EUCHARISTIE ET SACERDOCE
Gerhard Ludwig MULLER
Evêque de Regensburg (Allemagne)
Les courants
actuels de l'oecuménisme, à travers la pratique de ce qu'on appelle les
intercommunions, cherchent à présenter comme étant dépassées les différences
fondamentales dans la compréhension de l'Eucharistie catholique et de la
communion protestante. La critique ouvertement formulée à propos de
l'Encyclique Ecclesia de Eucharistia
invite à ne tenir aucun compte de la résolution du Pape. Ce sont précisément ces
développements, accélérés par une minorité, qui présentent un danger pour le
processus oecuménique. Leur lutte n'est pas une recherche de l'unité de l'Eglise
de Jésus Christ, mais plutôt la recherche d'une Église qui, sur la base d'une
vérité relativisée, abandonne ses propres fondements apostoliques.
Dans Ecclésia de Eucharistia, Jean-Paul II souligne 1e caractère apostolique de l'Église comme
étant son aspect vivant. L'Église est apostolique car, en elle, les apôtres
continueront à enseigner, à guider, à sanctifier jusqu'au retour du Christ. A
travers les successeurs des apôtres - les évêques, assistés, par les prêtres -,
l'oeuvre salvifique est poursuivie dans l'Église et pour les hommes.
La
transmission authentique de la foi a lieu à travers le Sacrement de l'Ordre
impliqué dans la succession. La succession apostolique est la garante de l'authenticité
de la doctrine présentée comme requérant un engagement. C'est ainsi que
s'exprime le critère fondamental de la succession, c'est-à-dire l'identification
intérieure avec la foi des Pères, la doctrine de l'Église et le Pape comme
Pasteur Suprême de l'Église, sans que la succession soit seulement un mécanisme
vide, rabaissée de manière purement matérielle à une formalité. La succession
est l'acceptation intime de la foi, que la personne, à
laquelle le mandat est conféré, a reçue de l’Église. Face au
reste du Peuple de Dieu, le prêtre ministériel accomplit le sacrifice
eucharistique in persona Christi. Il ne l'accomplit pas simplement en jouant son
rôle, mais bien dans l'« identification spécifique, sacramentelle, au grand prêtre
de l'Alliance éternelle » (Ecclesia de Eucharistia,
n. 29), qui à travers l'accomplissement du sacrifice eucharistique,
réconcilie l'homme avec Dieu. Le prêtre célèbre le don que Jésus Christ a
offert à son Eglise. Le don du pain et du vin doit être inclus dans le don de
soi que Jésus a fait au Père, au point d'être transformé en celui-ci et de nous
être offert comme corps et sang de Jésus. Faisant, partie du corps et du sang
du Christ, en Jésus nous est également donnée da communion du Fils avec le
Père. Il vit en nous et nous vivons à travers Lui, car pour nous Il est une
nourriture sur le chemin vers la vie éternelle. Le Christ lui-même nous fait
participer à son sacrifice réconciliateur et nous inclut dans la communion
avec Dieu. C'est pourquoi, la mission de service de l'Église échappe à toute
manipulation humaine, dans la mesure où le caractère gratuit du don est
conservé uniquement à travers l'acte de l'évêque qui confère le pouvoir. Le
centre permanent de l'Eucharistie est Jésus lui-même, des mains duquel nous
recevons le don et qui nous accueille dans la promesse durable de sa présence.
Le pouvoir
spécifiquement sacramentel reçu à travers l'ordination signifie que l'on est
interpellé dans sa propre existence. Il donne à celui qui est ordonné la
certitude que sa vie, malgré les multiples obligations que lui imposent ses
devoirs, est liée à l'amour généreux du Christ pour les hommes. Le Décret sur
le ministère et la vie sacerdotale du Concile Vatican II,
Presbyterorum ordinis,
indique l'Eucharistie comme « le centre et la racine de toute la vie du prêtre
» (n. 14). A travers la célébration quotidienne de l'Eucharistie, l'amour
généreux du Christ sur la Croix devient un exemple pour te prêtre et l'incite à
considérer sa vie comme un service à l'homme et à l'édification du Royaume de
Dieu. L'intensité et le naturel intérieur avec lesquels est acceptée la
vocation sacerdotale deviennent également un exemple pour de nombreux jeunes,
les invitant à répondre à l'appel de Dieu. La rencontre personnelle entre un
jeune et un prêtre qui modèle sa vie à partir de l'Eucharistie est très souvent
devenue le point de départ de sa vocation. Ce qui est fascinant, à ce propos,
est la réalisation absolue de l'amour pastoral du prêtre, qui, à travers la célébration
de l'Eucharistie, confère une signification et une orientation à toute son existence.
C'est donc
un motif de grande, douleur de constater que dans de nombreuses paroisses la célébration
de l'Eucharistie ne fait plus partie de la norme. Le sacrifice de la Messe a
été remplacé par la célébration de la Parole, guidée par des religieux et des
laïcs. Ils s'engagent à poursuivre la célébration dominicale en exerçant de
façon louable le sacerdoce commun de tous les fidèles, fondé sur la grâce du
Baptême » (Ecclesia de Eucharistia,
n. 32). Toutefois, cette omission de l’Eucharistie, qui ne peut être
célébrée que par un prêtre, ne doit pas être choisie comme modèle pour l'avenir.
Dans I`Eucharistie, tout le Peuple de Dieu devient 1e Corps du Christ, dont la
tête est le Christ lui-même. Ce n'est qu'à travers la célébration du saint sacrifice
Eucharistique que nous sommes unis au Christ de façon tellement directe qu'il
est possible aux fidèles réunis de faire l'expérience de leur identité de
communauté de baptisés. L'Église se concrétise dans la communion
eucharistique: Elle est édifiée et elle reçoit la forme du Corps du Christ.
C'est pourquoi il est indispensable que l'Eucharistie soit célébrée par un
prêtre ordonné. En accomplissant le sacrifice eucharistique, il représente le
Christ lui-même, qui transforme en Église les croyants réunis.
L'Encyclique Ecclesia de Eucharistia, du Pape Jean-Paul II, rappelle très clairement le lien entre l'Eucharistie et le sacerdoce. Le lien fondamental entre la célébration sacramentelle, de la transformation du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Christ, en tant qu'accomplissement du mystère eucharistique, et la charge ordonnée est inséparable. Si cette conscience du sacrifice eucharistique devient à nouveau le centre de l’Église, alors on trouvera à nouveau des jeunes qui se donneront, avec dévouement et une disponibilité totale, au véritable centre de notre foi. Dans l'événement eucharistique, le Christ nous réconcilie avec Dieu. En même temps que l'Eucharistie, instituée par Jésus Christ, a été institué le sacerdoce. La concrétisation dans l'action de Jésus n'admet pas que l'Eucharistie soit séparée du ministère ordonné.
L’Osservatore romano - N. 10 - 9 mars 2004
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