Pensées et réflexions
L’intelligence - La paix - Situation
de l’homme sans Dieu - Le moi - La vraie religion - Le
royaume - La prière - Le rire
- Le pécheur - L’erreur
- Le sacrifice - L’amour
parfait - La santé - Les lois
- Retour aux sources - Maintenant
- Le mystère - Sagesse - Purification - La sexualité
- La connaissance - Simplicité
- Contemplation - L’épreuve
- Vérités éternelles - La
foi - La mort - L’Église
- Récompense - Maranatha - Le serviteur - Le silence - La vie
Lettres aux journaux
Tout ce qui est reçu
est en celui qui le reçoit
selon sa façon de le recevoir
Saint Jean de la Croix
Pensées
Les vérités
s’écrivent avec du sang.
Nos mains sont refermées sur un caillou et nous ne voulons pas lâcher prise. La
souffrance vient de ce que Dieu veut écarter nos doigts un par un pour ôter ce
caillou... et le remplacer par un diamant.
Il est vain de vouloir parler de Dieu à celui qui ne le cherche pas encore:
autant vouloir parler musique à un sourd.
Le jour, Dieu apparaissait à Israël dans une nuée et la nuit, dans une colonne
de feu. C’est que lorsqu’il est éveillé au monde matériel,
l’homme perçoit Dieu obscurément et comme à travers un nuage. Mais la
nuit, les yeux ne voient plus le monde et Dieu devient lumière. C’est le
monde qui voile Dieu à l’homme.
L’histoire d’Adam et Ève qui se cachent après avoir mangé du fruit
défendu nous montre que la peur est la première conséquence de la
désobéissance. C’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et
l’être. En se séparant de Lui, l’homme prend conscience qu’il
va mourir, car il s’est coupé de sa source de vie et il prend peur. La
peur est la conséquence du péché, le signe que l’on est coupé de Dieu :
Car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de
la raison. (Sg 17.12)
L’homme qui reconnaît que Dieu est son Père ne peut connaître la peur,
car la connaissance de l’amour de Dieu chasse la peur.
La paix soit avec vous. Non pas la paix telle que le monde la conçoit, mais la
paix de celui qui n’a plus peur. Car je suis là. Je ne vous abandonne
pas. Demeurez en moi et moi en vous; ainsi, vous n’aurez plus jamais
peur. Parole du Vivant.
Dieu, c’est la paix dans la guerre, le repos dans l’effort, la joie
dans la tristesse et la vie dans la mort. Lorsqu’on l’a trouvé, il
faut le chercher encore, le chercher toujours.
Il nous a dit, " Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ",
et nous avons encore peur!
Prends garde, à force de mentir, tu ne te croiras plus. À force de voler, il ne
te restera plus rien.
Comme l’expérience, la sagesse est incommunicable. L’homme doit
l’acquérir : en abondance et à peu de frais s’il écoute Jésus le
Christ; chichement et à grand peine s’il veut suivre un autre chemin. Et
même alors, le peu qu’il aura trouvé, viendra du Christ.
Quand l’homme trouve en Dieu ses délices, qui donc lui ôtera sa joie,
sinon lui-même?
À l’imitation de Jésus le Christ, les hommes de Dieu sont des lumières et
des sauveurs. Lorsqu’ils meurent, ne pleurons pas sur eux, mais sur nous,
car ils éclairaient nos ténèbres.
Le Royaume de Dieu commence ici-bas, à l’intérieur de nous. Le Purgatoire
aussi. Les flammes du Purgatoire, c’est le repentir devant l’amour
infini de Dieu. C’est voir son refus d’avoir aimé l’Amour. Il
n’est pas de brûlure plus cuisante.
Attention à ce que nous pensons, car nous devenons cela : les pensées sont des
choses.
En plaçant de la terre sur les yeux de l’aveugle, Jésus lui fit voir
qu’il n’était que poussière, et il fut guéri.
L’homme de science qui refuse de croire aux miracles parce qu’ils
contredisent l’ordre naturel ne connaît rien à l’ordre naturel.
C’est simple au point que Jésus prit un pain, rendit grâce à Dieu et
distribua des pains à la multitude. Si vous ne croyez pas cela, vous
n’êtes pas au bout de vos peines.
De même qu’au centre de la tornade règne le calme, ainsi l’amour de
Dieu donne la paix et la joie au milieu des misères, des tribulations et des tourments
de ce monde.
L’homme qui, par sa seule raison, prétend résoudre l’énigme de
l’homme a entrepris de vider l’océan avec le creux de sa main.
Quand bien même Dieu lui accorderait l’éternité, où donc le
déverserait-il?
La science explore la création jusqu’aux mystères de l’origine et
de l’aboutissement du plan divin dont elle est la servante.
Ne rien désirer que l’harmonie avec la volonté du Père.
N’avoir peur de rien ni de personne. Dieu est Dieu et je suis son enfant.
De quoi aurais-je peur? Qui craindrais-je?
Notre Père est en train de fabriquer une merveille et il nous invite à
collaborer avec Lui. Courons!
Seigneur, je suis muet d’admiration devant ta sagesse et stupéfait devant
la bêtise des hommes qui tournent tes commandements en dérision.
Tout est bien pour qui se laisse docilement guider par le Père. Il n’y a
pas de plus grande sagesse, de plus grande force, de plus grande intelligence.
Celui-là s’est vaincu lui-même. Il a fait plus qu’un conquérant.
Dieu, notre Père, quelle patience tu as avec tes enfants!
Certains vénèrent Jésus pour ne pas avoir à l’imiter. Ils le placent au
ciel, le plus loin possible, pour pouvoir demeurer sur la terre. Ils pratiquent
une religion, alors que seul l’amour pourra les établir dans le Royaume.
Quand notre âme aura épousé son Seigneur, elle lui sera fidèle par nécessité,
car tous deux ne formeront qu’un seul corps, et l’homme ne séparera
plus ce que Dieu a uni.
En réalité, tout est religion. Tout est adhésion, par un acte de foi, à la
vérité que nous avons librement choisie.
Il faut chercher Dieu dans les larmes, car grande est la faiblesse d’un
Père devant son enfant qui pleure.
Nos désirs sont comblés à partir du moment où nous faisons que notre volonté et
celle du Père sont une.
Être parfait, c’est faire tout ce qui est à la mesure de nos moyens. Pour
Jésus le Christ, c’était de mourir sur la croix. Pour nous, c’est
aussi de faire la volonté de notre Père qui connaît bien les limites de nos
forces et ne les dépasse jamais.
Le chemin de la perfection, c’est celui que je suis en ce moment si je ne
doute pas que Dieu opère en moi.
Thérèse d’Avila parle de l’âme en la comparant à un château de pur
cristal, créé à l’image de Dieu. Il est honteux de ne pas chercher à
connaître notre richesse, car nous pouvons posséder ce trésor qui est notre
âme. Le corps, objet de nos préoccupations, n’est que le coffret qui
renferme ce joyau. Ouvrons le coffret à l’Esprit et la Lumière fera
resplendir le diamant. Peu nous importera alors si le coffret est jeté au feu.
Il ne faut s’attacher à rien. Malheur aux riches. Heureux les pauvres en
esprit. L’ermite peut être riche de sa pauvreté, le savant de sa science,
l’homme de bien de sa bonté, le prêtre de sa prêtrise, l’ascète de
ses jeûnes, le sage et l’intelligent de sa sagesse et de son
intelligence. Or le riche n’entrera pas dans le Royaume qu’il ne se
soit dépouillé de tout.
Tout est grâce, venue du Père, par l’Esprit, au nom du Fils : tel est le
commencement et la fin de tout savoir.
Jeanne d’Arc disait toujours, " Dieu premier servi ".
C’est la sagesse.
La plupart des hommes sont comme des veaux, avides et ne pensant qu’à
téter. Et il leur arrive ce qui arrive aux veaux : ils engraissent et on les
mène à l’abattoir.
Tu aimes les pauvres et les opprimés et tu les défends, mais tu hais les riches
et les oppresseurs et tu les attaques. Te voilà bien avancé.
Songeons, parfois, que la terre est un atome dans l’univers des mondes,
et que l’atome est comme un univers au regard de la science.
Il ne faut pas craindre de scandaliser les faibles, car les brebis ont besoin
de nourriture solide.
La honte doit nous envahir dès que nous ne comprenons plus l’Écriture.
La connaissance des mystères divins nous exclurait inévitablement du Royaume.
D’abord parce que nous ne serions pas capables de les porter, ensuite
parce nous perdrions la possibilité de devenir comme Dieu : être créateur,
connaissant le bien et le mal et choisissant librement le bien.
Si fort que nous aimions Dieu, il nous aime plus encore. Au moindre appel, il
se précipite vers nous. Dieu brûle d’amour pour tous les hommes. Tel
l’amant, il guette la moindre œillade de sa maîtresse qui redevient
belle en tournant son regard vers lui, car il est toutes les beautés.
Le véritable ami de Dieu connaît une joie que rien ni personne, hormis
lui-même, ne peut lui enlever. Les souffrances ne lui sont pas épargnées, car
il n’est pas un bâtard : il est le fils aimé que son père corrige. Mais
il sait bien qu’au plus profond de sa détresse, la douceur de l’amour
divin ne lui fait pas défaut. Il aime et il est aimé dans la joie et dans la
douleur. Il se réjouit de vivre, car il travaille dans la vigne de son Père et
la vie lui est un gain. Il ne craint pas de mourir, car il connaîtra alors la
joie pure et sans tache de ceux qui sont délivrés du mal. Je suis heureux de
vivre, dit saint Paul, mais mourir m’est un gain. Et Jésus affirme : Si
vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le
Père est plus grand que moi.
La famille humaine doit être spiritualisée, ou elle devient une contrefaçon de
la vraie famille. Le couple, la famille, la nation sont des égoïsmes
collectifs, coexistence momentanée d’intérêts et de besoins personnels.
C’est un amour humain, toujours voisin de la haine. Seul l’Esprit
qui est dans le Christ peut nous apprendre à aimer d’un pur amour
l’époux, l’enfant, le compatriote : Voici ma mère et mes frères.
Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère.
Il est menteur celui qui dit aimer Dieu et ne le trouve pas en lui-même et dans
son frère, si misérable soit-il. L’amour que nous avons les uns pour les
autres est l’exacte mesure de notre amour pour Dieu, mais il commence par
lui.
Dieu est. C’est la seule chose qu’il importe de savoir et tout le
reste en découle. Celui qui sait ne cherche pas à convaincre. Il enseigne et
montre la voie car la Lumière ne doit pas rester cachée, mais sa foi
n’est pas à la merci de l’approbation d’autrui. Il apprend
aussi à se taire, car on ne jette pas de perles aux pourceaux.
Enfants, nous avons entendu bien des paroles obscures dont le sens ne sous est
apparu que plus tard. Il en est ainsi des Paroles que Dieu nous adresse par les
textes sacrés et par ses serviteurs. Et Dieu fait connaître aux hommes ce
qu’ils ont besoin de savoir.
La littérature n’est trop souvent qu’un vain bavardage dont les
hommes devront un jour rendre compte comme d’autant de paroles inutiles.
Tais-toi et connais que je suis Dieu. Il est bien près de la connaissance
parfaite celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots.
Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne
l’écoutent pas. Plus vous l’écoutez, plus il vous parle.
Voulez-vous savoir pourquoi vous ne croyez pas en Dieu? Commencez pas lire les
Évangiles et demandez-vous ce qu’il faudrait changer en vous pour y
adhérer.
Voulez-vous croire en Dieu? Alors, priez. Priez sans vous lasser. Car il est à
la porte et il frappe et si vous ouvrez, il entrera et prendra la Cène avec
vous. Mais il n’entrera pas avant que vous-même soyez bien sûr que vous
désirez sa présence.
Les saints nous enseignent qu’aimer Dieu, c’est être passionnément
amoureux. On ne pense qu’à lui, on ne désire que lui et plus rien
d’autre n’existe vraiment.
Les nations, comme les hommes, sont punies par où elles ont péché.
C’est appuyés sur le bras de nos frères que nous entrerons dans le
Royaume. Cela s’appelle la communion des saints.
" Avant qu’Abraham fût, Je suis ". Que le Christ était beau,
élégant et profond, lorsqu’il parlait par la bouche de Lao-tzeu!
En ton Nom je m’incline, ô Jésus, Roi des rois,
Devant ceux qui te servent en ignorant ton Nom.
Ils ne crient pas Jésus, n’arborent pas ta Croix,
Mais ils servent leurs frères, les aiment comme toi.
L’Esprit qui t’animait, Jésus, Christ de Dieu,
A trouvé leurs cœurs purs et peut y habiter.
Et qu’importe les noms que leurs bouches proclament,
Ils sont tes héritiers, tu sauras les trouver.
Ils te reconnaîtront, divin Fils de leur Père,
Car leurs yeux sont amants de la pure Beauté.
Chacun de nos choix, chacune de nos actions est une brique apportée à
l’édification de notre demeure éternelle. Toute action qui manque à la
loi d’Amour - même si elle peut paraître grandiose aux yeux des hommes -
ressemble aux briques que fabriquaient les captifs en Égypte, mélange de paille
et de boue. L’acte d’amour est une brique d’or fin. Quand
tous les hommes auront complété leur demeure, l’Esprit de Vérité, tel un
feu dévorant, purifiera l’or fin et réduira la paille en cendres.
Dura lex, sed lex. L’homme récolte ce qu’il a semé. La dureté de
cette loi répugne à beaucoup, et moins encore comprennent la richesse
d’amour que recèle cette rigueur divine. Ne blâmons pas nos chefs
spirituels, car ils sont tels que nous les voulons. Celui qui cherche le Christ
avec sincérité, le trouvera.
Les Écritures, d’Abraham à Jésus, enseignent que la pureté de la foi est
inversement proportionnelle au nombre des lois et des actes de dévotion
extérieurs.
Tout homme qui n’est pas en conversation avec Dieu est un malheureux qui
s’ignore, quelle que soit l’illusion de bonheur dans laquelle il
croit être.
L’intelligence
Dieu est Un, unique Seigneur. Une seule Loi. Un seul " Je Suis ". Un
seul Être, une seule Force créatrice, infinie, éternelle, incréée, située à la
fois à l’extérieur et à l’intérieur du temps et de l’espace,
force créatrice à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de moi.
Mon être, créé et limité par le temps et l’espace est éloigné de l’Être
éternel mais non pas séparé de Lui, car Dieu est Un et rien ne peut être en
dehors de Lui. Un lien existe entre le créé et l’incréé, entre l’Homme
et Dieu. A travers ce lien, je garde le contact avec l’Être, avec la Loi.
Devenir intelligent, c’est chercher à se conformer à la Loi du " Je
suis ", la Loi éternelle de l’Être éternel, source unique de vie et
de lumière, de toutes ses forces, de tout son cœur, de tout son esprit,
afin de réaliser l’union de l’être avec l’Être.
Car l’homme intelligent sait qu’en se détournant de l’Être de
toute chose, il se coupe de la Vie. Entre la Vie et la Mort, la Lumière et les
Ténèbres, le Bien et le Mal, chaque jour, l’homme choisit.
Plus l’homme, être du temps et de l’espace, se tourne vers la
Lumière qui éclaire tout homme venu en ce monde, plus il devient Lumière. C’est
alors seulement qu’il comprend la Loi. Il devient sage, intelligent,
libre. Il discerne le bien et le mal. Il devient Dieu.
Cette sagesse et cette intelligence ne sont pas selon le monde. Le monde ne
peut les comprendre. La sagesse, l’intelligence et la liberté de l’Être,
du Je suis, sont éternels. Le monde passe.
L’être créé, l’homme, en se tournant vers la source de tout Être,
de toute Vie, de toute Lumière, discerne dans l’être créé l’Être
éternel : il voit Dieu dans son prochain, et il l’aime. Devenant
intelligent, l’homme fait pour Dieu ce qu’il voudrait que Dieu
fasse pour lui : il fait pour son prochain ce qu’il voudrait que son
prochain fasse pour lui. Ainsi, ce n’est plus lui qui vit mais c’est
Dieu qui vit en lui. Il devient un avec le Un.
C’est pourquoi Jésus parle des grands commandements en ces termes :
Hommes qui cherchez Dieu, apprenez, comprenez, qu’il existe une Force,
une Loi, un Éternel tout-puissant en dehors de qui rien ne peut être. Il est en
vous et vous Le connaissez, car vous ne Le chercheriez pas si vous ne L’aviez
déjà trouvé. La sagesse et l’intelligence, c’est de L’aimer
par-dessus toute chose.
Ne préférez rien à Dieu, mais cherchez à connaître et à faire Sa volonté, car
I1 est la Vie.
En Lui donnant tout, vous posséderez tout. Aimez vos frères comme vous vous aimez
vous-mêmes.
Faites pour eux ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, pour l’amour
du Bien, par obéissance à la Loi, par conformité avec le Divin, gratuitement,
comme moi, Jésus, je vous ai aimés jusqu’à donner ma vie pour vous.
Il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer les hommes. Il n’est
pas possible d’aimer les hommes sans aimer Dieu. Celui qui aime Dieu aime
les hommes et s’aime lui-même. Il est intelligent celui qui dit:
"Seigneur, que Ta volonté soit faite" et qui se met à l’œuvre.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons que le Christ, qui est la Lumière,
la Vérité et la Vie, a toujours été parmi les hommes, depuis Adam. Dieu dit:
" Que la Lumière soit. Et la Lumière fut ". N’est-il pas écrit
que la Parole " est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la
mettes en pratique ". Y a-t-il une autre Parole que celle du Christ? Paul
ne dit-il pas que nos pères, au désert, " burent le même breuvage
spirituel; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait: ce rocher c’était
le Christ ".
Comprenons. Devenons intelligents. Comprenons que Jésus est né pleinement
homme. Comprenons que Jésus est mort pleinement Christ. Parce qu’il était
homme, comme nous, Jésus connaissait nos faiblesses.
Mais si nous sommes ici par désobéissance, lui est venu par obéissance: "
Je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé
". Jésus est né d’une Vierge immaculée pour que nous comprenions qu’il
n’était pas marqué par la désobéissance; Jésus est né d’une femme
pour que nous comprenions qu’il a assumé et pris sur ses épaules la
condition de souffrance qui est celle de l’homme détourné de Dieu. Homme,
Jésus a souffert, a peiné; il lui a fallu " grandir en grâce et en sagesse
".
Jésus a subi toutes les tentations, mais parce qu’il gardait son regard
tourné vers la Lumière, il n’a pas succombé. Il a eu de terribles moments
de tristesse; il a pleuré, comme nous. Il a eu peur, il a connu l’angoisse,
jusqu’à suer le sang. Mais il a cru à l’Amour du Père, il a accepté
sa volonté. Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Il est, à
jamais, Jésus le Christ. Il est le premier Homme Nouveau. Il est un avec Dieu.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons qu’Il nous appelle et nous
montre le chemin : " Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ". "
Nul ne va au Père, sinon par moi ". Comprenons qu’il a vaincu le
monde et qu’Il nous en offre le moyen. Dis-moi, homme, quelle excuse
invoqueras-tu devant ton Dieu quand il te montrera le Christ?
Comprenons aussi que ce n’est pas en devenant ceci ou cela et en criant
Jésus, Jésus, que nous serons un avec Lui comme I1 nous l’a promis. Il
faut prendre sa croix et le suivre. Faire comme Lui. Croire. Aimer. Quoi qu’il
advienne, tout vient de Dieu. " Les biens et les maux, la vie et la mort,
la pauvreté et la richesse, viennent du Seigneur ".
" Tout ce qui t’advient, accepte-le, dans le revers de ton
humiliation, sois patient ". Comprends. Sois intelligent. Sois patient. Ne
crois pas que tout soit horriblement compliqué. Au contraire, tout est
merveilleusement simple. En son temps, l’Esprit te révélera tout ce que
tu as besoin de connaître. Sois patient. Sache que Dieu est Dieu et qu’Il
est ton Père. Si tu es de bonne volonté, la paix t’es promise.
Et médite les commandements qui résument la loi et les prophètes : " Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes
des forces, et ton prochain comme toi-même. "
La paix
Voulez-vous faire bondir les hommes? Dites-leur : " Rien ne vous arrive
que vous n’ayez vous-mêmes préparé pour vous-mêmes, par vos actes et par
vos pensées. Vous récoltez toujours ce que vous avez semé. " Rien n’est
plus propre à déchaîner leur rage.
Car les hommes cherchent avant tout à trouver un coupable en dehors d’eux-mêmes.
Ils trouveront mille façons de démontrer, à l’évidence, qu’ils ne
sont pas responsables, qu’ils sont les jouets du hasard et de l’injustice.
Chacun se persuade que son sort est injuste et cherche une vérité qui soit la
moins douloureuse à regarder en face. Mais en vain. Nous sommes sur terre pour devenir
semblables à Dieu : connaissant le bien et le mal, choisissant le bien.
Dans le monde, la bonté et la méchanceté, le bien et le mal, la joie et la
souffrance, coexistent. Les hommes pensent qu’ils peuvent changer le
monde, éliminer la haine et la souffrance. Cela ne se peut. Le monde alors ne
serait plus sous le règne de l’homme, mais de Dieu. Ce règne arrivera,
mais seulement lorsque l’homme aura atteint la perfection de son être,
qui est divin.
Devant son impuissance à se vaincre lui-même et à triompher du monde, l’homme
pourrait être frappé de désespoir. Or, celui qui se nourrit de la parole de
Dieu, sans se bercer d’illusions sur la nature humaine, trouve la paix.
Pourquoi? Simplement parce que la paix est donnée aux hommes de bonne volonté.
Jésus avait la paix. Pourtant il n’a pas changé le monde, ni aboli toutes
les souffrances, ni guéri toutes les maladies, ni donné du pain à tous les
affamés. Il a simplement fait son devoir, accompli la tâche pour laquelle il
avait été envoyé. Pour le reste, il était de bonne volonté.
L’homme qui désire la paix doit prendre exemple sur lui. Que tout homme,
avec les moyens dont il dispose, accomplisse la tâche qu’il estime être
sienne. Pour le reste, que sa bonne volonté soit totale et sincère. Car il est
tenu compte à chacun de ce qu’il a sincèrement voulu, non de ce qu’il
a pu réaliser. Et ce qu’il s’imagine avoir réalisé, si l’Esprit
de Dieu n’était pas sur lui, n’est que néant.
Situation de l’homme
sans Dieu
Quelle vérité peut-on espérer de l’inextricable concert des opinions
humaines? Qu’ils l’admettent ou non, tous les hommes sont menteurs
et les plus lucides le concéderont sans peine : les vertus, écrivait La
Rochefoucauld, se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent
dans la mer...
La raison en est que l’homme qui se s’est pas anéanti, qui n’est
pas mort à lui-même pour que le Christ vive en lui ne fait jamais que défendre
un point de vue personnel lequel, si noble et si pur qu’il puisse lui
apparaître, n’a jamais pour fondement que son propre égoïsme.
Tout homme ne défendant que lui-même peut aisément se persuader d’avoir
raison et les nations, collections d’égoïsmes provisoirement réunis, en
font autant. C’est la tour de Babel, vaste chaos des convictions humaines
qui s’entrechoquent indéfiniment dans une confusion extrême et
irrémédiable, car elle est, par définition, la situation de l’homme sans
Dieu.
Le moi
L’exploration du moi est une entreprise proprement absurde, puisqu’en
ce faisant, c’est vous-même qui peuplez le non-être. Car le moi enfle à
mesure qu’on l’explore. C’est un ballon que vous remplissez
avec du vent.
Seule l’opération inverse est salutaire. La connaissance du moi, c’est
la conscience de son néant. Et si l’Esprit n’est pas la nourriture
du moi, alors il se nourrit nécessairement d’erreur. Et l’erreur
engendre la peur, angoisse mortelle du non-être.
La connaissance de soi, de la grandeur de notre âme et de la misère de notre
être, est le plus grand des trésors ici-bas.
La vraie religion
La vraie religion, c’est de faire la volonté de notre Père.
Ne vous préoccupez pas de savoir si vous devez être ceci ou cela, si vous devez
aller ici ou là. Cherchez plutôt à connaître la volonté de Dieu. Si vous êtes
de bonne volonté: " Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ",
vous la trouverez. Dieu répond toujours à qui demande d’un cœur
sincère.
" Frappez et l’on vous ouvrira. " Cette promesse est certaine.
Priez dans le secret, mais que vos actions manifestent Dieu devant les hommes.
La vraie prière est un élan d’amour qui rejaillit en actes. Soyez
patient, surtout avec vous-même. Et ne vous imaginez pas devoir accomplir de
grandes choses aux yeux de ce monde. Celui-là fait la volonté du Père qui n’accuse
personne et ne rejette pas la faute sur les choses, les événements ou les
autres hommes. Pardonnez rapidement et oubliez vite les offenses.
Sachez qu’un simple sourire est un acte divin. N’ayez jamais peur,
mais demandez la Sagesse afin de mesurer vos forces et de ne pas entreprendre
un ouvrage qui vous dépasse. Ayez à cœur de raffermir la foi de ceux qui
vous entourent, car c’est appuyé sur leur bras que vous entrerez dans le
Royaume. Soyez patient et confiant. Dieu est Dieu.
Acquittez-vous d’abord de votre tâche avant d’en réclamer une
autre. Travaillez avec humilité. Acceptez les pouvoirs et les charges qui vous
sont donnés, mais n’allez pas en demander avant d’avoir démontré l’usage
que vous faites de ceux que vous possédez déjà. Chaque chose viendra en son
temps, selon la Sagesse. Soyez patient. Tel arbre pousse vite, mais son bois
est fragile. Le chêne croît lentement, et résiste au temps.
N’ayez pas peur des mots et ne laissez pas réduire votre connaissance.
Pensez que la Vérité est, que l’Amour est, que la Vie est. Mais surtout
soyez des ouvriers du bien. Écoutez et suivez la petite voix intérieure. Elle
vous dit de ne plus avoir peur. Le monde, tel Goliath, rugit autour de vous.
Votre peur seule le rend terrifiant et il a suffi d’un caillou à David
pour abattre ce monstre tonitruant.
Ne croyez pas que la connaissance des mystères vous aidera. La Justice incréée
est parfaite et vous avez, ici et maintenant, tout ce qu’il vous faut
pour choisir entre la vie et la mort. Acceptez-vous tel que vous êtes et
mettez-vous à l’œuvre. Ne cherchez pas à vous justifier : vous ne
vous tromperez pas vous-même et on ne se moque pas de Dieu. Tout peut vous
paraître montagnes, mais vous savez que la foi les déplace. Demandez et vous
recevrez. Ainsi, vous connaîtrez et posséderez la paix promise seulement aux
hommes de bonne volonté.
Le royaume
Le royaume des cieux est semblable à un corridor fermé de plusieurs portes et
qu’il faut parcourir en un temps donné. Certains, munis d’un
trousseau aux clefs innombrables, essayent fébrilement d’ouvrir la
première porte et parviennent rarement à la septième. D’autres utilisent
un passe-partout qui porte le nom du Fils de l’Homme, car ce nom leur
sera demandé pour franchir la dernière porte.
***
Le Royaume des cieux est semblable à une école, dans laquelle le bon maître
enseigne à ses élèves. Le bon maître ne s’épargne aucun effort, aucun
sacrifice, car il veut amener tous ses élèves là où il est déjà, et leur
communiquer tout son savoir. Il souhaite pour chacun la couronne de lauriers.
Le bon maître connaît ses élèves et leurs faiblesses. Il reprend doucement
celui-ci qui est fragile, mais parle avec autorité à celui-là. Tous, ils les
encourage dans un même amour. Si cela était bon pour eux, le bon maître
accorderait maintenant et à chacun la couronne du vainqueur, mais il sait qu’elle
n’aurait pas de prix pour celui qui la recevrait sans avoir travaillé et
passé ses épreuves avec succès.
Aussi, le bon maître, dans sa sagesse, est-il juste. Il accorde à chacun la
note qu’il mérite.
A celui qui triche, il montre que c’est lui-même qu’il vole. Le bon
élève, qui a suivi l’enseignement du maître et a fait de son mieux avec
les moyens dont il disposait, n’est pas anxieux au jour de l’examen.
Il exulte, au contraire, car il sait que le maître le jugera avec rigueur, mais
aussi avec Amour et Justice. Il mesure son ignorance mais il connaît sa bonne
volonté et il sait que le maître lui montrera ses fautes
afin qu’il puisse les corriger et devenir parfait. Car notre Père du ciel
est un maître parfait.
Il est sage, l’élève qui, dès maintenant écoute le bon maître et se met
au travail, car le jour de l’examen, nul ne le connaît, sinon le maître.
La prière
Si le Seigneur ne veut pas vous laisser entrer dans le Royaume et si votre
désir d’y entrer est plus fort que votre désir de vivre, criez et
tempêtez, roulez-vous sur le sol en hurlant, harcelez-le sans relâche. Il n’aura
jamais le cœur de vous chasser et pour avoir la paix, il vous laissera
entrer, après vous avoir purifié.
***
" Ce que je vous dis, je le dis à tous: veillez. " Le Messie a été
annoncé et il est venu. Il a annoncé son retour, et i1 reviendra. Gardez votre
lampe allumée, la flamme de l’amour de Dieu, car que vous soyez morts ou
vivants, il viendra vers vous et vous interrogera sur l’amour. "
Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment.
"
***
Ne cherchons pas : l’adorateur parfait de Dieu, c’est Dieu. Pour
glorifier et adorer Dieu parfaitement, il faut devenir Dieu.
***
0 mon Père, à 1’imitation et au nom de celui qui fut sur terre, le Fils
obéissant et qui, retourné auprès de toi, nous envoie l’Esprit de Vérité,
je te prie, afin que ta bénédiction descende sur nous.
Je te prie pour mes frères, ceux d’abord à qui dans ta sagesse, Tu as
envoyé ton Messie
afin qu’ils poursuivent Ton œuvre et que le monde croie que comme Tu
as envoyé Jésus dans le monde, Jésus les envoie eux aussi.
Père très saint, pleinement manifesté par le sacrifice de ton envoyé Jésus le
Christ, en son nom je te prie de me guider afin qu’à mon tour en ce
moment du temps et en ce point de l’espace où je suis, je puisse
manifester par ce que je suis ta présence éternelle parmi les hommes.
***
J’irais volontiers prier avec tous les fidèles de n’importe quelle
église qui glorifie le Père annoncé par Jésus le Christ. Et moins il y aura de
rites, mieux je pourrai prier. Mais notre chambre intérieure est l’endroit
le plus propice à la vraie prière.
***
Nous prions ainsi : Père, je t’en prie, donne-moi ceci... Mon Dieu,
accorde-moi cela... Seigneur, prends pitié de moi et fais que...
Mais en réalité, Dieu seul peut nous inspirer la vraie prière. Inutile de
parler beaucoup en priant, car notre Père sait bien ce dont nous avons besoin,
et d’avance i1 nous l’accorde. Il est dans la nature de Dieu de
donner, mais l’homme doit apprendre à demander et à recevoir. C’est
en donnant qu’on apprend à recevoir.
Nous demandons souvent ce qui nous serait fatal et notre Père, qui est bon,
nous le refuse, afin de nous préparer à recevoir ce qui est vraiment désirable,
mais que nous sommes encore incapables de supporter.
Celui qui, tel l’enfant intelligent, fait confiance à son Père du Ciel,
vit dans la paix et la joie du Royaume dont il est déjà ici-bas l’héritier.
Ne demandez force et richesses qu’avec l’assurance que vous pourrez
les utiliser pour le bien, sinon, elles seront pour vous un fardeau.
***.
Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation.
Dès lors que notre esprit perd le contact avec Dieu qui habite en nous, nous
marchons dans le noir et les fruits de nos actions, quelles que soient ces
actions et si justes qu’elles puissent nous paraître, les fruits de nos
actions sont mauvais.
Mais veiller et prier ne signifie pas seulement marmonner des paroles ou
assister à des services religieux. Veiller et prier, c ‘est garder Dieu
présent en soi-même, être tourné vers lui en esprit tout en agissant dans le
monde.
Celui qui est tourné intérieurement vers Dieu est en prière et toutes ses
actions sont sanctifiées. Ne pas prier, c’est dormir, d’un sommeil
de mort.
***
La prière est un cri. Un cri pour vivre et pour aimer. Plus il est bref, plus
il est fort, et mieux il est entendu. Dieu répond toujours, à proportion du
désir de vivre et d’aimer révélé par le cri. Abba, Père!
Mais la prière qui perce les nuées pour retentir au cœur de Dieu, c’est
l’adoration en esprit,
élan d’amour muet qui seul peut dire l’indicible désir de l’ineffable
union. Noce spirituelle aux clameurs de silence.
Car le temps viendra et il est venu, où l’homme priera le Père en esprit
et en vérité.
Le rire
Dieu a créé l’homme à son image. C’est pour cela que le rire est le
propre de l’homme.
***
Au cœur du rire il y a les larmes. Au cœur des larmes, le rire et la
joie.
***
Quand on me parle de Dieu d’un air triste et sérieux, j’ai envie de rire.
***
Méfions-nous de ceux qui ont toujours l’air triste ou sérieux.
***
Dire qu’il y a des sots pour se scandaliser si on leur dit que Dieu est l’humour
même.
***
On dit que des saints ont été pris pour des fous, parce qu’ils riaient
toujours.
***
On n’est jamais si éloigné de Dieu que lorsqu’on est triste.
***
Le pécheur
Charles Baudelaire fut, pour les hommes de son temps, un poète maudit, un
pécheur, un objet de scandale. C’est vrai. Mais il a, du trésor de son
cœur, tiré des poèmes dont le parfum est monté jusqu’à Dieu et ses
larmes ont baigné les pieds de son Seigneur :
Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés!
Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions.
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.
Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.
Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;
Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs.
Marie-Madeleine fut pour les hommes de son temps, une femme maudite, une pécheresse,
un objet de scandale. C’est vrai. Mais Jésus, se tournant vers elle, dit
au pharisien scandalisé: " Tu vois cette femme. Je suis entré, dans ta
maison: tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle a
baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as
pas donné de baiser, mais elle depuis qu’elle est entrée, elle n’a
pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu ne m’as pas répandu d’huile
odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si Je
te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle
a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu, montre peu d’amour
".
Comprenons que la maison dans laquelle le Seigneur est entré, c’est notre
cœur.
L’erreur
L’erreur de l’homme ne lui est jamais comptée comme une faute s’il
agit avec conviction.
La faute ne condamne l’homme que s’il persiste dans son erreur et
refuse l’Esprit. Le péché contre l’Esprit ne peut pas être
pardonné.
Voyez comment l’Esprit a agi avec Paul sur le chemin de Damas. Paul
haïssait et poursuivait les disciples de Jésus. Il avait approuvé la lapidation
d’Étienne. Il était un ennemi acharné du Christ. Il était dans l’erreur,
mais avec passion et avec la ferme conviction qu’il servait Dieu.
Dieu vomit les tièdes mais il reçoit les passionnés. L’Esprit de Vérité s’est
manifesté devant Paul. Paul a vu et accepté la Lumière. Son erreur a été
corrigée et il est devenu le disciple passionné du Christ.
Il faut chercher Dieu avec passion et sans crainte de se tromper, sachant que
toute erreur sera corrigée et que nous trouverons la Lumière. On comprend que
Paul ait pu dire: " Tout ce qui ne procède pas d’une conviction de
foi est péché ".
Le sacrifice
Comprenons bien ceci : tout a un prix qu’il faut payer. La porte du
Royaume est ouverte, mais elle est étroite. Le chemin qui y mène est tracé,
mais il monte. La table du banquet est dressée, mais il faut revêtir la robe
blanche pour y prendre place. C’est en cela que l’on peut dire que
le don est gratuit.
Mais l’homme peut dire oui ou non à cette grâce. S’il dit non, il
souffrira et il mourra - je parle ici de la seconde mort - la seule qui soit à
craindre.
S’il dit oui, il souffrira aussi, jusqu’à la limite de sa foi et
tant que la main divine jugera bon de l’embellir, et il vivra
éternellement, un avec l’Éternel incréé et Créateur éternel, et pourtant
conscient d’être lui-même, en parfaite harmonie avec l’Amour
infini.
La justice de Dieu est parfaite et nul ne pourra dire mon sort est injuste car
chacun a récolté, récolte et récoltera selon ses œuvres.
Mais vous ne voulez point, dites-vous entendre parler de religion, de Dieu, de
Messie, de prophète. Fort bien. N’en parlons pas. Mais puisque nous
vivons ensemble sur cette planète et que vous et moi aspirons naturellement au
bonheur, il nous sera sûrement possible de convenir de certaines choses qui
nous permettront de l’atteindre.
En vérité, le sommet de la pensée philosophique et de la raison humaine aboutit
à cette affirmation : Aimez-vous les uns les autres. Il tombe également sous le
sens que sans la grâce, les hommes n’y parviendront jamais. Car le moment
vient toujours où l’amour requiert le sacrifice, et aucun homme ne peut
abandonner tout ce qu’il possède et rester dans la joie sans l’espérance
de vie que Jésus le Christ est venu nous apporter.
C’est pour cela qu’il fallait qu’il vienne parmi nous et
prêche par l’exemple. C’est pour cela qu’il a pu dire que nul
n’ira au Père, c’est-à-dire à la Vérité éternelle sans passer par
lui. Sans lui, nous n’aurions jamais su l’Évangile, la bonne
nouvelle de l’Amour parfait, du pain qui rassasie, du bien impérissable
qui fait que l’homme accepte de tout perdre et tient pour peu de chose ce
qu’il abandonne parce qu’il a trouvé Dieu
L’amour parfait
Saint Jean de la Croix écrit: " L’état de perfection, qui consiste
au parfait amour de Dieu et mépris de soi-même, ne peut être sans ces deux
parties, connaissance de Dieu et de soi-même. "
Jésus a dit : Si tu n’abandonnes pas tout pour moi, si tu ne te hais pas
toi-même ainsi que tes proches ou tous ceux qui peuvent s’interposer
entre toi et moi, alors, tu n’es pas digne de moi.
Que ces paroles sont belles et limpides! Quelle consolation, quel amour elles
renferment!
Car connaître Dieu est la connaissance suprême, la seule qui soit nécessaire à
l’homme : c’est savoir que Lui et Lui seul est la Vie et la
Lumière.
Se connaître soi-même, c’est savoir que l’homme privé de Dieu n’est
que mort et ténèbres.
Ainsi donc, il apparaît à l’évidence que tout ce qui est humain et s’interpose
entre nous et Dieu, c’est-à-dire entre nous et l’Amour parfait,
libre de tout égoïsme, tout ce qui nous empêche d’imiter le Fils qui a
donné sa vie pour chacun d’entre nous, qui a aimé tous les hommes au
point de mourir crucifié, tout ce qui maintient prisonnier de l’humain,
doit nous paraître haïssable et méprisable. Et cela inclut l’amour de soi
et des siens qui, sans la dimension spirituelle, n’est qu’une forme
déguisée d’égoïsme et d’amour de soi.
Tous les esprits lucides savent ce qui est au fond du cœur de l’homme.
Pas un seul, dit l’Écriture, qui ne soit pécheur et corrompu.
De nos jours, les analystes de la psyché ne peuvent que révéler à l’homme
son égoïsme foncier et les instincts animaux qu’il ne réprime souvent que
par impuissance à pouvoir les satisfaire entièrement, acceptant ainsi de vivre
dans un humiliant compromis.
L’amour humain, parce que l’homme est déchu, n’est qu’un
égoïsme qui se cache et le monde se meurt de cet amour-là. Il ne vaut
strictement rien et ne mène qu’à la mort. Quel mérite avez-vous, dit
Jésus, si vous aimez ceux qui vous aiment, ceux que vous appelez vos amis, vos
parents, vos enfants? Aucun. Car même ceux qui n’aiment pas Dieu en font
tout autant. Le loup, mieux que l’homme, soigne ses petits, les défend jusqu’à
la mort et ne commet pas d’erreur dans leur éducation.
Parce que nous aimons, disons-nous, nos proches, nos parents, nos enfants, nous
fermons commodément les yeux sur la douleur des autres. Nous feignons de ne pas
voir que tous les hommes sont les enfants du même Père et donc nos frères.
Oui, chaque homme est le gardien de son frère et s’il faut appartenir à
une famille, que ce soit celle du Christ qui a dit: Celui-là est mon frère qui
fait la volonté de mon Père. Voilà ma vraie famille.
Celui-là qui n’a pas appris à considérer tous les enfants comme ses
enfants, tous les hommes comme ses frères, celui-là n’a pas encore
commencé à aimer Dieu, à le connaître; et si mon père, ma mère, mon enfant ou
moi-même devenons un obstacle à cet amour universel que Dieu seul peut faire
naître au cœur de l’homme, alors je dois haïr ce père, cette mère,
cet enfant, et moi-même.
Si je devais ramener le problème à sa plus simple expression, voilà ce que je
dirais:
Tout homme est à la recherche de la paix et de la joie. Il veut être heureux.
Profondément, l’homme reconnaît que l’amour est le fondement de
toute joie. Il sait qu’il ne peut être heureux sans aimer et sans être
aimé. Il y a équation entre l’amour parfait et la joie parfaite.
Tout homme se sent assujetti à son humanité. Il sait que l’amour parfait
exige le don total de soi - la mort du moi égoïste - mais il en est incapable
tant qu’il demeure prisonnier de son humanité. Celle-ci lui impose ses
priorités - charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le monde - et des
limitations. Selon la sagesse humaine, c’est à soi d’abord qu’il
faut penser.
L’homme selon le monde ne peut connaître l’amour parfait, qui exige
la mort à soi-même, puisqu’il ne peut supporter l’idée de cesser d’être.
Cette proposition lui est impensable.
Partant, la paix et la joie parfaite lui sont inaccessibles.
Au mieux, le monde est condamné à la médiocrité.
Tout différent est le sort de l’homme spirituel. Car il sait, de science
certaine, que c’est bien au contraire en mourant à lui-même, à ses
égoïsmes et à son moi inférieur, qu’il fera place nette pour que l’Esprit
de Dieu - qui anime toute chose - puisse vivre en lui.
Il agit alors selon la volonté de Dieu qui est Amour parfait et il connaît, lui
et lui seul, la paix et la joie qui dépassent tout entendement. Cette vérité
est d’une grande simplicité. Elle est accessible à l’enfant comme
au sage. Elle est éternelle.
La santé
Dieu est. L’homme peut être.
Toute dérogation à l’ordre divin entraîne la mort. Le choix entre la vie
et la mort s’opère dans le temps et dans l’espace. Ainsi, la
non-conformité à la loi, désobéissance mortelle, voit ses conséquences
étalées dans le temps et l’espace. C’est donc à la lumière de l’expérience
que l’homme choisit entre la vie et la mort
" La justice de Dieu est parfaite ".
Par la désobéissance l’homme obscurcit la conscience qu’il a d’être
un avec Dieu. Il devient hors-la-Loi, hors-l’Amour, hors-la-Vie. Il
meurt. Sur terre, dans le temps et dans l’espace, la sentence de mort n’est
pas immédiate, mais l’infraction à l’ordre divin entraîne des
conséquences : violence, maladies, guerres, catastrophes, sont autant de
rappels à l’ordre.
L’homme sourd et aveugle - et qui est déjà mort - " Laisse les morts
enterrer les morts ", disait Jésus - ne comprend plus ces signes. Sous le
regard des anges, la Vérité est éclatante et la conduite des hommes déroutante.
En effet, à la lumière de la Vérité, la triple nature de l’homme, comme
la triple nature de Dieu, leur apparaît dans toute sa simplicité: l’homme
est un, mais corps, esprit et âme.
Dieu est un, mais Père, Fils et Saint-Esprit.
Le regard spirituel de l’homme, obscurci par les ténèbres - qui sont la
conséquence de la désobéissance, de la non conformité à la loi divine - le
regard spirituel de l’homme de ce monde
ne perçoit plus ces réalités. Dans notre génération, les chefs temporels ou
spirituels qui ont pleinement conscience de la loi divine et de la nature de l’homme
ne sont pas légion. Des aveugles, souvent, conduisent d’autres aveugles
et la confusion est grande.
Notre monde est malade. L’homme en santé, l’homme physiquement et
mentalement sain
se fait rare. La raison en est que la santé et l’équilibre physique, du
corps - psychique. de l’esprit et
spirituel, de l’âme, sont tous trois indissociables. L’homme en
santé doit obéir à des lois éternelles
dont le fondement est Dieu, principe éternel et incréé, un dans son essence -
Je suis le Je suis - et trin dans sa manifestation : Père, Fils et
Saint-Esprit, puisqu’il faut bien passer par des mots.
Ainsi de l’homme, créé à l’image de Dieu corps, esprit et âme. De
même que le Saint-Esprit,
agissant par le Fils obéissant accomplit la volonté du Père, de même l’âme
peut informer l’esprit.
Libre de choisir entre le bien et le mal, la vie et la mort, la lumière ou les ténèbres,
l’homme de bonne volonté choisit, avec ses facultés psychiques, de se
conformer à l’ordre spirituel : il écoute son âme.
A partir du moment où, comme dans Jésus le Christ l’esprit et l’âme,
ne font plus qu’un, alors, et alors seulement, l’homme a recouvré
la santé.
Il devient tout-puissant. Il est maître de son corps et du monde. Il accomplit
ce que nous appelons des miracles. Il régénère les corps malades. Il ressuscite
les corps abandonnés par l’Esprit.
Il crée, en multipliant les pains. Ce que nous appelons des miracles ne sont
que la conséquence normale de l’harmonie parfaite entre l’âme, l’esprit
et le corps.
C’est pour atteindre à cette harmonie, c’est pour parvenir à cette
perfection, que nous sommes sur terre : " Soyez parfaits, comme votre Père
du ciel est parfait ".
Ce que j’ai fait, a dit Jésus, vous aussi vous pouvez le faire, et vous
ferez même des choses plus grandes encore, car, par moi, l’Esprit
Saintsera plus que jamais parmi les hommes, pour ceux qui l’acceptent.
Nous sommes toujours tentés de voir et de comprendre les paroles de Jésus le
Christ
du point de vue de ce monde. Mais son royaume n’est pas de ce monde.
Lorsque Jésus nous dit que nous ferons des choses plus grandes encore que
celles qu’il a faites lui-même il ajoute bien, " parce que je vous
enverrai l’Esprit Saint". Il y a Jésus, toujours présent dans l’Eucharistie
sous les espèces du pain et du vin. Il y a l’Esprit-Saint, envoyé par le
Père. L’Esprit-Saint, pleinement reçu par Jésus a fait de lui Jésus le
Christ, le Fils obéissant : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Aujourd’hui,
je l’ai engendré. "
Jésus nous a quitté lorsque son Corps ressuscité est remonté vers le Père :
" I1 est bon pour vous
que je m’en aille "et l’Esprit Saint est venu en abondance. C’est
pourquoi nous pouvons faire
plus que lui, comme il l’affirme. Mais quelles choses?
Rappelons-nous le paralysé de Capharnaüm. Voyant la foi de ces gens, Jésus dit
au paralysé
" Mon fils, tes péchés sont pardonnés ". Il ne le guérit pas
physiquement. Jésus fait une chose
plus grande encore : I1 guérit son esprit. Pour qui n’est pas aveugle, c’est
la seule chose qui compte. Et vous êtes aveugle et sourd si vous croyez qu’il
n’existe pas en ce moment, sur cette terre, des êtres au corps meurtri
mais dont l’esprit est fort et sain, et qui vivent dans la paix et la
joie de l’Esprit du Christ qui était dans Jésus.
Or, c’est le corps qui meurt et retourne en poussière. Voilà pourquoi il
est plus grand
de dire, " Tes péchés te sont pardonnés ", que de dire, "
Lève-toi, prends ton brancard et marche".
Le curé d’Ars, grand confesseur des âmes, a fait des choses bien plus
grandes encore, tout comme Jésus l’avait prédit, car Jésus est venu s’offrir
en sacrifice, mais il n’a pas dit très souvent, " Va, tes péchés te
sont pardonnés ", ce que n’importe quel prêtre peut faire dans le
secret du confessionnal.
Parce que leur entendement spirituel était obscurci par le péché et que Jésus
voulait que les hommes sachent que le Fils de l’Homme avait autorité pour
pardonner les péchés sur la terre, alors, Jésus fit les deux, il guérit l’esprit
et il guérit le corps de ce paralytique. Mais c’est la guérison des
péchés qui importe vraiment.
Le péché est une désobéissance, une infraction à l’ordre divin, à la loi
d’Amour. Comme un poison, il affecte le corps spirituel, le rend malade,
infirme. Tôt ou tard, selon la Sagesse, les maladies de l’esprit se
répercutent sur le corps physique. Peu à peu, tel un poison, le péché mène à la
mort. Je parle de la seconde mort. La mort de l’esprit.
Jésus voyait, spirituellement, l’esprit des hommes. Il les connaissait
bien. C’est pourquoi il a pu dire de certains, " Vous êtes déjà
morts ". Exactement comme un médecin peut dire à celui qui absorbe jour
après jour, des doses d’arsenic, " Tu es déjà mort ". Le péché est
l’arsenic de l’esprit. Pardonner les péchés c’est rétablir l’esprit
dans sa pureté, effacer les marques et les conséquences du poison mortel.
" Tes péchés, dit Dieu, je ne m’en souviendrai plus ".
Merveille des merveilles! Pour qui a encore des yeux et des oreilles, que ces
paroles ont de suavité.’ Mais que fallait-il pour que ce seul véritable
miracle s’accomplisse? D’abord, il fallait que 1’Esprit Saint
fût présent.
Sur terre, l’Esprit Saint passe par les hommes. C’est là leur
gloire. Cet homme était Jésus.
Ensuite, il fallait que le pécheur, l’homme malade, soit de bonne
volonté, que son esprit accepte la Vérité, qu’il ait choisi de croire,
qu’il croie que Jésus avait en lui l’Esprit et qu’il était le
Christ. Il fallait qu’il ait la foi : " Voyant leur foi, Jésus
dit... ". La justice de Dieu est parfaite. Sa puissance est sans limite.
Pensons-y bien. Il est plus grand de guérir l’esprit que le corps. Guérir
l’esprit, c’est pardonner les péchés.
L’Esprit qui était dans Jésus n’a jamais été totalement absent du
monde, mais depuis Jésus le Christ, la grâce surabonde là où le péché abonde.
Voilà pourquoi nous pouvons faire, selon sa parole, ce qu’il a fait
lui-même, et bien plus encore. Car lui, l’homme Jésus, n’a pas
converti grand monde, et il était bien seul au Jardin des Oliviers et sur la
Croix. Mais à partir de sa résurrection et de son ascension auprès du Père,
quelle force! quelle victoire!
Il a vaincu le monde. Il est le Vivant. Oui, depuis sa naissance, sa vie, sa
mort et sa résurrection,
ceux qui acceptent l’Esprit accomplissent bien des choses. Le signe de la
guérison, c’est de dire : Père, que ta volonté soit faite. Alors
seulement, l’homme est guéri. Alors seulement, il a recouvré la paix, la
joie.
Le médecin a une grande et noble lâche lorsqu’il se fait l’ouvrier
du Père, mais la guérison de 1’homme, de l’homme total, ne peut
s’opérer contrairement à l’Esprit. Il existe entre le corps,
l’esprit et l’âme un lien que seul la mort va dissoudre. La première
mort sépare le corps de l’esprit. La seconde mort, la seule qui soit à
craindre, peut séparer l’esprit de l’âme. " Même ce
qu’il a lui sera enlevé ". C’est tout l’homme
qu’il faut guérir et il est vain de rafistoler l’homme physique si
l’homme psychique demeure malade:
Celui-là n’est pas guéri qui se nourrit de mort. De même, 1 ‘homme
psychique ne peut retrouver 1’équilibre, la paix et la joie s’il
est en contradiction avec son être supérieur, 1’homme spiritue1, qui
l’habite et le guide : " Que votre corps, votre esprit et votre âme
soient gardés irréprochables ".
C ‘est 1’illusion mortelle de notre temps que de prétendre à
l’équilibre et à la santé psychique, sans référence à l’être
spirituel de 1 ‘homme. C’est une entreprise illusoire,
nécessairement vouée à l’échec et dont le motif profond est toujours le
même: l’autojustification, le refus de la responsabilité, le rejet de la
faute sur ceci ou cela. Et lorsqu’il s’agit de trouver une excuse,
une explication, l’imagination de l’homme est proprement délirante.
Cette attitude est évoquée dans les Écritures dès la création : Ce n’est
pas moi, dit l’homme, c’est la femme. Ce n’est pas moi dit la
femme, c’est le serpent. Saisi de honte devant sa nudité,
c’est-à-dire son indigence, et piqué dans son orgueil, l’homme
pécheur, c’est-à-dire celui qui s’est détourné
du bien, se trouve dans une alternative : faire retour sur lui-même,
c’est-à-dire se convertir, ce qui efface la faute et mène à la vie, ou
demeurer dans son péché, c’est-à-dire se pervertir, ce qui retient la
faute et mène à la mort. Par la conversion l’homme grandit et se
fortifie, car de la pierre d’achoppement il a fait un marchepied pour
monter vers Dieu. Par la perversion, l’homme diminue car il se détourne
de l’unique source de vie et épuise ses talents, ses richesses
spirituelles, dont il lui faudra rendre compte au jour de sa mort physique.
Les morsures de honte et d’orgueil, les remords, sont insupportables. Ce
sont les flammes de l’enfer. Pour échapper à leur brûlure l’homme
tentera de se justifier. C’est une entreprise vaine mais toujours
recommencée. Étant donné la nature trinitaire de l’homme: corps, esprit
et âme - physique, psychique et spirituelle -, la justification s’opère
aux deux premiers niveaux.
Au premier niveau l’homme tentera de nier la partie psychique et
spirituelle de son être.
Pour ces hommes-là, seul existe ce qui est perceptible aux cinq sens.
L’homme n’est qu’un corps, assemblage fortuit de molécules
constituant une mécanique plus ou moins parfaite dont il faut corriger les
imperfections, et la santé ne peut être rétablie que par des moyens mécaniques
ou chimiques.
Au second niveau, c’est à la psyché qu’on accorde la préséance. Les
hasards de la naissance et des expériences conditionnent l’équilibre
mental. Celui-ci se répercute sur le corps mais, comme toujours, l’homme
se dégage de toute responsabilité
Méfions-nous des médecins de l’esprit qui repoussent le Seigneur et ne
veulent pas connaître Jésus le Christ, sa naissance, sa vie, sa mort et sa
résurrection. Celui qui est déjà mort ne peut donner la vie. Moi, dit Jésus, je
suis la Vie.
Ils ne peuvent donner la paix car ils ne la possèdent pas. Moi, dit Jésus, je
vous donne la paix. Leur paix à eux est un engourdissement sommeil de mort,
peuplé de cauchemars : " Ceux qui se faisaient fort de chasser d’une
âme malade les frayeurs et les troubles étaient eux-mêmes malades d’une
crainte risible. "
La loi de Dieu est pour toujours. Notre esprit n’aura pas raison devant
notre âme immortelle. Nous n’étoufferons pas la voix de la liberté, de la
volonté, de la responsabilité. Jamais. La raison se perdra dans l’infini
de la sagesse incréée, et l’homme aura peur, " car la peur
n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison
".
Aveugles qui conduisent d’autres aveugles. " Malheur à eux car ils
me fuient! Ruine sur eux car ils se sont révoltés contre moi ". Celui-là
qui voudrait entrer dans la paix du royaume sans passer par le Fils et par sa
croix est un menteur et un voleur. " La sagesse, c’est le livre des
commandements de Dieu c’est la loi qui existe pour toujours; tous ceux
qui s’attachent à elle iront à la vie, mais ceux qui l’abandonnent
mourront ".
Ce que le Christ est venu nous révéler, c’est la misère mais aussi la
grandeur des l’homme. Cette grandeur, c’est l’amour dont il
est aussi capable, un amour qui va jusqu’au sacrifice de sa vie, ainsi
que Jésus l’a montré. Mieux que n’importe qui, Jésus connaissait
les horreurs de la nature humaine. Mais il savait aussi que l’homme est
appelé à la perfection et qu’il en est capable : c’est lui qui nous
en a montré le chemin. Lorsque l’homme aura exploré toutes les impasses
de ses aveuglements, il deviendra capable de guérir, non pas en apparence, mais
dans les profondeurs de l’âme, où la science humaine n’a pas accès.
Beaucoup perçoivent l’inanité d’une " guérison " qui ne
tient pas compte de la dimension spirituelle de l’homme. Car
l’homme n’est guéri que lorsqu’Il a compris qu’il y a
une loi, qui est amour, qui est Dieu. Que cette loi est suprême et qu’il
faut la chercher de toutes ses forces. Que l’homme qui accepte cette loi
a Dieu en lui, qu’il est par conséquent capable de s’aimer et
d’aimer les autres parce qu’il aime Dieu par-dessus tout.
C’est une grande pitié que beaucoup jugeront cette vérité irrecevable,
car ils penseront que reconnaître la souveraineté du divin c’est, pour
tous les hommes, retourner dans la giron de l’institution catholique
romaine. Hélas, ceux qui vont à la messe sont parfois plus éloignés de Dieu que
ceux qu’ils appellent pécheurs. Mais si le visage des chrétiens cache
parfois celui de Dieu, cela ne servira d’excuse à personne, car le divin,
le Christ, est en chacun de nous et nous sollicite constamment.
Tout homme, fera face, un jour, à la Lumière, et nul ne pourra dire alors, mon
sort est injuste.
Les lois
Les lois sont un bon indice de la santé spirituelle d’une société. Leur
prolifération est le signe avant-coureur d’une désagrégation morale
d’abord, physique ensuite de la communauté. C’est à cause de la
dureté de notre cœur que la loi devient nécessaire.
Cela est vrai pour le monde spirituel comme pour la monde matériel.
L’homme respectueux du bien commun et soucieux du bien-être de son
prochain ne volera pas, ne trompera pas l’État, ne commettra pas
d’infraction, ne mettra pas en danger la vie de ses frères, préférera subir
une injustice plutôt que d’en infliger une aux autres. Cet homme-là est
heureux lorsqu’il rend les autres heureux. Les lois pour lui ne sont pas
une contrainte ni même une nécessité, car toutes sont inscrites en son
cœur, gravées en un seul texte : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’homme qui porte Dieu en son cœur, lui non plus, n’a pas
besoin de lois. Il n’a pas besoin de temple, car son corps est le temple
du Seigneur. Il purifie son esprit et son corps afin que son Dieu habite en
lui. " Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour
comme, en observant las commandements de mon Père, je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit
parfaite. Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous
ai aimés. "
L’homme qui porte Dieu en son cœur n’a pas besoin d’un
endroit de prière, d’un temple, d’une église ou d’une
mosquée, car c’est en lui-même qu’il se recueille. Quoi qu’il
fasse, qu’il dorme ou qu’il veille, il a le regard tourné vers
Dieu, vers le Royaume qui est au-dedans de lui. Le Juste est au-dessus de la
loi et le temple qu’il purifie afin d’y accueillir son Dieu,
c’est lui-même.
Moins ils seront vertueux, plus les hommes seront brimée par des lois.
Semblablement, si tous les hommes faisaient de leur corps un temple pur et
saint habité par l’Esprit, toute la terre serait une église et chaque
homme la prêtre de Dieu.
" Le temps viendra, et il est venu ou chaque homme adorera le Père en
esprit et en vérité. "
Retour aux sources
" Chaque fois -
écrit saint Justin - que les adeptes des doctrines stoïciennes ont (...) fait
preuve de sagesse dans leur discours moral à cause de la semence du Verbe
présente dans tout le genre humain, ils ont été, nous le savons, haïs et mis à
mort " .
(Splendeur de la Vérité, n. 94)
S’il est un air pour lequel le poète donnerait tout Rossini, tout Mozart
et tout Weber, il est un penseur pour qui j’échangerais bien de
soi-disant penseurs de tous les temps. Je parle de Socrate.
Combien d’obscurs discours n’a-t-on pas entendus depuis ce divin
maître, pourtant si lumineux? De l’humanisme au marxisme, combien
d’explications de l’homme n’a-t-on pas proposées à nos âmes
inquiètes? Toutes ont eu leur vogue : c’est que l’erreur contient
toujours une part de vérité qui lui permet de flotter quelque temps à la
surface des connaissances humaines avant de sombrer dans le ridicule ou dans
l’oubli. Le trousseau de clés s’alourdit, mais la porte de la Vie
et de la Vérité demeure fermée, n’en déplaise aux "Lumières" et
aux "Révolutions".
Mais l’urgence se fait plus pressante. Toute erreur porte des fruits de
mort et les conséquences sont désormais planétaires. D’aucuns pensent
qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps; assez, tout au plus, pour
revenir aux sources.
Si je fais à rebours le chemin qu’a suivi la pensée depuis vingt-cinq
siècles, je vois se lever au bout de ma route une vive lumière éclairant le
monde du Levant au Couchant.
Elle point à l’Orient dans les paroles prophétiques de Confucius :
La nature parfaite de l’homme moral est vaste et embrasse tout. Elle est
profonde et insondable comme la source jaillissante d’où procède la vie.
Dès qu’un tel homme fera son apparition en ce monde, chacun le vénérera.
Tout ce qui vit et respire l’honorera et l’aimera. C’est
pourquoi nous pouvons dire : Il est semblable à Dieu.
Elle brille, cette lumière, dans les Nobles Vérités du Bouddha qui nous parle
de Perfection, de Compassion et de Sagesse, lui qui sait déjà qu’il
n’est qu’un voyageur sur la terre.
Elle resplendit enfin dans l’enseignement de Socrate qui écoutait les
voix du Ciel et savait que sans la vertu, l’homme n’est ni libre ni
heureux, que c’est en regardant Dieu que nous trouverons le plus beau
miroir des choses humaines pour reconnaître la vertu de l’âme.
Étrange coïncidence que les trois hommes dont la pensée a le plus influencé
leur temps et le nôtre aient tenu dans le même siècle et sans se concerter un
discours en profondeur si semblable, tandis qu’à la même époque Cyrus
permettait aux Juifs captifs à Babylone de rentrer à Jérusalem, là où devait
s’élever la Croix du Fils de l’Homme, terme des espérances
humaines.
Socrate possédait l’intelligence et la sagesse ultimes qui consistent à
savoir que toute vérité réside en Dieu seul, que l’homme n’est
rien, ne sait rien et ne peut rien par lui-même. Il savait que sans Dieu il
n’était guère possible d’aller plus loin dans la connaissance et
qu’il ne restait plus qu’à attendre Celui qu’annonçaient les
prophètes d’Israël, le Fils de Dieu qui nous ferait connaître Dieu.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit l’Ecclésiaste. Les
hommes aiment à penser qu’ils peuvent jeter sur l’homme quelque
lumière et il est dangereux de les contredire : Socrate l’a payé de sa
vie. Ils refusent d’admettre que ce qui est sagesse à leurs yeux est
folie aux yeux de Dieu, qu’à écrire des livres il n’y a pas de fin,
et que tout est vanité et poursuite de vent.
Et les voilà ainsi prisonniers volontaires d’une cyclothymie où alternent
des périodes d’excitation euphorique et de dépression mélancolique.
C’est le mythe d’Icare toujours recommencé. Que la raison humaine
remporte quelque succès, et voilà les fils de Dédale qui s’exaltent et se
lancent à l’assaut du Soleil que seuls les Anges ont le droit d’approcher.
Mais leur sagesse humaine fond comme cire au soleil. C’est
l’éternelle leçon de Sagesse qui fut donnée au fils de Noé, bâtisseurs de
la tour de Babel qui crurent pouvoir escalader le Ciel avant de sombrer dans la
confusion.
Les vols d’Icare se sont multipliés au cours de l’histoire et leurs
conséquences ne cessent de s’aggraver. Plus près de nous,
l’humanisme de la Renaissance a trouvé son aboutissement dans le
scientisme du XIXe siècle dont nous sommes loin d’être guéris, mais
l’Avenir de la Science est lourd d’inquiétudes. Le scepticisme
pyrrhonien n’a entraîné que la décadence de la Grèce socratique, mais son
frère jumeau, le relativisme moderne, est un cancer qui continue de ronger
l’Occident, qui pourrait en mourir.
Les hommes sont en désarroi et ils ont de bonnes raisons d’être
angoissés, car si tout se vaut et qu’il n’y a pas de Vérité,
l’histoire récente leur enseigne qu’ils peuvent s’attendre au
pire. Et les conséquences de l’erreur ne sont plus désormais
circonscrites dans le temps et l’espace : elles affectent tous les hommes
sur toute la planète, à la manière des catastrophes écologiques.
Maintenant
Avant que l’Esprit ne descende sur nous, avant la mort et la résurrection
du Fils de l’Homme, nous étions incapables d’obéir à la loi divine:
Autrefois, on vous disait.... mais moi, à présent, je vous dis... Parce que le
Christ est venu, l’Esprit est descendu sur nous en abondance et nous
pouvons maintenant trouver la force de suivre ses commandements et
d’obéir à Dieu.
Mais il faut être si fortement entés sur le cep, il faut avoir le sentiment si
vif d’être un sarment nourri par la vigne qui est le Christ, que si
l’on devait en être séparé on aurait véritablement conscience de mourir.
Et l’on mourrait en vérité, car il n’y a de Vie et de Paix pour
l’homme que dans l’exécution des devoirs que lui dicte sa
conscience éclairée par l’Esprit. Cela fait, l’Esprit lui indiquera
la prochaine étape à franchir.
C’est ainsi que, peu à peu, dans la patience et dans les petites choses,
l’homme devient parfait comme son Père céleste est parfait
Tenons bien la main qu’Il nous tend.
Le mystère
Le mystère de ce que nous appelons Dieu est aussi nécessaire qu’éternel.
On pourrait définir l’homme comme un être ayant le sens du mystère. Celui
qui ne l’éprouve pas est déjà mort, disait Einstein. Ceci dit, la
complication ne vient pas de Dieu mais des hommes.
Évitons premièrement de nous engager dans l’inextricable jungle des
demi-vérités qui prolifèrent dans les sciences humaines sous la forme de
systèmes, grilles, théories, hypothèses, conjectures et élucubrations de toutes
sortes car, sous leur apparente rigueur scientifique, elles exigent en fait
qu’on y adhère par un acte de foi. L’humaniste athée croit à
l’humanisme athée.
Examinons plutôt ce que les hommes de sciences dites pures ont à nous dire. Le
physicien, le chimiste, le biologiste, l’astronome travaille sur des
faits observables, mesurables, quantifiables. La matière, l’énergie,
constituent son champ de recherche. La pensée, l’intellect, sont ses
instruments d’investigation. Or, toute réflexion sur l’univers
aboutit à cette alternative, à ce choix fondamental : la pensée a-t-elle
engendré la matière, ou vice versa?
Il est bien certain que la réponse à cette question ne résout pas le mystère de
l’Être créateur, de la Pensée incréée. Le mystère de Dieu reste entier,
quelle que soit la réponse. Mais on mesure les implications.
Si vous faites de la pensée l’aboutissement d’une évolution qui a
commencé par la rencontre mystérieuse mais fortuite d’atomes et de
molécules qui ont, par hasard, produit l’homme, tout est permis. Car au
nom de qui et de quelle loi m’interdirez-vous alors de faire ceci ou
cela, d’éliminer celui-ci ou celui-là, si mon but avoué est le bien de
l’humanité tel que je le conçois? La raison et la morale sont totalement impuissantes
devant les arguments du nazisme et du marxisme tout comme devant ceux des
partisans de l’avortement et de l’euthanasie qui se disent au
service de l’humanité souffrante. C’est une question de religion et
de foi.
Par contre, si vous croyez que "Au commencement était le Verbe", le
Logos, la Pensée, enfin ce que nous appelons Dieu, et que, selon saint Jean, ce
Dieu que personne n’a jamais vu, le Christ nous l’a fait connaître,
il s’ensuit que Dieu, la Vie, la Loi sont des réalités dont il faut non
seulement tenir compte, mais qu’il est essentiel et vital de chercher à
connaître puisqu’elles sont à la source de toute création; car
c’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ici
encore, c’est à l’homme qu’appartiennent le choix, l’adhésion,
le consentement. C’est toujours une question de foi et de religion.
Toutes les sciences humaines sont orientées selon l’une ou l’autre
de ces options, que ce choix soit conscient ou non, implicite ou explicite.
Positivisme, évolutionnisme, existentialisme, behaviourisme, structuralisme ou
autres grilles à la mode ne sont jamais, sous le couvert de la science, que des
prises de position face à ce choix fondamental qui informe tout le reste.
Ordinairement prudent sur ce chapitre, l’homme de science moderne
n’hésite cependant plus à déclarer aujourd’hui qu’il est plus
vraisemblable que l’univers soit le produit d’une Pensée que du
hasard.
Le matérialisme marche à rebours en utilisant l’esprit, fruit de la
matière, pour interpréter la matière, ce qui en soi est absurde; tandis que le
spiritualisme, qui reconnaît l’existence de Dieu, transcende
l’univers créé pour remonter à l’Esprit, source originelle et
incréée.
Dieu n’est plus hors de notre portée. Jésus, par son sacrifice, a rétabli
le lien qui existait entre l’homme et son Créateur. C’est être
simplement intelligent que d’aimer l’Incréé plus que le créé, Dieu
plus que le monde et que soi-même, que de comprendre qu’il faut mourir
pour vivre et que celui qui veut sauver sa vie en agissant égoïstement et contrairement
à l’ordre divin, la perdra.
Sagesse
Il y a trois modes d’action possibles : agir conformément à la nature
divine dans laquelle le Christ nous a rétablis; agir contrairement à cette
nature divine; agir sans direction.
Agir conformément à la nature divine, c’est manifester l’Esprit et
la Sagesse. L’homme qui vit selon l’Esprit porte les fruits de
l’Esprit : patience, douceur, générosité, amour du prochain. Il a le
cœur pur et voit d’abord le bien en toutes choses. Il vit dans la
paix et la joie de celui qui possède d’innombrables richesses que nul ne
peut lui enlever. L’Esprit lui donne l’intelligence qui lui
enseigne à ne plus agir selon les deux modes inférieurs. Peu à peu, dans la
patience et par l’épreuve, il devient parfait.
Agir contrairement à la nature divine, c’est placer au-dessus de tout la
satisfaction de ses plaisirs égoïstes. L’homme qui vit selon son être
inférieur ne supporte pas la contradiction ou les obstacles à ses appétits. Il
n’est jamais satisfait, ne se soucie des autres que si cela peut lui être
profitable, ne cherche que son intérêt et voit la même intention secrète chez
autrui; ce qui le rend méfiant et malveillant. Il vit dans la crainte de perdre
ce qu’il possède et ne connaît ni la paix ni la joie. Peu à peu, il devient
un monstre.
Ceux qui agissent sans direction sont les tièdes de l’Évangile. Ils sont
sans conviction et se laissent ballotter à tous vents de doctrine. Ils en
prennent et ils en laissent, mais ne s’engagent jamais de tout leur être
ni dans le bien ni dans le mal. Ils ont des engouements, des sautes
d’humeur. Tantôt joyeux, tantôt tristes, ils recherchent surtout le
bruit, la foule et les divertissements, fuyant la solitude qui les oblige à se
retrouver seuls avec eux-mêmes. Ils examinent tout rapidement et
superficiellement, saisissant la moindre occasion de retourner à un mou
scepticisme. Peu à peu, ils sombrent dans l’informe et le néant.
Le premier agir mène à la seconde naissance et à la Vie.
Le deuxième agir mène à la destruction et à la Mort. Mais il peut faire prendre
conscience à l’homme du néant de son action et provoquer un retour, un
repentir fulgurant
Le dernier agir est celui de la masse des tièdes que le Seigneur vomira de sa
bouche.
Purification
Je me souviens d’un jour de printemps et d’une longue promenade le
long d’un chemin de campagne. J’avançais sans hâte, attentif à la
beauté des arbres, respirant l’odeur balsamique des sapins, lorsque le
charme fut brutalement rompu par l’empreinte de l’homme : des sacs
d’ordures gisaient éventrés sur le bord du fossé. J’allais
détourner mon regard de ce lamentable spectacle et me préparais à accélérer le
pas lorsque je remarquai une fleur qui avait poussé sur ce tas
d’immondices. La laideur ni la puanteur ne l’avaient empêchée de
fleurir, d’offrir sa beauté et son parfum. Je songeais que bientôt le
temps aurait réduit ces détritus en un terreau fertile, que la fleur se
fanerait mais qu’elle ne mourrait pas, car sa semence allait proliférer.
Ainsi, par cette fleur, le monde serait plus beau, le monde était déjà plus
beau.
J’atteignis bientôt l’endroit où le fossé rejoint un ruisseau.
L’eau printanière coulait abondante et claire parmi les pierres et je me
mis à l’écoute du ruisseau. Son message était irrésistiblement joyeux,
pur et joyeux. J’étais frappé par la clarté, la transparence de
l’eau qui chantait à mes pieds et mon regard fut attiré par un couple de
mésanges qui s’ébrouaient dans la fraîcheur du courant, au terme
d’une journée active et bien remplie. La plume luisante, les oiseaux
disparurent soudain dans l’ombre du sous-bois et seul leur pépiement
témoignait de leur gaieté.
Je fus saisi d’un violent désir de me laver à mon tour, de me purifier
dans cette eau claire, fraîche et joyeuse qui me débarrasserait des poussières
du chemin. J’aurais voulu me sentir propre et léger comme ces oiseaux. Je
les enviais et songeais aussi combien notre condition est semblable à la leur
car, pas plus que l’oiseau, l’homme ne peut vivre une seule journée
sur terre sans se salir. Où que nous allions, quoi que nous fassions,
l’air transportera des poussières et des germes qui se colleront à notre
peau. Notre corps lui-même produira des déchets. Mais rien ne résiste, au terme
de la journée, à un bon bain et l’eau qui ruisselle entraîne bien loin toutes
les impuretés. Notre peau respire de nouveau. On se sent propre et rafraîchi.
Je comprenais mieux pourquoi les hommes chantent sous la douche.
Se laver. Se débarrasser de ce qui est contaminé. Sagesse élémentaire.
Je pensais qu’il n’existe pas, dans le monde médical, de découverte
scientifique qui puisse se comparer en importance à cette simple mesure
d’hygiène. L’ignorance de cette loi élémentaire a coûté la vie à
des millions d’êtres humains. Elle a permis à des fléaux de se propager à
travers des continents entiers. Au Moyen Âge, l’Europe fut décimée pour
avoir ignoré que l’homme doit se laver, purifier son corps et ses
vêtements lorsqu’ils sont contaminés.
Mieux encore, il n’y a guère plus d’un siècle que le monde médical
a admis, non sans de vives résistances, cette vérité élémentaire. À Vienne, au
siècle dernier, les sommités médicales de l’époque ont chassé du pays le
Dr Semmelweiss, un médecin juif hongrois qui avait eu la folie de prétendre
qu’il était nécessaire de se laver les mains avant d’aller
accoucher ou ausculter les femmes en couche lorsqu’on venait de disséquer
un cadavre. L’ignorance et l’entêtement des médecins de
l’époque a entraîné la mort de milliers de femmes et de nouveau-nés.
Quant au médecin juif, il fut déclaré fou et interné. Ironie suprême, une
société chrétienne refusait de se conformer à une loi mosaïque et devait en
payer le prix, tout comme les juifs de l’Ancien testament qui
négligeaient d’observer la loi de Moïse. Car la Torah enseigne
qu’il faut se laver, se purifier avec l’eau et brûler les vêtements
contaminés.
L’eau est un symbole de purification. Que l’on cesse d’en
user pour notre corps et il se couvrira de crasse. Notre peau nourrira une
multitude de germes et de microbes. La vermine s’installera dans nos
vêtements, nous sentirons mauvais et on s’éloignera de nous.
Il en est ainsi des choses de l’esprit. Car le monde est spirituellement
contaminé. La saleté de l’esprit, c’est ce que les religions
chrétiennes appellent le péché; elle est tout autour de nous - elle est aussi
dans notre cœur.
Il n’est pas possible de côtoyer les hommes sans en être sali. Il
n’est pas possible de vivre sans engendrer nous-mêmes la saleté du péché.
C’est la condition de l’homme séparé de Dieu.
Jésus, après avoir trop longuement fréquenté les hommes, éprouvait le besoin de
se retirer, de s’éloigner d’eux. Il partait seul, le plus loin
possible, souvent au désert ou sur une montagne et là, il priait. Il se
tournait vers son Père. Il conversait avec lui et se lavait l’esprit des
impuretés du monde. Il reprenait des forces et redescendait de la montagne
propre, rafraîchi, régénéré.
Jésus priait souvent. Presque toujours seul. D’ailleurs, la seule fois où
il a demandé à ses amis de prier avec lui, ils se sont endormis - tout comme
nous.
Comme toujours, Jésus nous montre la voie. En l’imitant, nous devenons
forts nous aussi. Notre esprit est lavé de ses souillures. Il devient sain et
résistant aux maladies spirituelles qui affligent l’humanité.
Protégeons-nous de la lèpre. Lavons-nous le corps, mais lavons-nous aussi
l’esprit par la prière
Prier, c’est tourner son regard vers Dieu. Dieu, c’est la Loi, le
Bien, la Vie, le Principe incréé que nul homme vivant ne peut voir mais que
Jésus nous a fait connaître. Il se manifeste par un flot, une rivière
d’amour qui déferle sur nous et nous purifie lorsque nous disons, à
l’exemple du Fils,
Père, mon Père, notre Père à nous, les hommes, qui sommes tous frères, ma
volonté c’est que tous nous reconnaissions que tu es le Bien suprême, la
perfection de l’Être.
Que ton Nom soit sanctifié. Je veux que tu règnes sur le monde; que ta volonté,
qui est la perfection de l’amour, soit manifestée ici comme dans ton
royaume.
Je crois en toi et je sais que tu es bon. Je te demande de veiller sur mon
corps, de le nourrir et de le vêtir. Veille aussi sur mon esprit. Purifie-le et
donne-lui à manger. Sa nourriture, c’est ta Parole et Ton Fils dans
l’Eucharistie.
Ta loi est inflexible. Elle déclare que je serai pardonné dans la mesure même
où je pardonne aux autres. Je dis que cette loi est juste et belle. Je
l’accepte de tout mon cœur et je te prie de m’aider à
l’observer.
Père, je comprends qu’il est nécessaire que je sois mis à
l’épreuve. Toute la vie m’enseigne la sagesse de cette vérité. Mais
quand vient le temps de l’épreuve, soutiens-moi, car Toi seul est ma
force. Si je me détourne de Toi, si je doute, je sombre.
Je te parle ainsi à l’exemple de celui que tu m’as envoyé, ton
Fils, Jésus le Christ. J’ai reconnu sa voix et je perçois faiblement
l’immensité d’amour dont sa Vie et sa Mort témoignent parmi nous.
La sexualité
Il n’y a pas, dans l’Occident dit chrétien, de bourbier comparable
à celui dans lequel la sexualité s’est enlisée. Les théories freudiennes
ne pouvaient prendre naissance et se développer que dans une culture où la sexualité
avait été pervertie jusqu’à devenir pathologique. Le miroir freudien
reflétait le visage de l’homme occidental.
On est toujours puni par où l’on a péché. Aussi l’Occident chrétien
obnubilé par la sensualité en est-il devenu la proie au point de ne plus
pouvoir et de ne plus savoir en jouir. C’est toujours la même chanson,
l’homme perd ce qu’il ne veut pas lâcher, alors que c’est en
donnant qu’il recevrait : En vérité, je vous le déclare, personne
n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à
cause de moi et à cause de l’Évangile, sans recevoir au centuple
maintenant, en ces temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et
champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers.
De tous les plaisirs des sens, l’acte conjugal est celui qui se rapproche
le plus de ce que l’on est convenu d’appeler l’extase
mystique. Jean de la Croix nous apprend qu’il n’est pas rare que le
désir d’union avec le divin s’accompagne de sensations. Ce
phénomène est connu et, comme le souligne Jean de la Croix, il est le fait de
ceux qui n’ont pas encore traversé la nuit des sens et ne sont pas encore
en paix avec leur sensualité. Et qui n’avance pas recule. Que ceux qui
ont des oreilles entendent.
De là les paroles de Jésus à propos de ceux qui se font eunuques - qui
deviennent maîtres de leur sexualité - pour le Royaume.
Comme tout ce que la Terre offre de bon, l’amour physique est admirable
et constitue, comme toute chose bonne, un chemin pour aller vers Dieu. Mais un
chemin n’est qu’un chemin. Il mène à la maison mais il n’est
pas la maison.
Les amants enlacés connaissent bien cette indicible ivresse alors que chacun
aspire à se fondre dans l’autre pour ne plus former qu’une seule
chair. Il leur vient le désir de se consumer dans cette étreinte, pour
l’éternité. Ce désir ne peut être assouvi que spirituellement. D’où
la morosité qu’engendre l’amour physique qui n’est que le symbole
de l’union de la créature avec son Créateur dont nous parle le Cantique
des Cantiques. On comprend pourquoi cette union est incommunicable : il est
plus facile d’expliquer la lumière à un aveugle que de décrire
l’infinie splendeur de l’union spirituelle.
La vision occidentale de la sexualité est gravement faussée et pervertie, et la
misère est immense à cet égard, même parmi les chrétiens dont beaucoup seraient
scandalisés si on leur disait : Époux, avant l’étreinte, joignez vos
esprits dans une prière commune à Dieu, hors de qui rien n’existe et qui
n’est étranger à rien, afin qu’il bénisse votre union, prémices de
votre union spirituelle avec lui. Et ceux qui n’en seraient pas
scandalisés avoueront n’y avoir jamais pensé.
Ce qui n’est pas surprenant quand on sait la confusion qui a longtemps
régné dans l’Église à ce sujet. Il est effarant de penser que pour la
majorité des chrétiens, le péché d’Adam fut d’avoir fait
l’amour avec Ève : pensons à ce qu’évoque l’idée de croquer
la pomme dans la conscience populaire...
La chasteté est sublime, mais c’est un combat redoutable. Jésus enseigne
: avant d’aller au combat, mesurez vos forces; avant de vider et de
balayer votre maison, assurez-vous que l’Esprit viendra y demeurer; avant
de rejeter les petits poissons, soyez certains d’avoir découvert le gros
qui vous fera tenir tous les autres pour peu de chose. La méconnaissance de
cette sagesse élémentaire peut faire bien des malheureux.
Si Jésus et Paul après lui enseigne que certains se font eunuques pour le
Royaume et qu’il et bon que l’homme s’abstienne de la femme,
c’est qu’il est bon de ne pas gaspiller sa force, car la chasteté
confère une force qu’il est bon d’acquérir pour supporter la
puissance de l’Esprit. L’Esprit Saint est une force. Personne,
sinon Jésus, n’aurait pu supporter la force de l’Esprit qui
descendit sur lui devant Jean le Baptiste. Paul la connaissait cette force qui
l’a terrassé et rendu aveugle. Les apôtres aussi, au jour de la
Pentecôte, ont éprouvé la force de l’Esprit alors que toute la maison en
a tremblé. Il n’y a que les imbéciles qui ne savent pas que
l’Esprit peut les terrasser.
Un autre imbroglio : l’homme et la femme. Les chrétiens n’y
comprennent plus rien. Quand on leur lit ce que disent les Écritures, et
surtout les Lettres de Paul sur le mariage, ils ont envie de se cacher sous la
table.
C’est que le malentendu est profond. En effet, selon ce qui est écrit,
Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : Le jour où Dieu
créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu, mâle et femelle il les
créa. Il les bénit et les appela du nom d’homme au jour de la création.
(Gn 5.1)
Dieu est Esprit et selon l’Esprit, c’est-à-dire en vérité et
éternellement - et non selon les apparences de la chair, qui est mortelle -
l’homme est mâle et femelle, à l’image de Dieu : Dieu créa
l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle
il les créa. (Gn 1.27)
La séparation entre le mâle et la femelle, et le mariage entre le mari et la
femme, sont le résultat du péché et de la chute, comme nous le confirme Jésus :
Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari. Mais ceux qui ont
été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des
morts ne prennent ni femme ni mari. C’est qu’ils ne peuvent plus
mourir, car il sont pareils aux anges : ils sont fils de Dieu, puisqu’ils
sont fils de la résurrection. (Lc 20.35-36)
Ici-bas, en chacun de nous, homme ou femme selon la chair, il y a le mâle et il
y a la femelle, l’homme et la femme. En chaque être humain, homme ou
femme, c’est l’élément femelle qui devient l’agent de la
tentation : La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à
regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle
mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. (Gn
3.6)
Le véritable mariage, c’est l’union indissoluble et spirituelle du
mâle et de la femelle qui se prépare ici-bas mais ne se consomme que là-haut.
Ce sont les noces spirituelles de l’amant et de l’amante, chantées
par le Cantique des Cantiques, qui s’unissent pour devenir une seule
chair - la chair selon l’Esprit dont parlait Jésus lorsqu’il disait
: Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et
l’homme alors ne séparera plus ce que Dieu a uni.
Comme toutes les aventures terrestres, le mariage en ce monde est une illusion
s’il ne devient un chemin qui mène à l’union véritable, un prélude
à l’hymen du Cantique des Cantiques : Si quelqu’un vient à moi sans
me préférer à (...) sa femme, (...) il ne peut être mon disciple. (Lc 14.26).
C’est à la lumière de ces vérités spirituelles que les paroles de Paul
prennent tout leur sens et demeurent vraies aujourd’hui comme hier :
Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme.
Qu’elle se tienne donc en silence. C’est Adam en effet qui fut
formé le premier. Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui fut séduit, mais
c’est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression.
Se soumettre au mâle, c’est suivre la voix de Dieu en soi, ou dans le
conjoint. Si le mâle parle par la femme, que l’homme la suive.
C’est ce que fit Joseph.
Il y a entre le monde d’en haut et le monde d’en bas de grandes
similitudes et ce n’est pas un hasard si l’on né homme ou femme.
Chacun vient au monde dans l’état le plus propre à son développement
spirituel, qui est le but de toute existence. Si, comme le dit saint Paul, la
femme ne doit ni enseigner ni dominer l’homme, on comprendra que les
mariages les plus parfaits ici-bas sont ceux qui se conforment à ce modèle
spirituel :
Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris,
aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles. Enfants, obéissez à vos
parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n’exaspérez
pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. (Col 3.1821)
Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres; femmes, soyez
soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme,
tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son
corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient
soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé
son Église et s’est livré pour elle; il a voulu ainsi la rendre sainte en
la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole; il a voulu son
Église sainte et irréprochable. C’est ainsi que le mari doit aimer sa
femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même.
Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion; au contraire, on la
nourrit, on l’entoure d’attentions comme le Christ fait pour son
Église; ne sommes-nous pas les membres de son corps? C’est pourquoi
l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et
tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je déclare
qu’il concerne le Christ et l’Église. (Ep 5.21-32)
Comprenne qui peut comprendre.
L’homme et la femme qui ont faim et soif de Vérité ne peuvent pas plus
trouver l’absolu dans le mariage que dans n’importe quelle autre
entreprise humaine, si elle n’est pas spiritualisée.
Tel qu’il est engagé, sans relation avec l’Être spirituel, le
problème du mariage, de l’égalité des sexes et des relations entre
l’homme et la femme, est sans issue.
La connaissance
Toute connaissance scientifique est momentanée, toujours sujette à révision et
en constante évolution. L’esprit véritablement scientifique ne peut
affirmer qu’une chose : tout se passe comme si... Mais toute science est
vaine et l’homme ne sait rien s’il n’a appris d’où il
vient, qui il est, pourquoi il est sur terre, ce qu’il doit y faire et où
il va.
En chacun de nous il y a deux hommes : le vieil homme et l’homme nouveau,
l’homme selon la chair et l’homme selon l’Esprit. Par
l’homme spirituel, l’homme du souffle de l’Esprit, nous
apprenons que nous venons de Dieu, que nous sommes fils de Dieu mais séparés du
Père comme le fils prodigue et que nous pouvons, comme lui, retourner vers
notre Père. Nous savons cela parce notre Père a envoyé son Fils, Jésus, qui
nous a rachetés au prix de son Sang. Nous avons entendu sa parole et reconnu sa
voix. En adhérant librement à sa parole nous redevenons dignes de retrouver
notre qualité première d’enfants de Dieu. Mais d’abord il faut
l’adhésion.
Il en est fait ensuite selon ce que nous avons cru et chacun trouve les preuves
qu’il veut trouver, car la liberté de chacun est préservée. Il en est
ainsi pour toute cosmologie, tout système, toute grille, toute interprétation
de l’univers et de l’homme.
Tel penseur, prophète, philosophe, fondateur de religion vous séduit :
d’abord, vous adhérez à sa parole. Ensuite, les preuves
s’accumulent - car il en est fait selon ce que vous avez cru. De là
l’irréductibilité des doctrines et la conviction des adhérents.
Celui qui nie le Père, c’est-à-dire celui qui n’accomplit pas la
Parole du Père mais adhère à la parole d’un autre, celui-là devient fils
de l’esprit qui était en cet autre. S’adressant aux scribes et aux
pharisiens hypocrites, Jésus déclare : Vous êtes les fils de ceux qui ont
assassiné les prophètes.
Toute explication ou interprétation de l’univers et de l’homme est
une doctrine - quelles que soient ses prétentions scientifiques - et celui qui
nie le Père, le Fils et l’Esprit pour adhérer à une doctrine devient fils
de l’esprit qui l’a engendrée. Il est déjà mort.
Mais ne nous y trompons pas : ceux qui ont fait l’expérience de Dieu,
tels les apôtres lorsque l’Esprit descendit sur eux, ou Paul,
lorsqu’il fut aveuglé par la Lumière, atteignent un degré de certitude,
un absolu dans la connaissance qui dépasse infiniment celui de l’homme de
science. Et on reconnaît l’arbre à ses fruits.
Simplicité
Quelle confusion dans le monde! Tout est si simple, pourtant. Mais comment
faire comprendre aux hommes que tout a un sens, que tout s’ordonne selon
une loi immuable à laquelle rien dans la création, ni homme ni bête, ni roc ni
arbre, ne peut se soustraire?
Tout est soumis à la loi éternelle de l’Amour, et l’homme ne peut
trouver la paix et la joie que dans l’accomplissement de cet impératif
divin. L’homme né, vit et meurt uniquement dans ce but. Venir dans le
monde, c’est avoir le privilège inestimable de pouvoir se conformer à la
volonté divine, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de devenir
divin.
Il n’y a pas d’autre raison de vivre que de devenir un avec Dieu.
Non pas que l’homme devienne le Tout. Mais il devient un avec le Tout,
partie du Tout, coexistant, coéternel, cocréateur avec le Tout.
Comment faire comprendre aux hommes le prix de cet héritage auquel ils ont
droit? Comment les hommes peuvent-ils ne pas le comprendre?
N’est-il pas lumineusement évident que pour être un avec Dieu il faut que
l’humain meure et que le divin le remplace? Il faut qu’Il croisse
et que je diminue, disait Paul.
N’est-il pas évident que la vie nous est donnée précisément pour cela,
que nous devenions parfaits - comme le Père céleste est parfait - afin que nous
soyons capables et dignes de participer à sa divinité?
La vie nous est donnée pour que Dieu croisse en nous, qu’Il croisse
jusqu’à occuper toute la place afin que nous aussi nous continuions de
croître éternellement en Dieu - car Dieu est croissance et création éternelles.
Chaque homme a sur la terre une course à courir et chacun peut être vainqueur,
car c’est lui-même que l’homme combat. Au vainqueur revient une
gloire telle que toutes les misères et les souffrances de la course sembleront
dérisoires au prix de la victoire. La perfection, condition de la victoire,
n’est pas hors de notre portée. L’identification au Christ en est
le chemin.
0 Dieu, que ces vérités sont claires et simples! Mais c’est avec les yeux
de l’âme qu’on peut les percevoir. Et les yeux de l’âme
perdent leur faculté dans la mesure exacte où le comportement de l’homme
s’éloigne de la loi divine, la loi de l’amour de Dieu et du
prochain.
Voilà pourquoi celui qui agit contrairement à cette loi est dans
l’obscurité. Il s’enfonce toujours plus avant dans les ténèbres,
car il n’a plus d’yeux pour voir la lumière. La comparaison est
rigoureuse car Dieu est Lumière et la meilleure façon de se représenter le
Christ, venu parmi les hommes pour éclairer les hommes, c’est de
l’imaginer comme une source de lumière, plus éclatante et plus douce à la
fois que le soleil de midi. Qu’il est facile de prétendre que ce sont là
de belles paroles, que la vie est bien différente, que cette loi est
inapplicable et que tout cela n’est qu’un rêve insensé.
Qu’il est facile d’invoquer ceci et cela, de montrer que le monde
est cruel, injuste, livré au hasard; que l’homme ne peut compter que sur
lui-même, qu’il faut se défendre, que le mal triomphe.
C’est que l’homme est rigoureusement soumis à la Loi, qui est Dieu.
Il récolte ce qu’il a semé.
Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment cela pourrait s’appliquer aux
enfants qui meurent, aux victimes innocentes des guerres et des catastrophes.
Mais pour comprendre le plan divin il faudrait d’abord des yeux pour voir
l’ensemble du projet, et nous sommes aveugles.
Il nous reste pourtant suffisamment de lumière et de vision pour savoir,
profondément, que dans nos vies cela se vérifie. Nous savons bien que nous ne
pouvons connaître la liberté, la joie et la paix, en dehors de la loi divine de
l’amour. C’est cela, la Vérité. Et tout homme en possède une
parcelle. Le Christ la possédait toute. C’est pourquoi, devant
l’aveugle de naissance, il put affirmer : Cet homme est né aveugle pour
que la gloire de Dieu soit manifestée dans le monde. Seuls ceux qui avaient des
yeux et des oreilles - yeux et oreilles de l’âme - pour voir et pour
entendre, purent comprendre ses paroles.
La Vérité est simple. Il y a une Loi, qui est Dieu, qui est Amour. Tout homme
qui consacre ses forces - le peu qu’il possède de forces - à la recherche
de cette Vérité, voit peu à peu, dans la patience, tous les autres problèmes
s’ordonner et se résoudre.
Cherchez d’abord -premièrement- le Royaume de Dieu et sa Justice. Tout le
reste vous sera donné par surcroît. Cela est vrai, absolument.
Contemplation
Le non-agir et le non-dire sont la forme parfaite de l’adoration.
C’est la contemplation. La seule chose qui soit vraiment nécessaire. Elle
consiste en une disposition d’esprit illustrée par Marie assise aux pieds
du Seigneur et écoutant sa parole.
Le contemplatif, telle Marie, peut vivre dans le monde et passer inaperçu, même
des esprits religieux qui se méprennent souvent sur lui et lui reprochent son
apparente inaction.
Il ne se démène pas comme un beau diable pour faire le bien. Il ne se perd pas
en discussions pour " prêcher la parole ". Mais quoi qu’il
fasse ou quoi qu’il dise, il a l’esprit tourné vers Dieu Il est
toujours assis aux pieds du Seigneur et il écoute. Il se tait et il écoute. Se
taisant et n’agissant pas, il connaît que Dieu est Dieu : Tais-toi, et
connais que je suis Dieu.
Il est toujours dans la joie et dans la paix que nul ne peut lui ôter, sinon
lui-même. Le vent du monde souffle autour de lui et l’incline parfois,
mais tel un poussah lesté de Dieu, il reprend vite sa position verticale,
semblable à la flèche d’un clocher dressée ver le ciel.
Il ne connaît plus la peur ni le doute angoissant, car il est mort à lui-même
et ce n’est plus lui qui vit mais Dieu qui vit en lui. Parmi les hommes,
il passe souvent inaperçu car il est Lumière et il est Vérité. Pour le voir et
pour l’entendre, il faut avoir des yeux qui voient et des oreilles qui
entendent. Parce qu’il est intelligent - selon l’Esprit mais non
selon le monde qui le tient pour sot - sa seule ambition est la docilité :
Père, que ta volonté soit faite et non la mienne.
Ce qu’il a à dire, il le dit. Puis il se tait. Ce qu’il a à faire,
il le fait. Puis il s’en va. Car le non-agir et le non-dire ne sont pas
le rien-faire et le rien-dire. Il est le contraire du paresseux et du lâche. Il
est le bon ouvrier.
Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure
part; elle ne lui sera pas enlevée.
Marthe et Marie sont en chacun de nous. Et l’une et l’autre sont
nécessaires à la vie. Merveille des merveilles, la paix et la joie de la
contemplation ne sont pas troublées par les exigences de la vie active.
L’épreuve
Il faut apprendre la valeur de l’épreuve et ne pas repousser la croix qui
nous élèvera jusqu’à Dieu. De toute façon, disait le curé d’Ars,
vous souffrirez... Il faut plutôt bénir les épreuves; elles sont nécessaires à
la croissance spirituelle, car la foi en l’Amour subit l’épreuve du
feu.
C’est dans un combat que nous sommes engagés dont l’enjeu est la
possession de notre âme. Dans ce combat, l’arme la plus sûre est la
croix. Celui qui est résolu à tout perdre, à tout donner, à tout souffrir pour
ce bien supérieur qu’est son âme et par amour pour Dieu, celui-là devient
alors invincible. Et souvent le combat se gagne par défaut, car le Seigneur ne
nous impose rien qui soit inutile et pas un cheveu ne tombe sans sa permission
Plus l’homme peut souffrir en gardant intact son amour pour Dieu, plus il
devient semblable à lui, infiniment bon et infiniment libre. C’est
pourquoi il est juste et bon de remercier Dieu dans l’épreuve comme dans
la joie.
Tel un fils obéissant il faut dire :
Père, si c’est possible, éloigne de moi cette épreuve, mais que ta
volonté soit faite et que ta rigueur et ta sévérité soient bénies. Donne-moi la
force de supporter la force de ta correction. Tue en moi le vieil homme,
Seigneur, et qu’il ne reste plus rien en moi qui puisse te faire obstacle.
Brûle-moi, humilie-moi, car c’est au feu qu’on éprouve l’or
et au four de l’humiliation ceux qui sont agréés par Dieu.
Seigneur, j’aspire à te servir, à n’être pour toi qu’un
instrument de grâce. Utilise-moi. Fais de moi ce qu’il te plaira car ta
volonté est sainte et tes actions parfaites. C’est en donnant tout
qu’on obtient tout et comment pourrais-je ne pas tout désirer de toi.
Seigneur, fais en moi le vide afin que je sois comblé.
Éloigne de moi, Seigneur, tout ce qui n’est pas toi. Sois mon Père car je
veux être ton enfant.
Toutes les vérités des Évangiles qui nous paraissent si dures, si difficiles à
accepter, sont pourtant simples et élémentaires. Que de choses Jésus aurait-il
encore pu dire à ses disciples qu’ils n’étaient pas encore en mesure
de recevoir
La pitié envers soi-même est une insulte envers soi-même. Qui se plaint pèche,
disait saint François de Sales.
Vérités éternelles
Freud était convaincu que tout jeune garçon souhaite tuer son père parce
qu’il entretient un secret désir pour sa mère . Il citait
l’histoire d’Œdipe à l’appui de sa thèse et fabriqua le
" complexe d’Œdipe " qui fit florès. La vérité est
pourtant tout autre et dément également la justification de l’homosexualité
par l’antiquité grecque.
Europe était fille du roi de Tyr, Agénor, et fut enlevée par Zeus transformé en
taureau. Agénor dépêcha ses fils à la recherche de leur sœur. Parmi ces
fils, il y avait Cadmos, qui abandonna la recherche pour épouser Harmonie et
fonder Thèbes.
L’arrière-petit-fils de Cadmos s’appelait Laïos. Pendant sa
minorité, le royaume de Thèbes tomba aux mains d’usurpateurs et Laïos dut
s’exiler en Élide, à la cour du roi Pélops, où il devint amoureux de
Chrysippos, le fils du roi. Ce fut le commencement des amours contre nature et
cette perversion lui valut d’être chassé et maudit par le roi Pélops.
Laïos revint vers Thèbes pour reprendre possession de son royaume. Mais la
malédiction de Pélops lui interdisait d’engendrer. S’il passait
outre, l’enfant qu’il engendrerait tuerait son père et serait la
cause d’interminables malheurs pour toute la famille.
Laïos défia la malédiction et engendra Œdipe. Pour se soustraire à la
prédiction, il ordonna que l’enfant fût abandonné dans la montagne et
livré aux éléments. Mais Œdipe fut recueilli par des bergers et, devenu
adulte, il résolut de connaître l’identité de ses parents en interrogeant
l’oracle de Delphes. C’est en se rendant à Delphes qu’il
rencontra Laïos et le tua sans savoir qu’il devenait parricide. Poursuivant
sa route vers Thèbes, Œdipe débarrassa la ville du Sphinx et fut sacré roi
en épousant Jocaste, la femme de Laïos, sa propre mère.
Lorsqu’ils apprirent la vérité, Œdipe se creva les yeux et Jocaste
se pendit. La malédiction produisait ses effets et une multitude d’autres
catastrophes s’abattirent sur cette famille pendant des générations.
C’est également à cette malédiction - fruit des amours contre nature -
que se rattachent la mort d’Antigone et la destruction de Thèbes.
En affirmant que l’acte homosexuel est une perversion, un acte contre
nature, l’Église ne fait que redire ce que la sagesse humaine affirme de
toute antiquité.
La foi
C’est folie de penser que la foi est aveugle, car toute foi est mise à
l’épreuve pour devenir solide comme le roc et plus lumineuse que le
soleil. Dieu est plus près de nous que notre main droite et notre foi augmente
dans l’exacte mesure où elle est manifestée. Nous n’aurons de
preuve de l’existence de Dieu que lorsque nous l’aurons trouvé par
la foi.
Mais il est vrai que la Vérité qui illumine tout homme n’est accessible
que par l’Esprit. Quand Pierre dit à Jésus: Tu es le Messie, Jésus lui
répond qu’il ne pouvait connaître cette vérité que par l’Esprit. Or
l’Esprit ne peut opérer en nous que si nous le lui permettons. Dieu
respecte infiniment l’homme et c’est toujours ce dernier qui
choisit. La puissance de l’Esprit n’est limitée que par notre foi.
Avec elle, nous pouvons déplacer les montagnes.
On comprend dès lors que l’homme qui dit non à l’Esprit soit
incapable d’accepter la parole de Vérité et que sa raison puisse si
facilement la tourner en dérision. C’est sans doute là le péché contre
l’Esprit dont Jésus nous dit qu’il est le seul qui ne peut être
pardonné.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, raillait Voltaire. Et
pourtant, si inacceptable que cela puisse paraître à la raison humaine, tout ce
qui nous advient a pour unique objet de nous ramener à Dieu pour être un avec
lui. Dure Vérité, accessible seulement à l’homme du souffle,
l’homme spirituel, mais caché à l’homme psychique, l’homme de
ce monde.
L’homme laissé à sa seule nature n