Pensées et réflexions
L’intelligence - La paix - Situation
de l’homme sans Dieu - Le moi - La vraie religion - Le
royaume - La prière - Le rire
- Le pécheur - L’erreur
- Le sacrifice - L’amour
parfait - La santé - Les lois
- Retour aux sources - Maintenant
- Le mystère - Sagesse - Purification - La sexualité
- La connaissance - Simplicité
- Contemplation - L’épreuve
- Vérités éternelles - La
foi - La mort - L’Église
- Récompense - Maranatha - Le serviteur - Le silence - La vie
Lettres aux journaux
Tout ce qui est reçu
est en celui qui le reçoit
selon sa façon de le recevoir
Saint Jean de la Croix
Pensées
Les vérités
s’écrivent avec du sang.
Nos mains sont refermées sur un caillou et nous ne voulons pas lâcher prise. La
souffrance vient de ce que Dieu veut écarter nos doigts un par un pour ôter ce
caillou... et le remplacer par un diamant.
Il est vain de vouloir parler de Dieu à celui qui ne le cherche pas encore:
autant vouloir parler musique à un sourd.
Le jour, Dieu apparaissait à Israël dans une nuée et la nuit, dans une colonne
de feu. C’est que lorsqu’il est éveillé au monde matériel,
l’homme perçoit Dieu obscurément et comme à travers un nuage. Mais la
nuit, les yeux ne voient plus le monde et Dieu devient lumière. C’est le
monde qui voile Dieu à l’homme.
L’histoire d’Adam et Ève qui se cachent après avoir mangé du fruit
défendu nous montre que la peur est la première conséquence de la
désobéissance. C’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et
l’être. En se séparant de Lui, l’homme prend conscience qu’il
va mourir, car il s’est coupé de sa source de vie et il prend peur. La
peur est la conséquence du péché, le signe que l’on est coupé de Dieu :
Car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de
la raison. (Sg 17.12)
L’homme qui reconnaît que Dieu est son Père ne peut connaître la peur,
car la connaissance de l’amour de Dieu chasse la peur.
La paix soit avec vous. Non pas la paix telle que le monde la conçoit, mais la
paix de celui qui n’a plus peur. Car je suis là. Je ne vous abandonne
pas. Demeurez en moi et moi en vous; ainsi, vous n’aurez plus jamais
peur. Parole du Vivant.
Dieu, c’est la paix dans la guerre, le repos dans l’effort, la joie
dans la tristesse et la vie dans la mort. Lorsqu’on l’a trouvé, il
faut le chercher encore, le chercher toujours.
Il nous a dit, " Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ",
et nous avons encore peur!
Prends garde, à force de mentir, tu ne te croiras plus. À force de voler, il ne
te restera plus rien.
Comme l’expérience, la sagesse est incommunicable. L’homme doit
l’acquérir : en abondance et à peu de frais s’il écoute Jésus le
Christ; chichement et à grand peine s’il veut suivre un autre chemin. Et
même alors, le peu qu’il aura trouvé, viendra du Christ.
Quand l’homme trouve en Dieu ses délices, qui donc lui ôtera sa joie,
sinon lui-même?
À l’imitation de Jésus le Christ, les hommes de Dieu sont des lumières et
des sauveurs. Lorsqu’ils meurent, ne pleurons pas sur eux, mais sur nous,
car ils éclairaient nos ténèbres.
Le Royaume de Dieu commence ici-bas, à l’intérieur de nous. Le Purgatoire
aussi. Les flammes du Purgatoire, c’est le repentir devant l’amour
infini de Dieu. C’est voir son refus d’avoir aimé l’Amour. Il
n’est pas de brûlure plus cuisante.
Attention à ce que nous pensons, car nous devenons cela : les pensées sont des
choses.
En plaçant de la terre sur les yeux de l’aveugle, Jésus lui fit voir
qu’il n’était que poussière, et il fut guéri.
L’homme de science qui refuse de croire aux miracles parce qu’ils
contredisent l’ordre naturel ne connaît rien à l’ordre naturel.
C’est simple au point que Jésus prit un pain, rendit grâce à Dieu et
distribua des pains à la multitude. Si vous ne croyez pas cela, vous
n’êtes pas au bout de vos peines.
De même qu’au centre de la tornade règne le calme, ainsi l’amour de
Dieu donne la paix et la joie au milieu des misères, des tribulations et des tourments
de ce monde.
L’homme qui, par sa seule raison, prétend résoudre l’énigme de
l’homme a entrepris de vider l’océan avec le creux de sa main.
Quand bien même Dieu lui accorderait l’éternité, où donc le
déverserait-il?
La science explore la création jusqu’aux mystères de l’origine et
de l’aboutissement du plan divin dont elle est la servante.
Ne rien désirer que l’harmonie avec la volonté du Père.
N’avoir peur de rien ni de personne. Dieu est Dieu et je suis son enfant.
De quoi aurais-je peur? Qui craindrais-je?
Notre Père est en train de fabriquer une merveille et il nous invite à
collaborer avec Lui. Courons!
Seigneur, je suis muet d’admiration devant ta sagesse et stupéfait devant
la bêtise des hommes qui tournent tes commandements en dérision.
Tout est bien pour qui se laisse docilement guider par le Père. Il n’y a
pas de plus grande sagesse, de plus grande force, de plus grande intelligence.
Celui-là s’est vaincu lui-même. Il a fait plus qu’un conquérant.
Dieu, notre Père, quelle patience tu as avec tes enfants!
Certains vénèrent Jésus pour ne pas avoir à l’imiter. Ils le placent au
ciel, le plus loin possible, pour pouvoir demeurer sur la terre. Ils pratiquent
une religion, alors que seul l’amour pourra les établir dans le Royaume.
Quand notre âme aura épousé son Seigneur, elle lui sera fidèle par nécessité,
car tous deux ne formeront qu’un seul corps, et l’homme ne séparera
plus ce que Dieu a uni.
En réalité, tout est religion. Tout est adhésion, par un acte de foi, à la
vérité que nous avons librement choisie.
Il faut chercher Dieu dans les larmes, car grande est la faiblesse d’un
Père devant son enfant qui pleure.
Nos désirs sont comblés à partir du moment où nous faisons que notre volonté et
celle du Père sont une.
Être parfait, c’est faire tout ce qui est à la mesure de nos moyens. Pour
Jésus le Christ, c’était de mourir sur la croix. Pour nous, c’est
aussi de faire la volonté de notre Père qui connaît bien les limites de nos
forces et ne les dépasse jamais.
Le chemin de la perfection, c’est celui que je suis en ce moment si je ne
doute pas que Dieu opère en moi.
Thérèse d’Avila parle de l’âme en la comparant à un château de pur
cristal, créé à l’image de Dieu. Il est honteux de ne pas chercher à
connaître notre richesse, car nous pouvons posséder ce trésor qui est notre
âme. Le corps, objet de nos préoccupations, n’est que le coffret qui
renferme ce joyau. Ouvrons le coffret à l’Esprit et la Lumière fera
resplendir le diamant. Peu nous importera alors si le coffret est jeté au feu.
Il ne faut s’attacher à rien. Malheur aux riches. Heureux les pauvres en
esprit. L’ermite peut être riche de sa pauvreté, le savant de sa science,
l’homme de bien de sa bonté, le prêtre de sa prêtrise, l’ascète de
ses jeûnes, le sage et l’intelligent de sa sagesse et de son
intelligence. Or le riche n’entrera pas dans le Royaume qu’il ne se
soit dépouillé de tout.
Tout est grâce, venue du Père, par l’Esprit, au nom du Fils : tel est le
commencement et la fin de tout savoir.
Jeanne d’Arc disait toujours, " Dieu premier servi ".
C’est la sagesse.
La plupart des hommes sont comme des veaux, avides et ne pensant qu’à
téter. Et il leur arrive ce qui arrive aux veaux : ils engraissent et on les
mène à l’abattoir.
Tu aimes les pauvres et les opprimés et tu les défends, mais tu hais les riches
et les oppresseurs et tu les attaques. Te voilà bien avancé.
Songeons, parfois, que la terre est un atome dans l’univers des mondes,
et que l’atome est comme un univers au regard de la science.
Il ne faut pas craindre de scandaliser les faibles, car les brebis ont besoin
de nourriture solide.
La honte doit nous envahir dès que nous ne comprenons plus l’Écriture.
La connaissance des mystères divins nous exclurait inévitablement du Royaume.
D’abord parce que nous ne serions pas capables de les porter, ensuite
parce nous perdrions la possibilité de devenir comme Dieu : être créateur,
connaissant le bien et le mal et choisissant librement le bien.
Si fort que nous aimions Dieu, il nous aime plus encore. Au moindre appel, il
se précipite vers nous. Dieu brûle d’amour pour tous les hommes. Tel
l’amant, il guette la moindre œillade de sa maîtresse qui redevient
belle en tournant son regard vers lui, car il est toutes les beautés.
Le véritable ami de Dieu connaît une joie que rien ni personne, hormis
lui-même, ne peut lui enlever. Les souffrances ne lui sont pas épargnées, car
il n’est pas un bâtard : il est le fils aimé que son père corrige. Mais
il sait bien qu’au plus profond de sa détresse, la douceur de l’amour
divin ne lui fait pas défaut. Il aime et il est aimé dans la joie et dans la
douleur. Il se réjouit de vivre, car il travaille dans la vigne de son Père et
la vie lui est un gain. Il ne craint pas de mourir, car il connaîtra alors la
joie pure et sans tache de ceux qui sont délivrés du mal. Je suis heureux de
vivre, dit saint Paul, mais mourir m’est un gain. Et Jésus affirme : Si
vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le
Père est plus grand que moi.
La famille humaine doit être spiritualisée, ou elle devient une contrefaçon de
la vraie famille. Le couple, la famille, la nation sont des égoïsmes
collectifs, coexistence momentanée d’intérêts et de besoins personnels.
C’est un amour humain, toujours voisin de la haine. Seul l’Esprit
qui est dans le Christ peut nous apprendre à aimer d’un pur amour
l’époux, l’enfant, le compatriote : Voici ma mère et mes frères.
Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère.
Il est menteur celui qui dit aimer Dieu et ne le trouve pas en lui-même et dans
son frère, si misérable soit-il. L’amour que nous avons les uns pour les
autres est l’exacte mesure de notre amour pour Dieu, mais il commence par
lui.
Dieu est. C’est la seule chose qu’il importe de savoir et tout le
reste en découle. Celui qui sait ne cherche pas à convaincre. Il enseigne et
montre la voie car la Lumière ne doit pas rester cachée, mais sa foi
n’est pas à la merci de l’approbation d’autrui. Il apprend
aussi à se taire, car on ne jette pas de perles aux pourceaux.
Enfants, nous avons entendu bien des paroles obscures dont le sens ne sous est
apparu que plus tard. Il en est ainsi des Paroles que Dieu nous adresse par les
textes sacrés et par ses serviteurs. Et Dieu fait connaître aux hommes ce
qu’ils ont besoin de savoir.
La littérature n’est trop souvent qu’un vain bavardage dont les
hommes devront un jour rendre compte comme d’autant de paroles inutiles.
Tais-toi et connais que je suis Dieu. Il est bien près de la connaissance
parfaite celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots.
Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne
l’écoutent pas. Plus vous l’écoutez, plus il vous parle.
Voulez-vous savoir pourquoi vous ne croyez pas en Dieu? Commencez pas lire les
Évangiles et demandez-vous ce qu’il faudrait changer en vous pour y
adhérer.
Voulez-vous croire en Dieu? Alors, priez. Priez sans vous lasser. Car il est à
la porte et il frappe et si vous ouvrez, il entrera et prendra la Cène avec
vous. Mais il n’entrera pas avant que vous-même soyez bien sûr que vous
désirez sa présence.
Les saints nous enseignent qu’aimer Dieu, c’est être passionnément
amoureux. On ne pense qu’à lui, on ne désire que lui et plus rien
d’autre n’existe vraiment.
Les nations, comme les hommes, sont punies par où elles ont péché.
C’est appuyés sur le bras de nos frères que nous entrerons dans le
Royaume. Cela s’appelle la communion des saints.
" Avant qu’Abraham fût, Je suis ". Que le Christ était beau,
élégant et profond, lorsqu’il parlait par la bouche de Lao-tzeu!
En ton Nom je m’incline, ô Jésus, Roi des rois,
Devant ceux qui te servent en ignorant ton Nom.
Ils ne crient pas Jésus, n’arborent pas ta Croix,
Mais ils servent leurs frères, les aiment comme toi.
L’Esprit qui t’animait, Jésus, Christ de Dieu,
A trouvé leurs cœurs purs et peut y habiter.
Et qu’importe les noms que leurs bouches proclament,
Ils sont tes héritiers, tu sauras les trouver.
Ils te reconnaîtront, divin Fils de leur Père,
Car leurs yeux sont amants de la pure Beauté.
Chacun de nos choix, chacune de nos actions est une brique apportée à
l’édification de notre demeure éternelle. Toute action qui manque à la
loi d’Amour - même si elle peut paraître grandiose aux yeux des hommes -
ressemble aux briques que fabriquaient les captifs en Égypte, mélange de paille
et de boue. L’acte d’amour est une brique d’or fin. Quand
tous les hommes auront complété leur demeure, l’Esprit de Vérité, tel un
feu dévorant, purifiera l’or fin et réduira la paille en cendres.
Dura lex, sed lex. L’homme récolte ce qu’il a semé. La dureté de
cette loi répugne à beaucoup, et moins encore comprennent la richesse
d’amour que recèle cette rigueur divine. Ne blâmons pas nos chefs
spirituels, car ils sont tels que nous les voulons. Celui qui cherche le Christ
avec sincérité, le trouvera.
Les Écritures, d’Abraham à Jésus, enseignent que la pureté de la foi est
inversement proportionnelle au nombre des lois et des actes de dévotion
extérieurs.
Tout homme qui n’est pas en conversation avec Dieu est un malheureux qui
s’ignore, quelle que soit l’illusion de bonheur dans laquelle il
croit être.
L’intelligence
Dieu est Un, unique Seigneur. Une seule Loi. Un seul " Je Suis ". Un
seul Être, une seule Force créatrice, infinie, éternelle, incréée, située à la
fois à l’extérieur et à l’intérieur du temps et de l’espace,
force créatrice à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de moi.
Mon être, créé et limité par le temps et l’espace est éloigné de l’Être
éternel mais non pas séparé de Lui, car Dieu est Un et rien ne peut être en
dehors de Lui. Un lien existe entre le créé et l’incréé, entre l’Homme
et Dieu. A travers ce lien, je garde le contact avec l’Être, avec la Loi.
Devenir intelligent, c’est chercher à se conformer à la Loi du " Je
suis ", la Loi éternelle de l’Être éternel, source unique de vie et
de lumière, de toutes ses forces, de tout son cœur, de tout son esprit,
afin de réaliser l’union de l’être avec l’Être.
Car l’homme intelligent sait qu’en se détournant de l’Être de
toute chose, il se coupe de la Vie. Entre la Vie et la Mort, la Lumière et les
Ténèbres, le Bien et le Mal, chaque jour, l’homme choisit.
Plus l’homme, être du temps et de l’espace, se tourne vers la
Lumière qui éclaire tout homme venu en ce monde, plus il devient Lumière. C’est
alors seulement qu’il comprend la Loi. Il devient sage, intelligent,
libre. Il discerne le bien et le mal. Il devient Dieu.
Cette sagesse et cette intelligence ne sont pas selon le monde. Le monde ne
peut les comprendre. La sagesse, l’intelligence et la liberté de l’Être,
du Je suis, sont éternels. Le monde passe.
L’être créé, l’homme, en se tournant vers la source de tout Être,
de toute Vie, de toute Lumière, discerne dans l’être créé l’Être
éternel : il voit Dieu dans son prochain, et il l’aime. Devenant
intelligent, l’homme fait pour Dieu ce qu’il voudrait que Dieu
fasse pour lui : il fait pour son prochain ce qu’il voudrait que son
prochain fasse pour lui. Ainsi, ce n’est plus lui qui vit mais c’est
Dieu qui vit en lui. Il devient un avec le Un.
C’est pourquoi Jésus parle des grands commandements en ces termes :
Hommes qui cherchez Dieu, apprenez, comprenez, qu’il existe une Force,
une Loi, un Éternel tout-puissant en dehors de qui rien ne peut être. Il est en
vous et vous Le connaissez, car vous ne Le chercheriez pas si vous ne L’aviez
déjà trouvé. La sagesse et l’intelligence, c’est de L’aimer
par-dessus toute chose.
Ne préférez rien à Dieu, mais cherchez à connaître et à faire Sa volonté, car
I1 est la Vie.
En Lui donnant tout, vous posséderez tout. Aimez vos frères comme vous vous aimez
vous-mêmes.
Faites pour eux ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, pour l’amour
du Bien, par obéissance à la Loi, par conformité avec le Divin, gratuitement,
comme moi, Jésus, je vous ai aimés jusqu’à donner ma vie pour vous.
Il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer les hommes. Il n’est
pas possible d’aimer les hommes sans aimer Dieu. Celui qui aime Dieu aime
les hommes et s’aime lui-même. Il est intelligent celui qui dit:
"Seigneur, que Ta volonté soit faite" et qui se met à l’œuvre.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons que le Christ, qui est la Lumière,
la Vérité et la Vie, a toujours été parmi les hommes, depuis Adam. Dieu dit:
" Que la Lumière soit. Et la Lumière fut ". N’est-il pas écrit
que la Parole " est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la
mettes en pratique ". Y a-t-il une autre Parole que celle du Christ? Paul
ne dit-il pas que nos pères, au désert, " burent le même breuvage
spirituel; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait: ce rocher c’était
le Christ ".
Comprenons. Devenons intelligents. Comprenons que Jésus est né pleinement
homme. Comprenons que Jésus est mort pleinement Christ. Parce qu’il était
homme, comme nous, Jésus connaissait nos faiblesses.
Mais si nous sommes ici par désobéissance, lui est venu par obéissance: "
Je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé
". Jésus est né d’une Vierge immaculée pour que nous comprenions qu’il
n’était pas marqué par la désobéissance; Jésus est né d’une femme
pour que nous comprenions qu’il a assumé et pris sur ses épaules la
condition de souffrance qui est celle de l’homme détourné de Dieu. Homme,
Jésus a souffert, a peiné; il lui a fallu " grandir en grâce et en sagesse
".
Jésus a subi toutes les tentations, mais parce qu’il gardait son regard
tourné vers la Lumière, il n’a pas succombé. Il a eu de terribles moments
de tristesse; il a pleuré, comme nous. Il a eu peur, il a connu l’angoisse,
jusqu’à suer le sang. Mais il a cru à l’Amour du Père, il a accepté
sa volonté. Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Il est, à
jamais, Jésus le Christ. Il est le premier Homme Nouveau. Il est un avec Dieu.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons qu’Il nous appelle et nous
montre le chemin : " Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ". "
Nul ne va au Père, sinon par moi ". Comprenons qu’il a vaincu le
monde et qu’Il nous en offre le moyen. Dis-moi, homme, quelle excuse
invoqueras-tu devant ton Dieu quand il te montrera le Christ?
Comprenons aussi que ce n’est pas en devenant ceci ou cela et en criant
Jésus, Jésus, que nous serons un avec Lui comme I1 nous l’a promis. Il
faut prendre sa croix et le suivre. Faire comme Lui. Croire. Aimer. Quoi qu’il
advienne, tout vient de Dieu. " Les biens et les maux, la vie et la mort,
la pauvreté et la richesse, viennent du Seigneur ".
" Tout ce qui t’advient, accepte-le, dans le revers de ton
humiliation, sois patient ". Comprends. Sois intelligent. Sois patient. Ne
crois pas que tout soit horriblement compliqué. Au contraire, tout est
merveilleusement simple. En son temps, l’Esprit te révélera tout ce que
tu as besoin de connaître. Sois patient. Sache que Dieu est Dieu et qu’Il
est ton Père. Si tu es de bonne volonté, la paix t’es promise.
Et médite les commandements qui résument la loi et les prophètes : " Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes
des forces, et ton prochain comme toi-même. "
La paix
Voulez-vous faire bondir les hommes? Dites-leur : " Rien ne vous arrive
que vous n’ayez vous-mêmes préparé pour vous-mêmes, par vos actes et par
vos pensées. Vous récoltez toujours ce que vous avez semé. " Rien n’est
plus propre à déchaîner leur rage.
Car les hommes cherchent avant tout à trouver un coupable en dehors d’eux-mêmes.
Ils trouveront mille façons de démontrer, à l’évidence, qu’ils ne
sont pas responsables, qu’ils sont les jouets du hasard et de l’injustice.
Chacun se persuade que son sort est injuste et cherche une vérité qui soit la
moins douloureuse à regarder en face. Mais en vain. Nous sommes sur terre pour devenir
semblables à Dieu : connaissant le bien et le mal, choisissant le bien.
Dans le monde, la bonté et la méchanceté, le bien et le mal, la joie et la
souffrance, coexistent. Les hommes pensent qu’ils peuvent changer le
monde, éliminer la haine et la souffrance. Cela ne se peut. Le monde alors ne
serait plus sous le règne de l’homme, mais de Dieu. Ce règne arrivera,
mais seulement lorsque l’homme aura atteint la perfection de son être,
qui est divin.
Devant son impuissance à se vaincre lui-même et à triompher du monde, l’homme
pourrait être frappé de désespoir. Or, celui qui se nourrit de la parole de
Dieu, sans se bercer d’illusions sur la nature humaine, trouve la paix.
Pourquoi? Simplement parce que la paix est donnée aux hommes de bonne volonté.
Jésus avait la paix. Pourtant il n’a pas changé le monde, ni aboli toutes
les souffrances, ni guéri toutes les maladies, ni donné du pain à tous les
affamés. Il a simplement fait son devoir, accompli la tâche pour laquelle il
avait été envoyé. Pour le reste, il était de bonne volonté.
L’homme qui désire la paix doit prendre exemple sur lui. Que tout homme,
avec les moyens dont il dispose, accomplisse la tâche qu’il estime être
sienne. Pour le reste, que sa bonne volonté soit totale et sincère. Car il est
tenu compte à chacun de ce qu’il a sincèrement voulu, non de ce qu’il
a pu réaliser. Et ce qu’il s’imagine avoir réalisé, si l’Esprit
de Dieu n’était pas sur lui, n’est que néant.
Situation de l’homme
sans Dieu
Quelle vérité peut-on espérer de l’inextricable concert des opinions
humaines? Qu’ils l’admettent ou non, tous les hommes sont menteurs
et les plus lucides le concéderont sans peine : les vertus, écrivait La
Rochefoucauld, se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent
dans la mer...
La raison en est que l’homme qui se s’est pas anéanti, qui n’est
pas mort à lui-même pour que le Christ vive en lui ne fait jamais que défendre
un point de vue personnel lequel, si noble et si pur qu’il puisse lui
apparaître, n’a jamais pour fondement que son propre égoïsme.
Tout homme ne défendant que lui-même peut aisément se persuader d’avoir
raison et les nations, collections d’égoïsmes provisoirement réunis, en
font autant. C’est la tour de Babel, vaste chaos des convictions humaines
qui s’entrechoquent indéfiniment dans une confusion extrême et
irrémédiable, car elle est, par définition, la situation de l’homme sans
Dieu.
Le moi
L’exploration du moi est une entreprise proprement absurde, puisqu’en
ce faisant, c’est vous-même qui peuplez le non-être. Car le moi enfle à
mesure qu’on l’explore. C’est un ballon que vous remplissez
avec du vent.
Seule l’opération inverse est salutaire. La connaissance du moi, c’est
la conscience de son néant. Et si l’Esprit n’est pas la nourriture
du moi, alors il se nourrit nécessairement d’erreur. Et l’erreur
engendre la peur, angoisse mortelle du non-être.
La connaissance de soi, de la grandeur de notre âme et de la misère de notre
être, est le plus grand des trésors ici-bas.
La vraie religion
La vraie religion, c’est de faire la volonté de notre Père.
Ne vous préoccupez pas de savoir si vous devez être ceci ou cela, si vous devez
aller ici ou là. Cherchez plutôt à connaître la volonté de Dieu. Si vous êtes
de bonne volonté: " Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ",
vous la trouverez. Dieu répond toujours à qui demande d’un cœur
sincère.
" Frappez et l’on vous ouvrira. " Cette promesse est certaine.
Priez dans le secret, mais que vos actions manifestent Dieu devant les hommes.
La vraie prière est un élan d’amour qui rejaillit en actes. Soyez
patient, surtout avec vous-même. Et ne vous imaginez pas devoir accomplir de
grandes choses aux yeux de ce monde. Celui-là fait la volonté du Père qui n’accuse
personne et ne rejette pas la faute sur les choses, les événements ou les
autres hommes. Pardonnez rapidement et oubliez vite les offenses.
Sachez qu’un simple sourire est un acte divin. N’ayez jamais peur,
mais demandez la Sagesse afin de mesurer vos forces et de ne pas entreprendre
un ouvrage qui vous dépasse. Ayez à cœur de raffermir la foi de ceux qui
vous entourent, car c’est appuyé sur leur bras que vous entrerez dans le
Royaume. Soyez patient et confiant. Dieu est Dieu.
Acquittez-vous d’abord de votre tâche avant d’en réclamer une
autre. Travaillez avec humilité. Acceptez les pouvoirs et les charges qui vous
sont donnés, mais n’allez pas en demander avant d’avoir démontré l’usage
que vous faites de ceux que vous possédez déjà. Chaque chose viendra en son
temps, selon la Sagesse. Soyez patient. Tel arbre pousse vite, mais son bois
est fragile. Le chêne croît lentement, et résiste au temps.
N’ayez pas peur des mots et ne laissez pas réduire votre connaissance.
Pensez que la Vérité est, que l’Amour est, que la Vie est. Mais surtout
soyez des ouvriers du bien. Écoutez et suivez la petite voix intérieure. Elle
vous dit de ne plus avoir peur. Le monde, tel Goliath, rugit autour de vous.
Votre peur seule le rend terrifiant et il a suffi d’un caillou à David
pour abattre ce monstre tonitruant.
Ne croyez pas que la connaissance des mystères vous aidera. La Justice incréée
est parfaite et vous avez, ici et maintenant, tout ce qu’il vous faut
pour choisir entre la vie et la mort. Acceptez-vous tel que vous êtes et
mettez-vous à l’œuvre. Ne cherchez pas à vous justifier : vous ne
vous tromperez pas vous-même et on ne se moque pas de Dieu. Tout peut vous
paraître montagnes, mais vous savez que la foi les déplace. Demandez et vous
recevrez. Ainsi, vous connaîtrez et posséderez la paix promise seulement aux
hommes de bonne volonté.
Le royaume
Le royaume des cieux est semblable à un corridor fermé de plusieurs portes et
qu’il faut parcourir en un temps donné. Certains, munis d’un
trousseau aux clefs innombrables, essayent fébrilement d’ouvrir la
première porte et parviennent rarement à la septième. D’autres utilisent
un passe-partout qui porte le nom du Fils de l’Homme, car ce nom leur
sera demandé pour franchir la dernière porte.
***
Le Royaume des cieux est semblable à une école, dans laquelle le bon maître
enseigne à ses élèves. Le bon maître ne s’épargne aucun effort, aucun
sacrifice, car il veut amener tous ses élèves là où il est déjà, et leur
communiquer tout son savoir. Il souhaite pour chacun la couronne de lauriers.
Le bon maître connaît ses élèves et leurs faiblesses. Il reprend doucement
celui-ci qui est fragile, mais parle avec autorité à celui-là. Tous, ils les
encourage dans un même amour. Si cela était bon pour eux, le bon maître
accorderait maintenant et à chacun la couronne du vainqueur, mais il sait qu’elle
n’aurait pas de prix pour celui qui la recevrait sans avoir travaillé et
passé ses épreuves avec succès.
Aussi, le bon maître, dans sa sagesse, est-il juste. Il accorde à chacun la
note qu’il mérite.
A celui qui triche, il montre que c’est lui-même qu’il vole. Le bon
élève, qui a suivi l’enseignement du maître et a fait de son mieux avec
les moyens dont il disposait, n’est pas anxieux au jour de l’examen.
Il exulte, au contraire, car il sait que le maître le jugera avec rigueur, mais
aussi avec Amour et Justice. Il mesure son ignorance mais il connaît sa bonne
volonté et il sait que le maître lui montrera ses fautes
afin qu’il puisse les corriger et devenir parfait. Car notre Père du ciel
est un maître parfait.
Il est sage, l’élève qui, dès maintenant écoute le bon maître et se met
au travail, car le jour de l’examen, nul ne le connaît, sinon le maître.
La prière
Si le Seigneur ne veut pas vous laisser entrer dans le Royaume et si votre
désir d’y entrer est plus fort que votre désir de vivre, criez et
tempêtez, roulez-vous sur le sol en hurlant, harcelez-le sans relâche. Il n’aura
jamais le cœur de vous chasser et pour avoir la paix, il vous laissera
entrer, après vous avoir purifié.
***
" Ce que je vous dis, je le dis à tous: veillez. " Le Messie a été
annoncé et il est venu. Il a annoncé son retour, et i1 reviendra. Gardez votre
lampe allumée, la flamme de l’amour de Dieu, car que vous soyez morts ou
vivants, il viendra vers vous et vous interrogera sur l’amour. "
Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment.
"
***
Ne cherchons pas : l’adorateur parfait de Dieu, c’est Dieu. Pour
glorifier et adorer Dieu parfaitement, il faut devenir Dieu.
***
0 mon Père, à 1’imitation et au nom de celui qui fut sur terre, le Fils
obéissant et qui, retourné auprès de toi, nous envoie l’Esprit de Vérité,
je te prie, afin que ta bénédiction descende sur nous.
Je te prie pour mes frères, ceux d’abord à qui dans ta sagesse, Tu as
envoyé ton Messie
afin qu’ils poursuivent Ton œuvre et que le monde croie que comme Tu
as envoyé Jésus dans le monde, Jésus les envoie eux aussi.
Père très saint, pleinement manifesté par le sacrifice de ton envoyé Jésus le
Christ, en son nom je te prie de me guider afin qu’à mon tour en ce
moment du temps et en ce point de l’espace où je suis, je puisse
manifester par ce que je suis ta présence éternelle parmi les hommes.
***
J’irais volontiers prier avec tous les fidèles de n’importe quelle
église qui glorifie le Père annoncé par Jésus le Christ. Et moins il y aura de
rites, mieux je pourrai prier. Mais notre chambre intérieure est l’endroit
le plus propice à la vraie prière.
***
Nous prions ainsi : Père, je t’en prie, donne-moi ceci... Mon Dieu,
accorde-moi cela... Seigneur, prends pitié de moi et fais que...
Mais en réalité, Dieu seul peut nous inspirer la vraie prière. Inutile de
parler beaucoup en priant, car notre Père sait bien ce dont nous avons besoin,
et d’avance i1 nous l’accorde. Il est dans la nature de Dieu de
donner, mais l’homme doit apprendre à demander et à recevoir. C’est
en donnant qu’on apprend à recevoir.
Nous demandons souvent ce qui nous serait fatal et notre Père, qui est bon,
nous le refuse, afin de nous préparer à recevoir ce qui est vraiment désirable,
mais que nous sommes encore incapables de supporter.
Celui qui, tel l’enfant intelligent, fait confiance à son Père du Ciel,
vit dans la paix et la joie du Royaume dont il est déjà ici-bas l’héritier.
Ne demandez force et richesses qu’avec l’assurance que vous pourrez
les utiliser pour le bien, sinon, elles seront pour vous un fardeau.
***.
Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation.
Dès lors que notre esprit perd le contact avec Dieu qui habite en nous, nous
marchons dans le noir et les fruits de nos actions, quelles que soient ces
actions et si justes qu’elles puissent nous paraître, les fruits de nos
actions sont mauvais.
Mais veiller et prier ne signifie pas seulement marmonner des paroles ou
assister à des services religieux. Veiller et prier, c ‘est garder Dieu
présent en soi-même, être tourné vers lui en esprit tout en agissant dans le
monde.
Celui qui est tourné intérieurement vers Dieu est en prière et toutes ses
actions sont sanctifiées. Ne pas prier, c’est dormir, d’un sommeil
de mort.
***
La prière est un cri. Un cri pour vivre et pour aimer. Plus il est bref, plus
il est fort, et mieux il est entendu. Dieu répond toujours, à proportion du
désir de vivre et d’aimer révélé par le cri. Abba, Père!
Mais la prière qui perce les nuées pour retentir au cœur de Dieu, c’est
l’adoration en esprit,
élan d’amour muet qui seul peut dire l’indicible désir de l’ineffable
union. Noce spirituelle aux clameurs de silence.
Car le temps viendra et il est venu, où l’homme priera le Père en esprit
et en vérité.
Le rire
Dieu a créé l’homme à son image. C’est pour cela que le rire est le
propre de l’homme.
***
Au cœur du rire il y a les larmes. Au cœur des larmes, le rire et la
joie.
***
Quand on me parle de Dieu d’un air triste et sérieux, j’ai envie de rire.
***
Méfions-nous de ceux qui ont toujours l’air triste ou sérieux.
***
Dire qu’il y a des sots pour se scandaliser si on leur dit que Dieu est l’humour
même.
***
On dit que des saints ont été pris pour des fous, parce qu’ils riaient
toujours.
***
On n’est jamais si éloigné de Dieu que lorsqu’on est triste.
***
Le pécheur
Charles Baudelaire fut, pour les hommes de son temps, un poète maudit, un
pécheur, un objet de scandale. C’est vrai. Mais il a, du trésor de son
cœur, tiré des poèmes dont le parfum est monté jusqu’à Dieu et ses
larmes ont baigné les pieds de son Seigneur :
Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés!
Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions.
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.
Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.
Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;
Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs.
Marie-Madeleine fut pour les hommes de son temps, une femme maudite, une pécheresse,
un objet de scandale. C’est vrai. Mais Jésus, se tournant vers elle, dit
au pharisien scandalisé: " Tu vois cette femme. Je suis entré, dans ta
maison: tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle a
baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as
pas donné de baiser, mais elle depuis qu’elle est entrée, elle n’a
pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu ne m’as pas répandu d’huile
odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si Je
te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle
a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu, montre peu d’amour
".
Comprenons que la maison dans laquelle le Seigneur est entré, c’est notre
cœur.
L’erreur
L’erreur de l’homme ne lui est jamais comptée comme une faute s’il
agit avec conviction.
La faute ne condamne l’homme que s’il persiste dans son erreur et
refuse l’Esprit. Le péché contre l’Esprit ne peut pas être
pardonné.
Voyez comment l’Esprit a agi avec Paul sur le chemin de Damas. Paul
haïssait et poursuivait les disciples de Jésus. Il avait approuvé la lapidation
d’Étienne. Il était un ennemi acharné du Christ. Il était dans l’erreur,
mais avec passion et avec la ferme conviction qu’il servait Dieu.
Dieu vomit les tièdes mais il reçoit les passionnés. L’Esprit de Vérité s’est
manifesté devant Paul. Paul a vu et accepté la Lumière. Son erreur a été
corrigée et il est devenu le disciple passionné du Christ.
Il faut chercher Dieu avec passion et sans crainte de se tromper, sachant que
toute erreur sera corrigée et que nous trouverons la Lumière. On comprend que
Paul ait pu dire: " Tout ce qui ne procède pas d’une conviction de
foi est péché ".
Le sacrifice
Comprenons bien ceci : tout a un prix qu’il faut payer. La porte du
Royaume est ouverte, mais elle est étroite. Le chemin qui y mène est tracé,
mais il monte. La table du banquet est dressée, mais il faut revêtir la robe
blanche pour y prendre place. C’est en cela que l’on peut dire que
le don est gratuit.
Mais l’homme peut dire oui ou non à cette grâce. S’il dit non, il
souffrira et il mourra - je parle ici de la seconde mort - la seule qui soit à
craindre.
S’il dit oui, il souffrira aussi, jusqu’à la limite de sa foi et
tant que la main divine jugera bon de l’embellir, et il vivra
éternellement, un avec l’Éternel incréé et Créateur éternel, et pourtant
conscient d’être lui-même, en parfaite harmonie avec l’Amour
infini.
La justice de Dieu est parfaite et nul ne pourra dire mon sort est injuste car
chacun a récolté, récolte et récoltera selon ses œuvres.
Mais vous ne voulez point, dites-vous entendre parler de religion, de Dieu, de
Messie, de prophète. Fort bien. N’en parlons pas. Mais puisque nous
vivons ensemble sur cette planète et que vous et moi aspirons naturellement au
bonheur, il nous sera sûrement possible de convenir de certaines choses qui
nous permettront de l’atteindre.
En vérité, le sommet de la pensée philosophique et de la raison humaine aboutit
à cette affirmation : Aimez-vous les uns les autres. Il tombe également sous le
sens que sans la grâce, les hommes n’y parviendront jamais. Car le moment
vient toujours où l’amour requiert le sacrifice, et aucun homme ne peut
abandonner tout ce qu’il possède et rester dans la joie sans l’espérance
de vie que Jésus le Christ est venu nous apporter.
C’est pour cela qu’il fallait qu’il vienne parmi nous et
prêche par l’exemple. C’est pour cela qu’il a pu dire que nul
n’ira au Père, c’est-à-dire à la Vérité éternelle sans passer par
lui. Sans lui, nous n’aurions jamais su l’Évangile, la bonne
nouvelle de l’Amour parfait, du pain qui rassasie, du bien impérissable
qui fait que l’homme accepte de tout perdre et tient pour peu de chose ce
qu’il abandonne parce qu’il a trouvé Dieu
L’amour parfait
Saint Jean de la Croix écrit: " L’état de perfection, qui consiste
au parfait amour de Dieu et mépris de soi-même, ne peut être sans ces deux
parties, connaissance de Dieu et de soi-même. "
Jésus a dit : Si tu n’abandonnes pas tout pour moi, si tu ne te hais pas
toi-même ainsi que tes proches ou tous ceux qui peuvent s’interposer
entre toi et moi, alors, tu n’es pas digne de moi.
Que ces paroles sont belles et limpides! Quelle consolation, quel amour elles
renferment!
Car connaître Dieu est la connaissance suprême, la seule qui soit nécessaire à
l’homme : c’est savoir que Lui et Lui seul est la Vie et la
Lumière.
Se connaître soi-même, c’est savoir que l’homme privé de Dieu n’est
que mort et ténèbres.
Ainsi donc, il apparaît à l’évidence que tout ce qui est humain et s’interpose
entre nous et Dieu, c’est-à-dire entre nous et l’Amour parfait,
libre de tout égoïsme, tout ce qui nous empêche d’imiter le Fils qui a
donné sa vie pour chacun d’entre nous, qui a aimé tous les hommes au
point de mourir crucifié, tout ce qui maintient prisonnier de l’humain,
doit nous paraître haïssable et méprisable. Et cela inclut l’amour de soi
et des siens qui, sans la dimension spirituelle, n’est qu’une forme
déguisée d’égoïsme et d’amour de soi.
Tous les esprits lucides savent ce qui est au fond du cœur de l’homme.
Pas un seul, dit l’Écriture, qui ne soit pécheur et corrompu.
De nos jours, les analystes de la psyché ne peuvent que révéler à l’homme
son égoïsme foncier et les instincts animaux qu’il ne réprime souvent que
par impuissance à pouvoir les satisfaire entièrement, acceptant ainsi de vivre
dans un humiliant compromis.
L’amour humain, parce que l’homme est déchu, n’est qu’un
égoïsme qui se cache et le monde se meurt de cet amour-là. Il ne vaut
strictement rien et ne mène qu’à la mort. Quel mérite avez-vous, dit
Jésus, si vous aimez ceux qui vous aiment, ceux que vous appelez vos amis, vos
parents, vos enfants? Aucun. Car même ceux qui n’aiment pas Dieu en font
tout autant. Le loup, mieux que l’homme, soigne ses petits, les défend jusqu’à
la mort et ne commet pas d’erreur dans leur éducation.
Parce que nous aimons, disons-nous, nos proches, nos parents, nos enfants, nous
fermons commodément les yeux sur la douleur des autres. Nous feignons de ne pas
voir que tous les hommes sont les enfants du même Père et donc nos frères.
Oui, chaque homme est le gardien de son frère et s’il faut appartenir à
une famille, que ce soit celle du Christ qui a dit: Celui-là est mon frère qui
fait la volonté de mon Père. Voilà ma vraie famille.
Celui-là qui n’a pas appris à considérer tous les enfants comme ses
enfants, tous les hommes comme ses frères, celui-là n’a pas encore
commencé à aimer Dieu, à le connaître; et si mon père, ma mère, mon enfant ou
moi-même devenons un obstacle à cet amour universel que Dieu seul peut faire
naître au cœur de l’homme, alors je dois haïr ce père, cette mère,
cet enfant, et moi-même.
Si je devais ramener le problème à sa plus simple expression, voilà ce que je
dirais:
Tout homme est à la recherche de la paix et de la joie. Il veut être heureux.
Profondément, l’homme reconnaît que l’amour est le fondement de
toute joie. Il sait qu’il ne peut être heureux sans aimer et sans être
aimé. Il y a équation entre l’amour parfait et la joie parfaite.
Tout homme se sent assujetti à son humanité. Il sait que l’amour parfait
exige le don total de soi - la mort du moi égoïste - mais il en est incapable
tant qu’il demeure prisonnier de son humanité. Celle-ci lui impose ses
priorités - charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le monde - et des
limitations. Selon la sagesse humaine, c’est à soi d’abord qu’il
faut penser.
L’homme selon le monde ne peut connaître l’amour parfait, qui exige
la mort à soi-même, puisqu’il ne peut supporter l’idée de cesser d’être.
Cette proposition lui est impensable.
Partant, la paix et la joie parfaite lui sont inaccessibles.
Au mieux, le monde est condamné à la médiocrité.
Tout différent est le sort de l’homme spirituel. Car il sait, de science
certaine, que c’est bien au contraire en mourant à lui-même, à ses
égoïsmes et à son moi inférieur, qu’il fera place nette pour que l’Esprit
de Dieu - qui anime toute chose - puisse vivre en lui.
Il agit alors selon la volonté de Dieu qui est Amour parfait et il connaît, lui
et lui seul, la paix et la joie qui dépassent tout entendement. Cette vérité
est d’une grande simplicité. Elle est accessible à l’enfant comme
au sage. Elle est éternelle.
La santé
Dieu est. L’homme peut être.
Toute dérogation à l’ordre divin entraîne la mort. Le choix entre la vie
et la mort s’opère dans le temps et dans l’espace. Ainsi, la
non-conformité à la loi, désobéissance mortelle, voit ses conséquences
étalées dans le temps et l’espace. C’est donc à la lumière de l’expérience
que l’homme choisit entre la vie et la mort
" La justice de Dieu est parfaite ".
Par la désobéissance l’homme obscurcit la conscience qu’il a d’être
un avec Dieu. Il devient hors-la-Loi, hors-l’Amour, hors-la-Vie. Il
meurt. Sur terre, dans le temps et dans l’espace, la sentence de mort n’est
pas immédiate, mais l’infraction à l’ordre divin entraîne des
conséquences : violence, maladies, guerres, catastrophes, sont autant de
rappels à l’ordre.
L’homme sourd et aveugle - et qui est déjà mort - " Laisse les morts
enterrer les morts ", disait Jésus - ne comprend plus ces signes. Sous le
regard des anges, la Vérité est éclatante et la conduite des hommes déroutante.
En effet, à la lumière de la Vérité, la triple nature de l’homme, comme
la triple nature de Dieu, leur apparaît dans toute sa simplicité: l’homme
est un, mais corps, esprit et âme.
Dieu est un, mais Père, Fils et Saint-Esprit.
Le regard spirituel de l’homme, obscurci par les ténèbres - qui sont la
conséquence de la désobéissance, de la non conformité à la loi divine - le
regard spirituel de l’homme de ce monde
ne perçoit plus ces réalités. Dans notre génération, les chefs temporels ou
spirituels qui ont pleinement conscience de la loi divine et de la nature de l’homme
ne sont pas légion. Des aveugles, souvent, conduisent d’autres aveugles
et la confusion est grande.
Notre monde est malade. L’homme en santé, l’homme physiquement et
mentalement sain
se fait rare. La raison en est que la santé et l’équilibre physique, du
corps - psychique. de l’esprit et
spirituel, de l’âme, sont tous trois indissociables. L’homme en
santé doit obéir à des lois éternelles
dont le fondement est Dieu, principe éternel et incréé, un dans son essence -
Je suis le Je suis - et trin dans sa manifestation : Père, Fils et
Saint-Esprit, puisqu’il faut bien passer par des mots.
Ainsi de l’homme, créé à l’image de Dieu corps, esprit et âme. De
même que le Saint-Esprit,
agissant par le Fils obéissant accomplit la volonté du Père, de même l’âme
peut informer l’esprit.
Libre de choisir entre le bien et le mal, la vie et la mort, la lumière ou les ténèbres,
l’homme de bonne volonté choisit, avec ses facultés psychiques, de se
conformer à l’ordre spirituel : il écoute son âme.
A partir du moment où, comme dans Jésus le Christ l’esprit et l’âme,
ne font plus qu’un, alors, et alors seulement, l’homme a recouvré
la santé.
Il devient tout-puissant. Il est maître de son corps et du monde. Il accomplit
ce que nous appelons des miracles. Il régénère les corps malades. Il ressuscite
les corps abandonnés par l’Esprit.
Il crée, en multipliant les pains. Ce que nous appelons des miracles ne sont
que la conséquence normale de l’harmonie parfaite entre l’âme, l’esprit
et le corps.
C’est pour atteindre à cette harmonie, c’est pour parvenir à cette
perfection, que nous sommes sur terre : " Soyez parfaits, comme votre Père
du ciel est parfait ".
Ce que j’ai fait, a dit Jésus, vous aussi vous pouvez le faire, et vous
ferez même des choses plus grandes encore, car, par moi, l’Esprit
Saintsera plus que jamais parmi les hommes, pour ceux qui l’acceptent.
Nous sommes toujours tentés de voir et de comprendre les paroles de Jésus le
Christ
du point de vue de ce monde. Mais son royaume n’est pas de ce monde.
Lorsque Jésus nous dit que nous ferons des choses plus grandes encore que
celles qu’il a faites lui-même il ajoute bien, " parce que je vous
enverrai l’Esprit Saint". Il y a Jésus, toujours présent dans l’Eucharistie
sous les espèces du pain et du vin. Il y a l’Esprit-Saint, envoyé par le
Père. L’Esprit-Saint, pleinement reçu par Jésus a fait de lui Jésus le
Christ, le Fils obéissant : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Aujourd’hui,
je l’ai engendré. "
Jésus nous a quitté lorsque son Corps ressuscité est remonté vers le Père :
" I1 est bon pour vous
que je m’en aille "et l’Esprit Saint est venu en abondance. C’est
pourquoi nous pouvons faire
plus que lui, comme il l’affirme. Mais quelles choses?
Rappelons-nous le paralysé de Capharnaüm. Voyant la foi de ces gens, Jésus dit
au paralysé
" Mon fils, tes péchés sont pardonnés ". Il ne le guérit pas
physiquement. Jésus fait une chose
plus grande encore : I1 guérit son esprit. Pour qui n’est pas aveugle, c’est
la seule chose qui compte. Et vous êtes aveugle et sourd si vous croyez qu’il
n’existe pas en ce moment, sur cette terre, des êtres au corps meurtri
mais dont l’esprit est fort et sain, et qui vivent dans la paix et la
joie de l’Esprit du Christ qui était dans Jésus.
Or, c’est le corps qui meurt et retourne en poussière. Voilà pourquoi il
est plus grand
de dire, " Tes péchés te sont pardonnés ", que de dire, "
Lève-toi, prends ton brancard et marche".
Le curé d’Ars, grand confesseur des âmes, a fait des choses bien plus
grandes encore, tout comme Jésus l’avait prédit, car Jésus est venu s’offrir
en sacrifice, mais il n’a pas dit très souvent, " Va, tes péchés te
sont pardonnés ", ce que n’importe quel prêtre peut faire dans le
secret du confessionnal.
Parce que leur entendement spirituel était obscurci par le péché et que Jésus
voulait que les hommes sachent que le Fils de l’Homme avait autorité pour
pardonner les péchés sur la terre, alors, Jésus fit les deux, il guérit l’esprit
et il guérit le corps de ce paralytique. Mais c’est la guérison des
péchés qui importe vraiment.
Le péché est une désobéissance, une infraction à l’ordre divin, à la loi
d’Amour. Comme un poison, il affecte le corps spirituel, le rend malade,
infirme. Tôt ou tard, selon la Sagesse, les maladies de l’esprit se
répercutent sur le corps physique. Peu à peu, tel un poison, le péché mène à la
mort. Je parle de la seconde mort. La mort de l’esprit.
Jésus voyait, spirituellement, l’esprit des hommes. Il les connaissait
bien. C’est pourquoi il a pu dire de certains, " Vous êtes déjà
morts ". Exactement comme un médecin peut dire à celui qui absorbe jour
après jour, des doses d’arsenic, " Tu es déjà mort ". Le péché est
l’arsenic de l’esprit. Pardonner les péchés c’est rétablir l’esprit
dans sa pureté, effacer les marques et les conséquences du poison mortel.
" Tes péchés, dit Dieu, je ne m’en souviendrai plus ".
Merveille des merveilles! Pour qui a encore des yeux et des oreilles, que ces
paroles ont de suavité.’ Mais que fallait-il pour que ce seul véritable
miracle s’accomplisse? D’abord, il fallait que 1’Esprit Saint
fût présent.
Sur terre, l’Esprit Saint passe par les hommes. C’est là leur
gloire. Cet homme était Jésus.
Ensuite, il fallait que le pécheur, l’homme malade, soit de bonne
volonté, que son esprit accepte la Vérité, qu’il ait choisi de croire,
qu’il croie que Jésus avait en lui l’Esprit et qu’il était le
Christ. Il fallait qu’il ait la foi : " Voyant leur foi, Jésus
dit... ". La justice de Dieu est parfaite. Sa puissance est sans limite.
Pensons-y bien. Il est plus grand de guérir l’esprit que le corps. Guérir
l’esprit, c’est pardonner les péchés.
L’Esprit qui était dans Jésus n’a jamais été totalement absent du
monde, mais depuis Jésus le Christ, la grâce surabonde là où le péché abonde.
Voilà pourquoi nous pouvons faire, selon sa parole, ce qu’il a fait
lui-même, et bien plus encore. Car lui, l’homme Jésus, n’a pas
converti grand monde, et il était bien seul au Jardin des Oliviers et sur la
Croix. Mais à partir de sa résurrection et de son ascension auprès du Père,
quelle force! quelle victoire!
Il a vaincu le monde. Il est le Vivant. Oui, depuis sa naissance, sa vie, sa
mort et sa résurrection,
ceux qui acceptent l’Esprit accomplissent bien des choses. Le signe de la
guérison, c’est de dire : Père, que ta volonté soit faite. Alors
seulement, l’homme est guéri. Alors seulement, il a recouvré la paix, la
joie.
Le médecin a une grande et noble lâche lorsqu’il se fait l’ouvrier
du Père, mais la guérison de 1’homme, de l’homme total, ne peut
s’opérer contrairement à l’Esprit. Il existe entre le corps,
l’esprit et l’âme un lien que seul la mort va dissoudre. La première
mort sépare le corps de l’esprit. La seconde mort, la seule qui soit à
craindre, peut séparer l’esprit de l’âme. " Même ce
qu’il a lui sera enlevé ". C’est tout l’homme
qu’il faut guérir et il est vain de rafistoler l’homme physique si
l’homme psychique demeure malade:
Celui-là n’est pas guéri qui se nourrit de mort. De même, 1 ‘homme
psychique ne peut retrouver 1’équilibre, la paix et la joie s’il
est en contradiction avec son être supérieur, 1’homme spiritue1, qui
l’habite et le guide : " Que votre corps, votre esprit et votre âme
soient gardés irréprochables ".
C ‘est 1’illusion mortelle de notre temps que de prétendre à
l’équilibre et à la santé psychique, sans référence à l’être
spirituel de 1 ‘homme. C’est une entreprise illusoire,
nécessairement vouée à l’échec et dont le motif profond est toujours le
même: l’autojustification, le refus de la responsabilité, le rejet de la
faute sur ceci ou cela. Et lorsqu’il s’agit de trouver une excuse,
une explication, l’imagination de l’homme est proprement délirante.
Cette attitude est évoquée dans les Écritures dès la création : Ce n’est
pas moi, dit l’homme, c’est la femme. Ce n’est pas moi dit la
femme, c’est le serpent. Saisi de honte devant sa nudité,
c’est-à-dire son indigence, et piqué dans son orgueil, l’homme
pécheur, c’est-à-dire celui qui s’est détourné
du bien, se trouve dans une alternative : faire retour sur lui-même,
c’est-à-dire se convertir, ce qui efface la faute et mène à la vie, ou
demeurer dans son péché, c’est-à-dire se pervertir, ce qui retient la
faute et mène à la mort. Par la conversion l’homme grandit et se
fortifie, car de la pierre d’achoppement il a fait un marchepied pour
monter vers Dieu. Par la perversion, l’homme diminue car il se détourne
de l’unique source de vie et épuise ses talents, ses richesses
spirituelles, dont il lui faudra rendre compte au jour de sa mort physique.
Les morsures de honte et d’orgueil, les remords, sont insupportables. Ce
sont les flammes de l’enfer. Pour échapper à leur brûlure l’homme
tentera de se justifier. C’est une entreprise vaine mais toujours
recommencée. Étant donné la nature trinitaire de l’homme: corps, esprit
et âme - physique, psychique et spirituelle -, la justification s’opère
aux deux premiers niveaux.
Au premier niveau l’homme tentera de nier la partie psychique et
spirituelle de son être.
Pour ces hommes-là, seul existe ce qui est perceptible aux cinq sens.
L’homme n’est qu’un corps, assemblage fortuit de molécules
constituant une mécanique plus ou moins parfaite dont il faut corriger les
imperfections, et la santé ne peut être rétablie que par des moyens mécaniques
ou chimiques.
Au second niveau, c’est à la psyché qu’on accorde la préséance. Les
hasards de la naissance et des expériences conditionnent l’équilibre
mental. Celui-ci se répercute sur le corps mais, comme toujours, l’homme
se dégage de toute responsabilité
Méfions-nous des médecins de l’esprit qui repoussent le Seigneur et ne
veulent pas connaître Jésus le Christ, sa naissance, sa vie, sa mort et sa
résurrection. Celui qui est déjà mort ne peut donner la vie. Moi, dit Jésus, je
suis la Vie.
Ils ne peuvent donner la paix car ils ne la possèdent pas. Moi, dit Jésus, je
vous donne la paix. Leur paix à eux est un engourdissement sommeil de mort,
peuplé de cauchemars : " Ceux qui se faisaient fort de chasser d’une
âme malade les frayeurs et les troubles étaient eux-mêmes malades d’une
crainte risible. "
La loi de Dieu est pour toujours. Notre esprit n’aura pas raison devant
notre âme immortelle. Nous n’étoufferons pas la voix de la liberté, de la
volonté, de la responsabilité. Jamais. La raison se perdra dans l’infini
de la sagesse incréée, et l’homme aura peur, " car la peur
n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison
".
Aveugles qui conduisent d’autres aveugles. " Malheur à eux car ils
me fuient! Ruine sur eux car ils se sont révoltés contre moi ". Celui-là
qui voudrait entrer dans la paix du royaume sans passer par le Fils et par sa
croix est un menteur et un voleur. " La sagesse, c’est le livre des
commandements de Dieu c’est la loi qui existe pour toujours; tous ceux
qui s’attachent à elle iront à la vie, mais ceux qui l’abandonnent
mourront ".
Ce que le Christ est venu nous révéler, c’est la misère mais aussi la
grandeur des l’homme. Cette grandeur, c’est l’amour dont il
est aussi capable, un amour qui va jusqu’au sacrifice de sa vie, ainsi
que Jésus l’a montré. Mieux que n’importe qui, Jésus connaissait
les horreurs de la nature humaine. Mais il savait aussi que l’homme est
appelé à la perfection et qu’il en est capable : c’est lui qui nous
en a montré le chemin. Lorsque l’homme aura exploré toutes les impasses
de ses aveuglements, il deviendra capable de guérir, non pas en apparence, mais
dans les profondeurs de l’âme, où la science humaine n’a pas accès.
Beaucoup perçoivent l’inanité d’une " guérison " qui ne
tient pas compte de la dimension spirituelle de l’homme. Car
l’homme n’est guéri que lorsqu’Il a compris qu’il y a
une loi, qui est amour, qui est Dieu. Que cette loi est suprême et qu’il
faut la chercher de toutes ses forces. Que l’homme qui accepte cette loi
a Dieu en lui, qu’il est par conséquent capable de s’aimer et
d’aimer les autres parce qu’il aime Dieu par-dessus tout.
C’est une grande pitié que beaucoup jugeront cette vérité irrecevable,
car ils penseront que reconnaître la souveraineté du divin c’est, pour
tous les hommes, retourner dans la giron de l’institution catholique
romaine. Hélas, ceux qui vont à la messe sont parfois plus éloignés de Dieu que
ceux qu’ils appellent pécheurs. Mais si le visage des chrétiens cache
parfois celui de Dieu, cela ne servira d’excuse à personne, car le divin,
le Christ, est en chacun de nous et nous sollicite constamment.
Tout homme, fera face, un jour, à la Lumière, et nul ne pourra dire alors, mon
sort est injuste.
Les lois
Les lois sont un bon indice de la santé spirituelle d’une société. Leur
prolifération est le signe avant-coureur d’une désagrégation morale
d’abord, physique ensuite de la communauté. C’est à cause de la
dureté de notre cœur que la loi devient nécessaire.
Cela est vrai pour le monde spirituel comme pour la monde matériel.
L’homme respectueux du bien commun et soucieux du bien-être de son
prochain ne volera pas, ne trompera pas l’État, ne commettra pas
d’infraction, ne mettra pas en danger la vie de ses frères, préférera subir
une injustice plutôt que d’en infliger une aux autres. Cet homme-là est
heureux lorsqu’il rend les autres heureux. Les lois pour lui ne sont pas
une contrainte ni même une nécessité, car toutes sont inscrites en son
cœur, gravées en un seul texte : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’homme qui porte Dieu en son cœur, lui non plus, n’a pas
besoin de lois. Il n’a pas besoin de temple, car son corps est le temple
du Seigneur. Il purifie son esprit et son corps afin que son Dieu habite en
lui. " Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour
comme, en observant las commandements de mon Père, je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit
parfaite. Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous
ai aimés. "
L’homme qui porte Dieu en son cœur n’a pas besoin d’un
endroit de prière, d’un temple, d’une église ou d’une
mosquée, car c’est en lui-même qu’il se recueille. Quoi qu’il
fasse, qu’il dorme ou qu’il veille, il a le regard tourné vers
Dieu, vers le Royaume qui est au-dedans de lui. Le Juste est au-dessus de la
loi et le temple qu’il purifie afin d’y accueillir son Dieu,
c’est lui-même.
Moins ils seront vertueux, plus les hommes seront brimée par des lois.
Semblablement, si tous les hommes faisaient de leur corps un temple pur et
saint habité par l’Esprit, toute la terre serait une église et chaque
homme la prêtre de Dieu.
" Le temps viendra, et il est venu ou chaque homme adorera le Père en
esprit et en vérité. "
Retour aux sources
" Chaque fois -
écrit saint Justin - que les adeptes des doctrines stoïciennes ont (...) fait
preuve de sagesse dans leur discours moral à cause de la semence du Verbe
présente dans tout le genre humain, ils ont été, nous le savons, haïs et mis à
mort " .
(Splendeur de la Vérité, n. 94)
S’il est un air pour lequel le poète donnerait tout Rossini, tout Mozart
et tout Weber, il est un penseur pour qui j’échangerais bien de
soi-disant penseurs de tous les temps. Je parle de Socrate.
Combien d’obscurs discours n’a-t-on pas entendus depuis ce divin
maître, pourtant si lumineux? De l’humanisme au marxisme, combien
d’explications de l’homme n’a-t-on pas proposées à nos âmes
inquiètes? Toutes ont eu leur vogue : c’est que l’erreur contient
toujours une part de vérité qui lui permet de flotter quelque temps à la
surface des connaissances humaines avant de sombrer dans le ridicule ou dans
l’oubli. Le trousseau de clés s’alourdit, mais la porte de la Vie
et de la Vérité demeure fermée, n’en déplaise aux "Lumières" et
aux "Révolutions".
Mais l’urgence se fait plus pressante. Toute erreur porte des fruits de
mort et les conséquences sont désormais planétaires. D’aucuns pensent
qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps; assez, tout au plus, pour
revenir aux sources.
Si je fais à rebours le chemin qu’a suivi la pensée depuis vingt-cinq
siècles, je vois se lever au bout de ma route une vive lumière éclairant le
monde du Levant au Couchant.
Elle point à l’Orient dans les paroles prophétiques de Confucius :
La nature parfaite de l’homme moral est vaste et embrasse tout. Elle est
profonde et insondable comme la source jaillissante d’où procède la vie.
Dès qu’un tel homme fera son apparition en ce monde, chacun le vénérera.
Tout ce qui vit et respire l’honorera et l’aimera. C’est
pourquoi nous pouvons dire : Il est semblable à Dieu.
Elle brille, cette lumière, dans les Nobles Vérités du Bouddha qui nous parle
de Perfection, de Compassion et de Sagesse, lui qui sait déjà qu’il
n’est qu’un voyageur sur la terre.
Elle resplendit enfin dans l’enseignement de Socrate qui écoutait les
voix du Ciel et savait que sans la vertu, l’homme n’est ni libre ni
heureux, que c’est en regardant Dieu que nous trouverons le plus beau
miroir des choses humaines pour reconnaître la vertu de l’âme.
Étrange coïncidence que les trois hommes dont la pensée a le plus influencé
leur temps et le nôtre aient tenu dans le même siècle et sans se concerter un
discours en profondeur si semblable, tandis qu’à la même époque Cyrus
permettait aux Juifs captifs à Babylone de rentrer à Jérusalem, là où devait
s’élever la Croix du Fils de l’Homme, terme des espérances
humaines.
Socrate possédait l’intelligence et la sagesse ultimes qui consistent à
savoir que toute vérité réside en Dieu seul, que l’homme n’est
rien, ne sait rien et ne peut rien par lui-même. Il savait que sans Dieu il
n’était guère possible d’aller plus loin dans la connaissance et
qu’il ne restait plus qu’à attendre Celui qu’annonçaient les
prophètes d’Israël, le Fils de Dieu qui nous ferait connaître Dieu.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit l’Ecclésiaste. Les
hommes aiment à penser qu’ils peuvent jeter sur l’homme quelque
lumière et il est dangereux de les contredire : Socrate l’a payé de sa
vie. Ils refusent d’admettre que ce qui est sagesse à leurs yeux est
folie aux yeux de Dieu, qu’à écrire des livres il n’y a pas de fin,
et que tout est vanité et poursuite de vent.
Et les voilà ainsi prisonniers volontaires d’une cyclothymie où alternent
des périodes d’excitation euphorique et de dépression mélancolique.
C’est le mythe d’Icare toujours recommencé. Que la raison humaine
remporte quelque succès, et voilà les fils de Dédale qui s’exaltent et se
lancent à l’assaut du Soleil que seuls les Anges ont le droit d’approcher.
Mais leur sagesse humaine fond comme cire au soleil. C’est
l’éternelle leçon de Sagesse qui fut donnée au fils de Noé, bâtisseurs de
la tour de Babel qui crurent pouvoir escalader le Ciel avant de sombrer dans la
confusion.
Les vols d’Icare se sont multipliés au cours de l’histoire et leurs
conséquences ne cessent de s’aggraver. Plus près de nous,
l’humanisme de la Renaissance a trouvé son aboutissement dans le
scientisme du XIXe siècle dont nous sommes loin d’être guéris, mais
l’Avenir de la Science est lourd d’inquiétudes. Le scepticisme
pyrrhonien n’a entraîné que la décadence de la Grèce socratique, mais son
frère jumeau, le relativisme moderne, est un cancer qui continue de ronger
l’Occident, qui pourrait en mourir.
Les hommes sont en désarroi et ils ont de bonnes raisons d’être
angoissés, car si tout se vaut et qu’il n’y a pas de Vérité,
l’histoire récente leur enseigne qu’ils peuvent s’attendre au
pire. Et les conséquences de l’erreur ne sont plus désormais
circonscrites dans le temps et l’espace : elles affectent tous les hommes
sur toute la planète, à la manière des catastrophes écologiques.
Maintenant
Avant que l’Esprit ne descende sur nous, avant la mort et la résurrection
du Fils de l’Homme, nous étions incapables d’obéir à la loi divine:
Autrefois, on vous disait.... mais moi, à présent, je vous dis... Parce que le
Christ est venu, l’Esprit est descendu sur nous en abondance et nous
pouvons maintenant trouver la force de suivre ses commandements et
d’obéir à Dieu.
Mais il faut être si fortement entés sur le cep, il faut avoir le sentiment si
vif d’être un sarment nourri par la vigne qui est le Christ, que si
l’on devait en être séparé on aurait véritablement conscience de mourir.
Et l’on mourrait en vérité, car il n’y a de Vie et de Paix pour
l’homme que dans l’exécution des devoirs que lui dicte sa
conscience éclairée par l’Esprit. Cela fait, l’Esprit lui indiquera
la prochaine étape à franchir.
C’est ainsi que, peu à peu, dans la patience et dans les petites choses,
l’homme devient parfait comme son Père céleste est parfait
Tenons bien la main qu’Il nous tend.
Le mystère
Le mystère de ce que nous appelons Dieu est aussi nécessaire qu’éternel.
On pourrait définir l’homme comme un être ayant le sens du mystère. Celui
qui ne l’éprouve pas est déjà mort, disait Einstein. Ceci dit, la
complication ne vient pas de Dieu mais des hommes.
Évitons premièrement de nous engager dans l’inextricable jungle des
demi-vérités qui prolifèrent dans les sciences humaines sous la forme de
systèmes, grilles, théories, hypothèses, conjectures et élucubrations de toutes
sortes car, sous leur apparente rigueur scientifique, elles exigent en fait
qu’on y adhère par un acte de foi. L’humaniste athée croit à
l’humanisme athée.
Examinons plutôt ce que les hommes de sciences dites pures ont à nous dire. Le
physicien, le chimiste, le biologiste, l’astronome travaille sur des
faits observables, mesurables, quantifiables. La matière, l’énergie,
constituent son champ de recherche. La pensée, l’intellect, sont ses
instruments d’investigation. Or, toute réflexion sur l’univers
aboutit à cette alternative, à ce choix fondamental : la pensée a-t-elle
engendré la matière, ou vice versa?
Il est bien certain que la réponse à cette question ne résout pas le mystère de
l’Être créateur, de la Pensée incréée. Le mystère de Dieu reste entier,
quelle que soit la réponse. Mais on mesure les implications.
Si vous faites de la pensée l’aboutissement d’une évolution qui a
commencé par la rencontre mystérieuse mais fortuite d’atomes et de
molécules qui ont, par hasard, produit l’homme, tout est permis. Car au
nom de qui et de quelle loi m’interdirez-vous alors de faire ceci ou
cela, d’éliminer celui-ci ou celui-là, si mon but avoué est le bien de
l’humanité tel que je le conçois? La raison et la morale sont totalement impuissantes
devant les arguments du nazisme et du marxisme tout comme devant ceux des
partisans de l’avortement et de l’euthanasie qui se disent au
service de l’humanité souffrante. C’est une question de religion et
de foi.
Par contre, si vous croyez que "Au commencement était le Verbe", le
Logos, la Pensée, enfin ce que nous appelons Dieu, et que, selon saint Jean, ce
Dieu que personne n’a jamais vu, le Christ nous l’a fait connaître,
il s’ensuit que Dieu, la Vie, la Loi sont des réalités dont il faut non
seulement tenir compte, mais qu’il est essentiel et vital de chercher à
connaître puisqu’elles sont à la source de toute création; car
c’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ici
encore, c’est à l’homme qu’appartiennent le choix, l’adhésion,
le consentement. C’est toujours une question de foi et de religion.
Toutes les sciences humaines sont orientées selon l’une ou l’autre
de ces options, que ce choix soit conscient ou non, implicite ou explicite.
Positivisme, évolutionnisme, existentialisme, behaviourisme, structuralisme ou
autres grilles à la mode ne sont jamais, sous le couvert de la science, que des
prises de position face à ce choix fondamental qui informe tout le reste.
Ordinairement prudent sur ce chapitre, l’homme de science moderne
n’hésite cependant plus à déclarer aujourd’hui qu’il est plus
vraisemblable que l’univers soit le produit d’une Pensée que du
hasard.
Le matérialisme marche à rebours en utilisant l’esprit, fruit de la
matière, pour interpréter la matière, ce qui en soi est absurde; tandis que le
spiritualisme, qui reconnaît l’existence de Dieu, transcende
l’univers créé pour remonter à l’Esprit, source originelle et
incréée.
Dieu n’est plus hors de notre portée. Jésus, par son sacrifice, a rétabli
le lien qui existait entre l’homme et son Créateur. C’est être
simplement intelligent que d’aimer l’Incréé plus que le créé, Dieu
plus que le monde et que soi-même, que de comprendre qu’il faut mourir
pour vivre et que celui qui veut sauver sa vie en agissant égoïstement et contrairement
à l’ordre divin, la perdra.
Sagesse
Il y a trois modes d’action possibles : agir conformément à la nature
divine dans laquelle le Christ nous a rétablis; agir contrairement à cette
nature divine; agir sans direction.
Agir conformément à la nature divine, c’est manifester l’Esprit et
la Sagesse. L’homme qui vit selon l’Esprit porte les fruits de
l’Esprit : patience, douceur, générosité, amour du prochain. Il a le
cœur pur et voit d’abord le bien en toutes choses. Il vit dans la
paix et la joie de celui qui possède d’innombrables richesses que nul ne
peut lui enlever. L’Esprit lui donne l’intelligence qui lui
enseigne à ne plus agir selon les deux modes inférieurs. Peu à peu, dans la
patience et par l’épreuve, il devient parfait.
Agir contrairement à la nature divine, c’est placer au-dessus de tout la
satisfaction de ses plaisirs égoïstes. L’homme qui vit selon son être
inférieur ne supporte pas la contradiction ou les obstacles à ses appétits. Il
n’est jamais satisfait, ne se soucie des autres que si cela peut lui être
profitable, ne cherche que son intérêt et voit la même intention secrète chez
autrui; ce qui le rend méfiant et malveillant. Il vit dans la crainte de perdre
ce qu’il possède et ne connaît ni la paix ni la joie. Peu à peu, il devient
un monstre.
Ceux qui agissent sans direction sont les tièdes de l’Évangile. Ils sont
sans conviction et se laissent ballotter à tous vents de doctrine. Ils en
prennent et ils en laissent, mais ne s’engagent jamais de tout leur être
ni dans le bien ni dans le mal. Ils ont des engouements, des sautes
d’humeur. Tantôt joyeux, tantôt tristes, ils recherchent surtout le
bruit, la foule et les divertissements, fuyant la solitude qui les oblige à se
retrouver seuls avec eux-mêmes. Ils examinent tout rapidement et
superficiellement, saisissant la moindre occasion de retourner à un mou
scepticisme. Peu à peu, ils sombrent dans l’informe et le néant.
Le premier agir mène à la seconde naissance et à la Vie.
Le deuxième agir mène à la destruction et à la Mort. Mais il peut faire prendre
conscience à l’homme du néant de son action et provoquer un retour, un
repentir fulgurant
Le dernier agir est celui de la masse des tièdes que le Seigneur vomira de sa
bouche.
Purification
Je me souviens d’un jour de printemps et d’une longue promenade le
long d’un chemin de campagne. J’avançais sans hâte, attentif à la
beauté des arbres, respirant l’odeur balsamique des sapins, lorsque le
charme fut brutalement rompu par l’empreinte de l’homme : des sacs
d’ordures gisaient éventrés sur le bord du fossé. J’allais
détourner mon regard de ce lamentable spectacle et me préparais à accélérer le
pas lorsque je remarquai une fleur qui avait poussé sur ce tas
d’immondices. La laideur ni la puanteur ne l’avaient empêchée de
fleurir, d’offrir sa beauté et son parfum. Je songeais que bientôt le
temps aurait réduit ces détritus en un terreau fertile, que la fleur se
fanerait mais qu’elle ne mourrait pas, car sa semence allait proliférer.
Ainsi, par cette fleur, le monde serait plus beau, le monde était déjà plus
beau.
J’atteignis bientôt l’endroit où le fossé rejoint un ruisseau.
L’eau printanière coulait abondante et claire parmi les pierres et je me
mis à l’écoute du ruisseau. Son message était irrésistiblement joyeux,
pur et joyeux. J’étais frappé par la clarté, la transparence de
l’eau qui chantait à mes pieds et mon regard fut attiré par un couple de
mésanges qui s’ébrouaient dans la fraîcheur du courant, au terme
d’une journée active et bien remplie. La plume luisante, les oiseaux
disparurent soudain dans l’ombre du sous-bois et seul leur pépiement
témoignait de leur gaieté.
Je fus saisi d’un violent désir de me laver à mon tour, de me purifier
dans cette eau claire, fraîche et joyeuse qui me débarrasserait des poussières
du chemin. J’aurais voulu me sentir propre et léger comme ces oiseaux. Je
les enviais et songeais aussi combien notre condition est semblable à la leur
car, pas plus que l’oiseau, l’homme ne peut vivre une seule journée
sur terre sans se salir. Où que nous allions, quoi que nous fassions,
l’air transportera des poussières et des germes qui se colleront à notre
peau. Notre corps lui-même produira des déchets. Mais rien ne résiste, au terme
de la journée, à un bon bain et l’eau qui ruisselle entraîne bien loin toutes
les impuretés. Notre peau respire de nouveau. On se sent propre et rafraîchi.
Je comprenais mieux pourquoi les hommes chantent sous la douche.
Se laver. Se débarrasser de ce qui est contaminé. Sagesse élémentaire.
Je pensais qu’il n’existe pas, dans le monde médical, de découverte
scientifique qui puisse se comparer en importance à cette simple mesure
d’hygiène. L’ignorance de cette loi élémentaire a coûté la vie à
des millions d’êtres humains. Elle a permis à des fléaux de se propager à
travers des continents entiers. Au Moyen Âge, l’Europe fut décimée pour
avoir ignoré que l’homme doit se laver, purifier son corps et ses
vêtements lorsqu’ils sont contaminés.
Mieux encore, il n’y a guère plus d’un siècle que le monde médical
a admis, non sans de vives résistances, cette vérité élémentaire. À Vienne, au
siècle dernier, les sommités médicales de l’époque ont chassé du pays le
Dr Semmelweiss, un médecin juif hongrois qui avait eu la folie de prétendre
qu’il était nécessaire de se laver les mains avant d’aller
accoucher ou ausculter les femmes en couche lorsqu’on venait de disséquer
un cadavre. L’ignorance et l’entêtement des médecins de
l’époque a entraîné la mort de milliers de femmes et de nouveau-nés.
Quant au médecin juif, il fut déclaré fou et interné. Ironie suprême, une
société chrétienne refusait de se conformer à une loi mosaïque et devait en
payer le prix, tout comme les juifs de l’Ancien testament qui
négligeaient d’observer la loi de Moïse. Car la Torah enseigne
qu’il faut se laver, se purifier avec l’eau et brûler les vêtements
contaminés.
L’eau est un symbole de purification. Que l’on cesse d’en
user pour notre corps et il se couvrira de crasse. Notre peau nourrira une
multitude de germes et de microbes. La vermine s’installera dans nos
vêtements, nous sentirons mauvais et on s’éloignera de nous.
Il en est ainsi des choses de l’esprit. Car le monde est spirituellement
contaminé. La saleté de l’esprit, c’est ce que les religions
chrétiennes appellent le péché; elle est tout autour de nous - elle est aussi
dans notre cœur.
Il n’est pas possible de côtoyer les hommes sans en être sali. Il
n’est pas possible de vivre sans engendrer nous-mêmes la saleté du péché.
C’est la condition de l’homme séparé de Dieu.
Jésus, après avoir trop longuement fréquenté les hommes, éprouvait le besoin de
se retirer, de s’éloigner d’eux. Il partait seul, le plus loin
possible, souvent au désert ou sur une montagne et là, il priait. Il se
tournait vers son Père. Il conversait avec lui et se lavait l’esprit des
impuretés du monde. Il reprenait des forces et redescendait de la montagne
propre, rafraîchi, régénéré.
Jésus priait souvent. Presque toujours seul. D’ailleurs, la seule fois où
il a demandé à ses amis de prier avec lui, ils se sont endormis - tout comme
nous.
Comme toujours, Jésus nous montre la voie. En l’imitant, nous devenons
forts nous aussi. Notre esprit est lavé de ses souillures. Il devient sain et
résistant aux maladies spirituelles qui affligent l’humanité.
Protégeons-nous de la lèpre. Lavons-nous le corps, mais lavons-nous aussi
l’esprit par la prière
Prier, c’est tourner son regard vers Dieu. Dieu, c’est la Loi, le
Bien, la Vie, le Principe incréé que nul homme vivant ne peut voir mais que
Jésus nous a fait connaître. Il se manifeste par un flot, une rivière
d’amour qui déferle sur nous et nous purifie lorsque nous disons, à
l’exemple du Fils,
Père, mon Père, notre Père à nous, les hommes, qui sommes tous frères, ma
volonté c’est que tous nous reconnaissions que tu es le Bien suprême, la
perfection de l’Être.
Que ton Nom soit sanctifié. Je veux que tu règnes sur le monde; que ta volonté,
qui est la perfection de l’amour, soit manifestée ici comme dans ton
royaume.
Je crois en toi et je sais que tu es bon. Je te demande de veiller sur mon
corps, de le nourrir et de le vêtir. Veille aussi sur mon esprit. Purifie-le et
donne-lui à manger. Sa nourriture, c’est ta Parole et Ton Fils dans
l’Eucharistie.
Ta loi est inflexible. Elle déclare que je serai pardonné dans la mesure même
où je pardonne aux autres. Je dis que cette loi est juste et belle. Je
l’accepte de tout mon cœur et je te prie de m’aider à
l’observer.
Père, je comprends qu’il est nécessaire que je sois mis à
l’épreuve. Toute la vie m’enseigne la sagesse de cette vérité. Mais
quand vient le temps de l’épreuve, soutiens-moi, car Toi seul est ma
force. Si je me détourne de Toi, si je doute, je sombre.
Je te parle ainsi à l’exemple de celui que tu m’as envoyé, ton
Fils, Jésus le Christ. J’ai reconnu sa voix et je perçois faiblement
l’immensité d’amour dont sa Vie et sa Mort témoignent parmi nous.
La sexualité
Il n’y a pas, dans l’Occident dit chrétien, de bourbier comparable
à celui dans lequel la sexualité s’est enlisée. Les théories freudiennes
ne pouvaient prendre naissance et se développer que dans une culture où la sexualité
avait été pervertie jusqu’à devenir pathologique. Le miroir freudien
reflétait le visage de l’homme occidental.
On est toujours puni par où l’on a péché. Aussi l’Occident chrétien
obnubilé par la sensualité en est-il devenu la proie au point de ne plus
pouvoir et de ne plus savoir en jouir. C’est toujours la même chanson,
l’homme perd ce qu’il ne veut pas lâcher, alors que c’est en
donnant qu’il recevrait : En vérité, je vous le déclare, personne
n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à
cause de moi et à cause de l’Évangile, sans recevoir au centuple
maintenant, en ces temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et
champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers.
De tous les plaisirs des sens, l’acte conjugal est celui qui se rapproche
le plus de ce que l’on est convenu d’appeler l’extase
mystique. Jean de la Croix nous apprend qu’il n’est pas rare que le
désir d’union avec le divin s’accompagne de sensations. Ce
phénomène est connu et, comme le souligne Jean de la Croix, il est le fait de
ceux qui n’ont pas encore traversé la nuit des sens et ne sont pas encore
en paix avec leur sensualité. Et qui n’avance pas recule. Que ceux qui
ont des oreilles entendent.
De là les paroles de Jésus à propos de ceux qui se font eunuques - qui
deviennent maîtres de leur sexualité - pour le Royaume.
Comme tout ce que la Terre offre de bon, l’amour physique est admirable
et constitue, comme toute chose bonne, un chemin pour aller vers Dieu. Mais un
chemin n’est qu’un chemin. Il mène à la maison mais il n’est
pas la maison.
Les amants enlacés connaissent bien cette indicible ivresse alors que chacun
aspire à se fondre dans l’autre pour ne plus former qu’une seule
chair. Il leur vient le désir de se consumer dans cette étreinte, pour
l’éternité. Ce désir ne peut être assouvi que spirituellement. D’où
la morosité qu’engendre l’amour physique qui n’est que le symbole
de l’union de la créature avec son Créateur dont nous parle le Cantique
des Cantiques. On comprend pourquoi cette union est incommunicable : il est
plus facile d’expliquer la lumière à un aveugle que de décrire
l’infinie splendeur de l’union spirituelle.
La vision occidentale de la sexualité est gravement faussée et pervertie, et la
misère est immense à cet égard, même parmi les chrétiens dont beaucoup seraient
scandalisés si on leur disait : Époux, avant l’étreinte, joignez vos
esprits dans une prière commune à Dieu, hors de qui rien n’existe et qui
n’est étranger à rien, afin qu’il bénisse votre union, prémices de
votre union spirituelle avec lui. Et ceux qui n’en seraient pas
scandalisés avoueront n’y avoir jamais pensé.
Ce qui n’est pas surprenant quand on sait la confusion qui a longtemps
régné dans l’Église à ce sujet. Il est effarant de penser que pour la
majorité des chrétiens, le péché d’Adam fut d’avoir fait
l’amour avec Ève : pensons à ce qu’évoque l’idée de croquer
la pomme dans la conscience populaire...
La chasteté est sublime, mais c’est un combat redoutable. Jésus enseigne
: avant d’aller au combat, mesurez vos forces; avant de vider et de
balayer votre maison, assurez-vous que l’Esprit viendra y demeurer; avant
de rejeter les petits poissons, soyez certains d’avoir découvert le gros
qui vous fera tenir tous les autres pour peu de chose. La méconnaissance de
cette sagesse élémentaire peut faire bien des malheureux.
Si Jésus et Paul après lui enseigne que certains se font eunuques pour le
Royaume et qu’il et bon que l’homme s’abstienne de la femme,
c’est qu’il est bon de ne pas gaspiller sa force, car la chasteté
confère une force qu’il est bon d’acquérir pour supporter la
puissance de l’Esprit. L’Esprit Saint est une force. Personne,
sinon Jésus, n’aurait pu supporter la force de l’Esprit qui
descendit sur lui devant Jean le Baptiste. Paul la connaissait cette force qui
l’a terrassé et rendu aveugle. Les apôtres aussi, au jour de la
Pentecôte, ont éprouvé la force de l’Esprit alors que toute la maison en
a tremblé. Il n’y a que les imbéciles qui ne savent pas que
l’Esprit peut les terrasser.
Un autre imbroglio : l’homme et la femme. Les chrétiens n’y
comprennent plus rien. Quand on leur lit ce que disent les Écritures, et
surtout les Lettres de Paul sur le mariage, ils ont envie de se cacher sous la
table.
C’est que le malentendu est profond. En effet, selon ce qui est écrit,
Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : Le jour où Dieu
créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu, mâle et femelle il les
créa. Il les bénit et les appela du nom d’homme au jour de la création.
(Gn 5.1)
Dieu est Esprit et selon l’Esprit, c’est-à-dire en vérité et
éternellement - et non selon les apparences de la chair, qui est mortelle -
l’homme est mâle et femelle, à l’image de Dieu : Dieu créa
l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle
il les créa. (Gn 1.27)
La séparation entre le mâle et la femelle, et le mariage entre le mari et la
femme, sont le résultat du péché et de la chute, comme nous le confirme Jésus :
Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari. Mais ceux qui ont
été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des
morts ne prennent ni femme ni mari. C’est qu’ils ne peuvent plus
mourir, car il sont pareils aux anges : ils sont fils de Dieu, puisqu’ils
sont fils de la résurrection. (Lc 20.35-36)
Ici-bas, en chacun de nous, homme ou femme selon la chair, il y a le mâle et il
y a la femelle, l’homme et la femme. En chaque être humain, homme ou
femme, c’est l’élément femelle qui devient l’agent de la
tentation : La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à
regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle
mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. (Gn
3.6)
Le véritable mariage, c’est l’union indissoluble et spirituelle du
mâle et de la femelle qui se prépare ici-bas mais ne se consomme que là-haut.
Ce sont les noces spirituelles de l’amant et de l’amante, chantées
par le Cantique des Cantiques, qui s’unissent pour devenir une seule
chair - la chair selon l’Esprit dont parlait Jésus lorsqu’il disait
: Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et
l’homme alors ne séparera plus ce que Dieu a uni.
Comme toutes les aventures terrestres, le mariage en ce monde est une illusion
s’il ne devient un chemin qui mène à l’union véritable, un prélude
à l’hymen du Cantique des Cantiques : Si quelqu’un vient à moi sans
me préférer à (...) sa femme, (...) il ne peut être mon disciple. (Lc 14.26).
C’est à la lumière de ces vérités spirituelles que les paroles de Paul
prennent tout leur sens et demeurent vraies aujourd’hui comme hier :
Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme.
Qu’elle se tienne donc en silence. C’est Adam en effet qui fut
formé le premier. Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui fut séduit, mais
c’est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression.
Se soumettre au mâle, c’est suivre la voix de Dieu en soi, ou dans le
conjoint. Si le mâle parle par la femme, que l’homme la suive.
C’est ce que fit Joseph.
Il y a entre le monde d’en haut et le monde d’en bas de grandes
similitudes et ce n’est pas un hasard si l’on né homme ou femme.
Chacun vient au monde dans l’état le plus propre à son développement
spirituel, qui est le but de toute existence. Si, comme le dit saint Paul, la
femme ne doit ni enseigner ni dominer l’homme, on comprendra que les
mariages les plus parfaits ici-bas sont ceux qui se conforment à ce modèle
spirituel :
Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris,
aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles. Enfants, obéissez à vos
parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n’exaspérez
pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. (Col 3.1821)
Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres; femmes, soyez
soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme,
tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son
corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient
soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé
son Église et s’est livré pour elle; il a voulu ainsi la rendre sainte en
la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole; il a voulu son
Église sainte et irréprochable. C’est ainsi que le mari doit aimer sa
femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même.
Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion; au contraire, on la
nourrit, on l’entoure d’attentions comme le Christ fait pour son
Église; ne sommes-nous pas les membres de son corps? C’est pourquoi
l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et
tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je déclare
qu’il concerne le Christ et l’Église. (Ep 5.21-32)
Comprenne qui peut comprendre.
L’homme et la femme qui ont faim et soif de Vérité ne peuvent pas plus
trouver l’absolu dans le mariage que dans n’importe quelle autre
entreprise humaine, si elle n’est pas spiritualisée.
Tel qu’il est engagé, sans relation avec l’Être spirituel, le
problème du mariage, de l’égalité des sexes et des relations entre
l’homme et la femme, est sans issue.
La connaissance
Toute connaissance scientifique est momentanée, toujours sujette à révision et
en constante évolution. L’esprit véritablement scientifique ne peut
affirmer qu’une chose : tout se passe comme si... Mais toute science est
vaine et l’homme ne sait rien s’il n’a appris d’où il
vient, qui il est, pourquoi il est sur terre, ce qu’il doit y faire et où
il va.
En chacun de nous il y a deux hommes : le vieil homme et l’homme nouveau,
l’homme selon la chair et l’homme selon l’Esprit. Par
l’homme spirituel, l’homme du souffle de l’Esprit, nous
apprenons que nous venons de Dieu, que nous sommes fils de Dieu mais séparés du
Père comme le fils prodigue et que nous pouvons, comme lui, retourner vers
notre Père. Nous savons cela parce notre Père a envoyé son Fils, Jésus, qui
nous a rachetés au prix de son Sang. Nous avons entendu sa parole et reconnu sa
voix. En adhérant librement à sa parole nous redevenons dignes de retrouver
notre qualité première d’enfants de Dieu. Mais d’abord il faut
l’adhésion.
Il en est fait ensuite selon ce que nous avons cru et chacun trouve les preuves
qu’il veut trouver, car la liberté de chacun est préservée. Il en est
ainsi pour toute cosmologie, tout système, toute grille, toute interprétation
de l’univers et de l’homme.
Tel penseur, prophète, philosophe, fondateur de religion vous séduit :
d’abord, vous adhérez à sa parole. Ensuite, les preuves
s’accumulent - car il en est fait selon ce que vous avez cru. De là
l’irréductibilité des doctrines et la conviction des adhérents.
Celui qui nie le Père, c’est-à-dire celui qui n’accomplit pas la
Parole du Père mais adhère à la parole d’un autre, celui-là devient fils
de l’esprit qui était en cet autre. S’adressant aux scribes et aux
pharisiens hypocrites, Jésus déclare : Vous êtes les fils de ceux qui ont
assassiné les prophètes.
Toute explication ou interprétation de l’univers et de l’homme est
une doctrine - quelles que soient ses prétentions scientifiques - et celui qui
nie le Père, le Fils et l’Esprit pour adhérer à une doctrine devient fils
de l’esprit qui l’a engendrée. Il est déjà mort.
Mais ne nous y trompons pas : ceux qui ont fait l’expérience de Dieu,
tels les apôtres lorsque l’Esprit descendit sur eux, ou Paul,
lorsqu’il fut aveuglé par la Lumière, atteignent un degré de certitude,
un absolu dans la connaissance qui dépasse infiniment celui de l’homme de
science. Et on reconnaît l’arbre à ses fruits.
Simplicité
Quelle confusion dans le monde! Tout est si simple, pourtant. Mais comment
faire comprendre aux hommes que tout a un sens, que tout s’ordonne selon
une loi immuable à laquelle rien dans la création, ni homme ni bête, ni roc ni
arbre, ne peut se soustraire?
Tout est soumis à la loi éternelle de l’Amour, et l’homme ne peut
trouver la paix et la joie que dans l’accomplissement de cet impératif
divin. L’homme né, vit et meurt uniquement dans ce but. Venir dans le
monde, c’est avoir le privilège inestimable de pouvoir se conformer à la
volonté divine, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de devenir
divin.
Il n’y a pas d’autre raison de vivre que de devenir un avec Dieu.
Non pas que l’homme devienne le Tout. Mais il devient un avec le Tout,
partie du Tout, coexistant, coéternel, cocréateur avec le Tout.
Comment faire comprendre aux hommes le prix de cet héritage auquel ils ont
droit? Comment les hommes peuvent-ils ne pas le comprendre?
N’est-il pas lumineusement évident que pour être un avec Dieu il faut que
l’humain meure et que le divin le remplace? Il faut qu’Il croisse
et que je diminue, disait Paul.
N’est-il pas évident que la vie nous est donnée précisément pour cela,
que nous devenions parfaits - comme le Père céleste est parfait - afin que nous
soyons capables et dignes de participer à sa divinité?
La vie nous est donnée pour que Dieu croisse en nous, qu’Il croisse
jusqu’à occuper toute la place afin que nous aussi nous continuions de
croître éternellement en Dieu - car Dieu est croissance et création éternelles.
Chaque homme a sur la terre une course à courir et chacun peut être vainqueur,
car c’est lui-même que l’homme combat. Au vainqueur revient une
gloire telle que toutes les misères et les souffrances de la course sembleront
dérisoires au prix de la victoire. La perfection, condition de la victoire,
n’est pas hors de notre portée. L’identification au Christ en est
le chemin.
0 Dieu, que ces vérités sont claires et simples! Mais c’est avec les yeux
de l’âme qu’on peut les percevoir. Et les yeux de l’âme
perdent leur faculté dans la mesure exacte où le comportement de l’homme
s’éloigne de la loi divine, la loi de l’amour de Dieu et du
prochain.
Voilà pourquoi celui qui agit contrairement à cette loi est dans
l’obscurité. Il s’enfonce toujours plus avant dans les ténèbres,
car il n’a plus d’yeux pour voir la lumière. La comparaison est
rigoureuse car Dieu est Lumière et la meilleure façon de se représenter le
Christ, venu parmi les hommes pour éclairer les hommes, c’est de
l’imaginer comme une source de lumière, plus éclatante et plus douce à la
fois que le soleil de midi. Qu’il est facile de prétendre que ce sont là
de belles paroles, que la vie est bien différente, que cette loi est
inapplicable et que tout cela n’est qu’un rêve insensé.
Qu’il est facile d’invoquer ceci et cela, de montrer que le monde
est cruel, injuste, livré au hasard; que l’homme ne peut compter que sur
lui-même, qu’il faut se défendre, que le mal triomphe.
C’est que l’homme est rigoureusement soumis à la Loi, qui est Dieu.
Il récolte ce qu’il a semé.
Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment cela pourrait s’appliquer aux
enfants qui meurent, aux victimes innocentes des guerres et des catastrophes.
Mais pour comprendre le plan divin il faudrait d’abord des yeux pour voir
l’ensemble du projet, et nous sommes aveugles.
Il nous reste pourtant suffisamment de lumière et de vision pour savoir,
profondément, que dans nos vies cela se vérifie. Nous savons bien que nous ne
pouvons connaître la liberté, la joie et la paix, en dehors de la loi divine de
l’amour. C’est cela, la Vérité. Et tout homme en possède une
parcelle. Le Christ la possédait toute. C’est pourquoi, devant
l’aveugle de naissance, il put affirmer : Cet homme est né aveugle pour
que la gloire de Dieu soit manifestée dans le monde. Seuls ceux qui avaient des
yeux et des oreilles - yeux et oreilles de l’âme - pour voir et pour
entendre, purent comprendre ses paroles.
La Vérité est simple. Il y a une Loi, qui est Dieu, qui est Amour. Tout homme
qui consacre ses forces - le peu qu’il possède de forces - à la recherche
de cette Vérité, voit peu à peu, dans la patience, tous les autres problèmes
s’ordonner et se résoudre.
Cherchez d’abord -premièrement- le Royaume de Dieu et sa Justice. Tout le
reste vous sera donné par surcroît. Cela est vrai, absolument.
Contemplation
Le non-agir et le non-dire sont la forme parfaite de l’adoration.
C’est la contemplation. La seule chose qui soit vraiment nécessaire. Elle
consiste en une disposition d’esprit illustrée par Marie assise aux pieds
du Seigneur et écoutant sa parole.
Le contemplatif, telle Marie, peut vivre dans le monde et passer inaperçu, même
des esprits religieux qui se méprennent souvent sur lui et lui reprochent son
apparente inaction.
Il ne se démène pas comme un beau diable pour faire le bien. Il ne se perd pas
en discussions pour " prêcher la parole ". Mais quoi qu’il
fasse ou quoi qu’il dise, il a l’esprit tourné vers Dieu Il est
toujours assis aux pieds du Seigneur et il écoute. Il se tait et il écoute. Se
taisant et n’agissant pas, il connaît que Dieu est Dieu : Tais-toi, et
connais que je suis Dieu.
Il est toujours dans la joie et dans la paix que nul ne peut lui ôter, sinon
lui-même. Le vent du monde souffle autour de lui et l’incline parfois,
mais tel un poussah lesté de Dieu, il reprend vite sa position verticale,
semblable à la flèche d’un clocher dressée ver le ciel.
Il ne connaît plus la peur ni le doute angoissant, car il est mort à lui-même
et ce n’est plus lui qui vit mais Dieu qui vit en lui. Parmi les hommes,
il passe souvent inaperçu car il est Lumière et il est Vérité. Pour le voir et
pour l’entendre, il faut avoir des yeux qui voient et des oreilles qui
entendent. Parce qu’il est intelligent - selon l’Esprit mais non
selon le monde qui le tient pour sot - sa seule ambition est la docilité :
Père, que ta volonté soit faite et non la mienne.
Ce qu’il a à dire, il le dit. Puis il se tait. Ce qu’il a à faire,
il le fait. Puis il s’en va. Car le non-agir et le non-dire ne sont pas
le rien-faire et le rien-dire. Il est le contraire du paresseux et du lâche. Il
est le bon ouvrier.
Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure
part; elle ne lui sera pas enlevée.
Marthe et Marie sont en chacun de nous. Et l’une et l’autre sont
nécessaires à la vie. Merveille des merveilles, la paix et la joie de la
contemplation ne sont pas troublées par les exigences de la vie active.
L’épreuve
Il faut apprendre la valeur de l’épreuve et ne pas repousser la croix qui
nous élèvera jusqu’à Dieu. De toute façon, disait le curé d’Ars,
vous souffrirez... Il faut plutôt bénir les épreuves; elles sont nécessaires à
la croissance spirituelle, car la foi en l’Amour subit l’épreuve du
feu.
C’est dans un combat que nous sommes engagés dont l’enjeu est la
possession de notre âme. Dans ce combat, l’arme la plus sûre est la
croix. Celui qui est résolu à tout perdre, à tout donner, à tout souffrir pour
ce bien supérieur qu’est son âme et par amour pour Dieu, celui-là devient
alors invincible. Et souvent le combat se gagne par défaut, car le Seigneur ne
nous impose rien qui soit inutile et pas un cheveu ne tombe sans sa permission
Plus l’homme peut souffrir en gardant intact son amour pour Dieu, plus il
devient semblable à lui, infiniment bon et infiniment libre. C’est
pourquoi il est juste et bon de remercier Dieu dans l’épreuve comme dans
la joie.
Tel un fils obéissant il faut dire :
Père, si c’est possible, éloigne de moi cette épreuve, mais que ta
volonté soit faite et que ta rigueur et ta sévérité soient bénies. Donne-moi la
force de supporter la force de ta correction. Tue en moi le vieil homme,
Seigneur, et qu’il ne reste plus rien en moi qui puisse te faire obstacle.
Brûle-moi, humilie-moi, car c’est au feu qu’on éprouve l’or
et au four de l’humiliation ceux qui sont agréés par Dieu.
Seigneur, j’aspire à te servir, à n’être pour toi qu’un
instrument de grâce. Utilise-moi. Fais de moi ce qu’il te plaira car ta
volonté est sainte et tes actions parfaites. C’est en donnant tout
qu’on obtient tout et comment pourrais-je ne pas tout désirer de toi.
Seigneur, fais en moi le vide afin que je sois comblé.
Éloigne de moi, Seigneur, tout ce qui n’est pas toi. Sois mon Père car je
veux être ton enfant.
Toutes les vérités des Évangiles qui nous paraissent si dures, si difficiles à
accepter, sont pourtant simples et élémentaires. Que de choses Jésus aurait-il
encore pu dire à ses disciples qu’ils n’étaient pas encore en mesure
de recevoir
La pitié envers soi-même est une insulte envers soi-même. Qui se plaint pèche,
disait saint François de Sales.
Vérités éternelles
Freud était convaincu que tout jeune garçon souhaite tuer son père parce
qu’il entretient un secret désir pour sa mère . Il citait
l’histoire d’Œdipe à l’appui de sa thèse et fabriqua le
" complexe d’Œdipe " qui fit florès. La vérité est
pourtant tout autre et dément également la justification de l’homosexualité
par l’antiquité grecque.
Europe était fille du roi de Tyr, Agénor, et fut enlevée par Zeus transformé en
taureau. Agénor dépêcha ses fils à la recherche de leur sœur. Parmi ces
fils, il y avait Cadmos, qui abandonna la recherche pour épouser Harmonie et
fonder Thèbes.
L’arrière-petit-fils de Cadmos s’appelait Laïos. Pendant sa
minorité, le royaume de Thèbes tomba aux mains d’usurpateurs et Laïos dut
s’exiler en Élide, à la cour du roi Pélops, où il devint amoureux de
Chrysippos, le fils du roi. Ce fut le commencement des amours contre nature et
cette perversion lui valut d’être chassé et maudit par le roi Pélops.
Laïos revint vers Thèbes pour reprendre possession de son royaume. Mais la
malédiction de Pélops lui interdisait d’engendrer. S’il passait
outre, l’enfant qu’il engendrerait tuerait son père et serait la
cause d’interminables malheurs pour toute la famille.
Laïos défia la malédiction et engendra Œdipe. Pour se soustraire à la
prédiction, il ordonna que l’enfant fût abandonné dans la montagne et
livré aux éléments. Mais Œdipe fut recueilli par des bergers et, devenu
adulte, il résolut de connaître l’identité de ses parents en interrogeant
l’oracle de Delphes. C’est en se rendant à Delphes qu’il
rencontra Laïos et le tua sans savoir qu’il devenait parricide. Poursuivant
sa route vers Thèbes, Œdipe débarrassa la ville du Sphinx et fut sacré roi
en épousant Jocaste, la femme de Laïos, sa propre mère.
Lorsqu’ils apprirent la vérité, Œdipe se creva les yeux et Jocaste
se pendit. La malédiction produisait ses effets et une multitude d’autres
catastrophes s’abattirent sur cette famille pendant des générations.
C’est également à cette malédiction - fruit des amours contre nature -
que se rattachent la mort d’Antigone et la destruction de Thèbes.
En affirmant que l’acte homosexuel est une perversion, un acte contre
nature, l’Église ne fait que redire ce que la sagesse humaine affirme de
toute antiquité.
La foi
C’est folie de penser que la foi est aveugle, car toute foi est mise à
l’épreuve pour devenir solide comme le roc et plus lumineuse que le
soleil. Dieu est plus près de nous que notre main droite et notre foi augmente
dans l’exacte mesure où elle est manifestée. Nous n’aurons de
preuve de l’existence de Dieu que lorsque nous l’aurons trouvé par
la foi.
Mais il est vrai que la Vérité qui illumine tout homme n’est accessible
que par l’Esprit. Quand Pierre dit à Jésus: Tu es le Messie, Jésus lui
répond qu’il ne pouvait connaître cette vérité que par l’Esprit. Or
l’Esprit ne peut opérer en nous que si nous le lui permettons. Dieu
respecte infiniment l’homme et c’est toujours ce dernier qui
choisit. La puissance de l’Esprit n’est limitée que par notre foi.
Avec elle, nous pouvons déplacer les montagnes.
On comprend dès lors que l’homme qui dit non à l’Esprit soit
incapable d’accepter la parole de Vérité et que sa raison puisse si
facilement la tourner en dérision. C’est sans doute là le péché contre
l’Esprit dont Jésus nous dit qu’il est le seul qui ne peut être
pardonné.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, raillait Voltaire. Et
pourtant, si inacceptable que cela puisse paraître à la raison humaine, tout ce
qui nous advient a pour unique objet de nous ramener à Dieu pour être un avec
lui. Dure Vérité, accessible seulement à l’homme du souffle,
l’homme spirituel, mais caché à l’homme psychique, l’homme de
ce monde.
L’homme laissé à sa seule nature n’accepte pas ce qui vient de
l’Esprit de Dieu. C’est une folie pour lui, il ne peut le
comprendre, car c’est spirituellement qu’on en juge.
La mort
Il y a des hommes qui vivent comme si la mort n’existait pas, comme
s’il ne leur faudra jamais rendre compte. Mais on les voit souvent
geindre et trembler, pleurer et supplier à l’heure inexorable.
Qu’on le veuille ou non nous serons, à notre mort, dans la Lumière du
Christ qui éclairera notre visage. Lorsque nous abandonnerons notre corps de
chair pour nous présenter devant l’Être de Lumière, de Justice et
d’Amour, nous comprendrons qu’il était parmi nous homme parmi les
hommes, car il plaidera en notre faveur en disant : J’étais triste et
découragé, mais je t’ai croisé et tu m’as souri. Ton sourire
m’a réconforté et mon fardeau m’a paru plus léger. J’atteste
que tu fus pour moi un ouvrier du bien.
Qu’il sera délectable et surprenant d’entendre : Avec
l’argent que tu m’as prêté sans me le réclamer, j’ai pu acheter
mon âme. - Tu ne m’as pas reproché mon injustice, et j’ai pu la
regretter. - Tu m’as téléphoné, un soir. - Tu as accepté que je
t’aide. - Tu n’as pas raillé ma foi. - Je t’ai menti, mais tu
as continué à me croire. - Tu as prié pour moi.
Heureux celui qui entendra de tels témoignages, car il sera appelé Fils de
Dieu. Déjà il goûte à la joie et à la paix qui n’ont pas de nom et sa
coupe débordera.
Il a peur de la mort, celui qui craint de regarder sa vie et doute de
l’infinie Miséricorde de Dieu. Mais il a raison de craindre, car Dieu,
c’est aussi la Justice.
Ce en quoi l’Église ne doit pas
changer
Dans un État de droit, l’épaisseur des codes donne la mesure exacte du
caractère vertueux de ses citoyens; et l’État ne cesse de légiférer. Mais
les lois édictées par l’État sont humaines et par conséquent imparfaites.
Elles peuvent donc être révisées et on a même vu invoquer la multiplication des
crimes, des délits et des contraventions pour justifier leur adoucissement :
l’avortement n’est désormais plus un crime en deçà d’un
certain nombre de semaines de grossesse - et ce nombre varie selon les
législations. Certains suivent le même raisonnement lorsqu’ils
entreprennent d’expliquer à l’Église ce en quoi elle devrait
changer.
On commence souvent par enfoncer une porte ouverte en réclamant que
l’Église reconnaisse " la légitimité du plaisir sexuel ".
C’est à croire que Vatican II n’a jamais eu lieu, que Gaudium et
spes n’a jamais été écrit et qu’on n’a jamais lu le
Catéchisme de l’Église catholique (CEC), lequel cite un discours
remontant à Pie XII! Soyons précis et citons des textes :
"La sexualité est source de joie et de plaisir." (CEC, n. 2361)
"Trop longtemps - nous l’avons souvent dit - la vie conjugale et en
général, tout ce qui concernait le corps ont été interprétés en termes
platoniciens : un esprit ‘se discréditait’ en acceptant quelques
actes animaux. (...) Dès lors il apparaît que l’union charnelle peut être
- et doit être - l’expression des âmes. Un être humain ne peut rejoindre
un autre être humain que par le corps : par la parole, par le geste.
Précisément les actes de la vie conjugale sont une expression privilégiée
d’union, de fusion, de communication, de connaissance et de ‘prise
en charge’. En cela, la sexualité humaine se sépare et se distingue de la
sexualité animale. Celle-ci n’a d’autre utilité que de rapprocher
les sexes pour engendrer des vies nouvelles. La sexualité humaine ajoute une
finalité psychologique : celle de la communication des personnes dans
l’amour. Il n’y a pas seulement là un ‘moyen’ pour la
génération comme certains l’ont cru autrefois, cette valeur peut être
recherchée pour elle-même." (Vatican II, L’Église dans le monde de
ce temps, Tome II, pp. 428-9)
Et dans Gaudium et spes, sous la signature de Paul VI : "Éminemment humain
puisqu’il va d’une personne vers une autre personne en vertu
d’un sentiment volontaire, cet amour enveloppe le bien de la personne
tout entière; il peut donc enrichir d’une dignité particulière les
expressions du corps et de la vie psychique et les valoriser comme les éléments
et les signes spécifiques de l’amitié conjugale (...) Il dépasse donc de
loin l’inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même,
s’évanouit vite et d’une façon pitoyable." (n. 49)
Il y a donc plus de quarante-cinq ans que nous avons lieu d’être
satisfaits que l’Église reconnaisse la " légitimité du plaisir
sexuel ", si tant est qu’elle l’ait jamais vraiment niée. Il
ne nous reste plus qu’à déplorer que les multiples lettres encycliques et
exhortations apostoliques des Vicaires du Christ ainsi que le Catéchisme de
l’Église catholique, rédigé à la suite de Vatican II, demeurent si
souvent lettres mortes. Ce sont pourtant des documents d’une grande
intelligence et d’une rare profondeur. Leur lecture enrichirait l’esprit
des jeunes comme des plus vieux et permettrait au moins, en les lisant plus
soigneusement, de critiquer l’Église en connaissance de cause.
D’autres voudraient que l’Église adopte une autre doctrine que
celle prêchée par le Christ, notamment en ce qui concerne le divorce.
La loi mosaïque autorisait les juifs à répudier leur femme à condition
qu’ils lui délivrent un certificat de répudiation (!) et ils
n’étaient pas non plus très contents que Jésus leur ordonne désormais de
ne plus séparer ce que Dieu a uni : " C’est à cause de la dureté de
votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; mais au
commencement il n’en était pas ainsi. Je vous le dis : si quelqu’un
répudie sa femme - sauf en cas d’union illégale - et en épouse une autre,
il est adultère. " (Mt 19.8-9) Même les disciples maugréaient et
trouvaient que " Si telle est la condition de l’homme envers sa
femme, il n’y a pas intérêt à se marier. " (Mt 8-10) Mais
lorsqu’un homme s’approche de Jésus pour lui demander ce
qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle, Jésus lui répond, entre
autres choses, Tu ne commettras pas d’adultère.
On invoque habituellement la femme adultère sur le point d’être lapidée
et à qui Jésus a pardonné. Certes, il lui a pardonné son péché, mais on oublie
souvent de mentionner ce que Jésus a ajouté : " Va, et ne pèche plus
". L’Église ne fait pas autre chose. Elle a reçu le pouvoir de
remettre les péchés et elle aussi nous pardonne en disant Va, et ne pèche plus.
" Ainsi, ils ne seront plus deux mais une seule chair. " Qui ne sait
que le mariage subira, au fil des ans, de multiples métamorphoses? Mais
c’est toujours la même chair et celui qui aime sa femme, dit saint Paul,
s’aime lui-même. On ne déchire pas sa propre chair. Le divorce est une tragédie
et il survient souvent - sinon toujours - chez les croyants, après un abandon
quasi total des pratiques religieuses et d’une foi véritable. Mais la
femme qui épouse un homme qui a abandonné son foyer a au moins un avantage sur
l’épouse délaissée : elle sait que si un jour elle cesse de lui plaire,
il la laissera elle aussi. Et on connaît le taux de succès de ces secondes
noces. Familles éclatées, familles monoparentales, familles reconstituées et
pourquoi pas, bientôt, familles à orientations sexuelles variables; lorsque les
mots ont tout à fait perdu leur sens, on finit par appeler bien ce qui est mal
et mal ce qui est bien.
L’Église connaît bien la misère humaine et sait que la séparation peut
être certaines fois préférable à la vie en commun, et elle l’autorise. Mais
le mariage n’en est pas pour autant annulé. Le croyant qui obéit au
premier commandement et qui aime le Seigneur son Dieu par-dessus toute chose
verra bien que son Dieu ne l’abandonne pas et que " tout est grâce
".
Il en est qui reprochent à l’Église de ne pas les laisser se masturber en
toute bonne conscience. Il semble même qu’un bon nombre de croyants de
naguère n’aient jamais pardonné à l’Église d’avoir ainsi
voulu réfréner leurs pulsions boutonneuses.
Le mot masturbation vient du latin manus " main ", et de stupratio
" action de souiller ". Voilà une étymologie qui n’est guère
valorisante. Sans doute les adeptes de ce stupre solitaire devraient-ils songer
à lui substituer un euphémisme plus invitant, comme auto-érotisme, par exemple.
L’expression, j’en suis sûr, doit plaire à nos sexologues.
N’a-t-on pas déjà remplacé l’affreux " avortement " par
" interruption volontaire de grossesse "? Ce qui vous a une toute
autre allure et qui montre qu’on sait faire usage de sa volonté.
L’Église enseigne que la " chasteté comporte un apprentissage de la
maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine.
L’alternative est claire : ou l’homme commande à ses passions et
obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux.
" (CEC, n . 2339). " Le but d’une authentique éducation
sexuelle est de favoriser un progrès continu dans la maîtrise des impulsions,
pour parvenir avec le temps à un amour oblatif véritable ", peut-on lire
dans une Instruction de la Congrégation pour l’Éducation catholique. Tout
est là.
Il n’y a pas d’éducation digne de ce nom qui ne comporte un
apprentissage de la maîtrise de soi. C’est là une vérité fondamentale
universellement reconnue depuis la nuit des temps. C’est
l’enseignement de tous les sages de tous les temps et Socrate, Bouddha ou
Confucius n’ont pas dit autre chose. Platon raconte que Sophocle, dans
son vieil âge, répondit à quelqu’un qui le plaignait de ne plus pouvoir
jouir du plaisir amoureux : " Ah! tais-toi! Je suis trop heureux de lui
avoir échappé; j’ai l’impression d’avoir échappé à un maître
furieux, sauvage! " Les enseignements de l’Église n’ont pas
d’autre objet que de nous aider à domestiquer ce " maître furieux
" afin qu’il devienne non plus un maître, mais un serviteur. Comme
toutes les mères, l’Église veut que ses enfants soient des maîtres, et
non des esclaves.
Le jeûne, nous rappelait récemment Jean-Paul II, est " une thérapie de
l’âme (...) qui nous libère de l’esclavage des choses. " Or il
existe aussi un jeûne nécessaire qui s’appelle la continence volontaire.
La régulation naturelle des naissances - dont on ne parle jamais - exige cette
continence volontaire et c’est le sage conseil que donne l’Église
aux couples qui veulent protéger leur amour pour éviter, comme l’écrivait
Paul VI, qu’il ne s’évanouisse de façon pitoyable comme on le voit
si souvent aujourd’hui. Comment voulez-vous que les jeunes à qui on
conseille maintenant de se masturber, et qu’une sexologue félicite
d’avoir eu un comportement réfléchi (sic) parce qu’ils ont utilisé
un condom pendant leurs relations sexuelles avec au moins six partenaires
différents avant l’âge de 18 ans, puissent acquérir cette maîtrise de soi
" qui est une pédagogie de la liberté humaine "? On a bien
l’impression qu’on veut plutôt les convaincre qu’ils sont
incapables de maîtriser leurs instincts et que les femmes sont en quelque sorte
des déversoirs à trop-plein.
L’Église ne cessera jamais de soutenir ses enfants dans leur combat pour
la pureté, car " le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence
de la chair et les convoitises désordonnées " afin de pouvoir aimer "
d’un cœur droit et sans partage ". Mais elle a aussi retenu la
parole du Christ qui nous prévient que sans Lui, nous ne pouvons rien faire, et
elle rappelle la nécessité de la prière en citant l’aveu de St Augustin :
" Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, (...) et
j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent,
si tu ne le lui donnes. " (CEC, n. 2520)
La vie est un combat, mais c’est surtout un combat contre soi-même. On
apprend cela tôt ou tard, et il est hélas parfois trop tard. Par ses exigences,
sa discipline, sa valorisation de l’effort et de la révérence naturelle
des élèves envers leurs maîtres, l’école enseignait naguère implicitement
cette maîtrise de soi si indispensable à l’homme s’il veut
remporter le combat contre son pire ennemi, c’est-à-dire lui-même.
Aujourd’hui, à l’heure de la pédagogie du moindre effort et du
tutoiement égalitariste, lorsque les résultats sont par trop calamiteux, on
abaisse la barre et, en fait de discipline, le directeur d’école qui
réussit à éliminer le " taxage " dans son établissement
s’estime fort satisfait. La révérence est une notion devenue maintenant
étrangère à la nation tout entière et, comme emblème de la maîtrise de soi, on
a installé des distributeurs de condoms dans les couloirs de nos écoles.
À la suite de certains évêques dissidents - on ne cesse de s’indigner du
sort que l’Église ferait subir aux " exclus ". Mais
l’Église n’exclut personne. L’Église ne sait faire
qu’une chose, accueillir. Ce sont les hommes qui s’excluent de
l’Église. Ou alors il faut bien admettre que le Christ fut en son temps
le grand maître de l’exclusion. N’a-t-il pas dit que celui qui se
présenterait au banquet sans avoir revêtu la robe blanche serait jeté dehors,
et qu’il viendrait lui-même séparer les brebis d’avec les chèvres?
Cela pourrait faire beaucoup d’exclus, de pleurs et de grincements de
dents.
On accuse aussi l’Église d’être cruelle et de manquer de
compassion. C’est que " La vraie religion, nous dit Pascal, enseigne
nos devoirs, nos impuissances (orgueil et concupiscence); et les remèdes
(humilité, mortification). (...) Nous ne souffrons qu’à proportion que le
vice, qui nous est naturel, résiste à la grâce surnaturelle; notre cœur se
sent déchiré entre des efforts contraires; mais il serait bien injuste
d’en imputer cette violence à Dieu qui nous attire, au lieu de
l’attribuer au monde qui nous retient. C’est comme un enfant, que
sa mère [l’Église] arrache d’entre les bras des voleurs, doit
aimer, dans la peine qu’il souffre, la violence amoureuse et légitime de
celle qui procure sa liberté, et ne détester que la violence impétueuse et
tyrannique de ceux qui le retiennent injustement. La plus cruelle guerre que
Dieu puisse faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre
qu’il est venu apporter. " (Pensées, 493 et 498)
L’Église a toujours considéré les actes d’homosexualité comme
" intrinsèquement désordonnés ". Comme toutes les religions du Livre,
elle rejoint en cela le jugement naturel de l’antiquité grecque, car le
cycle thébain nous apprend que Laïos, le père d’Œdipe, fut maudit
par le roi Pélops pour s’être livré à des amours contre nature. C’est
d’ailleurs en raison de cette malédiction qu’Œdipe, sans le
savoir, tua son père et épousa sa mère; et non pas, comme Freud aurait voulu
nous le faire croire avec son célèbre " complexe "
d’Œdipe, parce qu’il éprouvait pour sa mère une attirance
érotique. Quand on sait l’obsession que peuvent avoir les analystes
freudiens pour le sexe, on peut s’étonner qu’ils en fassent le
reproche à l’Église.
Mais si l’Église considère contre nature les actes d’homosexualité,
elle ne condamne pas l’amitié et ne juge pas anormal qu’il puisse
exister entre des personnes de même sexe une profonde amitié. L’Évangile
ne nous parle-t-il pas de Jean, le disciple que Jésus aimait? Et c’est
Jean qui se trouvait au pied de la croix, avec Marie, à l’heure du
sacrifice de Celui qui a tant aimé le monde qu’Il a donné sa vie pour
ceux qu’Il aime.
On réclame également plus de démocratie. Dieu merci, on a tout lieu de croire,
en effet, que Dieu n’est pas démocrate. Il n’a pas chargé Moïse
d’organiser un référendum sur les Tables de la Loi. Il a édicté : "
Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne tueras pas ". Pas même dans
le sein de la mère, car " Avant de te former au ventre maternel, je
t’ai connu; avant que tu ne sois sorti du sein, je t’ai consacré.
" (Jérémie 1.5). Il est donc difficilement concevable qu’un croyant
se fasse le compagnon d’armes du Dr Morgentaler, un homme qui affirme que
" l’idée de Dieu ne résiste pas à l’analyse scientifique (sic)
". (Le Devoir, 24 juin 1987).
Affirmer ses convictions en déclarant que Dieu n’existe pas n’est
jamais, en réalité, qu’un acte de foi à rebours, comme l’avoue
Morgentaler : " C’est en raison de mes convictions humanistes que
j’ai entrepris de combattre pour la légalisation de l’avortement au
Canada, au nom du mouvement humaniste ". Mille convictions, hélas,
n’ont jamais créé la moindre certitude et il est assez horrible de penser
que c’est " au nom du mouvement humaniste " que tant
d’enfants continueront de mourir dans le sein de leur mère et que demain,
notre compassion ira jusqu’à aider les vieillards, les handicapés et les
suicidaires - c’est chose faite à New York - à basculer dans le "
néant ". Telle est la nouvelle religion et la nouvelle spiritualité
qu’on nous propose.
Jean-Paul II affirme que notre civilisation est malade, que nous vivons dans
une culture de mort. Et l’avenir s’annonce sinistre.
En Chine, là où les femmes sont traînées de force dans les avortoirs si elles
deviennent enceintes après un premier enfant, on vend des fœtus qui sont
consommés comme " aliments naturels ". Cela rend votre peau plus
douce et c’est très bon pour les reins, disent les médecins chinois. Les
cas ont été rapportés par deux importants journaux de Hong Kong et United Press
International a vérifié l’information.
Mieux vaut savoir vers quoi on se dirige. Les consciences, aujourd’hui,
sont à ce point émoussées et déformées que plus personne ne réagit et ce qui
nous paraît encore maintenant des horreurs sera la réalité demain,
principalement au chapitre de la manipulation génétique et de
l’euthanasie.
Horrible, impensable et inimaginable chez nous! me direz-vous? Pensez
seulement, Mesdames, à votre réaction si l’on vous avait dit, il y a une
trentaine d’années, que des fillettes qui ont troussé leur layette à
l’âge où vous jouiez encore à la marelle et qui se retrouvent enceintes,
peuvent se faire avorter gratuitement sans que leurs parents en soient informés
- et cela grâce à la Convention des Nations unies sur les droits de
l’enfant! Et saviez-vous que dans notre beau pays civilisé, un hôpital
d’Halifax prélève des cellules dans le cerveau de fœtus humains -
nécessairement vivants et suffisamment développés - pour les implanter ensuite,
jusqu’à présent sans grand succès, dans le cerveau d’adultes
atteints de maladies dégénératives? Vous me direz que ce n’est quand même
pas comme manger des fœtus pour améliorer la texture de sa peau.
C’est vrai. Pas tout à fait.
Étrange déraison qui nous persuade qu’il est criminel de tuer un enfant
dans le sein de sa mère s’il est âgé d’un certain nombre de
semaines, mais qu’il est parfaitement légal de le tuer avant, et même aux
frais de l’État! Comment cet enfant peut-il ne pas être humain avant et
le devenir après? Est-il possible d’aller plus loin dans
l’illogisme, le non-sens et l’absurde? Ne voit-on pas que suivant
la même " logique " on en viendra un jour - si ce jour n’est
pas déjà venu - à décider inversement que le vieillard ayant perdu certaines de
ses facultés aura soudainement cessé d’être humain et qu’on pourra
en disposer à loisir. Qualité de vie oblige. Et comme on respecte les
sensibilités, on fait comme pour l’avortement et on parle de mort dans la
dignité.
Déjà, le 25 octobre 1946, Georges Bernanos écrivait en parlant de la
spiritualité de l’avenir : " Elle m’apparaît si dégradée que
personne ne la reconnaîtra. Ou, pour mieux dire, on peut prévoir des
perversions de la spiritualité analogues à celles que nous présente le nazisme
ou le communisme. Car les bourreaux de Dachau ou de Buchenwald, comme ceux des
actuels camps de concentration de la mer Blanche, seraient inconcevables
autrement. " On comprend que Jean-Paul II puisse parler des millions de
petits êtres humains avortés comme d’un nouvel holocauste, tandis que les
prêtresses du Nouvel Âge réclament l’avortement sur demande " par
amour de l’enfant "!
L’avortement est un crime, dit Mère Teresa, qui tue non seulement un
enfant mais aussi la conscience de tous ceux qui y participent. La perte de la
conscience est pour toute nation une maladie fatale, et si l’avortement
est un mal, un poison mortel, quelle que soit la dose que vous injecterez dans
le corps social, il finira par en mourir. Lorsque les jeunes se suicident ou
refusent d’avoir des enfants, n’est-ce pas que, déjà, il y a
quelque chose de pourri dans le royaume?
Quant à la question des condoms, on va jusqu’à accuser le Pape d’être
responsable de la propagation du sida? Ce reproche que l’on adresse au
Saint-Père est soit le signe d’une insondable bêtise ou d’une
infernale malice. Car enfin, soyons sérieux, à qui fera-t-on croire que le Pape
est écouté par les non-croyants lorsqu’il se prononce contre
l’utilisation du préservatif? Les non-croyants se soucient de
l’enseignement de l’Église comme d’une guigne! Et comme le
vagabondage sexuel n’est pas au nombre des dix commandements, le croyant
qui ne se drogue pas et qui n’a pas, comme chantait le regretté Brassens,
" un penchant pervers à prendre obstinément Cupidon à l’envers
", ne risque pas plus d’être contaminé par le sida pour avoir eu des
relations sexuelles avec six partenaires différents qu’un Inuit
d’être piqué par une mouche tsé-tsé.
D’autre part, on connaît le taux d’échec des méthodes de
contraception : le risque, pour le condom, peut aller jusqu’à 20%. Comme
on peut parier que l’échec sera corrigé par un avortement, et sachant
qu’on a détecté dans les condoms la présence de trous 50 fois plus gros
que la taille du virus V.I.H., faut-il s’étonner que l’Église
continue d’interdire à ses fidèles cette forme de " sexe sans
risques "? Quant aux autres, qui de toute façon n’écoute pas leur
Mère, souhaitons-leur bonne chance.
Le Saint-Père, dans son exhortation apostolique La Famille, enseigne que "
l’Église s’oppose fermement à une certaine forme
d’information sexuelle ne tenant aucun compte des principes moraux et si
souvent diffusée aujourd’hui, qui ne serait rien d’autre
qu’une introduction à l’expérience du plaisir et pousserait le
jeune, parfois même à l’âge de l’innocence, à perdre la sérénité,
en ouvrant la voie au vice. " On me permettra d’entretenir des
doutes, en effet, sur la nécessité d’apprendre à un écolier de six ans
que " le condom sert à empêcher le sperme d’entrer en contact avec
les sécrétions vaginales ", comme le prétend une insane bande dessinée en
prétextant que Bibi veut tout savoir sur le sida.
L’Église n’a pas le choix. Elle est le sel de la terre, et si le
sel perdait sa saveur, il ne serait bon qu’à être foulé aux pieds par les
hommes. Voilà la grande menace qui pèse sur l’Église de notre temps.
C’est une erreur funeste de croire que Jésus est venu fonder une
œuvre de bienfaisance et de paix à la façon dont le monde l’entend -
il nous a même prévenus que c’est le glaive et non la paix qu’il
est venu apporter sur la terre. L’Église n’est pas une œuvre
de bienfaisance, mais de sanctification. La bienfaisance suit, naturellement :
" Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le
reste nous sera donné par surcroît. "
Une Église qui voudrait apprendre " à aimer son prochain comme soi-même
" sans commencer par apprendre à aimer Dieu " de tout son cœur,
de toute son âme, de toute sa pensée et par-dessus toute chose " est une
Église qui faillit à sa tâche car, nous dit Jésus, " C’est là le
grand, le premier commandement. "
Une Église qui se ferait démocratique (de demos, " peuple ") serait
une aberration, une contradiction dans les termes. Lorsque Moïse gravit le
Sinaï pour recevoir de Dieu les Tables de la Loi, le " peuple ",
laissé à lui-même, s’assembla et décida démocratiquement de dresser un
autel au Veau d’Or; et " le peuple s’assit pour manger et
boire, il se leva pour se divertir " (Ex 32.6).
Ce n’est pas l’amour de Dieu qui pousse les " exclus " à
demander que l’Église renie les Tables de la Loi et la parole du Christ,
c’est le fol espoir d’obtenir un jour la justification de leur
péché. Une Église qui ferait cela cesserait d’être l’Église du Christ.
Il n’est pas impossible que cela arrive un jour, mais ce sera, nous
prévient Jésus, le jour de la grande détresse, " Quand vous verrez
installé dans le lieu saint l’Odieux Dévastateur, dont a parlé le
prophète Daniel - que le lecteur comprenne! " (Mt 24.15)
Pour ce qui est de l’ordination des femmes, le Seigneur, qui sonde les
reins et les cœurs, en connaît seul les motivations profondes. Le mot
ministre signifie serviteur; si c’est pour devenir les servantes du
Seigneur que des femmes veulent devenir ministres du culte, il me semble que
les occasions ne manquent pas en dehors de la prêtrise. L’Église, en tous
cas, a tranché, et personne ne me fera croire que ce juif qui mangeait à la
table des collecteurs d’impôts et des pécheurs, au grand dam des scribes
et des pharisiens, et qui a chassé les vendeurs du Temple à coups de fouet,
n’a pas choisi de femmes parmi ses apôtres parce qu’il voulait se
conformer aux mœurs de son temps. Il me semble aussi que la Vierge Marie
aurait été un choix tout désigné. Or les dernières paroles de Jésus sur la
croix furent non pas pour lui conférer le titre d’apôtre, mais pour la
confirmer dans son rôle de Mère : "Femme, voici ton fils." Et au
disciple qu’il aimait : " Voici ta Mère. " Et tous les
disciples qui aiment le Christ savent bien qu’ils ont depuis lors une
Mère qui prie pour eux, pauvres pécheurs.
Telle est la loi de Dieu et elle est immuable. Il n’appartient pas à
l’Église de la changer. C’est une loi d’amour à laquelle Dieu
fait subir l’épreuve du feu, car Il n’a que faire des amours
mercenaires et intéressées. Mais Dieu ne contraint personne. Il nous laisse
libres. Il nous prévient seulement. " Vois : je mets aujourd’hui
devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande
aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de
garder ses commandements, ses lois et ses coutumes. Alors tu vivras, tu
deviendras nombreux, et le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays où tu
entres pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu
n’écoutes pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant
d’autres dieux et à les servir, je vous le déclare aujourd’hui :
vous disparaîtrez totalement, vous ne prolongerez pas vos jours sur la terre où
tu vas entrer pour en prendre possession en passant le Jourdain." (Dt 30
15-18)
Cet avertissement lancé par Dieu au peuple que conduisait Moïse a traversé les
millénaires pour arriver jusqu’à nous. Ne devrait-il pas résonner aux
oreilles d’un autre peuple qui, naguère, traversa l’Atlantique pour
venir s’établir en Nouvelle-France avec l’espoir d’y croître
et d’y prospérer, dans la fidélité à ses pères et à son Dieu?
Récompense
On mesure toute l’incompréhension des hommes de ce monde lorsqu’ils
accusent l’homme de foi de travailler dans l’espoir d’une
récompense dans un autre monde, le Paradis. Ce qu’ils ne peuvent
comprendre, c’est que le Royaume de Dieu commence ici, et qu’il est
à l’intérieur de nous.
Les mots récompense et punition, Paradis et Enfer n’ont pas, dans
l’ordre divin, le sens qu’on leur prête ici-bas. Si l’homme
de Dieu aspire à se conformer à l’ordre divin, à devenir un avec le
Christ, c’est par amour pour Lui. Ce qui transcende toute idée de
récompense. Le pur amour ne cherche pas à plaire par espoir de récompense mais parce
qu’il aime et qu’il trouve sa joie dans l’accomplissement de
la volonté de l’être aimé.
Dieu ne peut être servi dignement que sans idée de récompense ou de salaire,
parce qu’il est Dieu et parce que nous sommes des serviteurs inutiles.
Inutiles, mais aimés au-delà de toute espérance. Cet amour de Dieu ne peut se
feindre, car on ne se moque pas de Dieu. Mais ces serviteurs inutiles, qui
n’ont rien demandé que de faire la volonté du Roi des rois, seront
récompensés divinement.
Maranatha! le Seigneur vient...
N’allons pas croire, en lisant les Évangiles, qu’il nous aurait été
doux d’inviter le Seigneur dans notre maison et de converser avec Lui.
Car si nous ne le faisons pas maintenant, nous ne l’aurions pas fait
alors. Ce n’est pas la personne physique de Jésus qui importe,
c’est son Esprit.
Assis à la table du pharisien, Jésus n’était pas présent pour lui. Il le
fut cependant pour la pécheresse qui pleura à ses pieds et l’inonda de
parfum et de larmes.
Fidèle à sa promesse, Il se tient à la porte et Il frappe. Et si
quelqu’un entend sa voix et lui ouvre la porte, Il entre et Il prend la
Cène avec lui. La maison où Il entre, c’est notre cœur. Heureux qui
peut alors l’inonder de parfum et de larmes. Il lui sera beaucoup
pardonné, parce qu’il a beaucoup aimé.
Viens, ô mon Bien-Aimé, Toi le plus beau des Hommes
Entre dans ma maison, car elle est ta maison
Où rien n’existe plus de ce qui n’est pas Toi.
J’ai fait brûler l’encens, j’ai préparé la myrrhe.
L’or est dans le creuset. Le temple est vide et nu.
J’ai chassé du parvis les vendeurs de chimères.
J’ai mis à nu l’argent, le marbre et le porphyre,
La nacre et les diamants, mille joyaux éteints
Dont ta Lumière seule peut ranimer l’éclat.
J’ai mangé de ton Pain, bu ton Sang de jouvence.
Les années ont passé et je suis belle enfin.
Car j’ai tant admiré ton ineffable image
Que ses traits de beauté en moi se sont empreints.
Partout Tu ne verras qu’un reflet de Toi-même.
Je n’ai rien conservé que le désir de Toi.
Viens! Laisse-moi pleurer sur tes pieds adorables,
Inonder tes cheveux du parfum de ma joie.
Entre chez Toi - enfin!
Le serviteur
Il ne faut pas croire en Dieu, mais être un avec Lui, agir par Lui, devenir la
main de Dieu, car " Ce ne sont pas ceux qui crient Seigneur, Seigneur, qui
seront sauvés, mais ceux qui font la volonté du Père". Aimer, donner,
voilà ce que fut l’œuvre du Fils sur la terre.
***
Lorsque vous aurez besoin d’un encouragement, Dieu vous l’enverra.
Il trouvera autour de vous un serviteur qui, poussé par l’Esprit, dira la
parole, fera le geste, écrira le mot de réconfort. Soyons ce serviteur.
***
Dieu d’amour, si tu m’accordes d’être l’instrument de
ta grâce, ne serait-ce que pour un seul, je t’en serai éternellement
reconnaissant. Quel qu’en soit le prix.
***
A l’homme qui dit du bien de vous répondez, comme notre Seigneur, "
Non pas moi, mais Dieu en moi ". Maître et Seigneur, serviteur parfait qui
plaît au Père, garde-nous de ceux qui pourraient dire du bien de nous.
***
Aucun progrès tant que nous n’avons pas compris qu’en servant les
hommes, nous servons Dieu, et qu’il n’est pas sur terre de nom plus
beau que celui de serviteur du Père.
Servir les hommes, c’est d’abord les ramener à la conscience que
Dieu est, en devenant des témoins, en manifestant ce qu’Il est par
l’Esprit qui habite en nous. " Voici le fruit de l’Esprit:
amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de
soi; contre de telles choses il n’y a pas de loi. "
Nul n’est grand qu’il ne se diminue pour se faire le serviteur de
tous.
***
Celui qui s’attribue un mérite quelconque se coupe aussitôt de la source
de toute perfection qui est en lui, mais non pas lui-même.
***
Glorifier Dieu c’est le servir, faire sa volonté et non la nôtre. Jésus a
glorifié Dieu en abandonnant sa volonté propre pour accomplir la volonté du
Père. " Que ta volonté soit faite, et non la mienne ". Tout homme
doit imiter 1’homme Jésus afin que le Christ vive en lui et il sera un
avec Jésus-Christ, qui est Dieu.
Seigneur, je sais bien que tu n’as nul besoin de moi et que Je suis un
serviteur inutile, mais accorde-moi pourtant d’être l’instrument de
ton amour pour les hommes afin que ma joie soit parfaite.
***
La terre est une école où l’on apprend à devenir roi. Au bon serviteur
qui aura été fidèle dans une toute petite affaire, il sera donné autorité sur
dix villes. Parole du Seigneur.
***
On mesure toute l’incompréhension des hommes de ce monde lorsqu’ils
accusent l’homme de foi de travailler dans l’espoir d’une
récompense, qu’ils appellent le Paradis, auquel on accéderait dans un
autre monde. Ce qu’ils ne peuvent comprendre, c’est que le royaume
de Dieu commence ici, et qu’il est à l’intérieur de nous.
Les mots récompense et punition, paradis et enfer n’ont pas, dans
l’ordre divin, le sens qu’on leur prête ici-bas. L’homme de
Dieu aspire à se conformer à l’ordre divin, à devenir un avec lui. Il
trouve alors la paix dont parle le Christ.
C’est pourquoi il ne peut exister de récompense plus grande que
d’être appelé bon serviteur - et serviteur inutile. C’est pourquoi
le curé d’Ars pouvait dire qu’il donnerait sa place au Paradis,
entendez la conscience qu’il peut avoir d’être un avec la volonté
divine - si cela était possible- pour le salut d’une âme, entendez pour
amener une créature humaine à la conscience de ce qu’elle peut être.
La récompense du fils de Dieu, c’est de faire la volonté du Père. Il
devient alors un avec lui, cohéritier et cocréateur, ce qui transcende toute
idée de récompense. Le pur amour ne cherche pas à plaire par espoir de
récompense mais parce qu’il aime et qu’il trouve sa joie dans
l’accomplissement de la volonté de l’être aimé.
Ultime récompense: pouvoir faire la volonté du Seigneur.
***
Serviteur de Dieu. Pourquoi n’y a-t-il pas de plus belle récompense que
d’être appelé bon et fidèle serviteur? C’est que l’homme dans
la création est central. Intermédiaire entre le monde d’en haut, le monde
créateur, et le monde d’en bas le monde créé. C’est la gloire de
l’homme que l’être incréé et créateur éternel, Dieu le Père,
l’Éternel, le tout-puissant, le créateur, passe par l’homme. Et le
serviteur ne sera plus appelé serviteur mais ami. Parole du Christ: " Je
ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l’ignorance
de ce que fait son maître: Je vous appelle amis parce que tout ce que j’ai
entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître ".
Le Créateur crée et donne. Le monde créé reçoit et garde. Pécher, c’est
se détourner de Dieu, ne plus être à l’image de Dieu. Pécher, c’est
vouloir prendre sans donner.
Pourquoi Jésus pouvait-il, peut-il dire, " le Père et moi, nous sommes un
" et " Celui qui m’a vu, a vu le Père ".? C’est
qu’il ne s’est jamais détourné de Dieu. Il avait la connaissance et
il nous a donné tout ce qu’il avait. Sa vie même. Il n’a rien
gardé. Il ne s’est attaché à rien.
L’homme a accédé à la connaissance par désobéissance: " Tu ne
mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, du bonheur
et du malheur car, du Jour où tu en mangeras, tu devras mourir " et il
s’est attaché à tout.
Le bien, le bonheur, c’est donner, c’est aimer jusqu’à la
mort, comme Jésus, et vivre.
Le mal, le malheur, c’est prendre et vouloir sauver sa vie sans donner,
par amour de soi, et mourir. Je parle de la seconde mort, car la première est
sommeil.
L’homme qui veut tout garder sans donner et refuse de mourir à lui-même
mourra. Car celui qui accapare s’appauvrit. Il est nu et il aura honte.
Mais celui qui donne s’enrichit. Il sera vêtu et glorifié.
Il ne faut s’attacher à rien qu’à Dieu.
Dieu ne peut être servi dignement que sans idée de récompense ou salaire parce
qu’il est Dieu. Et cela ne peut se feindre, car " On ne se moque pas
de Dieu ". Mais ces serviteurs qui n’ont humainement rien demandé
que de faire la volonté du Roi des rois seront récompensés divinement.
Le silence
Il y a la chair et il y a l’Esprit. L’homme selon la chair et
l’Homme selon l’Esprit. Il y a le vieil homme et il y a
l’Homme nouveau. Le vieil Adam et le Nouvel Adam.
Il y a l’homme naturel et l’Homme surnaturel. Ce qui est de
l’Esprit est Esprit " et n’est pas accessible à la chair, à
l’homme naturel.
Le corps, avec ses sens, la psyché avec son entendement, sa mémoire et sa
volonté sont selon la chair, selon l’homme naturel. La Lumière de 1
‘ Esprit est ténèbres pour l’homme naturel. Dieu dit : " Que
la Lumière soit " et la Lumière fut. La Lumière est venue dans le monde
mais le monde ne l’a pas connue. L’homme naturel ne peut pas
connaître la Lumière. Mais il peut recevoir la Lumière et celui qui reçoit la
Lumière cherche la Lumière. " Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni
d’un vouloir d’homme, mais de Dieu ". La vraie Lumière en
venant dans le monde illumine tout homme.
Cette Lumière surnaturelle qui est Vérité est semblable à une Musique. Lumière
ou Musique non pour l’œil et l’oreille selon la chair et les
sens ou selon la psyché et l’entendement mais selon 1’Esprit. Que
celui qui a des yeux voie et que celui qui a des oreilles entende la Lumière et
la Musique qui sont Vérité.
Comprenez alors qu’il faille faire la paix en nous-mêmes qu’il
faille apaiser le tumulte des sens
et le tumulte de la pensée si nous voulons recevoir les divines vibrations de
la Lumière/ de la Musique qui sont Vérité. " Tais-toi, et connais que je
suis Dieu ".
***
Le mieux que nous puissions faire devant Dieu c’est de nous taire, de
laisser parler l’Esprit
et d’écouter la voix intérieure. Si cette pensée nous scandalise,
c’est que nous avons encore beaucoup à apprendre. " Tais-toi et
connais que Je suis Dieu ".
***
" Tais-toi et connais que je suis Dieu ". Il est bien près de la connaissance
parfaite, celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots, car
c’est limiter sa connaissance que de s’accrocher à un nom. "
Je suis le Je suis ".
***
Dans notre quête vers Dieu, nous commençons d’abord par crier : "
Moi, moi, moi, Seigneur! ". Puis, nous disons : " Toi, Toi, mon Dieu.
" Enfin, nous pensons : " Nous. "
Après quoi, on se tait.
***
Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne
l’écoutent pas toujours. Plus on l’écoute, plus il nous parle.
***
Toute l’œuvre spirituelle de Jean de la Croix est un commentaire de
" Tais-toi, et connais que je suis Dieu ".
***
La vie
Ne croyez pas que Jésus le Christ a eu peur de la mort. Bien au contraire.
C’est l’indifférence des hommes devant son sacrifice sur la croix
qui lui a fait suer le sang mais non la peur de la mort.
Vous devriez vous réjouir avec moi, disait-il à ses disciples, de ce que je
retourne d’où je viens.
C’est un baptême que j’ai à recevoir et qu’il me tarde que
tout soit accompli.
Mourir, c’est faire face à la Vérité. Celui qui cherche la Vérité
d’un cœur pur et l’accueille en lui,
ne craint pas de la rencontrer. Au contraire. Car la Vérité illumine tout et
celui qui n’a pas honte de ses actions et des motifs de ses actions, ne
craint pas la Lumière. Au contraire. Il est facile de savoir si l’on est
dans la Voie: il suffit de penser à sa mort.
***
Jésus est mort, obéissant jusqu’à la croix. Il est devenu, pour 1’éternité,
le Vivant, Jésus le Christ. Jésus s’est dépouillé de tout pour être
habité par l’Esprit.
L’Esprit ne peut être parfaitement en l’homme que si l’homme
fait en lui le vide. Ceux qui veulent suivre Jésus pour devenir à leur tour Un
avec lui, devront franchir cette dernière épreuve : le dépouillement, qui va
jusqu’à l’inconnaissance, la nuit de l’esprit. "Je suis
" est un Dieu jaloux,
qui ne tolère aucun autre dieu devant sa face. Étant 1’Amour parfait, il
veut pour l’homme la perfection de l’Amour. L’Esprit doit
prendre toute la place. Tout en l’homme doit mourir s’il veut
renaître, et celui qui veut sauver sa vie la perdra.
C’est par la foi qu’on traverse cette mort que Jésus a exprimée par
son cri: " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné... "
C’est alors seulement qu’il a pu dire " Tout est consommé
" et qu’Il a rendu l’esprit.
Préparons-nous à la grande épreuve du dépouillement parfait. Tout comme Jésus
le Christ a laissé derrière lui la dépouille de l’homme Jésus, il nous
faudra nous aussi retourner au Père, nus comme nous sommes entrés dans le
monde.
Seigneur, ce n’est que justice si je te rends tout, puisque tout
t’appartient. Je te rends, ma volonté, ma connaissance et mes
œuvres. Je te rends mon corps, mon esprit, mes enfants, mes amours.
Seigneur, toute lumière et toute connaissance devient ténèbres et néant devant
ta Face.
A l’exemple du Ressuscité, pénétrons, par la foi dans l’absolu de
la mort. Et nous vivrons.
***
Le corps, l’esprit et l’âme. L’âme, principe immortel divin
et incréé, non pas image mais être de l’Être. L’esprit, conscience
et volonté d’être un avec le un. Le corps, temple sacré, création et
reflet du divin. Le corps, l’esprit et l’âme constituent
l’homme, créé à l’image de Dieu. Le corps est poussière et retourne
à la terre. Douleur et souffrance de la première mort. L’esprit est
conscience d’être un avec l’Être. Mourir à soi-même, c’est
mourir même à la conscience d’être, et entrer dans
1’inconnaissance. C’est le chemin de l’union avec
l’Être. " Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu
abandonné". Jésus rendit l’esprit et tout fut consommé. Puis il
ressuscita.
Bénie soit la décomposition de mon corps physique symbole de la mort à ce que
Je ne suis pas, et prélude au Tout que je suis. Tue-moi, Seigneur, pour que je
vive.
***
De même que l’homme est déjà mort qui nourrit son esprit de poison en
agissant contrairement
à la loi qui enseigne : " Dieu est un. Aime-le par-dessus toute chose et
fais pour les autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi ",
de même, il est déjà dans l’éternité, déjà dans le Royaume, celui qui se
nourrit de la Parole et accomplit la volonté du Père.
Israël, c’est le peuple de ceux qui luttent avec Dieu et avec les hommes
et qui obtiennent la victoire: " Tout Israël sera sauvé ". Celui-là
qui ne lutte pas est déjà mort.
Il n’est pas possible de vivre mal et de mourir bien.
***
Le Corps et le Sang du Christ qui deviennent notre nourriture dans la communion
du pain et du vin, sont une Force, une Force de Vie. Et cette Force viendra
nourrir ce qui est dans le cœur de l’homme. C’est pourquoi
celui qui mange le pain et le vin indignement le fait pour sa propre perte. Car
ce sont les passions de la chair, toujours à la recherche de plaisirs égoïstes,
qui seront vivifiées.
Il en est ainsi de la méditation, communion spirituelle aux Forces de Vie.
Celui qui s’alimente à ces Forces sans avoir le cœur pur, ne fait
que nourrir le vieil homme qui de toute façon doit mourir. " Heureux les
cœurs purs, car ils verront Dieu ".
***
Lettres
aux journaux
Acculés à la vertu
BILLET
L’auteur est professeur à
l’Université McGill
Jusqu’où irons-nous dans notre aveuglement et notre inconscience ?
Voilà que l’on discute sérieusement à présent de l’opportunité
d’inclure des préservatifs (...) dans les fournitures scolaires et
d’ouvrir des cliniques d’avortement à l’intention des enfants
de l’école secondaire !
Et cela, bien sûr, sous le couvert de raisons humanitaires.
Je refuse l’argument selon lequel ces mesures seraient nécessaires pour
enrayer l’épidémie de maladies vénériennes et de sida ou pour éviter le
carnage des avortements de fortune. On ne peut sauver la vie par des mesures
qui lui sont contraires et l’avortement est un acte contre nature.
C’est vouloir la paix en faisant la guerre et c’est comme si, par
humanité, vous vouliez donner de l’eau contaminée à un homme qui meurt de
soif alors que c’est d’eau vive dont le malheureux a besoin.
Bien sûr, il faut leur venir en aide. Et sans les juger; sans les condamner;
mais aussi sans approuver leur conduite. Or, n’est-ce pas une marque
d’approbation tacite que de leur fournir gratuitement des moyens contraceptifs
et des facilités d’avortement ? N’est-ce pas, à tout le moins,
concéder que le mal n’a pas d’autre remède ?
Il est faux de prétendre que le problème soit sans solution et c’est aux
adultes qu’il appartient de le dire - aux enfants. Car on est encore un
enfant quand on va à l’école et il est insensé que des enfants
s’adonnent à des activités dont ils ne peuvent mesurer ni la portée ni
les conséquences.
Il est faux de prétendre que les instincts sont ce qu’ils sont et que
l’homme est incapable de les maîtriser. Ceux qui croient cela passent
leur vie dans la servitude et l’insatisfaction perpétuelle, car nulle
passion ne peut être assouvie. C’est l’origine profonde de la
tristesse, du désespoir et des tendances suicidaires qui affligent notre jeunesse.
Vous voudriez donc, me direz-vous, que l’on vive comme des saints ? Hé !
c’est que nous n’avons plus guère le choix. Nous voilà, si
j’ose dire, acculés à la vertu...
Et qu’est-ce que la sainteté sinon la prédominance de la vie sur la mort,
du divin sur l’humain ? Il conviendrait de démystifier la sainteté, de la
faire sortir des calendriers, car c’est elle seule qui peut libérer
l’homme des passions égoïstes pour lui permettre de jouir librement des
plaisirs terrestres. La sainteté n’est pas une contrainte mais une
libération.
Tendre à la perfection, vouloir la mort du "vieil homme" en écoutant
et en obéissant à la "petite voix intérieure" qui, dans le silence,
parle à tous les hommes de tous les temps, voilà le message éternel, essentiel
et vital des sages de toujours. Qu’elle s’exprime par Confucius ou
par Gandhi, qu’elle parle par Bouddha ou par Jésus, cette "petite
voix" ne dit jamais autre chose et nul n’a parlé plus clairement que
le Fils de l’Homme en proclamant : "Soyez parfaits comme votre Père
céleste est parfait !" [...]
L’homme tente désespérément d’échapper à l’ennui profond et à
la tristesse. Il n’y parviendra jamais car, pour citer le mot de Léon
Bloy que Marguerite Yourcenar reprenait récemment à son compte, "Il
n’y a qu’une seule tristesse, c’est de ne pas être des saints
!"
Il y a deux mille ans est venu sur la terre un Homme qui avait le regard tourné
vers la Vie et c’est pourquoi il a pu nous montrer comment il fallait
vivre, et au besoin mourir.
Enfants, cherchez où vous voudrez, vous ne trouverez pas de modèle plus parfait
pour vivre, pour être heureux, pour connaître la paix et la joie véritables.
Exercez votre jugement. Regardez autour de vous et jugez l’arbre à ses
fruits. Voyez dans quel bourbier les peuples jouisseurs et sans âme peuvent
s’enliser. Science sans conscience n’est que mort de l’âme et
c’est toujours d’inanité spirituelle que meurent les civilisations
Il me semble que la nôtre agonise. À moins que...
Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, le 28 février 1987.
( ( (
Le monde selon Morgentaler
TÉMOIGNAGE
L’auteur est professeur à
l’Université McGill
La logique du Dr Morgentaler est irréfutable et il est vain de vouloir
s’y opposer par le raisonnement. Le Dr Morgentaler est un humaniste
athée. Puisque, selon lui, il n’y a pas de Dieu et qu’après la mort
il n’y a plus rien, l’être humain ne peut avoir pour fin que son
propre bien-être et l’on comprend que le maître mot de cet humaniste
moderne soit la "qualité de vie".
L’idée n’est pas nouvelle : si les morts ne ressuscitent pas,
disait saint Paul en paraphrasant Isaïe, mangeons et buvons car demain nous
mourrons.
La qualité de vie et affaire de goût personnel. On ne discute pas, dit
l’adage, des goûts et des couleurs. Ainsi donc, pour reprendre un exemple
donné par le docteur lui-même, si un couple décide qu’un voyage dans le
Sud est essentiel à sa qualité de vie et qu’une grossesse malencontreuse
y fait obstacle, la solution simple et logique consiste à se débarrasser de
l’obstacle, en l’occurrence un embryon, lequel n’a rien
d’humain puisque, toujours selon le Dr Morgentaler, on peut le comparer à
"un tas de briques" qui ne saurait en aucun cas être assimilé à
"une maison".
Partant de ces prémisses auxquelles il a librement choisi d’adhérer, le
Dr Morgentaler peut donc se considérer comme un bienfaiteur de
l’humanité. J’ajouterai qu’il mérite notre respect car il
croit à ce qu’il fait et il a le courage d’aller au bout de ses
convictions. Le Christ ne disait-il pas "Que votre oui soit oui; que votre
non soit non." Et ailleurs : "Que n’êtes-vous froids ou
bouillants !" Personne ne pourra lui reprocher d’être un tiède que
le Seigneur vomira de sa bouche.
Si simple et si logique soit-elle, la doctrine du Dr Morgentaler n’en
comporte pas moins des coins d’ombre qui se transforment vite, lorsque
l’on s’y engage, en d’épaisses ténèbres.
Qui me dira, par exemple, à partir de combien de jours, de semaines ou de mois
il me faudra considérer ce "tas de briques" comme une
"maison" ? Quand y aura-t-il homicide et qui en décidera ? Si
c’est la qualité de vie qui me sert de guide, force m’est de
reconnaître qu’elle a connu dans l’histoire des variations
inquiétantes. C’est en son nom qu’on a jeté aux chiens des
nouveau-nés qui n’avaient pas le sexe souhaité. Et certains régimes
n’ont-ils pas décrété que la qualité de vie de leur peuple exigeait que
soient éliminés de leur sein des races dites inférieures ou des homosexuels
jugés improductifs ?
Quant à la qualité de vie des générations futures, ne serait-elle pas considérablement
améliorée si l’on éliminait d’office tous les tas de briques
défectueux ?
Eh bien, voyez-vous, tout compte fait, indépendamment même de toute
considération d’ordre spirituel ou religieux, je trouve que la sagesse
serait encore de suivre les conseils du pape qui nous dit de ne toucher à rien;
pas même à la première brique. Et tant pis pour la qualité de vie.
Le Dr Morgentaler a pour habitude de récuser l’avis des hommes qui
prennent position contre l’avortement. Cette affaire, selon lui, ne les
concerne pas. C’est curieux, car je me suis senti très concerné, au
contraire, et tout autant que ma femme, lorsque notre premier-né est venu au
monde frappé d’un mal incurable. Je me serais senti vivement concerné si
ma femme avait décidé d’interrompre - comme on dit pudiquement de nos
jours - ses deux grossesses ultérieures qui nous ont donné, Dieu merci, deux
enfants en parfaite santé.
Notre aîné voulait vivre. Il l’a prouvé par l’indescriptible combat
qu’il a mené contre la mort pendant près de 20 ans. Je frémis à la pensée
que nous aurions pu ne pas le connaître - pour lui avoir préféré un voyage en
Floride. Les soins quotidiens que requérait son état ne facilitaient pas les
voyages, mais je sais que je préférais sa compagnie à toutes les perles des Antilles.
Sa qualité de vie, aux yeux du monde, pouvait paraître déplorable et pourtant
je ne l’ai jamais vu triste. Les joies et les souffrances que nous avons
partagées n’ont pas de prix et c’est à lui que je dois
d’avoir enfin compris cette invraisemblable parole du curé d’Ars
qui aimait à répéter que si les hommes connaissaient la valeur des croix
qu’ils ont à porter, ils se les arracheraient les uns les autres.
À la vérité, le monde selon Morgentaler me paraît bien triste. Je préfère le
monde selon le Christ, qui nous avertit que "celui qui veut sauver sa vie,
la perdra".
Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, le 14 avril 1987.
L’avortement n’est pas un geste gratuit
RÉPLIQUE
Henry Morgentaler
L’auteur est médecin
M. Jean-Claude Lemyze, dans un article publié dans Le Devoir du 14 avril sous
la rubrique "Témoignage" s’en prend vivement à ma philosophie
d’humaniste athée et surtout à ma position sur l’avortement. Il me
semble opportun d’engager le dialogue avec M. Lemyze afin de clarifier
devant les lecteurs plusieurs points soulevés et surtout apporter un peu de
lumière sur ce que c’est l’humanisme scientifique non religieux.
En ce qui concerne la question de l’avortement il est évident que M.
Lemyze se base sur son expérience personnelle tragique d’avoir eu un
enfant infirme mort à 20 ans.
A partir de là il généralise pour tout le monde contre le droit à
l’avortement pour les personnes qui ne partagent pas nécessairement sa
philosophie de vie, même s’ils partagent parfois sa religion. Il le fait
en employant des arguments frivoles qui n’ont aucun poids si on les
analyse à la lumière de nos connaissances actuelles.
Ainsi, une femme qui préfère un avortement à la continuation de sa grossesse
parce qu’elle veut aller en Floride, par le fait même démontre
qu’elle n’est pas prête à assumer les responsabilités et les
sacrifices nécessaires pour materner bien un enfant et il vaut mieux pour elle
et pour l’enfant potentiel qu’elle ne devienne pas mère à ce
moment-là. Peut-être quelques années plus tard la même femme aurait mûri à tel
point qu’elle serait prête et même joyeuse d’entreprendre de donner
la vie à un enfant à qui elle pourrait offrir des soins dont l’enfant a
besoin.
Toutes les données scientifiques basées sur des milliers de cas nous démontrent
clairement qu’un enfant a besoin, dans ses premières années qui forment
sa personnalité, d’amour, d’affection et de stabilité émotionnelle.
Il est donc essentiel pour le bien-être des enfants qu’ils naissent dans
des familles quand ils sont désirés et quand les parents se sentent en mesure
de leur donner de bons soins. Voilà pourquoi la contraception et l’accès
à l’avortement sont crucials (sic) pour permettre aux couples de
planifier le nombre d’enfants à qui ils peuvent donner ce qu’il
leur faut.
Voilà une première distinction entre l’humanisme scientifique qui dit que
nous devons agir d’après nos connaissances et notre intelligence pour
bâtir un monde meilleur et la religion traditionnelle qui nous appelle à la
soumission à la soi-disant volonté divine en diminuant notre pouvoir
d’agir en êtres intelligents.
Ce qui me vient immédiatement à l’esprit c’est l’exemple
effarant de l’opposition de l’Église catholique officielle contre
l’avortement, la contraception et l’éducation sexuelle dans un
monde surpeuplé où des millions de gens subissent une existence des plus
précaires dans la misère, la pauvreté et la faim.
Pour des personnes qui choisissent l’avortement, quel que soit la raison
de cette action, la décision est en général basée sur la reconnaissance
profonde, consciente ou inconsciente, que la femme ou les couple ne sont pas
capables à ce moment de leur vie de donner de bons soins à un enfant. De ce
fait toute décision librement choisie en faveur d’un avortement est une
décision morale et responsable.
Passons maintenant au sujet de l’humanisme scientifique. Il y a deux
piliers de l’humanisme scientifique; le premier c’est l’idéal
de la personne épanouie pleinement et en même temps membre responsable de la
communauté humaine; l’autre c’est l’acceptation de la méthode
scientifique pour déterminer ce qui est vrai ou faux, ce qui est probable ou
implausible (sic). Il en découle que nous accepterons les données de la science
sur la nature du monde plutôt que les révélations dans des livres saints.
C’est ainsi que nous acceptons des valeurs humaines universelles telles
l’amour du prochain, la responsabilité envers soi-même et les autres, les
libertés démocratiques et les droits humains dans une société libre et ouverte.
Ainsi, même si nous partageons beaucoup de valeurs communes avec des croyants,
nous sommes athées parce que l’idée de Dieu ne résiste pas à
l’analyse scientifique.
Qu’on croit à Dieu ou non n’a pas tellement vraiment
d’importance; c’est la qualité de vie qu’on mène et les
valeurs qui nous inspirent qui sont importantes.
Pour les humanistes l’estime de soi-même, la dignité, est intrinsèque et
dépend du fait qu’on est humain, point. Comme il n’y a aucune
preuve que la vie continue après la mort, les humanistes n’y croient pas.
Par conséquent, la qualité de la vie, en effet, est la chose la plus
importante. Cela veut dire un projet de vie qui la rendra intéressante,
agréable et productive. Ça ne veut pas dire une vie d’oisiveté et de
consommation effrénée, mais plutôt une vie qui permet l’utilisation des
talents, la créativité, les rapports satisfaisants avec d’autres basés
sur l’amour et le respect mutuel.
Publiée dans Le Devoir, le 23 juin 1987.
Les colonnes du temple Morgentaler
Le docteur Morgentaler juge opportun d’entamer un dialogue. J’y
consens volontiers - à condition toutefois que soit respectée la nature même du
dialogue qui demande que l’on réponde aux questions. Faire la sourde
oreille ou les renvoyer comme "frivoles" ne suffit pas.
Je continue par conséquent de m’interroger sur le fait de savoir si la
femme à qui l’on conseille un avortement va tuer un être humain ou début
de son existence ou se débarrasser simplement d’une chose encombrante, un
peu comme on fait passer un calcul rénal.
Car enfin, docteur, soyons clairs : si c’est un crime abominable de
mettre à mort un enfant qui vient de naître, vous conviendrez, j’en suis
sûr, qu’il serait tout aussi criminel de le tuer dans le ventre de sa
mère quelques jours avant sa naissance. Par conséquent, donnez-moi, je vous
prie, avec toute la précision de l’esprit scientifique qui est,
dites-vous, le vôtre, le moment précis et magique où la chose est devenue un
être humain.
Vous affichez d’ordinaire une telle assurance qu’il me semble
impossible que vous ne puissiez, sur ce point, me donner une réponse qui fera,
bien entendu - on ne badine pas avec la science - l’unanimité du monde
médical.
Pour moi, qui crois au mystère mais non à la magie, le point de départ de la
vie humaine, c’est la conception, le moment où les 24 paires de chromosomes
sont réunies. Le spermatozoïde pénètre l’ovule et le processus est
enclenché, irrévocable. Tout l’être est là, en gestation. Une manière de
genèse, quoi. La première cellule, l’embryon, le fœtus, le
nouveau-né, le nourrisson, l’enfant, l’adolescent, l’adulte,
le vieillard : des étapes, des transformations, mais toujours l’être,
l’être humain.
Mon ami qui est paysan et dit ne pas être assez instruit pour pouvoir raisonner
de travers, préfère l’exemple de la graine. Il me dit : Tu vois, tu
prends la semence, tu la mets en terre, tu arroses, elle commence à germer. Tu
laisses faire le temps et puis tu as un arbre. Que tu déterres la semence qui a
commencé à germer, que tu arraches la première tige ou que tu abattes
l’arbre devenu grand, le résultat est le même : tu as tué un arbre.
Avant d’aborder la question de l’humanisme scientifique et des
"piliers" sur lesquels il s’appuie, je voudrais relever
l’argument selon lequel la croyance en Dieu diminuerait "notre
pouvoir d’agir en êtres intelligents". Ce genre d’affirmation
gratuite est une insulte à l’intelligence et ne fait honneur à personne.
Vous devriez quand même essayer de comprendre ce que dit saint Paul dans sa
première épître aux Corinthiens. Mais passons, car il est vrai que "l’homme,
laissé à sa seule nature, n’accepte pas ce qui vient de l’Esprit de
Dieu. C’est une folie pour lui et il ne peut le comprendre, car
c’est spirituellement qu’on en juge."
Je veux aussi corriger l’injustice des accusations que vous portez contre
l’Église catholique. Sans être un pilier de sacristie, je respecte
profondément attaché à l’Église de Rome et je lui suis infiniment
reconnaissant de m’avoir enseigné la Parole et transmis le message
évangélique. C’est là sa mission essentielle et elle l’a toujours
remplie, à travers bien des erreurs et bien des tribulations. Si le monde
suivait ce message, il n’y aurait pas ces "millions de gens dans la
misère, la pauvreté et la faim", car l’Église nous dit que chaque
homme est le gardien de son frère et nous commande de nous aimer les uns les
autres. Ce qui est "effarant", ce n’est pas la position de
l’Église, mais bien qu’on refuse d’écouter et de suivre ses
commandements.
Quant à l’éducation sexuelle, soyez au moins de bonne foi :
l’Église n’est pas opposée à une saine information. Mais si
l’éducation sexuelle consiste à informer des enfants qu’il et
prudent d’utiliser un préservatif même lors du coït anal, comme si les
relations sexuelles chez les jeunes ou la pénétration par l’anus étaient
les choses les plus naturelles du monde, je considère que l’Église a
raison de s’y opposer.
Venons-en à présent à l’idée de Dieu qui ne résiste pas, selon vous, à
l’analyse scientifique! Il me semble au contraire qu’au XXe siècle,
ce qui ne résiste pas à l’analyse scientifique, c’est la science
elle-même. Le terme même de science exacte est remis en question.
J’ai pour la science en général et la science médicale en particulier un
immense respect et une profonde admiration, mais tout médecin sait bien que
chaque découverte médicale ne résout un problème que pour en soulever cent
autres. Plus la connaissance augmente et plus le mystère s’épaissit. Face
à l’infini, la science humaine titube et n’avance qu’à
tâtons. Comment pouvez-vous lui demander de prouver la non-existence de Dieu ?
Dieu n’existe pas, dites-vous. Mais sur quoi donc s’appuie cette
morne assurance ?
Si la science, de nos jours, démontre quelque chose, c’est que
l’évolution de la créature humaine va dans le sens d’un
accroissement de la conscience. Conscience d’être, de pouvoir dire : Je
suis. Conscience croissante d’un sentiment intérieur de liberté, en dépit
des contraintes, et par conséquent de dignité et de responsabilité. C’est
ainsi que Dieu se propose aux hommes, sans s’imposer par une démonstration
scientifique qui ne respecterait ni leur dignité, ni leur liberté, ni leur
choix. C’est ainsi qu’Il s’est nommé devant Moïse : Je suis
le Je suis, et si vous voulez être mon peuple, je serai votre Dieu. Si vous
voulez... C’est toujours en ces termes que Dieu s’adresse aux
hommes. Dieu se propose mais ne s’impose jamais : Aujourd’hui, je
place devant toi le bien et le mal, la vie et la mort. Choisis !
C’est l’adhésion du cœur, par la foi, qui nous est demandée et
c’est pourquoi il est vain - et proprement absurde de demander à la
science des hommes de prouver Dieu. L’évidence de Dieu ne sera manifestée
qu’à la fin des temps. D’ici-là, Dieu nous propose en la personne
du Verbe incarné un modèle parfait, Jésus le Christ. C’est dans la foi,
l’intelligence, l’amour et la liberté qu’Il nous commande de
Le suivre, et non parce que la science démontrerait Son existence. Dieu
n’a que faire des amours mercenaires et intéressées.
Que chacun fasse son choix, c’est tout ce que nous pouvons dire. Rendons
à César l’analyse scientifique et pour ce qui est de Dieu, laissons
parler les prophètes car il est difficile pour la créature de parler de
l’Incréé sans dire d’énormes bêtises.
Il est un point cependant sur lequel nous sommes entièrement d’accord :
c’est la qualité de vie qu’on mène et les valeurs qui nous
inspirent qui sont importantes. Ignorez-vous que c’est aussi la position
de l’Église après celle de Paul dans l’épître aux Romains ? Paul
affirme que ceux qui ne connaissent pas la loi mais font naturellement ce qu’elle
commande montrent que celle-ci est inscrite dans leur cœur.
C’est donc la loi inscrite dans notre cœur et non la science des
hommes qui doit nous servir de guide. La science n’est jamais qu’un
consensus provisoire et mouvant. Si c’est elle qui devait nous montrer la
route, nous n’aurions jamais fini d’en changer, et si c’est
sur elle que reposer votre "pilier", la première colonne de votre
temple est appuyée sur du sable.
Examinons à présent votre deuxième "pilier". Ces belles déclarations
de principe font sourire : je suis pour l’épanouissement de la personne
humaine! Mais connaissez-vous quelqu’un qui soit contre? Connaissez-vous
un chef d’État, un membre du gouvernement, un citoyen au monde qui ne se
déclare pas pour la paix? Les Nations unies (unies dans la recherche de leur
intérêt particulier) ont même déclaré 1986 l’Année de la Paix... au cours
de laquelle cinq millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont
morts victimes de trente-six conflits armés !
Soyons sérieux. Parlons de choses concrètes et reprenons le modèle
d’épanouissement que vous proposez à une femme qui porte un enfant et qui
s’effraie devant les perspectives d’une telle responsabilité parce
qu’elle ne croit pas que Dieu est son Père, qu’il est le Père
véritable de son enfant, et qu’Il lui viendrait en aide et calmerait
toutes ses angoisses si elle le Lui demandait.
A cette femme, vous proposez comme épanouissement de sa personne qu’elle
fasse arracher de son ventre un être qui s’accroche à elle. Je parle
crûment mais la réalité est ce qu’elle est. Je dis que cet épanouissement
n’est qu’une forme d’égoïsme qui cherche à se justifier et
qu’il mène à la mort.
Il faut attendre, dites-vous, pour qu’une femme porte un enfant
qu’elle ait "mûri à tel point qu’elle serait prête et même
joyeuse d’entreprendre de donner la vie". Il semble bien qu’au
Québec en tout cas les femmes mûrissent difficilement, et avec notre taux de
natalité et vos bons soins on ne parlera bientôt plus des Québécois que dans
les livres d’histoire. Bel épanouissement !
L’épanouissement ne passe pas par la recherche de soi mais par le don
car, en définitive - et chacun le sent bien au fond de soi - on ne possède
vraiment que ce que l’on a donné, que ce soit de l’argent, du
temps, une parole, un sourire, ou la vie - si on a le bonheur de pouvoir être
parent.
Votre deuxième colonne m’apparaît tout aussi chancelante que la première.
Samson n’aura pas même besoin d’y appuyer les mains pour que
s’écroule votre temple : les lézardes sont déjà apparentes.
Jean-Claude Lemyze
Cette lettre, envoyée au journal Le Devoir en juillet 1987, n’a pas été
publiée.
––––
Plus d’histoire
J’entends dire que la plus grave menace qui pèse actuellement sur
l’État d’Israël ne serait pas celle des canons mais des berceaux.
Leur taux de natalité est si faible et les femmes arabes si prolifiques que les
musulmans pourraient bien devenir majoritaires dans un État juif. Drôle
d’histoire.
L’on dit aussi les musulmans très croyants et les juifs d’Israël
beaucoup moins. Mais ceux qui voudraient voir un lien entre la croyance en Dieu
et la pérennité de la race nous racontent des histoires. Discours
obscurantiste, à coup sûr, car chacun sait que si le taux des naissances en
Israël est un des plus bas au monde, cela tient à l’incertitude du
lendemain, à la précarité de leur existence et aux difficultés matérielles. Les
Palestiniens, eux...
Des statistiques récentes m’apprennent que la population française du
Canada poursuit le déclin amorcé il y a 35 ans. Nous représentions alors 29% et
ne constituons plus désormais que le quart. Et l’histoire continue.
Naturellement, si notre taux de natalité est l’avant-dernier au monde
cela tient, bien entendu, à l’incertitude face au lendemain, à la
précarité de notre existence et aux difficultés matérielles. Les générations
passées, elles...
Ah ! pauvres chères aïeules des antiques photos des albums de famille. Quand je
vous vois entourées d’enfants, si droites et si fières auprès de vos
époux sur ces cartons jaunis, mon cœur se serre à la pensée que la
sérénité trompeuse de vos visages - reflet apparent d’une conscience en
paix et d’une vie bien remplie - masque en réalité le profond désespoir
de n’avoir pas connu la libération apportée par la pilule et
l’avortement par succion.
Mais je ne peux m’empêcher de penser que si vos petits-enfants étaient
demeurés dans votre aveuglement, nous n’aurions guère à présent besoin
d’une loi pour défendre notre langue - ou ce qu’il en reste. Quelle
histoire.
Pauvres chères grand-mères. Vous aviez la naïveté de faire des pèlerinage à
Sainte-Anne lorsque vous redoutiez de demeurer le ventre plat; les murs de vos
maisons n’étaient pas ornés d’élégantes croix ouvragées, mais il y
pendait au bois un Crucifié qui vous rappelait que le plaisir de la vie
n’est pas toujours dans la recherche effrénée des plaisirs. Et vous
croyiez ingénument Celui qui vous disait de rechercher d’abord le Royaume
de Dieu, que tout le reste vous serait donné par surcroît.
Eh bien, à nous, on ne raconte pas d’histoires. Et nous n’en aurons
plus.
Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, février 1988.
Disparaître ? Non pas : disparus !
" Ces gens sont d’une race
qui ne sait pas mourir. "
Les Canadiens français, de par leur foi, leur langue et leur culture ne
ressemblaient à aucun autre peuple d’Amérique du Nord. Fidèles à
eux-mêmes, ils étaient historiquement et naturellement destinés à devenir une
nation.
Mais il n’y a plus de Canadiens français. Ou fort peu. A peine un reste
et avancé en âge. Les Canadiens français sont devenus des Québécois, "
libérés " pour la plupart. On peut mesurer la distance qui sépare les
premiers des derniers en écoutant la voix qui parlait à Maria Chapdelaine,
"car en vérité, tout ce qui fait l’âme de la province tenait dans
cette voix : la solennité chère du vieux culte, la douceur de la vieille langue
jalousement gardée..."
Louis Hémon n’a pas seulement écrit un des plus beaux et des plus
émouvants romans de ce siècle en conférant l’immortalité à des
personnages hors du commun, il nous a laissé aussi une œuvre prophétique
où chaque Canadien français peut retrouver son visage... et lire son destin.
Car tous les Lorenzo Surprenant ne sont pas partis au mépris de leur âme.
Beaucoup sont restés qui l’ont vendue sur place.
De Samuel Chapdelaine à Jean-Paul Belleau1, il y a tout un monde qui
n’est pas forcément beau à regarder. A vrai dire, il a bien mauvaise mine
et - je parle pour parler - ce n’est pas avec le cœur de ces dames
qu’il pourra se refaire une santé.
Le Canada français aurait pu être. Le Québec des Québécois sera ce qu’il
est en train de devenir à mesure que s’éteignent ces gens qui sont
d’une race qui ne sait pas mourir". Que voulez-vous, mes Lysette, ce
sont les Yvette2 qui avaient raison.
Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, mars 1989.
1 Personnage libertin d’un roman-feuilleton à la mode
2 Épouse de Claude Ryan, elle avait été prise à partie par Mme Lyse Payette.
L’aspiration vers le bas
C’est le propre des affaires humaines que d’être inextricables,
sans issue, sans solution satisfaisante. Tant il est vrai que sans Lui, nous ne
pouvons rien faire.
Nous voici à notre tour placés devant l’affreuse alternative d’une
société qui a perdu le sens du sacré : interdire l’avortement,
c’est le livrer à la clandestinité; le légaliser, ne serait-ce
qu’au premier jour, c’est ouvrir la porte à la manipulation et au
commerce de l’humain. Des deux côtés les profiteurs attendent. Ils sont
même déjà au travail.
A leur tour, n’en doutons pas, nos gouvernants se verront contraints
d’opter pour ce qui leur apparaîtra comme la voie du bon sens et du
moindre mal. Que pourraient-ils faire d’autre ? Ils ne sont après tout
que le reflet d’une société qui, dans sa majorité, réclame avant toute
chose " du pain et des jeux " et croit s’affranchir par
l’abandon de ses valeurs morales et spirituelles.
Et l’on discutera, sans pleurer et sans rire, pour savoir jusqu’à
combien de semaines il sera légal d’empêcher qu’un enfant vienne au
monde. Quitte à changer d’avis, comme le Parlement britannique qui vient
de ramener de 28 à 18 semaines le statut légal d’être humain.
Pitoyable ridicule d’une société qui se voit réduite à légiférer sur
l’humanité de sa progéniture.
" Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. " Il y a deux mille ans que
nous devrions le savoir et nous continuons de faire la sourde oreille alors
même que le mouvement en spirale s’accélère, comme celui d’un
réservoir qui se vide.
Il y a du symbolisme dans la technique de l’avortement par succion -
c’est celui, hélas, de l’aspiration vers le bas.
Jean-Claude Lemyze
Publiée dans Le Devoir, avril 1990
Lettre ouverte à nos dirigeants
Il n’en est pas moins vrai que ce sont les âmes mystiques qui ont
entraîné
et qui entraînent encore dans leur mouvement les sociétés civilisées.
Henri Bergson (Les deux sources de la morale et de la religion)
L’allégorie du navire sur lequel nous sommes tous embarqués n’est
pas nouvelle, mais vous me permettrez de la reprendre puisque vous êtes
gouvernants, ce qui suppose un gouvernail et par voie de conséquence un cap,
une direction que ceux qui ont la main à la barre veulent maintenir.
Si les mots ont encore un sens, vous, gouvernants, avez brigué ce poste de
commande parce que vous avez la conviction intime de pouvoir gouverner,
c’est-à-dire diriger la nef de la nation pour la mener à bon port. Il
s’ensuit logiquement que vous avez un cap et qu’il faut le
maintenir contre vents et marées.
Or ce qu’il faut bien voir dans le débat sur l’avortement,
c’est que les deux directions proposées sont diamétralement opposées et
qu’il ne saurait y avoir de voie moyenne. En effet, si l’on va au
fond des choses, l’argumentation qui sous-tend les positions des tenants
et des adversaires de l’avortement n’est pas vraiment de savoir si
la vie humaine commence dès l’instant de la conception : ce point ne peut
être raisonnablement contesté car il faudrait alors déterminer avec certitude à
partir de quel moment la chose deviendrait humaine, ce qui est scientifiquement
impossible.
Tout autre est la question fondamentale posée par le débat, question claire et
nette à laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non : la vie humaine
a-t-elle un caractère divin ? Autrement dit, la vie humaine est-elle sacrée ?
Répondre oui à cette question entraîne comme premier corollaire
l’interdiction morale - quel que soit le prétexte invoqué - de souscrire
à l’avortement comme au suicide ou à l’euthanasie. Le droit de
donner et de reprendre la vie n’appartient qu’à Dieu.
Le second corollaire informera toute la vie morale, car si la personne est
créée à l’image de Dieu, elle ne peut trouver la joie sans tendre vers la
perfection de son être, ce qui ne va pas sans la maîtrise de soi. C’est
pourquoi le gouvernant qui respecte le caractère sacré de la vie humaine et
désire le bien de la nation ne peut voir de solution aux problèmes actuels que
dans une réforme des mœurs : il réprouvera donc la fornication et la
recherche déréglée des plaisirs; il prônera la chasteté et la fidélité dans le
mariage.
Que l’on ne vienne pas ici nous seriner l’argument imbécile selon
lequel on ne ferait ainsi qu’obéir aveuglément aux injonctions
d’une autorité religieuse quelconque. Il y a vingt-cinq siècles, Platon
avait déjà découvert et démontré cette vérité première que la maîtrise des
instincts, la domination des désirs, est une nécessité vitale pour l’individu
comme pour la société.
Et on ne doit pas faire de compromis avec les vérités premières comme l’a
si admirablement montré Socrate qui savait déjà qu’il ne sert de rien de
gagner le monde si l’on a perdu son âme. Après vingt siècles de
christianisme, ferons-nous moins que celui qui préféra la mort plutôt que de
commettre une action qui serait en contradiction avec sa conscience ?
Mère Teresa affirme que l’avortement est un crime qui tue non seulement
un enfant mais aussi la conscience de ceux qui y participent. La perte de la
conscience est pour toute nation une maladie mortelle, et une société qui cesse
de reconnaître le caractère sacré de la vie humaine n’est plus viable. Si
l’avortement est un mal, un poison mortel, quelle que soit la dose que vous
injecterez dans le corps social, elle lui sera fatale. Ce n’est
qu’une question de temps; le temps nécessaire à ce que les maladies de
l’âme se manifestent dans le corps. Lorsque les jeunes se suicident ou
refusent d’avoir des enfants, n’est-ce pas que déjà " il y a
quelque chose de pourri dans le royaume ? "
C’est pourquoi il faut refuser l’argumentation de Valéry Giscard
d’Estaing dont le gouvernement a permis la légalisation de
l’avortement. Dans son livre Le Pouvoir et la Vie, l’ancien
président français se dit chrétien, opposé en conscience à l’avortement
et affirme partager la position de l’Église catholique. Il conclut
cependant que son rôle consiste à " veiller à ce que la loi corresponde à
l’état réel de société française. "
Si tel est le rôle des hommes politiques, je ne vois pas comment ils peuvent
revendiquer le titre de gouvernants ou de dirigeants, car ils ne gouvernent ni
ne dirigent. On semble vouloir remettre en question l’existence
d’un Sénat. Si gouverner signifie réagir aux sondages, les progrès de
l’électronique nous permettraient sans doute de faire aussi
l’économie d’un Parlement tout entier.
Coïncidence troublante, la loi française fut votée en 1974 et c’est
depuis cette date que le taux de fécondité demeure en dessous du seuil de
remplacement avec 1,8 enfants par femme. Le Québec avec ses 1,4 semble plus
pressé de s’éteindre.
Sur le plan pratique, on invoque souvent en faveur de l’avortement
l’impossibilité d’appliquer le code criminel actuel. Sans vouloir
jouer au juriste, je pense qu’il y a matière à réforme. Toute peine
d’emprisonnement serait à exclure. L’avortement est un acte
désespéré, une décision que l’on prend presque malgré soi dans un état de
conscience obscurci par la peur et l’angoisse. Laissons-nous plutôt
inspirer par Celui à qui on demandait de condamner la femme adultère et qui lui
adressa ces paroles qui lui brûlèrent le cœur : Va, je ne te condamne pas
- mais ne recommence plus ! C’est alors qu’elle prit conscience de
son action et toute punition est alors superflue. Quant aux médecins-avorteurs,
de fortes amendes auraient sans doute un pouvoir de dissuasion suffisant.
Je relève également une grave lacune dans la loi actuelle qui devrait tenir le
père responsable au même titre que la mère, à moins que l’avortement ait
eu lieu sans son consentement et qu’il ait tout fait pour le prévenir. La
loi devrait reconnaître qu’une vie humaine était en danger et qu’il
y a eu délit de non-assistance. Toute paternité impose des devoirs et il est
odieux de s’y soustraire.
Nos enfants ont été élevés pour la plupart dans un vide moral et spirituel
effrayant. Nous en récoltons les fruits et c’est collectivement que nous
devons en assumer la responsabilité. Il nous faut prévoir un programme
d’aide et de soutien moral et financier qui nous épargnera
l’absurde et macabre ridicule de financer la vie par des primes à la
naissance et la mort par la légalisation de l’avortement. Et si une mère,
malgré le soutien que nous pourrions lui apporter, se montrait incapable de
faire face aux conséquences de son geste, il ne manquerait pas de familles pour
adopter l’enfant.
Il n’est certes pas facile d’abandonner son enfant, mais entre deux
maux il faut choisir le moindre, et il faut être inconscient pour prétendre que
le traumatisme de l’avortement est préférable à celui de la mise en
adoption. Une mère qui abandonne son enfant lui a quand même donné la vie, le
don le plus précieux.
Si vous ne voulez pas de votre enfant, ne le tuez pas, donnez-le moi a déjà dit
Mère Teresa. Elle serait trop heureuse, avec ses petites sœurs, de
recueillir ces innocents. Ce ne sont pas les considérations matérielles qui
l’arrêteraient car elle sait trop bien que tout ce que l’on demande
dans la foi au Père, au nom du Fils, Il nous le donne. L’argent affluerait
de toutes parts, mystérieusement...
Il y a trois mille an, Moïse, le grand législateur, sur le point de quitter son
peuple, le laissait devant un choix : C’est la vie et la mort que
j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu
choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance.
Ce choix, c’est à vous, nos gouvernants, qu’il appartient de le
faire aujourd’hui.
Jean-Claude Lemyze
Cette lettre, envoyée au journal Le Devoir en août 1988, n’a pas été
publiée.