouvent peut-être vos plus proches parents, brûler dans un étang de feu, et vous ne vous astreindriez pas à entendre dévotement pour elles une seule Messe?
Où est donc votre cœur? Qui peut douter que la Messe procure un soulagement considérable à ces pauvres âmes?
Écoutez saint Jérôme, un des grands docteurs de l’Église, qui vous dit expressément que, lorsqu’on célèbre le très saint Sacrifice pour une âme du Purgatoire, ce feu dévorant suspend ses rigueurs, et que, tout le temps que dure la Messe, le supplice s’arrête.
Il affirme en outre, qu’à chaque Messe il en est beaucoup qui sortent du lieu d’expiation pour voler aux joies du Paradis.
Ajoutez à cela que votre charité envers les âmes du Purgatoire tournera tout entière à votre profit.
Je pourrais vous apporter en preuve une multitude d’exemples mais je me contenterai de vous raconter un seul fait arrivé à saint Pierre Damien.
Étant resté orphelin, dans un âge encore tendre, il fut recueilli par un de ses frères, qui le maltraitait d’une manière incroyable, jusqu’à le faire marcher pieds nus, et le laisser dans une extrême pénurie de toutes choses.
Il trouva un jours en chemin je ne sais quelle monnaie; il croyait avoir en main un trésor. Mais qu’en faire?
La nécessité où il était lui suggérait bien des moyens de l’employer, cependant, après y avoir bien pensé, il résolut d’aller porter cette monnaie chez un prêtre, et de lui demander une Messe pour les âmes du Purgatoire.
À partir de ce moment, sa fortune changea: il fut recueilli par un autre frère, meilleur que le premier, qui l’aima comme son fils, le vêtit avec décence, l’envoya à l’école, après quoi il devint ce grand homme et ce grand saint, qui orna la pourpre et soutint l’Église.
Voyez de quels biens cette Messe et la privation qu’il s’imposa furent pour lui la source.Oh! quel précieux trésor, qui sert aux morts et aux vivants, dans le temps et dans l’éternité en même temps.
Ces saintes âmes, en effet, sont si reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs, qu’une fois arrivées au ciel, elles se font leurs avocates, et ne se donnent de repos qu’après les avoir vus en possession de la gloire: comme l’éprouva ici-même, à Rome, une femme qui, oubliant son salut éternel, et esclave de ses passions, n’était occupée qu’à faire tomber dans ses filets la jeunesse imprudente.
La seule bonne chose qu’elle fît, c’est qu’il ne se passât pas de jours, où elle ne fît célébrer quelques Messes pour les âmes du Purgatoire.
Celles-ci prièrent sans doute avec tant de zèle pour leur bienfaitrice, que, rougissant un jour de ses péchés, elle renonça à sa vie criminelle, alla trouver un prêtre, lui fit une confession générale, et mourut peu de temps après, bien disposée, laissant à tous les signes évidents de son salut éternel.
Cette grâce extraordinaire, elle la dut aux Messes qu’elle avait fait célébrer pour les âmes du Purgatoire.
Réveillons-nous donc, nous aussi, et ne nous laissons pas précéder dans le royaume de Dieu par les publicains et les femmes perdues.
Nos devoirs envers les défunts.
Si vous étiez du nombre de ces avares, lesquels non seulement manquent à la charité, en omettant de prier pour les défunts, et d’assister à la Messe pour ces pauvres âmes affligées, mais qui de plus foulant aux pieds les droits les plus sacrés, refusent de remplir les legs pieux que leur ont laissés leurs parents, et de faire dire les Messes qu’ils ont mises à leur charge dans leur testament:
Oh! alors, je vous dirais, enflammé d’un saint zèle: allez, allez, vous êtes pires que les démons; car ceux-ci ne tourmentent que les damnés; mais vous, vous tourmentez les élus; ils sont cruels à l’égard des réprouvés, mais vous l’êtes à l’égard des prédestinés.
Non, il n’y a pour vous ni confession ni absolution, si vous ne faites pénitence d’un aussi grand péché, et si vous ne remplissez toutes vos obligations à l’égard des défunts.
Je ne le puis, me direz-vous, mes moyens ne le permettent pas.
Vos moyens ne vous le permettent pas?
Vous savez bien trouver de l’argent pour paraître dans le monde, pour satisfaire votre luxe: vous savez bien en trouver pour ces festins, pour ces dépenses folles et souvent criminelles; et quand il s’agit d’acquitter vos dettes, non seulement avec les vivants, mais encore avec les pauvres défunts, vous n’avez plus rien.
Ah! je vous comprends; il n’y a personne pour vous demander compte de votre conduite, mais Dieu