Opus Dei
Périodique mensuel
Directeur-Gérant: Abbé F. Portier, La Bergerette,
65100 BARTRES - France
Sainte Philomène | La conscience | Offrir une Messe | Le prêtre de Jésus-Christ | L’unique nécessaire | Les Regards de Jésus | Reine du Très Saint Rosaire | Prière de la Vierge |
SAINTE PHILOMÈNE
Voici
un titre qui n'avait pas été prévu, même pour cette année 2001, et je le mets
aussitôt après le numéro concernant le Carême. Pourquoi ? Lisez ces quelques
lignes et vous l'apprendrez.
«Vous savez que l'an dernier, pendant
cinq et même six mois, ma santé m'a arrêté dans mes occupations. Heureusement
que je n'attends jamais la dernière heure pour le contenu d'une Revue, sinon
certains numéros n'auraient pu paraître. Accablé par une arthrose qui voulait
continuer son œuvre, j'étais immobilisé littéralement. Et lorsque ce mal
me permit de reprendre mon travail coutumier, je ne pus satisfaire en tout,
spécialement en ce qui concerne les génuflexions prescrites par la Liturgie, à
la Sainte Messe. Durant toute l'année 2000. je ne pus en accomplir qu'une
partie et encore (!) cela ressemblait plutôt à un coup de force, car ce n
'était assurément pas des génuflexions, même au moment de la Communion. Je faisais au mieux, en m'excusant toujours près
du Bon Dieu qui savait mon mal. Tout devait donc durer jusqu'à la fin de ma vie
!
Or, la Providence y mit fin grâce à
un livre que m'envoya les Éditions de Chiré en
Montreuil, livre de 148 pages dont je dévorai toute la première partie,
absolument sidéré par le style très simple du Père Paul O'Sullivan, et plus
encore par cette petite Sainte aux grands miracles, « cette chère petite
Sainte », comme la nommait affectueusement le Saint Curé d’Ars.
Comme je désirais vous faire connaître ce merveilleux petit livre et que je n'avais
pas le temps de réaliser un compte-rendu, je priai quelqu'un de le faire, (vous
pourrez en lire plus loin le petit compte-rendu). Sitôt rendu ce livre, je
m’y suis replongé, tellement il m'avait saisi. J’y ai trouvé la
même fraîcheur évidemment et ai invoqué cette « petite Sainte Thérèse des
premiers temps de l’Église ».
Chose absolument inattendue elle
devait m’attendre, Elle : en tous cas, depuis cette intervention, elle
m'a secouru, et depuis, grâce à Elle, je puis faire toutes mes génuflexions -
vrai miracle - qui m’a permis en outre de vous livrer cette Revue à temps
voulu chaque mois. Je puis faire convenablement mes génuflexions. J'avais halte
de vous livrer cette intervention, afin que, vous aussi, vous puissiez la
connaître, l'invoquer, et la remercier avec moi, pour ce bienfait qui se
renouvelle plusieurs fois par jour. N’hésitez surtout pas à vous procurer
ce petit livre, merveilleusement écrit. Il vous fera sûrement beaucoup de bien.
Et vous voudrez, vous aussi, invoquer cette Sainte de Mugnano qui ne cesse de
multiplier les grâces divines. Vous comprendrez mieux pourquoi ce numéro de
Revue lui est d'abord attribué car je pense qu'à l'époque où nous vivons, elle
peut nous être d'un grand secours, cette petite martyre de 15 ans ! Voilà ce
que je voulais vous dire avant que vous entrepreniez la lecture de ce qui suit.
J'ai voulu mettre dans ces pages quelques Prières qui peuvent lui être
adressées. Lisez-les avec foi et amour, et n'oubliez pas de vous joindre à ma
reconnaissance pour elle, qui m'a obtenu un si grand bienfait.
Abbé
Ferdinand PORTIER
–––––––-
La
guérison de Pauline Jaricot au sanctuaire de
Sainte
Philomène, à Mugnano (Italie)
En 1819, aidée par de pauvres
servantes et d'humbles dévideuses de soie, Mlle Pauline Jaricot avait fondé à
Lyon l’œuvre du sou par
semaine pour la Propagation de la Foi.
Le nom de cette admirable chrétienne
avait été prononcé assez souvent devant le Souverain Pontife. Celui-ci
recevant, le 15 mars 1832, Lamennais, Lacordaire et Montalembert qui étaient
venus demander au Saint-Siège de juger leurs doctrines, se tut paternellement
et à dessein sur des questions trop irritantes; comme pour orienter ces «
hommes nouveaux » vers un horizon d'apaisement et de fécond apostolat, il se
contenta d'évoquer l’œuvre d'une femme alors bien moins illustre,
Pauline Jaricot. « il a loué chaleureusement l'association lyonnaise pour la Propagation
de la Foi » écrivait après l'audience, dans son journal, le comte de
Montalembert.
Or, dans les premiers mois de 1834,
la dévouée Lyonnaise était devenue quasi impotente. Atteinte à trente-cinq ans
d'une violente maladie de cœur, il semblait qu'elle ne dût pas survivre
bien longtemps : rien que pour la changer un peu de place, il fallait la porter
assise dans un fauteuil.
Elle avait entendu parler de Ste
Philomène. Elle l'aimait déjà. Attirée de plus en plus vers la petite martyre
(chère au Curé d'Ars) et toute confiante en son pouvoir, Mlle Jaricot, malgré
son état désespéré, voulut faire le pèlerinage de Mugnano. Arrivée à Rome au
prix de quelles fatigues, elle fut reçues au Sacré-Cœur de la Trinité du
Mont. Par une délicatesse singulière, le Saint Père l'y alla voir. Il tenait à
la remercier de ce qu'elle avait fait pour l'honneur et l'extension de la foi
catholique. Toutefois, il la trouva si affaiblie, qu'il osa lui demander de
prier pour l’Église et son Chef, « dès qu'elle serait en paradis ». «
Oui, Très Saint-Père, je vous le promets », répondit la pauvre malade. Mais
ajouta-t-elle en appuyant bien sur les mots, « si à mon retour de Mugnano,
j'allais à pied au Vatican, Votre Sainteté daignerait-elle autoriser sans
retard le culte de la chère Sainte Philomène ? » « Assurément, ma fille répliqua Grégoire
XVI, car en ce cas il y aurait miracle de premier ordre ». Puis se tournant
vers la supérieure des religieuses du Sacré-Cœur et s'exprimant cette fois
en italien pour que Pauline ne saisit pas: « Qu'elle est donc malade !... Nous
ne la verrons plus ! »
La samedi 9 août 1835, dans la soirée,
Mlle Jaricot, accompagnée de son chapelain, d'une femme de chambre et d'un
domestique, arrivait à Mugnano. Elle était moribonde. Du reste, à cette époque
de l'année, sous le ciel napolitain, la chaleur est intense, meurtrière. Le
lendemain arrivait la fête anniversaire de la Translation. On chantait au
sanctuaire les premières vêpres solennelles. Pauline, descendue à grand-peine
de voiture, fut conduite sur une chaise à porteurs devant l'autel des reliques
Elle faisait pitié. Cette dame, au
dire des témoins, semblait plutôt un cadavre qu'une personne vivante. Elle
était au dernier degré de sa maladie de cœur : on lui eût donné soixante
ans !
Malgré son extrême fatigue, elle
voulut rester en prière devant la châsse jusqu'à la fin de la longue cérémonie.
Le lendemain, dimanche, on la reporte à l'église. Elle y entend plusieurs
messes et communie. Elle assiste aux offices du soir, puis à ceux du lundi.
Plusieurs docteurs de Naples, présents à la neuvaine, avaient remarqué déjà
l'état désespéré de la malade... Soudain, ce lundi 11 août, pendant la
bénédiction du Saint-Sacrement, Mlle Jaricot eut l'impression qu'elle était
guérie. Toutefois, pour éviter les ovations de la multitude, elle attendit la
sortie des fidèles. Elle se leva, elle marcha sans aucun appui et même se
hasarda seule jusqu'à la grand porte.
Mais le gardien du sanctuaire vient
de l'apercevoir. En bon italien qu'il est, il pousse des acclamations, fait
sonner les cloches; la foule accourt à l’Église... Il faut que Pauline,
bon gré mal gré, soit portée en triomphe. Elle se prête gentiment à cette
pieuse exigence ; tant pis cette fois pour l'humilité !... Et la chaise,
devenue inutile, restera ici en ex voto, interprète
muet d'une éternelle gratitude. Par reconnaissance, Mlle Jaricot ajoutera
désormais à son prénom de Pauline ceux de Philomène-Marie.
L'heureuse miraculée s'en retourna
vers Rome avec une belle statue et une relique de sa chère bienfaitrice. Tout
au long du chemin, elle les fut vénérer dans les bourgs et les villages. Cependant
personne dans la Ville Éternelle n'avait été avisé de rien. Aussi quand Pauline-Philomène-Marie se présenta au Vatican, où on la
croyait morte, Grégoire XVI, la revoyant pleine de force et de santé, s'écria :
« Est-ce bien ma chère fille ? revient-elle de la tombe, ou bien le Seigneur
a-t-il daigné manifester en sa faveur la sainteté de la martyre ?
– Oui, Très Saint-Père, c'est bien moi, c'est bien la pauvre Pauline
que Votre Sainteté a vue mourante. Dieu l'a regardée en pitié, grâce à la chère
Sainte Philomène... Mais maintenant que je reviens pleine de vie, me
permettrez-vous d'accomplir le vœu que Votre Sainteté aura autorisé le
culte public de la vierge martyre ? – Oui, ma fille », répondit Grégoire
XVI. Et il promit de s'en occuper sans retard.
Le pontife fit preuve alors envers
la protégée de Ste Philomène de la plus paternelle, de la plus souriante bonté.
Quittant la chambre des audiences, il la reconduisit à travers les grandes
salles du Vatican. Il la faisait marcher vite, l'envoyant assez loin devant
lui, et quand elle se rapprochait : « Encore, encore ! disait-il. Je veux être
bien sûr que ce n'est pas une apparition de l'autre monde, mais bien ma chère
fille de Lyon ! »
Le Pape, bien qu'il n'eût aucun
doute sur l'intervention miraculeuse de Filumena
temporisa plus d'une année encore. Préparait-il ainsi une réponse contre
ceux qui accuseraient le Saint-Siège d'enthousiasme irréfléchi et lui
reprocheraient une décision mal éclairée ? C'est possible. Quoi qu'il en soit, le
13 janvier 1837, il acquiesça aux suppliques qui lui étaient adressées et
confirma le rescrit de la Congrégation des Rites par un décret solennel. Ainsi
se trouvaient légalisés par l'autorité suprême de l’Église l'acte de la
seconde « naissance » de Ste Philomène au cimetière de Priscille, sa vie de
chrétienne, sa confession sanglante, la translation de ses restes en Campanie,
la soudaine célébrité de son culte, la puissance de son intercession.
Extrait
de L'IMPARTIAL N° 77
Revue Opus Dei - Année 2001 - No 4