Message à l’occasion du
cours sur le « For interne »
L’importance du sacrement de la Pénitence dans la vie
chrétienne.
Le vendredi 15 mars 2002,
le Pape Jean-Paul II a adressé un Message à S.Exc. Mgr Luigi De Magistris,
Pro-Pénitencier Majeur, à 1' occasion du cours traditionnel sur le For
interne organisé par la Pénitencerie apostolique, auquel participaient des
prélats et des membres de la Pénitencerie, des religieux des diverses Familles
qui exercent le ministère pénitentiel dans les Basiliques de l'Urbs; des jeunes
prêtres et des candidats aux sacerdoce. Voici le texte du Message du
Saint-Père:
A mon Vénéré Frère Mgr Luigi
DE MAGISTRIS Pro-Pénitencier Majeur
1. Le Seigneur m'accorde cette année également la joie de m'adresser à ce
dicastère. Je vous salue cordialement, Vénéré frère, ainsi que les prélats et
les membres de la Pénitencerie apostolique, et les religieux des diverses Familles
qui exercent le ministère pénitentiel dans les Basiliques patriarcales de
l'Urbs. J'adresse une pensée particulière aux jeunes prêtres et candidats au
sacerdoce, qui participent au cours traditionnel sur le «For interne», offert
comme un service ecclésial par la Pénitencerie.
Je voudrais que l'on
puisse lire dans ce Message le témoignage de l'appréciation que le Pape
réserve non seulement à la fonction de la Pénitencerie, qui est son vicaire
dans l'exercice ordinaire de l'Autorité des Clefs, mais également au travail
des Pères pénitenciers, qui exercent dans la relation directe avec la
conscience de chaque pénitent le ministère de la Réconciliation et, enfin, au
dévouement avec lequel les jeunes prêtres et candidats au sacerdoce se préparent
à la très haute charge de confesseurs.
2. La mission du prêtre est synthétisée de façon efficace par les célèbres
paroles de saint Paul: « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ: c'est
comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ:
laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20).
En cette circonstance, je
désire reprendre et développer un concept que j'ai déjà exprimé lors de la
première audience à la Pénitencerie apostolique et aux Pères pénitenciers des
basiliques patriarcales de l'Urbs, le 30 janvier 1981. Je disais à l'époque: «
Le sacrement de la Pénitence [...] est non seulement l'instrument visant à
détruire le péché – moment négatif – mais un précieux exercice de la vertu,
expiation par lui-même, école irremplaçable de spiritualité, travail hautement
positif de régénération dans les âmes du « vir perfectus », in
mensuram aetatis plenitudinis Christi » (cf. Ep 4, 13). Je
voudrais souligner cet aspect concret « positif » du Sacrement, afin d'exhorter
les prêtres à y avoir personnellement recours, comme à une aide valable dans
leur propre chemin de sanctification, et donc à s'en servir également comme
d'une forme qualifiée de guide spirituel.
En effet, on ne peut
parvenir concrètement à la sainteté, et en particulier à la sainteté
sacerdotale, qu'en ayant recours de façon habituelle, humble et confiante au
sacrement de la Pénitence, entendu comme véhicule de la grâce: il est
indispensable lorsque celle-ci à malheureusement été perdue en raison du péché
mortel, et il faut le privilégier lorsque le péché mortel n'a pas eu lieu car
la confession sacramentelle est alors ce Sacrement des vivants, qui accroît la
grâce elle-même mais qui, en plus, corrobore les vertus et aide à contrôler
les tendances héritées de la faute originelle et aggravées par les péchés
personnels.
3. Je compte parmi les plus grands dons que la célébration de l'Année
Sainte 2000 a obtenus pour nous du Seigneur, une conscience renouvelée chez de
nombreux fidèles du rôle décisif que joue le sacrement de la Pénitence dans la
vie chrétienne, et en conséquence une augmentation réconfortante du nombre de
ceux qui y ont recours.
Sur le chemin de l'ascèse
chrétienne, le Seigneur peut bien sûr diriger intérieurement les âmes vers des
formes qui transcendent la médiation sacramentelle ordinaire. Toutefois, cela
n’élimine pas la nécessité du recours au sacrement de la Pénitence, ni la
subordination des charismes à la responsabilité de la hiérarchie. C'est ce
qui ressort du célèbre passage de la première Lettre aux Corinthiens, où
l'Apôtre Paul affirme: « Quosdam quidem posuit Deus in ecclesia primum
apostolos, secundo prophetas, tertio doctores ... » , avec ce qui suit
(cf. I Co 12, 28-31). Dans le texte, un ordre hiérarchique est clairement
énoncé entre les diverses fonctions, institutionnelles et charismatiques, dans
la structure de la vie de l’Église. Saint Paul répète ensuite cet enseignement
dans tout le chapitre 14 de la même Lettre, dans lequel il énonce le principe
de la subordination des dons charismatiques à son autorité d'Apôtre. Il a pour
cela recours sans hésitation au verbe je veux et à des formes
impératives.
4. Mais c'est le Seigneur Jésus lui-même, source de tout charisme, qui affirme
de la façon la plus solennelle le caractère irremplaçable, pour la vie de
grâce, du sacrement de la Pénitence, qu'il a confié aux Apôtres et à leurs
successeurs: « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettez les péchés, ils leur
seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,
22-23).
Il n'est donc pas conforme
à la Foi de vouloir réduire la rémission des péchés à un contact, pour ainsi
dire, privé et individualiste entre la conscience de chaque fidèle et Dieu.
Bien sûr le péché n 'est pas pardonné s'il n'y a pas de repentir personnel,
mais dans l'ordre actuel de la Providence la rémission est subordonnée à
l’accomplissement de la volonté positive du Christ, qui a lié la rémission
elle-même au ministère ecclésial ou tout au moins à la volonté sérieuse
d'avoir recours à celui-ci au plus tôt, lorsqu'il n'y a pas la possibilité
d'accomplir la confession sacramentelle dans l'immédiat.
Tout autant erronée est la
conviction de celui qui, tout en ne niant pas la valeur positive du sacrement
de la Pénitence, le conçoit cependant comme quelque chose de surérogatoire,
car le pardon du Seigneur aurait été donné «semel pro semper» sur le
Calvaire et l'application sacramentelle de la miséricorde divine n'apparaîtrait
alors pas nécessaire pour retrouver la grâce.
5. De même, il faut
répéter que le sacrement de la Pénitence n'est pas un acte de thérapie
psychologique, mais une réalité surnaturelle destinée à produire dans le cœur
des effets de sérénité et de paix, qui sont le fruit de la grâce. Même lorsque
l'on considère utiles des techniques psychologiques extérieures au Sacrement,
celles-ci ne pourront être conseillées qu'avec prudence, mais jamais imposées
(cf. l'avertissement du Saint-Office en date du 15 juillet 1961, n. 4).
En ce qui concerne ensuite
les formes spécifiques d'ascétisme vers lesquelles orienter le pénitent,
elles pourront être proposées par le confesseur à condition qu'elles ne soient
pas inspirées de conceptions philosophiques ou religieuses contraires à la
vérité chrétienne. Telles sont, par exemple, celles qui réduisent l'homme à un
élément de nature ou, au contraire, qui l'exaltent comme le détenteur d'une
liberté absolue. Il est facile de reconnaître, en particulier dans ce dernier
cas, une forme renouvelée de pélagianisme.
6. Le ,prêtre, ministre du sacrement, gardera ces vérités à l’esprit, que
ce soit lors du contact avec chaque pénitent, ou dans l'enseignement
catéchétique à donner à chaque fidèle.
Il est par ailleurs
évident que les prêtres, qui reçoivent la charge du sacrement de la Pénitence,
sont appelés à appliquer ces certitudes tout d'abord à eux-mêmes, ainsi que les
orientations pratiques qui s'y rapportent. Cela les aidera dans leur recherche
personnelle de la sainteté, ainsi que dans l'apostolat vivant et vital qu'ils
doivent exercer avant tout par l'exemple: « verba movent, exernpla trahunt
».
Que ces critères guident
de façon privilégiée les prêtres confesseurs et les directeurs spirituels
dans leurs relations avec les candidats au sacerdoce et à la vie consacrée. Le
sacrement de la Pénitence est l'instrument privilégié pour le discernement des
vocations. Afin de poursuivre l'objectif du sacerdoce, il est en effet
nécessaire de posséder une vertu mûre et solide, c'est-à-dire qui puisse
garantir, autant que possible « in humanis », une perspective de persévérance dans
l'avenir qui soit fondée. Il est vrai que le Seigneur, comme il le fit avec
Saul sur la route de Damas, peut instantanément transformer un pécheur en un
saint. Toutefois, cela ne fait pas partie des voies habituelles de la Providence.
C'est pourquoi celui qui a la responsabilité d'autoriser un candidat à
poursuivre sa voie vers le sacerdoce doit avoir « hic et nunc » la
certitude de sa véritable capacité. Si cela est valable pour chaque vertu et
aspect moral, il est clair qu'on l'exige encore davantage en ce qui concerne la
chasteté, car, en recevant les Ordres, le candidat sera tenu au célibat
perpétuel.
7. Je confie ces réflexions, qui se transforment à présent en une prière
fervente, à Jésus, Prêtre suprême et éternel. Que la Très Sainte Vierge, Mère
de l’Église, intercède auprès de son Fils, afin qu'il daigne accorder à
l’Église de saints pénitents, de saints prêtres, de saints candidats au
sacerdoce.
Avec ces vœux, je donne de tout cœur à tous la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 15 mars 2002
Ioannes Paulus PP. II
L’Osservatore romano, n. 14 – 2 avril 2002