Pensées et réflexions

L’intelligence - La paix - Situation de l’homme sans Dieu - Le moi - La vraie religion - Le royaume - La prière - Le rire - Le pécheur - L’erreur - Le sacrifice - L’amour parfait - La santé - Les lois - Retour aux sources - Maintenant - Le mystère - Sagesse - Purification - La sexualité - La connaissance - Simplicité - Contemplation - L’épreuve - Vérités éternelles - La foi - La mort - L’Église - Récompense - Maranatha - Le serviteur - Le silence - La vie

Lettres aux journaux

 


 

Tout ce qui est reçu
est en celui qui le reçoit
selon sa façon de le recevoir

Saint Jean de la Croix

 

Pensées

 

Les vérités s’écrivent avec du sang.

Nos mains sont refermées sur un caillou et nous ne voulons pas lâcher prise. La souffrance vient de ce que Dieu veut écarter nos doigts un par un pour ôter ce caillou... et le remplacer par un diamant.

Il est vain de vouloir parler de Dieu à celui qui ne le cherche pas encore: autant vouloir parler musique à un sourd.

Le jour, Dieu apparaissait à Israël dans une nuée et la nuit, dans une colonne de feu. C’est que lorsqu’il est éveillé au monde matériel, l’homme perçoit Dieu obscurément et comme à travers un nuage. Mais la nuit, les yeux ne voient plus le monde et Dieu devient lumière. C’est le monde qui voile Dieu à l’homme.


L’histoire d’Adam et Ève qui se cachent après avoir mangé du fruit défendu nous montre que la peur est la première conséquence de la désobéissance. C’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. En se séparant de Lui, l’homme prend conscience qu’il va mourir, car il s’est coupé de sa source de vie et il prend peur. La peur est la conséquence du péché, le signe que l’on est coupé de Dieu : Car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison. (Sg 17.12)

L’homme qui reconnaît que Dieu est son Père ne peut connaître la peur, car la connaissance de l’amour de Dieu chasse la peur.

La paix soit avec vous. Non pas la paix telle que le monde la conçoit, mais la paix de celui qui n’a plus peur. Car je suis là. Je ne vous abandonne pas. Demeurez en moi et moi en vous; ainsi, vous n’aurez plus jamais peur. Parole du Vivant.

Dieu, c’est la paix dans la guerre, le repos dans l’effort, la joie dans la tristesse et la vie dans la mort. Lorsqu’on l’a trouvé, il faut le chercher encore, le chercher toujours.

Il nous a dit, " Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ", et nous avons encore peur!

Prends garde, à force de mentir, tu ne te croiras plus. À force de voler, il ne te restera plus rien.

Comme l’expérience, la sagesse est incommunicable. L’homme doit l’acquérir : en abondance et à peu de frais s’il écoute Jésus le Christ; chichement et à grand peine s’il veut suivre un autre chemin. Et même alors, le peu qu’il aura trouvé, viendra du Christ.

Quand l’homme trouve en Dieu ses délices, qui donc lui ôtera sa joie, sinon lui-même?

À l’imitation de Jésus le Christ, les hommes de Dieu sont des lumières et des sauveurs. Lorsqu’ils meurent, ne pleurons pas sur eux, mais sur nous, car ils éclairaient nos ténèbres.

Le Royaume de Dieu commence ici-bas, à l’intérieur de nous. Le Purgatoire aussi. Les flammes du Purgatoire, c’est le repentir devant l’amour infini de Dieu. C’est voir son refus d’avoir aimé l’Amour. Il n’est pas de brûlure plus cuisante.

Attention à ce que nous pensons, car nous devenons cela : les pensées sont des choses.

En plaçant de la terre sur les yeux de l’aveugle, Jésus lui fit voir qu’il n’était que poussière, et il fut guéri.

L’homme de science qui refuse de croire aux miracles parce qu’ils contredisent l’ordre naturel ne connaît rien à l’ordre naturel. C’est simple au point que Jésus prit un pain, rendit grâce à Dieu et distribua des pains à la multitude. Si vous ne croyez pas cela, vous n’êtes pas au bout de vos peines.

De même qu’au centre de la tornade règne le calme, ainsi l’amour de Dieu donne la paix et la joie au milieu des misères, des tribulations et des tourments de ce monde.

L’homme qui, par sa seule raison, prétend résoudre l’énigme de l’homme a entrepris de vider l’océan avec le creux de sa main. Quand bien même Dieu lui accorderait l’éternité, où donc le déverserait-il?

La science explore la création jusqu’aux mystères de l’origine et de l’aboutissement du plan divin dont elle est la servante.

Ne rien désirer que l’harmonie avec la volonté du Père.

N’avoir peur de rien ni de personne. Dieu est Dieu et je suis son enfant. De quoi aurais-je peur? Qui craindrais-je?

Notre Père est en train de fabriquer une merveille et il nous invite à collaborer avec Lui. Courons!

Seigneur, je suis muet d’admiration devant ta sagesse et stupéfait devant la bêtise des hommes qui tournent tes commandements en dérision.

Tout est bien pour qui se laisse docilement guider par le Père. Il n’y a pas de plus grande sagesse, de plus grande force, de plus grande intelligence. Celui-là s’est vaincu lui-même. Il a fait plus qu’un conquérant.

Dieu, notre Père, quelle patience tu as avec tes enfants!

Certains vénèrent Jésus pour ne pas avoir à l’imiter. Ils le placent au ciel, le plus loin possible, pour pouvoir demeurer sur la terre. Ils pratiquent une religion, alors que seul l’amour pourra les établir dans le Royaume.

Quand notre âme aura épousé son Seigneur, elle lui sera fidèle par nécessité, car tous deux ne formeront qu’un seul corps, et l’homme ne séparera plus ce que Dieu a uni.

En réalité, tout est religion. Tout est adhésion, par un acte de foi, à la vérité que nous avons librement choisie.

Il faut chercher Dieu dans les larmes, car grande est la faiblesse d’un Père devant son enfant qui pleure.

Nos désirs sont comblés à partir du moment où nous faisons que notre volonté et celle du Père sont une.

Être parfait, c’est faire tout ce qui est à la mesure de nos moyens. Pour Jésus le Christ, c’était de mourir sur la croix. Pour nous, c’est aussi de faire la volonté de notre Père qui connaît bien les limites de nos forces et ne les dépasse jamais.

Le chemin de la perfection, c’est celui que je suis en ce moment si je ne doute pas que Dieu opère en moi.

Thérèse d’Avila parle de l’âme en la comparant à un château de pur cristal, créé à l’image de Dieu. Il est honteux de ne pas chercher à connaître notre richesse, car nous pouvons posséder ce trésor qui est notre âme. Le corps, objet de nos préoccupations, n’est que le coffret qui renferme ce joyau. Ouvrons le coffret à l’Esprit et la Lumière fera resplendir le diamant. Peu nous importera alors si le coffret est jeté au feu.

Il ne faut s’attacher à rien. Malheur aux riches. Heureux les pauvres en esprit. L’ermite peut être riche de sa pauvreté, le savant de sa science, l’homme de bien de sa bonté, le prêtre de sa prêtrise, l’ascète de ses jeûnes, le sage et l’intelligent de sa sagesse et de son intelligence. Or le riche n’entrera pas dans le Royaume qu’il ne se soit dépouillé de tout.

Tout est grâce, venue du Père, par l’Esprit, au nom du Fils : tel est le commencement et la fin de tout savoir.

Jeanne d’Arc disait toujours, " Dieu premier servi ". C’est la sagesse.

La plupart des hommes sont comme des veaux, avides et ne pensant qu’à téter. Et il leur arrive ce qui arrive aux veaux : ils engraissent et on les mène à l’abattoir.

Tu aimes les pauvres et les opprimés et tu les défends, mais tu hais les riches et les oppresseurs et tu les attaques. Te voilà bien avancé.

Songeons, parfois, que la terre est un atome dans l’univers des mondes, et que l’atome est comme un univers au regard de la science.

Il ne faut pas craindre de scandaliser les faibles, car les brebis ont besoin de nourriture solide.

La honte doit nous envahir dès que nous ne comprenons plus l’Écriture.

La connaissance des mystères divins nous exclurait inévitablement du Royaume. D’abord parce que nous ne serions pas capables de les porter, ensuite parce nous perdrions la possibilité de devenir comme Dieu : être créateur, connaissant le bien et le mal et choisissant librement le bien.

Si fort que nous aimions Dieu, il nous aime plus encore. Au moindre appel, il se précipite vers nous. Dieu brûle d’amour pour tous les hommes. Tel l’amant, il guette la moindre œillade de sa maîtresse qui redevient belle en tournant son regard vers lui, car il est toutes les beautés.

Le véritable ami de Dieu connaît une joie que rien ni personne, hormis lui-même, ne peut lui enlever. Les souffrances ne lui sont pas épargnées, car il n’est pas un bâtard : il est le fils aimé que son père corrige. Mais il sait bien qu’au plus profond de sa détresse, la douceur de l’amour divin ne lui fait pas défaut. Il aime et il est aimé dans la joie et dans la douleur. Il se réjouit de vivre, car il travaille dans la vigne de son Père et la vie lui est un gain. Il ne craint pas de mourir, car il connaîtra alors la joie pure et sans tache de ceux qui sont délivrés du mal. Je suis heureux de vivre, dit saint Paul, mais mourir m’est un gain. Et Jésus affirme : Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi.

La famille humaine doit être spiritualisée, ou elle devient une contrefaçon de la vraie famille. Le couple, la famille, la nation sont des égoïsmes collectifs, coexistence momentanée d’intérêts et de besoins personnels. C’est un amour humain, toujours voisin de la haine. Seul l’Esprit qui est dans le Christ peut nous apprendre à aimer d’un pur amour l’époux, l’enfant, le compatriote : Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère.

Il est menteur celui qui dit aimer Dieu et ne le trouve pas en lui-même et dans son frère, si misérable soit-il. L’amour que nous avons les uns pour les autres est l’exacte mesure de notre amour pour Dieu, mais il commence par lui.

Dieu est. C’est la seule chose qu’il importe de savoir et tout le reste en découle. Celui qui sait ne cherche pas à convaincre. Il enseigne et montre la voie car la Lumière ne doit pas rester cachée, mais sa foi n’est pas à la merci de l’approbation d’autrui. Il apprend aussi à se taire, car on ne jette pas de perles aux pourceaux.

Enfants, nous avons entendu bien des paroles obscures dont le sens ne sous est apparu que plus tard. Il en est ainsi des Paroles que Dieu nous adresse par les textes sacrés et par ses serviteurs. Et Dieu fait connaître aux hommes ce qu’ils ont besoin de savoir.

La littérature n’est trop souvent qu’un vain bavardage dont les hommes devront un jour rendre compte comme d’autant de paroles inutiles.

Tais-toi et connais que je suis Dieu. Il est bien près de la connaissance parfaite celui qui peut glorifier le Seigneur sans passer par des mots.

Tous les hommes sont inspirés par l’Esprit Saint, mais tous ne l’écoutent pas. Plus vous l’écoutez, plus il vous parle.

Voulez-vous savoir pourquoi vous ne croyez pas en Dieu? Commencez pas lire les Évangiles et demandez-vous ce qu’il faudrait changer en vous pour y adhérer.

Voulez-vous croire en Dieu? Alors, priez. Priez sans vous lasser. Car il est à la porte et il frappe et si vous ouvrez, il entrera et prendra la Cène avec vous. Mais il n’entrera pas avant que vous-même soyez bien sûr que vous désirez sa présence.

Les saints nous enseignent qu’aimer Dieu, c’est être passionnément amoureux. On ne pense qu’à lui, on ne désire que lui et plus rien d’autre n’existe vraiment.

Les nations, comme les hommes, sont punies par où elles ont péché.

C’est appuyés sur le bras de nos frères que nous entrerons dans le Royaume. Cela s’appelle la communion des saints.

" Avant qu’Abraham fût, Je suis ". Que le Christ était beau, élégant et profond, lorsqu’il parlait par la bouche de Lao-tzeu!

En ton Nom je m’incline, ô Jésus, Roi des rois,
Devant ceux qui te servent en ignorant ton Nom.
Ils ne crient pas Jésus, n’arborent pas ta Croix,
Mais ils servent leurs frères, les aiment comme toi.
L’Esprit qui t’animait, Jésus, Christ de Dieu,
A trouvé leurs cœurs purs et peut y habiter.
Et qu’importe les noms que leurs bouches proclament,
Ils sont tes héritiers, tu sauras les trouver.
Ils te reconnaîtront, divin Fils de leur Père,
Car leurs yeux sont amants de la pure Beauté.

Chacun de nos choix, chacune de nos actions est une brique apportée à l’édification de notre demeure éternelle. Toute action qui manque à la loi d’Amour - même si elle peut paraître grandiose aux yeux des hommes - ressemble aux briques que fabriquaient les captifs en Égypte, mélange de paille et de boue. L’acte d’amour est une brique d’or fin. Quand tous les hommes auront complété leur demeure, l’Esprit de Vérité, tel un feu dévorant, purifiera l’or fin et réduira la paille en cendres.

Dura lex, sed lex. L’homme récolte ce qu’il a semé. La dureté de cette loi répugne à beaucoup, et moins encore comprennent la richesse d’amour que recèle cette rigueur divine. Ne blâmons pas nos chefs spirituels, car ils sont tels que nous les voulons. Celui qui cherche le Christ avec sincérité, le trouvera.

Les Écritures, d’Abraham à Jésus, enseignent que la pureté de la foi est inversement proportionnelle au nombre des lois et des actes de dévotion extérieurs.

Tout homme qui n’est pas en conversation avec Dieu est un malheureux qui s’ignore, quelle que soit l’illusion de bonheur dans laquelle il croit être.

 

L’intelligence



Dieu est Un, unique Seigneur. Une seule Loi. Un seul " Je Suis ". Un seul Être, une seule Force créatrice, infinie, éternelle, incréée, située à la fois à l’extérieur et à l’intérieur du temps et de l’espace, force créatrice à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de moi.
Mon être, créé et limité par le temps et l’espace est éloigné de l’Être éternel mais non pas séparé de Lui, car Dieu est Un et rien ne peut être en dehors de Lui. Un lien existe entre le créé et l’incréé, entre l’Homme et Dieu. A travers ce lien, je garde le contact avec l’Être, avec la Loi.
Devenir intelligent, c’est chercher à se conformer à la Loi du " Je suis ", la Loi éternelle de l’Être éternel, source unique de vie et de lumière, de toutes ses forces, de tout son cœur, de tout son esprit, afin de réaliser l’union de l’être avec l’Être.
Car l’homme intelligent sait qu’en se détournant de l’Être de toute chose, il se coupe de la Vie. Entre la Vie et la Mort, la Lumière et les Ténèbres, le Bien et le Mal, chaque jour, l’homme choisit.
Plus l’homme, être du temps et de l’espace, se tourne vers la Lumière qui éclaire tout homme venu en ce monde, plus il devient Lumière. C’est alors seulement qu’il comprend la Loi. Il devient sage, intelligent, libre. Il discerne le bien et le mal. Il devient Dieu.
Cette sagesse et cette intelligence ne sont pas selon le monde. Le monde ne peut les comprendre. La sagesse, l’intelligence et la liberté de l’Être, du Je suis, sont éternels. Le monde passe.
L’être créé, l’homme, en se tournant vers la source de tout Être, de toute Vie, de toute Lumière, discerne dans l’être créé l’Être éternel : il voit Dieu dans son prochain, et il l’aime. Devenant intelligent, l’homme fait pour Dieu ce qu’il voudrait que Dieu fasse pour lui : il fait pour son prochain ce qu’il voudrait que son prochain fasse pour lui. Ainsi, ce n’est plus lui qui vit mais c’est Dieu qui vit en lui. Il devient un avec le Un.
C’est pourquoi Jésus parle des grands commandements en ces termes : Hommes qui cherchez Dieu, apprenez, comprenez, qu’il existe une Force, une Loi, un Éternel tout-puissant en dehors de qui rien ne peut être. Il est en vous et vous Le connaissez, car vous ne Le chercheriez pas si vous ne L’aviez déjà trouvé. La sagesse et l’intelligence, c’est de L’aimer par-dessus toute chose.
Ne préférez rien à Dieu, mais cherchez à connaître et à faire Sa volonté, car I1 est la Vie.
En Lui donnant tout, vous posséderez tout. Aimez vos frères comme vous vous aimez vous-mêmes.
Faites pour eux ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, pour l’amour du Bien, par obéissance à la Loi, par conformité avec le Divin, gratuitement, comme moi, Jésus, je vous ai aimés jusqu’à donner ma vie pour vous.
Il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer les hommes. Il n’est pas possible d’aimer les hommes sans aimer Dieu. Celui qui aime Dieu aime les hommes et s’aime lui-même. Il est intelligent celui qui dit: "Seigneur, que Ta volonté soit faite" et qui se met à l’œuvre.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons que le Christ, qui est la Lumière, la Vérité et la Vie, a toujours été parmi les hommes, depuis Adam. Dieu dit: " Que la Lumière soit. Et la Lumière fut ". N’est-il pas écrit que la Parole " est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique ". Y a-t-il une autre Parole que celle du Christ? Paul ne dit-il pas que nos pères, au désert, " burent le même breuvage spirituel; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait: ce rocher c’était le Christ ".
Comprenons. Devenons intelligents. Comprenons que Jésus est né pleinement homme. Comprenons que Jésus est mort pleinement Christ. Parce qu’il était homme, comme nous, Jésus connaissait nos faiblesses.
Mais si nous sommes ici par désobéissance, lui est venu par obéissance: " Je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé ". Jésus est né d’une Vierge immaculée pour que nous comprenions qu’il n’était pas marqué par la désobéissance; Jésus est né d’une femme pour que nous comprenions qu’il a assumé et pris sur ses épaules la condition de souffrance qui est celle de l’homme détourné de Dieu. Homme, Jésus a souffert, a peiné; il lui a fallu " grandir en grâce et en sagesse ".
Jésus a subi toutes les tentations, mais parce qu’il gardait son regard tourné vers la Lumière, il n’a pas succombé. Il a eu de terribles moments de tristesse; il a pleuré, comme nous. Il a eu peur, il a connu l’angoisse, jusqu’à suer le sang. Mais il a cru à l’Amour du Père, il a accepté sa volonté. Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Il est, à jamais, Jésus le Christ. Il est le premier Homme Nouveau. Il est un avec Dieu.
Comprenons. Soyons intelligents. Comprenons qu’Il nous appelle et nous montre le chemin : " Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ". " Nul ne va au Père, sinon par moi ". Comprenons qu’il a vaincu le monde et qu’Il nous en offre le moyen. Dis-moi, homme, quelle excuse invoqueras-tu devant ton Dieu quand il te montrera le Christ?
Comprenons aussi que ce n’est pas en devenant ceci ou cela et en criant Jésus, Jésus, que nous serons un avec Lui comme I1 nous l’a promis. Il faut prendre sa croix et le suivre. Faire comme Lui. Croire. Aimer. Quoi qu’il advienne, tout vient de Dieu. " Les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et la richesse, viennent du Seigneur ".
" Tout ce qui t’advient, accepte-le, dans le revers de ton humiliation, sois patient ". Comprends. Sois intelligent. Sois patient. Ne crois pas que tout soit horriblement compliqué. Au contraire, tout est merveilleusement simple. En son temps, l’Esprit te révélera tout ce que tu as besoin de connaître. Sois patient. Sache que Dieu est Dieu et qu’Il est ton Père. Si tu es de bonne volonté, la paix t’es promise.
Et médite les commandements qui résument la loi et les prophètes : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes des forces, et ton prochain comme toi-même. "

La paix


Voulez-vous faire bondir les hommes? Dites-leur : " Rien ne vous arrive que vous n’ayez vous-mêmes préparé pour vous-mêmes, par vos actes et par vos pensées. Vous récoltez toujours ce que vous avez semé. " Rien n’est plus propre à déchaîner leur rage.
Car les hommes cherchent avant tout à trouver un coupable en dehors d’eux-mêmes. Ils trouveront mille façons de démontrer, à l’évidence, qu’ils ne sont pas responsables, qu’ils sont les jouets du hasard et de l’injustice. Chacun se persuade que son sort est injuste et cherche une vérité qui soit la moins douloureuse à regarder en face. Mais en vain. Nous sommes sur terre pour devenir semblables à Dieu : connaissant le bien et le mal, choisissant le bien.
Dans le monde, la bonté et la méchanceté, le bien et le mal, la joie et la souffrance, coexistent. Les hommes pensent qu’ils peuvent changer le monde, éliminer la haine et la souffrance. Cela ne se peut. Le monde alors ne serait plus sous le règne de l’homme, mais de Dieu. Ce règne arrivera, mais seulement lorsque l’homme aura atteint la perfection de son être, qui est divin.
Devant son impuissance à se vaincre lui-même et à triompher du monde, l’homme pourrait être frappé de désespoir. Or, celui qui se nourrit de la parole de Dieu, sans se bercer d’illusions sur la nature humaine, trouve la paix. Pourquoi? Simplement parce que la paix est donnée aux hommes de bonne volonté. Jésus avait la paix. Pourtant il n’a pas changé le monde, ni aboli toutes les souffrances, ni guéri toutes les maladies, ni donné du pain à tous les affamés. Il a simplement fait son devoir, accompli la tâche pour laquelle il avait été envoyé. Pour le reste, il était de bonne volonté.
L’homme qui désire la paix doit prendre exemple sur lui. Que tout homme, avec les moyens dont il dispose, accomplisse la tâche qu’il estime être sienne. Pour le reste, que sa bonne volonté soit totale et sincère. Car il est tenu compte à chacun de ce qu’il a sincèrement voulu, non de ce qu’il a pu réaliser. Et ce qu’il s’imagine avoir réalisé, si l’Esprit de Dieu n’était pas sur lui, n’est que néant.

Situation de l’homme sans Dieu



Quelle vérité peut-on espérer de l’inextricable concert des opinions humaines? Qu’ils l’admettent ou non, tous les hommes sont menteurs et les plus lucides le concéderont sans peine : les vertus, écrivait La Rochefoucauld, se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer...
La raison en est que l’homme qui se s’est pas anéanti, qui n’est pas mort à lui-même pour que le Christ vive en lui ne fait jamais que défendre un point de vue personnel lequel, si noble et si pur qu’il puisse lui apparaître, n’a jamais pour fondement que son propre égoïsme.
Tout homme ne défendant que lui-même peut aisément se persuader d’avoir raison et les nations, collections d’égoïsmes provisoirement réunis, en font autant. C’est la tour de Babel, vaste chaos des convictions humaines qui s’entrechoquent indéfiniment dans une confusion extrême et irrémédiable, car elle est, par définition, la situation de l’homme sans Dieu.

Le moi



L’exploration du moi est une entreprise proprement absurde, puisqu’en ce faisant, c’est vous-même qui peuplez le non-être. Car le moi enfle à mesure qu’on l’explore. C’est un ballon que vous remplissez avec du vent.
Seule l’opération inverse est salutaire. La connaissance du moi, c’est la conscience de son néant. Et si l’Esprit n’est pas la nourriture du moi, alors il se nourrit nécessairement d’erreur. Et l’erreur engendre la peur, angoisse mortelle du non-être.
La connaissance de soi, de la grandeur de notre âme et de la misère de notre être, est le plus grand des trésors ici-bas.

La vraie religion



La vraie religion, c’est de faire la volonté de notre Père.
Ne vous préoccupez pas de savoir si vous devez être ceci ou cela, si vous devez aller ici ou là. Cherchez plutôt à connaître la volonté de Dieu. Si vous êtes de bonne volonté: " Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ", vous la trouverez. Dieu répond toujours à qui demande d’un cœur sincère.
" Frappez et l’on vous ouvrira. " Cette promesse est certaine. Priez dans le secret, mais que vos actions manifestent Dieu devant les hommes. La vraie prière est un élan d’amour qui rejaillit en actes. Soyez patient, surtout avec vous-même. Et ne vous imaginez pas devoir accomplir de grandes choses aux yeux de ce monde. Celui-là fait la volonté du Père qui n’accuse personne et ne rejette pas la faute sur les choses, les événements ou les autres hommes. Pardonnez rapidement et oubliez vite les offenses.
Sachez qu’un simple sourire est un acte divin. N’ayez jamais peur, mais demandez la Sagesse afin de mesurer vos forces et de ne pas entreprendre un ouvrage qui vous dépasse. Ayez à cœur de raffermir la foi de ceux qui vous entourent, car c’est appuyé sur leur bras que vous entrerez dans le Royaume. Soyez patient et confiant. Dieu est Dieu.
Acquittez-vous d’abord de votre tâche avant d’en réclamer une autre. Travaillez avec humilité. Acceptez les pouvoirs et les charges qui vous sont donnés, mais n’allez pas en demander avant d’avoir démontré l’usage que vous faites de ceux que vous possédez déjà. Chaque chose viendra en son temps, selon la Sagesse. Soyez patient. Tel arbre pousse vite, mais son bois est fragile. Le chêne croît lentement, et résiste au temps.
N’ayez pas peur des mots et ne laissez pas réduire votre connaissance. Pensez que la Vérité est, que l’Amour est, que la Vie est. Mais surtout soyez des ouvriers du bien. Écoutez et suivez la petite voix intérieure. Elle vous dit de ne plus avoir peur. Le monde, tel Goliath, rugit autour de vous. Votre peur seule le rend terrifiant et il a suffi d’un caillou à David pour abattre ce monstre tonitruant.
Ne croyez pas que la connaissance des mystères vous aidera. La Justice incréée est parfaite et vous avez, ici et maintenant, tout ce qu’il vous faut pour choisir entre la vie et la mort. Acceptez-vous tel que vous êtes et mettez-vous à l’œuvre. Ne cherchez pas à vous justifier : vous ne vous tromperez pas vous-même et on ne se moque pas de Dieu. Tout peut vous paraître montagnes, mais vous savez que la foi les déplace. Demandez et vous recevrez. Ainsi, vous connaîtrez et posséderez la paix promise seulement aux hommes de bonne volonté.

Le royaume



Le royaume des cieux est semblable à un corridor fermé de plusieurs portes et qu’il faut parcourir en un temps donné. Certains, munis d’un trousseau aux clefs innombrables, essayent fébrilement d’ouvrir la première porte et parviennent rarement à la septième. D’autres utilisent un passe-partout qui porte le nom du Fils de l’Homme, car ce nom leur sera demandé pour franchir la dernière porte.

***


Le Royaume des cieux est semblable à une école, dans laquelle le bon maître enseigne à ses élèves. Le bon maître ne s’épargne aucun effort, aucun sacrifice, car il veut amener tous ses élèves là où il est déjà, et leur communiquer tout son savoir. Il souhaite pour chacun la couronne de lauriers.
Le bon maître connaît ses élèves et leurs faiblesses. Il reprend doucement celui-ci qui est fragile, mais parle avec autorité à celui-là. Tous, ils les encourage dans un même amour. Si cela était bon pour eux, le bon maître accorderait maintenant et à chacun la couronne du vainqueur, mais il sait qu’elle n’aurait pas de prix pour celui qui la recevrait sans avoir travaillé et passé ses épreuves avec succès.
Aussi, le bon maître, dans sa sagesse, est-il juste. Il accorde à chacun la note qu’il mérite.
A celui qui triche, il montre que c’est lui-même qu’il vole. Le bon élève, qui a suivi l’enseignement du maître et a fait de son mieux avec les moyens dont il disposait, n’est pas anxieux au jour de l’examen. Il exulte, au contraire, car il sait que le maître le jugera avec rigueur, mais aussi avec Amour et Justice. Il mesure son ignorance mais il connaît sa bonne volonté et il sait que le maître lui montrera ses fautes
afin qu’il puisse les corriger et devenir parfait. Car notre Père du ciel est un maître parfait.
Il est sage, l’élève qui, dès maintenant écoute le bon maître et se met au travail, car le jour de l’examen, nul ne le connaît, sinon le maître.

La prière


Si le Seigneur ne veut pas vous laisser entrer dans le Royaume et si votre désir d’y entrer est plus fort que votre désir de vivre, criez et tempêtez, roulez-vous sur le sol en hurlant, harcelez-le sans relâche. Il n’aura jamais le cœur de vous chasser et pour avoir la paix, il vous laissera entrer, après vous avoir purifié.

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" Ce que je vous dis, je le dis à tous: veillez. " Le Messie a été annoncé et il est venu. Il a annoncé son retour, et i1 reviendra. Gardez votre lampe allumée, la flamme de l’amour de Dieu, car que vous soyez morts ou vivants, il viendra vers vous et vous interrogera sur l’amour. " Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. "

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Ne cherchons pas : l’adorateur parfait de Dieu, c’est Dieu. Pour glorifier et adorer Dieu parfaitement, il faut devenir Dieu.

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0 mon Père, à 1’imitation et au nom de celui qui fut sur terre, le Fils obéissant et qui, retourné auprès de toi, nous envoie l’Esprit de Vérité, je te prie, afin que ta bénédiction descende sur nous.
Je te prie pour mes frères, ceux d’abord à qui dans ta sagesse, Tu as envoyé ton Messie
afin qu’ils poursuivent Ton œuvre et que le monde croie que comme Tu as envoyé Jésus dans le monde, Jésus les envoie eux aussi.
Père très saint, pleinement manifesté par le sacrifice de ton envoyé Jésus le Christ, en son nom je te prie de me guider afin qu’à mon tour en ce moment du temps et en ce point de l’espace où je suis, je puisse manifester par ce que je suis ta présence éternelle parmi les hommes.

***


J’irais volontiers prier avec tous les fidèles de n’importe quelle église qui glorifie le Père annoncé par Jésus le Christ. Et moins il y aura de rites, mieux je pourrai prier. Mais notre chambre intérieure est l’endroit le plus propice à la vraie prière.

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Nous prions ainsi : Père, je t’en prie, donne-moi ceci... Mon Dieu, accorde-moi cela... Seigneur, prends pitié de moi et fais que...
Mais en réalité, Dieu seul peut nous inspirer la vraie prière. Inutile de parler beaucoup en priant, car notre Père sait bien ce dont nous avons besoin, et d’avance i1 nous l’accorde. Il est dans la nature de Dieu de donner, mais l’homme doit apprendre à demander et à recevoir. C’est en donnant qu’on apprend à recevoir.
Nous demandons souvent ce qui nous serait fatal et notre Père, qui est bon, nous le refuse, afin de nous préparer à recevoir ce qui est vraiment désirable, mais que nous sommes encore incapables de supporter.
Celui qui, tel l’enfant intelligent, fait confiance à son Père du Ciel, vit dans la paix et la joie du Royaume dont il est déjà ici-bas l’héritier.
Ne demandez force et richesses qu’avec l’assurance que vous pourrez les utiliser pour le bien, sinon, elles seront pour vous un fardeau.

***.


Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation.
Dès lors que notre esprit perd le contact avec Dieu qui habite en nous, nous marchons dans le noir et les fruits de nos actions, quelles que soient ces actions et si justes qu’elles puissent nous paraître, les fruits de nos actions sont mauvais.
Mais veiller et prier ne signifie pas seulement marmonner des paroles ou assister à des services religieux. Veiller et prier, c ‘est garder Dieu présent en soi-même, être tourné vers lui en esprit tout en agissant dans le monde.
Celui qui est tourné intérieurement vers Dieu est en prière et toutes ses actions sont sanctifiées. Ne pas prier, c’est dormir, d’un sommeil de mort.

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La prière est un cri. Un cri pour vivre et pour aimer. Plus il est bref, plus il est fort, et mieux il est entendu. Dieu répond toujours, à proportion du désir de vivre et d’aimer révélé par le cri. Abba, Père!
Mais la prière qui perce les nuées pour retentir au cœur de Dieu, c’est l’adoration en esprit,
élan d’amour muet qui seul peut dire l’indicible désir de l’ineffable union. Noce spirituelle aux clameurs de silence.
Car le temps viendra et il est venu, où l’homme priera le Père en esprit et en vérité.

Le rire


Dieu a créé l’homme à son image. C’est pour cela que le rire est le propre de l’homme.

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Au cœur du rire il y a les larmes. Au cœur des larmes, le rire et la joie.

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Quand on me parle de Dieu d’un air triste et sérieux, j’ai envie de rire.

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Méfions-nous de ceux qui ont toujours l’air triste ou sérieux.

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Dire qu’il y a des sots pour se scandaliser si on leur dit que Dieu est l’humour même.

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On dit que des saints ont été pris pour des fous, parce qu’ils riaient toujours.

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On n’est jamais si éloigné de Dieu que lorsqu’on est triste.

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Le pécheur



Charles Baudelaire fut, pour les hommes de son temps, un poète maudit, un pécheur, un objet de scandale. C’est vrai. Mais il a, du trésor de son cœur, tiré des poèmes dont le parfum est monté jusqu’à Dieu et ses larmes ont baigné les pieds de son Seigneur :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés!

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions.
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs.

Marie-Madeleine fut pour les hommes de son temps, une femme maudite, une pécheresse, un objet de scandale. C’est vrai. Mais Jésus, se tournant vers elle, dit au pharisien scandalisé: " Tu vois cette femme. Je suis entré, dans ta maison: tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas donné de baiser, mais elle depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu ne m’as pas répandu d’huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si Je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu, montre peu d’amour ".
Comprenons que la maison dans laquelle le Seigneur est entré, c’est notre cœur.

L’erreur



L’erreur de l’homme ne lui est jamais comptée comme une faute s’il agit avec conviction.
La faute ne condamne l’homme que s’il persiste dans son erreur et refuse l’Esprit. Le péché contre l’Esprit ne peut pas être pardonné.
Voyez comment l’Esprit a agi avec Paul sur le chemin de Damas. Paul haïssait et poursuivait les disciples de Jésus. Il avait approuvé la lapidation d’Étienne. Il était un ennemi acharné du Christ. Il était dans l’erreur, mais avec passion et avec la ferme conviction qu’il servait Dieu.
Dieu vomit les tièdes mais il reçoit les passionnés. L’Esprit de Vérité s’est manifesté devant Paul. Paul a vu et accepté la Lumière. Son erreur a été corrigée et il est devenu le disciple passionné du Christ.
Il faut chercher Dieu avec passion et sans crainte de se tromper, sachant que toute erreur sera corrigée et que nous trouverons la Lumière. On comprend que Paul ait pu dire: " Tout ce qui ne procède pas d’une conviction de foi est péché ".

Le sacrifice



Comprenons bien ceci : tout a un prix qu’il faut payer. La porte du Royaume est ouverte, mais elle est étroite. Le chemin qui y mène est tracé, mais il monte. La table du banquet est dressée, mais il faut revêtir la robe blanche pour y prendre place. C’est en cela que l’on peut dire que le don est gratuit.
Mais l’homme peut dire oui ou non à cette grâce. S’il dit non, il souffrira et il mourra - je parle ici de la seconde mort - la seule qui soit à craindre.
S’il dit oui, il souffrira aussi, jusqu’à la limite de sa foi et tant que la main divine jugera bon de l’embellir, et il vivra éternellement, un avec l’Éternel incréé et Créateur éternel, et pourtant conscient d’être lui-même, en parfaite harmonie avec l’Amour infini.
La justice de Dieu est parfaite et nul ne pourra dire mon sort est injuste car chacun a récolté, récolte et récoltera selon ses œuvres.
Mais vous ne voulez point, dites-vous entendre parler de religion, de Dieu, de Messie, de prophète. Fort bien. N’en parlons pas. Mais puisque nous vivons ensemble sur cette planète et que vous et moi aspirons naturellement au bonheur, il nous sera sûrement possible de convenir de certaines choses qui nous permettront de l’atteindre.
En vérité, le sommet de la pensée philosophique et de la raison humaine aboutit à cette affirmation : Aimez-vous les uns les autres. Il tombe également sous le sens que sans la grâce, les hommes n’y parviendront jamais. Car le moment vient toujours où l’amour requiert le sacrifice, et aucun homme ne peut abandonner tout ce qu’il possède et rester dans la joie sans l’espérance de vie que Jésus le Christ est venu nous apporter.
C’est pour cela qu’il fallait qu’il vienne parmi nous et prêche par l’exemple. C’est pour cela qu’il a pu dire que nul n’ira au Père, c’est-à-dire à la Vérité éternelle sans passer par lui. Sans lui, nous n’aurions jamais su l’Évangile, la bonne nouvelle de l’Amour parfait, du pain qui rassasie, du bien impérissable qui fait que l’homme accepte de tout perdre et tient pour peu de chose ce qu’il abandonne parce qu’il a trouvé Dieu

L’amour parfait



Saint Jean de la Croix écrit: " L’état de perfection, qui consiste au parfait amour de Dieu et mépris de soi-même, ne peut être sans ces deux parties, connaissance de Dieu et de soi-même. "
Jésus a dit : Si tu n’abandonnes pas tout pour moi, si tu ne te hais pas toi-même ainsi que tes proches ou tous ceux qui peuvent s’interposer entre toi et moi, alors, tu n’es pas digne de moi.
Que ces paroles sont belles et limpides! Quelle consolation, quel amour elles renferment!
Car connaître Dieu est la connaissance suprême, la seule qui soit nécessaire à l’homme : c’est savoir que Lui et Lui seul est la Vie et la Lumière.
Se connaître soi-même, c’est savoir que l’homme privé de Dieu n’est que mort et ténèbres.
Ainsi donc, il apparaît à l’évidence que tout ce qui est humain et s’interpose entre nous et Dieu, c’est-à-dire entre nous et l’Amour parfait, libre de tout égoïsme, tout ce qui nous empêche d’imiter le Fils qui a donné sa vie pour chacun d’entre nous, qui a aimé tous les hommes au point de mourir crucifié, tout ce qui maintient prisonnier de l’humain, doit nous paraître haïssable et méprisable. Et cela inclut l’amour de soi et des siens qui, sans la dimension spirituelle, n’est qu’une forme déguisée d’égoïsme et d’amour de soi.
Tous les esprits lucides savent ce qui est au fond du cœur de l’homme. Pas un seul, dit l’Écriture, qui ne soit pécheur et corrompu.
De nos jours, les analystes de la psyché ne peuvent que révéler à l’homme son égoïsme foncier et les instincts animaux qu’il ne réprime souvent que par impuissance à pouvoir les satisfaire entièrement, acceptant ainsi de vivre dans un humiliant compromis.
L’amour humain, parce que l’homme est déchu, n’est qu’un égoïsme qui se cache et le monde se meurt de cet amour-là. Il ne vaut strictement rien et ne mène qu’à la mort. Quel mérite avez-vous, dit Jésus, si vous aimez ceux qui vous aiment, ceux que vous appelez vos amis, vos parents, vos enfants? Aucun. Car même ceux qui n’aiment pas Dieu en font tout autant. Le loup, mieux que l’homme, soigne ses petits, les défend jusqu’à la mort et ne commet pas d’erreur dans leur éducation.
Parce que nous aimons, disons-nous, nos proches, nos parents, nos enfants, nous fermons commodément les yeux sur la douleur des autres. Nous feignons de ne pas voir que tous les hommes sont les enfants du même Père et donc nos frères.
Oui, chaque homme est le gardien de son frère et s’il faut appartenir à une famille, que ce soit celle du Christ qui a dit: Celui-là est mon frère qui fait la volonté de mon Père. Voilà ma vraie famille.
Celui-là qui n’a pas appris à considérer tous les enfants comme ses enfants, tous les hommes comme ses frères, celui-là n’a pas encore commencé à aimer Dieu, à le connaître; et si mon père, ma mère, mon enfant ou moi-même devenons un obstacle à cet amour universel que Dieu seul peut faire naître au cœur de l’homme, alors je dois haïr ce père, cette mère, cet enfant, et moi-même.
Si je devais ramener le problème à sa plus simple expression, voilà ce que je dirais:
Tout homme est à la recherche de la paix et de la joie. Il veut être heureux. Profondément, l’homme reconnaît que l’amour est le fondement de toute joie. Il sait qu’il ne peut être heureux sans aimer et sans être aimé. Il y a équation entre l’amour parfait et la joie parfaite.
Tout homme se sent assujetti à son humanité. Il sait que l’amour parfait exige le don total de soi - la mort du moi égoïste - mais il en est incapable tant qu’il demeure prisonnier de son humanité. Celle-ci lui impose ses priorités - charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le monde - et des limitations. Selon la sagesse humaine, c’est à soi d’abord qu’il faut penser.
L’homme selon le monde ne peut connaître l’amour parfait, qui exige la mort à soi-même, puisqu’il ne peut supporter l’idée de cesser d’être. Cette proposition lui est impensable.
Partant, la paix et la joie parfaite lui sont inaccessibles.
Au mieux, le monde est condamné à la médiocrité.
Tout différent est le sort de l’homme spirituel. Car il sait, de science certaine, que c’est bien au contraire en mourant à lui-même, à ses égoïsmes et à son moi inférieur, qu’il fera place nette pour que l’Esprit de Dieu - qui anime toute chose - puisse vivre en lui.
Il agit alors selon la volonté de Dieu qui est Amour parfait et il connaît, lui et lui seul, la paix et la joie qui dépassent tout entendement. Cette vérité est d’une grande simplicité. Elle est accessible à l’enfant comme au sage. Elle est éternelle.

La santé



Dieu est. L’homme peut être.
Toute dérogation à l’ordre divin entraîne la mort. Le choix entre la vie et la mort s’opère dans le temps et dans l’espace. Ainsi, la non-conformité à la loi, désobéissance mortelle, voit ses conséquences
étalées dans le temps et l’espace. C’est donc à la lumière de l’expérience que l’homme choisit entre la vie et la mort
" La justice de Dieu est parfaite ".
Par la désobéissance l’homme obscurcit la conscience qu’il a d’être un avec Dieu. Il devient hors-la-Loi, hors-l’Amour, hors-la-Vie. Il meurt. Sur terre, dans le temps et dans l’espace, la sentence de mort n’est pas immédiate, mais l’infraction à l’ordre divin entraîne des conséquences : violence, maladies, guerres, catastrophes, sont autant de rappels à l’ordre.
L’homme sourd et aveugle - et qui est déjà mort - " Laisse les morts enterrer les morts ", disait Jésus - ne comprend plus ces signes. Sous le regard des anges, la Vérité est éclatante et la conduite des hommes déroutante. En effet, à la lumière de la Vérité, la triple nature de l’homme, comme la triple nature de Dieu, leur apparaît dans toute sa simplicité: l’homme est un, mais corps, esprit et âme.
Dieu est un, mais Père, Fils et Saint-Esprit.
Le regard spirituel de l’homme, obscurci par les ténèbres - qui sont la conséquence de la désobéissance, de la non conformité à la loi divine - le regard spirituel de l’homme de ce monde
ne perçoit plus ces réalités. Dans notre génération, les chefs temporels ou spirituels qui ont pleinement conscience de la loi divine et de la nature de l’homme ne sont pas légion. Des aveugles, souvent, conduisent d’autres aveugles et la confusion est grande.
Notre monde est malade. L’homme en santé, l’homme physiquement et mentalement sain
se fait rare. La raison en est que la santé et l’équilibre physique, du corps - psychique. de l’esprit et
spirituel, de l’âme, sont tous trois indissociables. L’homme en santé doit obéir à des lois éternelles
dont le fondement est Dieu, principe éternel et incréé, un dans son essence - Je suis le Je suis - et trin dans sa manifestation : Père, Fils et Saint-Esprit, puisqu’il faut bien passer par des mots.
Ainsi de l’homme, créé à l’image de Dieu corps, esprit et âme. De même que le Saint-Esprit,
agissant par le Fils obéissant accomplit la volonté du Père, de même l’âme peut informer l’esprit.
Libre de choisir entre le bien et le mal, la vie et la mort, la lumière ou les ténèbres, l’homme de bonne volonté choisit, avec ses facultés psychiques, de se conformer à l’ordre spirituel : il écoute son âme.
A partir du moment où, comme dans Jésus le Christ l’esprit et l’âme, ne font plus qu’un, alors, et alors seulement, l’homme a recouvré la santé.
Il devient tout-puissant. Il est maître de son corps et du monde. Il accomplit ce que nous appelons des miracles. Il régénère les corps malades. Il ressuscite les corps abandonnés par l’Esprit.
Il crée, en multipliant les pains. Ce que nous appelons des miracles ne sont que la conséquence normale de l’harmonie parfaite entre l’âme, l’esprit et le corps.
C’est pour atteindre à cette harmonie, c’est pour parvenir à cette perfection, que nous sommes sur terre : " Soyez parfaits, comme votre Père du ciel est parfait ".
Ce que j’ai fait, a dit Jésus, vous aussi vous pouvez le faire, et vous ferez même des choses plus grandes encore, car, par moi, l’Esprit Saintsera plus que jamais parmi les hommes, pour ceux qui l’acceptent.
Nous sommes toujours tentés de voir et de comprendre les paroles de Jésus le Christ
du point de vue de ce monde. Mais son royaume n’est pas de ce monde. Lorsque Jésus nous dit que nous ferons des choses plus grandes encore que celles qu’il a faites lui-même il ajoute bien, " parce que je vous enverrai l’Esprit Saint". Il y a Jésus, toujours présent dans l’Eucharistie sous les espèces du pain et du vin. Il y a l’Esprit-Saint, envoyé par le Père. L’Esprit-Saint, pleinement reçu par Jésus a fait de lui Jésus le Christ, le Fils obéissant : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Aujourd’hui, je l’ai engendré. "
Jésus nous a quitté lorsque son Corps ressuscité est remonté vers le Père : " I1 est bon pour vous
que je m’en aille "et l’Esprit Saint est venu en abondance. C’est pourquoi nous pouvons faire
plus que lui, comme il l’affirme. Mais quelles choses?
Rappelons-nous le paralysé de Capharnaüm. Voyant la foi de ces gens, Jésus dit au paralysé
" Mon fils, tes péchés sont pardonnés ". Il ne le guérit pas physiquement. Jésus fait une chose
plus grande encore : I1 guérit son esprit. Pour qui n’est pas aveugle, c’est la seule chose qui compte. Et vous êtes aveugle et sourd si vous croyez qu’il n’existe pas en ce moment, sur cette terre, des êtres au corps meurtri mais dont l’esprit est fort et sain, et qui vivent dans la paix et la joie de l’Esprit du Christ qui était dans Jésus.
Or, c’est le corps qui meurt et retourne en poussière. Voilà pourquoi il est plus grand
de dire, " Tes péchés te sont pardonnés ", que de dire, " Lève-toi, prends ton brancard et marche".
Le curé d’Ars, grand confesseur des âmes, a fait des choses bien plus grandes encore, tout comme Jésus l’avait prédit, car Jésus est venu s’offrir en sacrifice, mais il n’a pas dit très souvent, " Va, tes péchés te sont pardonnés ", ce que n’importe quel prêtre peut faire dans le secret du confessionnal.
Parce que leur entendement spirituel était obscurci par le péché et que Jésus voulait que les hommes sachent que le Fils de l’Homme avait autorité pour pardonner les péchés sur la terre, alors, Jésus fit les deux, il guérit l’esprit et il guérit le corps de ce paralytique. Mais c’est la guérison des péchés qui importe vraiment.
Le péché est une désobéissance, une infraction à l’ordre divin, à la loi d’Amour. Comme un poison, il affecte le corps spirituel, le rend malade, infirme. Tôt ou tard, selon la Sagesse, les maladies de l’esprit se répercutent sur le corps physique. Peu à peu, tel un poison, le péché mène à la mort. Je parle de la seconde mort. La mort de l’esprit.
Jésus voyait, spirituellement, l’esprit des hommes. Il les connaissait bien. C’est pourquoi il a pu dire de certains, " Vous êtes déjà morts ". Exactement comme un médecin peut dire à celui qui absorbe jour après jour, des doses d’arsenic, " Tu es déjà mort ". Le péché est l’arsenic de l’esprit. Pardonner les péchés c’est rétablir l’esprit dans sa pureté, effacer les marques et les conséquences du poison mortel.
" Tes péchés, dit Dieu, je ne m’en souviendrai plus ". Merveille des merveilles! Pour qui a encore des yeux et des oreilles, que ces paroles ont de suavité.’ Mais que fallait-il pour que ce seul véritable miracle s’accomplisse? D’abord, il fallait que 1’Esprit Saint fût présent.
Sur terre, l’Esprit Saint passe par les hommes. C’est là leur gloire. Cet homme était Jésus.
Ensuite, il fallait que le pécheur, l’homme malade, soit de bonne volonté, que son esprit accepte la Vérité, qu’il ait choisi de croire, qu’il croie que Jésus avait en lui l’Esprit et qu’il était le Christ. Il fallait qu’il ait la foi : " Voyant leur foi, Jésus dit... ". La justice de Dieu est parfaite. Sa puissance est sans limite. Pensons-y bien. Il est plus grand de guérir l’esprit que le corps. Guérir l’esprit, c’est pardonner les péchés.
L’Esprit qui était dans Jésus n’a jamais été totalement absent du monde, mais depuis Jésus le Christ, la grâce surabonde là où le péché abonde. Voilà pourquoi nous pouvons faire, selon sa parole, ce qu’il a fait lui-même, et bien plus encore. Car lui, l’homme Jésus, n’a pas converti grand monde, et il était bien seul au Jardin des Oliviers et sur la Croix. Mais à partir de sa résurrection et de son ascension auprès du Père, quelle force! quelle victoire!
Il a vaincu le monde. Il est le Vivant. Oui, depuis sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection,
ceux qui acceptent l’Esprit accomplissent bien des choses. Le signe de la guérison, c’est de dire : Père, que ta volonté soit faite. Alors seulement, l’homme est guéri. Alors seulement, il a recouvré la paix, la joie.
Le médecin a une grande et noble lâche lorsqu’il se fait l’ouvrier du Père, mais la guérison de 1’homme, de l’homme total, ne peut s’opérer contrairement à l’Esprit. Il existe entre le corps, l’esprit et l’âme un lien que seul la mort va dissoudre. La première mort sépare le corps de l’esprit. La seconde mort, la seule qui soit à craindre, peut séparer l’esprit de l’âme. " Même ce qu’il a lui sera enlevé ". C’est tout l’homme qu’il faut guérir et il est vain de rafistoler l’homme physique si l’homme psychique demeure malade:
Celui-là n’est pas guéri qui se nourrit de mort. De même, 1 ‘homme psychique ne peut retrouver 1’équilibre, la paix et la joie s’il est en contradiction avec son être supérieur, 1’homme spiritue1, qui l’habite et le guide : " Que votre corps, votre esprit et votre âme soient gardés irréprochables ".
C ‘est 1’illusion mortelle de notre temps que de prétendre à l’équilibre et à la santé psychique, sans référence à l’être spirituel de 1 ‘homme. C’est une entreprise illusoire, nécessairement vouée à l’échec et dont le motif profond est toujours le même: l’autojustification, le refus de la responsabilité, le rejet de la faute sur ceci ou cela. Et lorsqu’il s’agit de trouver une excuse, une explication, l’imagination de l’homme est proprement délirante.
Cette attitude est évoquée dans les Écritures dès la création : Ce n’est pas moi, dit l’homme, c’est la femme. Ce n’est pas moi dit la femme, c’est le serpent. Saisi de honte devant sa nudité, c’est-à-dire son indigence, et piqué dans son orgueil, l’homme pécheur, c’est-à-dire celui qui s’est détourné
du bien, se trouve dans une alternative : faire retour sur lui-même, c’est-à-dire se convertir, ce qui efface la faute et mène à la vie, ou demeurer dans son péché, c’est-à-dire se pervertir, ce qui retient la faute et mène à la mort. Par la conversion l’homme grandit et se fortifie, car de la pierre d’achoppement il a fait un marchepied pour monter vers Dieu. Par la perversion, l’homme diminue car il se détourne de l’unique source de vie et épuise ses talents, ses richesses spirituelles, dont il lui faudra rendre compte au jour de sa mort physique.
Les morsures de honte et d’orgueil, les remords, sont insupportables. Ce sont les flammes de l’enfer. Pour échapper à leur brûlure l’homme tentera de se justifier. C’est une entreprise vaine mais toujours recommencée. Étant donné la nature trinitaire de l’homme: corps, esprit et âme - physique, psychique et spirituelle -, la justification s’opère aux deux premiers niveaux.
Au premier niveau l’homme tentera de nier la partie psychique et spirituelle de son être.
Pour ces hommes-là, seul existe ce qui est perceptible aux cinq sens. L’homme n’est qu’un corps, assemblage fortuit de molécules constituant une mécanique plus ou moins parfaite dont il faut corriger les imperfections, et la santé ne peut être rétablie que par des moyens mécaniques ou chimiques.
Au second niveau, c’est à la psyché qu’on accorde la préséance. Les hasards de la naissance et des expériences conditionnent l’équilibre mental. Celui-ci se répercute sur le corps mais, comme toujours, l’homme se dégage de toute responsabilité
Méfions-nous des médecins de l’esprit qui repoussent le Seigneur et ne veulent pas connaître Jésus le Christ, sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection. Celui qui est déjà mort ne peut donner la vie. Moi, dit Jésus, je suis la Vie.
Ils ne peuvent donner la paix car ils ne la possèdent pas. Moi, dit Jésus, je vous donne la paix. Leur paix à eux est un engourdissement sommeil de mort, peuplé de cauchemars : " Ceux qui se faisaient fort de chasser d’une âme malade les frayeurs et les troubles étaient eux-mêmes malades d’une crainte risible. "
La loi de Dieu est pour toujours. Notre esprit n’aura pas raison devant notre âme immortelle. Nous n’étoufferons pas la voix de la liberté, de la volonté, de la responsabilité. Jamais. La raison se perdra dans l’infini de la sagesse incréée, et l’homme aura peur, " car la peur n’est rien d’autre que l’abandon des secours de la raison ".
Aveugles qui conduisent d’autres aveugles. " Malheur à eux car ils me fuient! Ruine sur eux car ils se sont révoltés contre moi ". Celui-là qui voudrait entrer dans la paix du royaume sans passer par le Fils et par sa croix est un menteur et un voleur. " La sagesse, c’est le livre des commandements de Dieu c’est la loi qui existe pour toujours; tous ceux qui s’attachent à elle iront à la vie, mais ceux qui l’abandonnent mourront ".
Ce que le Christ est venu nous révéler, c’est la misère mais aussi la grandeur des l’homme. Cette grandeur, c’est l’amour dont il est aussi capable, un amour qui va jusqu’au sacrifice de sa vie, ainsi que Jésus l’a montré. Mieux que n’importe qui, Jésus connaissait les horreurs de la nature humaine. Mais il savait aussi que l’homme est appelé à la perfection et qu’il en est capable : c’est lui qui nous en a montré le chemin. Lorsque l’homme aura exploré toutes les impasses de ses aveuglements, il deviendra capable de guérir, non pas en apparence, mais dans les profondeurs de l’âme, où la science humaine n’a pas accès.
Beaucoup perçoivent l’inanité d’une " guérison " qui ne tient pas compte de la dimension spirituelle de l’homme. Car l’homme n’est guéri que lorsqu’Il a compris qu’il y a une loi, qui est amour, qui est Dieu. Que cette loi est suprême et qu’il faut la chercher de toutes ses forces. Que l’homme qui accepte cette loi a Dieu en lui, qu’il est par conséquent capable de s’aimer et d’aimer les autres parce qu’il aime Dieu par-dessus tout.
C’est une grande pitié que beaucoup jugeront cette vérité irrecevable, car ils penseront que reconnaître la souveraineté du divin c’est, pour tous les hommes, retourner dans la giron de l’institution catholique romaine. Hélas, ceux qui vont à la messe sont parfois plus éloignés de Dieu que ceux qu’ils appellent pécheurs. Mais si le visage des chrétiens cache parfois celui de Dieu, cela ne servira d’excuse à personne, car le divin, le Christ, est en chacun de nous et nous sollicite constamment.
Tout homme, fera face, un jour, à la Lumière, et nul ne pourra dire alors, mon sort est injuste.

Les lois



Les lois sont un bon indice de la santé spirituelle d’une société. Leur prolifération est le signe avant-coureur d’une désagrégation morale d’abord, physique ensuite de la communauté. C’est à cause de la dureté de notre cœur que la loi devient nécessaire.
Cela est vrai pour le monde spirituel comme pour la monde matériel. L’homme respectueux du bien commun et soucieux du bien-être de son prochain ne volera pas, ne trompera pas l’État, ne commettra pas d’infraction, ne mettra pas en danger la vie de ses frères, préférera subir une injustice plutôt que d’en infliger une aux autres. Cet homme-là est heureux lorsqu’il rend les autres heureux. Les lois pour lui ne sont pas une contrainte ni même une nécessité, car toutes sont inscrites en son cœur, gravées en un seul texte : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’homme qui porte Dieu en son cœur, lui non plus, n’a pas besoin de lois. Il n’a pas besoin de temple, car son corps est le temple du Seigneur. Il purifie son esprit et son corps afin que son Dieu habite en lui. " Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour comme, en observant las commandements de mon Père, je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. "
L’homme qui porte Dieu en son cœur n’a pas besoin d’un endroit de prière, d’un temple, d’une église ou d’une mosquée, car c’est en lui-même qu’il se recueille. Quoi qu’il fasse, qu’il dorme ou qu’il veille, il a le regard tourné vers Dieu, vers le Royaume qui est au-dedans de lui. Le Juste est au-dessus de la loi et le temple qu’il purifie afin d’y accueillir son Dieu, c’est lui-même.
Moins ils seront vertueux, plus les hommes seront brimée par des lois. Semblablement, si tous les hommes faisaient de leur corps un temple pur et saint habité par l’Esprit, toute la terre serait une église et chaque homme la prêtre de Dieu.
" Le temps viendra, et il est venu ou chaque homme adorera le Père en esprit et en vérité. "

Retour aux sources

 

" Chaque fois - écrit saint Justin - que les adeptes des doctrines stoïciennes ont (...) fait preuve de sagesse dans leur discours moral à cause de la semence du Verbe présente dans tout le genre humain, ils ont été, nous le savons, haïs et mis à mort " .
(Splendeur de la Vérité, n. 94)



S’il est un air pour lequel le poète donnerait tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, il est un penseur pour qui j’échangerais bien de soi-disant penseurs de tous les temps. Je parle de Socrate.
Combien d’obscurs discours n’a-t-on pas entendus depuis ce divin maître, pourtant si lumineux? De l’humanisme au marxisme, combien d’explications de l’homme n’a-t-on pas proposées à nos âmes inquiètes? Toutes ont eu leur vogue : c’est que l’erreur contient toujours une part de vérité qui lui permet de flotter quelque temps à la surface des connaissances humaines avant de sombrer dans le ridicule ou dans l’oubli. Le trousseau de clés s’alourdit, mais la porte de la Vie et de la Vérité demeure fermée, n’en déplaise aux "Lumières" et aux "Révolutions".
Mais l’urgence se fait plus pressante. Toute erreur porte des fruits de mort et les conséquences sont désormais planétaires. D’aucuns pensent qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps; assez, tout au plus, pour revenir aux sources.
Si je fais à rebours le chemin qu’a suivi la pensée depuis vingt-cinq siècles, je vois se lever au bout de ma route une vive lumière éclairant le monde du Levant au Couchant.
Elle point à l’Orient dans les paroles prophétiques de Confucius :
La nature parfaite de l’homme moral est vaste et embrasse tout. Elle est profonde et insondable comme la source jaillissante d’où procède la vie. Dès qu’un tel homme fera son apparition en ce monde, chacun le vénérera. Tout ce qui vit et respire l’honorera et l’aimera. C’est pourquoi nous pouvons dire : Il est semblable à Dieu.

Elle brille, cette lumière, dans les Nobles Vérités du Bouddha qui nous parle de Perfection, de Compassion et de Sagesse, lui qui sait déjà qu’il n’est qu’un voyageur sur la terre.
Elle resplendit enfin dans l’enseignement de Socrate qui écoutait les voix du Ciel et savait que sans la vertu, l’homme n’est ni libre ni heureux, que c’est en regardant Dieu que nous trouverons le plus beau miroir des choses humaines pour reconnaître la vertu de l’âme.
Étrange coïncidence que les trois hommes dont la pensée a le plus influencé leur temps et le nôtre aient tenu dans le même siècle et sans se concerter un discours en profondeur si semblable, tandis qu’à la même époque Cyrus permettait aux Juifs captifs à Babylone de rentrer à Jérusalem, là où devait s’élever la Croix du Fils de l’Homme, terme des espérances humaines.
Socrate possédait l’intelligence et la sagesse ultimes qui consistent à savoir que toute vérité réside en Dieu seul, que l’homme n’est rien, ne sait rien et ne peut rien par lui-même. Il savait que sans Dieu il n’était guère possible d’aller plus loin dans la connaissance et qu’il ne restait plus qu’à attendre Celui qu’annonçaient les prophètes d’Israël, le Fils de Dieu qui nous ferait connaître Dieu.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit l’Ecclésiaste. Les hommes aiment à penser qu’ils peuvent jeter sur l’homme quelque lumière et il est dangereux de les contredire : Socrate l’a payé de sa vie. Ils refusent d’admettre que ce qui est sagesse à leurs yeux est folie aux yeux de Dieu, qu’à écrire des livres il n’y a pas de fin, et que tout est vanité et poursuite de vent.
Et les voilà ainsi prisonniers volontaires d’une cyclothymie où alternent des périodes d’excitation euphorique et de dépression mélancolique. C’est le mythe d’Icare toujours recommencé. Que la raison humaine remporte quelque succès, et voilà les fils de Dédale qui s’exaltent et se lancent à l’assaut du Soleil que seuls les Anges ont le droit d’approcher. Mais leur sagesse humaine fond comme cire au soleil. C’est l’éternelle leçon de Sagesse qui fut donnée au fils de Noé, bâtisseurs de la tour de Babel qui crurent pouvoir escalader le Ciel avant de sombrer dans la confusion.
Les vols d’Icare se sont multipliés au cours de l’histoire et leurs conséquences ne cessent de s’aggraver. Plus près de nous, l’humanisme de la Renaissance a trouvé son aboutissement dans le scientisme du XIXe siècle dont nous sommes loin d’être guéris, mais l’Avenir de la Science est lourd d’inquiétudes. Le scepticisme pyrrhonien n’a entraîné que la décadence de la Grèce socratique, mais son frère jumeau, le relativisme moderne, est un cancer qui continue de ronger l’Occident, qui pourrait en mourir.
Les hommes sont en désarroi et ils ont de bonnes raisons d’être angoissés, car si tout se vaut et qu’il n’y a pas de Vérité, l’histoire récente leur enseigne qu’ils peuvent s’attendre au pire. Et les conséquences de l’erreur ne sont plus désormais circonscrites dans le temps et l’espace : elles affectent tous les hommes sur toute la planète, à la manière des catastrophes écologiques.

Maintenant



Avant que l’Esprit ne descende sur nous, avant la mort et la résurrection du Fils de l’Homme, nous étions incapables d’obéir à la loi divine: Autrefois, on vous disait.... mais moi, à présent, je vous dis... Parce que le Christ est venu, l’Esprit est descendu sur nous en abondance et nous pouvons maintenant trouver la force de suivre ses commandements et d’obéir à Dieu.
Mais il faut être si fortement entés sur le cep, il faut avoir le sentiment si vif d’être un sarment nourri par la vigne qui est le Christ, que si l’on devait en être séparé on aurait véritablement conscience de mourir. Et l’on mourrait en vérité, car il n’y a de Vie et de Paix pour l’homme que dans l’exécution des devoirs que lui dicte sa conscience éclairée par l’Esprit. Cela fait, l’Esprit lui indiquera la prochaine étape à franchir.
C’est ainsi que, peu à peu, dans la patience et dans les petites choses, l’homme devient parfait comme son Père céleste est parfait
Tenons bien la main qu’Il nous tend.

Le mystère



Le mystère de ce que nous appelons Dieu est aussi nécessaire qu’éternel. On pourrait définir l’homme comme un être ayant le sens du mystère. Celui qui ne l’éprouve pas est déjà mort, disait Einstein. Ceci dit, la complication ne vient pas de Dieu mais des hommes.
Évitons premièrement de nous engager dans l’inextricable jungle des demi-vérités qui prolifèrent dans les sciences humaines sous la forme de systèmes, grilles, théories, hypothèses, conjectures et élucubrations de toutes sortes car, sous leur apparente rigueur scientifique, elles exigent en fait qu’on y adhère par un acte de foi. L’humaniste athée croit à l’humanisme athée.
Examinons plutôt ce que les hommes de sciences dites pures ont à nous dire. Le physicien, le chimiste, le biologiste, l’astronome travaille sur des faits observables, mesurables, quantifiables. La matière, l’énergie, constituent son champ de recherche. La pensée, l’intellect, sont ses instruments d’investigation. Or, toute réflexion sur l’univers aboutit à cette alternative, à ce choix fondamental : la pensée a-t-elle engendré la matière, ou vice versa?
Il est bien certain que la réponse à cette question ne résout pas le mystère de l’Être créateur, de la Pensée incréée. Le mystère de Dieu reste entier, quelle que soit la réponse. Mais on mesure les implications.
Si vous faites de la pensée l’aboutissement d’une évolution qui a commencé par la rencontre mystérieuse mais fortuite d’atomes et de molécules qui ont, par hasard, produit l’homme, tout est permis. Car au nom de qui et de quelle loi m’interdirez-vous alors de faire ceci ou cela, d’éliminer celui-ci ou celui-là, si mon but avoué est le bien de l’humanité tel que je le conçois? La raison et la morale sont totalement impuissantes devant les arguments du nazisme et du marxisme tout comme devant ceux des partisans de l’avortement et de l’euthanasie qui se disent au service de l’humanité souffrante. C’est une question de religion et de foi.
Par contre, si vous croyez que "Au commencement était le Verbe", le Logos, la Pensée, enfin ce que nous appelons Dieu, et que, selon saint Jean, ce Dieu que personne n’a jamais vu, le Christ nous l’a fait connaître, il s’ensuit que Dieu, la Vie, la Loi sont des réalités dont il faut non seulement tenir compte, mais qu’il est essentiel et vital de chercher à connaître puisqu’elles sont à la source de toute création; car c’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ici encore, c’est à l’homme qu’appartiennent le choix, l’adhésion, le consentement. C’est toujours une question de foi et de religion.
Toutes les sciences humaines sont orientées selon l’une ou l’autre de ces options, que ce choix soit conscient ou non, implicite ou explicite. Positivisme, évolutionnisme, existentialisme, behaviourisme, structuralisme ou autres grilles à la mode ne sont jamais, sous le couvert de la science, que des prises de position face à ce choix fondamental qui informe tout le reste.
Ordinairement prudent sur ce chapitre, l’homme de science moderne n’hésite cependant plus à déclarer aujourd’hui qu’il est plus vraisemblable que l’univers soit le produit d’une Pensée que du hasard.
Le matérialisme marche à rebours en utilisant l’esprit, fruit de la matière, pour interpréter la matière, ce qui en soi est absurde; tandis que le spiritualisme, qui reconnaît l’existence de Dieu, transcende l’univers créé pour remonter à l’Esprit, source originelle et incréée.
Dieu n’est plus hors de notre portée. Jésus, par son sacrifice, a rétabli le lien qui existait entre l’homme et son Créateur. C’est être simplement intelligent que d’aimer l’Incréé plus que le créé, Dieu plus que le monde et que soi-même, que de comprendre qu’il faut mourir pour vivre et que celui qui veut sauver sa vie en agissant égoïstement et contrairement à l’ordre divin, la perdra.

Sagesse



Il y a trois modes d’action possibles : agir conformément à la nature divine dans laquelle le Christ nous a rétablis; agir contrairement à cette nature divine; agir sans direction.
Agir conformément à la nature divine, c’est manifester l’Esprit et la Sagesse. L’homme qui vit selon l’Esprit porte les fruits de l’Esprit : patience, douceur, générosité, amour du prochain. Il a le cœur pur et voit d’abord le bien en toutes choses. Il vit dans la paix et la joie de celui qui possède d’innombrables richesses que nul ne peut lui enlever. L’Esprit lui donne l’intelligence qui lui enseigne à ne plus agir selon les deux modes inférieurs. Peu à peu, dans la patience et par l’épreuve, il devient parfait.
Agir contrairement à la nature divine, c’est placer au-dessus de tout la satisfaction de ses plaisirs égoïstes. L’homme qui vit selon son être inférieur ne supporte pas la contradiction ou les obstacles à ses appétits. Il n’est jamais satisfait, ne se soucie des autres que si cela peut lui être profitable, ne cherche que son intérêt et voit la même intention secrète chez autrui; ce qui le rend méfiant et malveillant. Il vit dans la crainte de perdre ce qu’il possède et ne connaît ni la paix ni la joie. Peu à peu, il devient un monstre.
Ceux qui agissent sans direction sont les tièdes de l’Évangile. Ils sont sans conviction et se laissent ballotter à tous vents de doctrine. Ils en prennent et ils en laissent, mais ne s’engagent jamais de tout leur être ni dans le bien ni dans le mal. Ils ont des engouements, des sautes d’humeur. Tantôt joyeux, tantôt tristes, ils recherchent surtout le bruit, la foule et les divertissements, fuyant la solitude qui les oblige à se retrouver seuls avec eux-mêmes. Ils examinent tout rapidement et superficiellement, saisissant la moindre occasion de retourner à un mou scepticisme. Peu à peu, ils sombrent dans l’informe et le néant.
Le premier agir mène à la seconde naissance et à la Vie.
Le deuxième agir mène à la destruction et à la Mort. Mais il peut faire prendre conscience à l’homme du néant de son action et provoquer un retour, un repentir fulgurant
Le dernier agir est celui de la masse des tièdes que le Seigneur vomira de sa bouche.

Purification



Je me souviens d’un jour de printemps et d’une longue promenade le long d’un chemin de campagne. J’avançais sans hâte, attentif à la beauté des arbres, respirant l’odeur balsamique des sapins, lorsque le charme fut brutalement rompu par l’empreinte de l’homme : des sacs d’ordures gisaient éventrés sur le bord du fossé. J’allais détourner mon regard de ce lamentable spectacle et me préparais à accélérer le pas lorsque je remarquai une fleur qui avait poussé sur ce tas d’immondices. La laideur ni la puanteur ne l’avaient empêchée de fleurir, d’offrir sa beauté et son parfum. Je songeais que bientôt le temps aurait réduit ces détritus en un terreau fertile, que la fleur se fanerait mais qu’elle ne mourrait pas, car sa semence allait proliférer. Ainsi, par cette fleur, le monde serait plus beau, le monde était déjà plus beau.
J’atteignis bientôt l’endroit où le fossé rejoint un ruisseau. L’eau printanière coulait abondante et claire parmi les pierres et je me mis à l’écoute du ruisseau. Son message était irrésistiblement joyeux, pur et joyeux. J’étais frappé par la clarté, la transparence de l’eau qui chantait à mes pieds et mon regard fut attiré par un couple de mésanges qui s’ébrouaient dans la fraîcheur du courant, au terme d’une journée active et bien remplie. La plume luisante, les oiseaux disparurent soudain dans l’ombre du sous-bois et seul leur pépiement témoignait de leur gaieté.
Je fus saisi d’un violent désir de me laver à mon tour, de me purifier dans cette eau claire, fraîche et joyeuse qui me débarrasserait des poussières du chemin. J’aurais voulu me sentir propre et léger comme ces oiseaux. Je les enviais et songeais aussi combien notre condition est semblable à la leur car, pas plus que l’oiseau, l’homme ne peut vivre une seule journée sur terre sans se salir. Où que nous allions, quoi que nous fassions, l’air transportera des poussières et des germes qui se colleront à notre peau. Notre corps lui-même produira des déchets. Mais rien ne résiste, au terme de la journée, à un bon bain et l’eau qui ruisselle entraîne bien loin toutes les impuretés. Notre peau respire de nouveau. On se sent propre et rafraîchi. Je comprenais mieux pourquoi les hommes chantent sous la douche.
Se laver. Se débarrasser de ce qui est contaminé. Sagesse élémentaire.
Je pensais qu’il n’existe pas, dans le monde médical, de découverte scientifique qui puisse se comparer en importance à cette simple mesure d’hygiène. L’ignorance de cette loi élémentaire a coûté la vie à des millions d’êtres humains. Elle a permis à des fléaux de se propager à travers des continents entiers. Au Moyen Âge, l’Europe fut décimée pour avoir ignoré que l’homme doit se laver, purifier son corps et ses vêtements lorsqu’ils sont contaminés.
Mieux encore, il n’y a guère plus d’un siècle que le monde médical a admis, non sans de vives résistances, cette vérité élémentaire. À Vienne, au siècle dernier, les sommités médicales de l’époque ont chassé du pays le Dr Semmelweiss, un médecin juif hongrois qui avait eu la folie de prétendre qu’il était nécessaire de se laver les mains avant d’aller accoucher ou ausculter les femmes en couche lorsqu’on venait de disséquer un cadavre. L’ignorance et l’entêtement des médecins de l’époque a entraîné la mort de milliers de femmes et de nouveau-nés. Quant au médecin juif, il fut déclaré fou et interné. Ironie suprême, une société chrétienne refusait de se conformer à une loi mosaïque et devait en payer le prix, tout comme les juifs de l’Ancien testament qui négligeaient d’observer la loi de Moïse. Car la Torah enseigne qu’il faut se laver, se purifier avec l’eau et brûler les vêtements contaminés.
L’eau est un symbole de purification. Que l’on cesse d’en user pour notre corps et il se couvrira de crasse. Notre peau nourrira une multitude de germes et de microbes. La vermine s’installera dans nos vêtements, nous sentirons mauvais et on s’éloignera de nous.
Il en est ainsi des choses de l’esprit. Car le monde est spirituellement contaminé. La saleté de l’esprit, c’est ce que les religions chrétiennes appellent le péché; elle est tout autour de nous - elle est aussi dans notre cœur.
Il n’est pas possible de côtoyer les hommes sans en être sali. Il n’est pas possible de vivre sans engendrer nous-mêmes la saleté du péché. C’est la condition de l’homme séparé de Dieu.
Jésus, après avoir trop longuement fréquenté les hommes, éprouvait le besoin de se retirer, de s’éloigner d’eux. Il partait seul, le plus loin possible, souvent au désert ou sur une montagne et là, il priait. Il se tournait vers son Père. Il conversait avec lui et se lavait l’esprit des impuretés du monde. Il reprenait des forces et redescendait de la montagne propre, rafraîchi, régénéré.
Jésus priait souvent. Presque toujours seul. D’ailleurs, la seule fois où il a demandé à ses amis de prier avec lui, ils se sont endormis - tout comme nous.
Comme toujours, Jésus nous montre la voie. En l’imitant, nous devenons forts nous aussi. Notre esprit est lavé de ses souillures. Il devient sain et résistant aux maladies spirituelles qui affligent l’humanité.
Protégeons-nous de la lèpre. Lavons-nous le corps, mais lavons-nous aussi l’esprit par la prière
Prier, c’est tourner son regard vers Dieu. Dieu, c’est la Loi, le Bien, la Vie, le Principe incréé que nul homme vivant ne peut voir mais que Jésus nous a fait connaître. Il se manifeste par un flot, une rivière d’amour qui déferle sur nous et nous purifie lorsque nous disons, à l’exemple du Fils,
Père, mon Père, notre Père à nous, les hommes, qui sommes tous frères, ma volonté c’est que tous nous reconnaissions que tu es le Bien suprême, la perfection de l’Être.
Que ton Nom soit sanctifié. Je veux que tu règnes sur le monde; que ta volonté, qui est la perfection de l’amour, soit manifestée ici comme dans ton royaume.
Je crois en toi et je sais que tu es bon. Je te demande de veiller sur mon corps, de le nourrir et de le vêtir. Veille aussi sur mon esprit. Purifie-le et donne-lui à manger. Sa nourriture, c’est ta Parole et Ton Fils dans l’Eucharistie.
Ta loi est inflexible. Elle déclare que je serai pardonné dans la mesure même où je pardonne aux autres. Je dis que cette loi est juste et belle. Je l’accepte de tout mon cœur et je te prie de m’aider à l’observer.
Père, je comprends qu’il est nécessaire que je sois mis à l’épreuve. Toute la vie m’enseigne la sagesse de cette vérité. Mais quand vient le temps de l’épreuve, soutiens-moi, car Toi seul est ma force. Si je me détourne de Toi, si je doute, je sombre.
Je te parle ainsi à l’exemple de celui que tu m’as envoyé, ton Fils, Jésus le Christ. J’ai reconnu sa voix et je perçois faiblement l’immensité d’amour dont sa Vie et sa Mort témoignent parmi nous.

La sexualité


Il n’y a pas, dans l’Occident dit chrétien, de bourbier comparable à celui dans lequel la sexualité s’est enlisée. Les théories freudiennes ne pouvaient prendre naissance et se développer que dans une culture où la sexualité avait été pervertie jusqu’à devenir pathologique. Le miroir freudien reflétait le visage de l’homme occidental.
On est toujours puni par où l’on a péché. Aussi l’Occident chrétien obnubilé par la sensualité en est-il devenu la proie au point de ne plus pouvoir et de ne plus savoir en jouir. C’est toujours la même chanson, l’homme perd ce qu’il ne veut pas lâcher, alors que c’est en donnant qu’il recevrait : En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ces temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers.
De tous les plaisirs des sens, l’acte conjugal est celui qui se rapproche le plus de ce que l’on est convenu d’appeler l’extase mystique. Jean de la Croix nous apprend qu’il n’est pas rare que le désir d’union avec le divin s’accompagne de sensations. Ce phénomène est connu et, comme le souligne Jean de la Croix, il est le fait de ceux qui n’ont pas encore traversé la nuit des sens et ne sont pas encore en paix avec leur sensualité. Et qui n’avance pas recule. Que ceux qui ont des oreilles entendent.
De là les paroles de Jésus à propos de ceux qui se font eunuques - qui deviennent maîtres de leur sexualité - pour le Royaume.
Comme tout ce que la Terre offre de bon, l’amour physique est admirable et constitue, comme toute chose bonne, un chemin pour aller vers Dieu. Mais un chemin n’est qu’un chemin. Il mène à la maison mais il n’est pas la maison.
Les amants enlacés connaissent bien cette indicible ivresse alors que chacun aspire à se fondre dans l’autre pour ne plus former qu’une seule chair. Il leur vient le désir de se consumer dans cette étreinte, pour l’éternité. Ce désir ne peut être assouvi que spirituellement. D’où la morosité qu’engendre l’amour physique qui n’est que le symbole de l’union de la créature avec son Créateur dont nous parle le Cantique des Cantiques. On comprend pourquoi cette union est incommunicable : il est plus facile d’expliquer la lumière à un aveugle que de décrire l’infinie splendeur de l’union spirituelle.
La vision occidentale de la sexualité est gravement faussée et pervertie, et la misère est immense à cet égard, même parmi les chrétiens dont beaucoup seraient scandalisés si on leur disait : Époux, avant l’étreinte, joignez vos esprits dans une prière commune à Dieu, hors de qui rien n’existe et qui n’est étranger à rien, afin qu’il bénisse votre union, prémices de votre union spirituelle avec lui. Et ceux qui n’en seraient pas scandalisés avoueront n’y avoir jamais pensé.
Ce qui n’est pas surprenant quand on sait la confusion qui a longtemps régné dans l’Église à ce sujet. Il est effarant de penser que pour la majorité des chrétiens, le péché d’Adam fut d’avoir fait l’amour avec Ève : pensons à ce qu’évoque l’idée de croquer la pomme dans la conscience populaire...
La chasteté est sublime, mais c’est un combat redoutable. Jésus enseigne : avant d’aller au combat, mesurez vos forces; avant de vider et de balayer votre maison, assurez-vous que l’Esprit viendra y demeurer; avant de rejeter les petits poissons, soyez certains d’avoir découvert le gros qui vous fera tenir tous les autres pour peu de chose. La méconnaissance de cette sagesse élémentaire peut faire bien des malheureux.
Si Jésus et Paul après lui enseigne que certains se font eunuques pour le Royaume et qu’il et bon que l’homme s’abstienne de la femme, c’est qu’il est bon de ne pas gaspiller sa force, car la chasteté confère une force qu’il est bon d’acquérir pour supporter la puissance de l’Esprit. L’Esprit Saint est une force. Personne, sinon Jésus, n’aurait pu supporter la force de l’Esprit qui descendit sur lui devant Jean le Baptiste. Paul la connaissait cette force qui l’a terrassé et rendu aveugle. Les apôtres aussi, au jour de la Pentecôte, ont éprouvé la force de l’Esprit alors que toute la maison en a tremblé. Il n’y a que les imbéciles qui ne savent pas que l’Esprit peut les terrasser.
Un autre imbroglio : l’homme et la femme. Les chrétiens n’y comprennent plus rien. Quand on leur lit ce que disent les Écritures, et surtout les Lettres de Paul sur le mariage, ils ont envie de se cacher sous la table.
C’est que le malentendu est profond. En effet, selon ce qui est écrit, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : Le jour où Dieu créa l’homme, il le fit à la ressemblance de Dieu, mâle et femelle il les créa. Il les bénit et les appela du nom d’homme au jour de la création. (Gn 5.1)
Dieu est Esprit et selon l’Esprit, c’est-à-dire en vérité et éternellement - et non selon les apparences de la chair, qui est mortelle - l’homme est mâle et femelle, à l’image de Dieu : Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa. (Gn 1.27)
La séparation entre le mâle et la femelle, et le mariage entre le mari et la femme, sont le résultat du péché et de la chute, comme nous le confirme Jésus : Ceux qui appartiennent à ce monde-ci prennent femme ou mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari. C’est qu’ils ne peuvent plus mourir, car il sont pareils aux anges : ils sont fils de Dieu, puisqu’ils sont fils de la résurrection. (Lc 20.35-36)
Ici-bas, en chacun de nous, homme ou femme selon la chair, il y a le mâle et il y a la femelle, l’homme et la femme. En chaque être humain, homme ou femme, c’est l’élément femelle qui devient l’agent de la tentation : La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. (Gn 3.6)
Le véritable mariage, c’est l’union indissoluble et spirituelle du mâle et de la femelle qui se prépare ici-bas mais ne se consomme que là-haut. Ce sont les noces spirituelles de l’amant et de l’amante, chantées par le Cantique des Cantiques, qui s’unissent pour devenir une seule chair - la chair selon l’Esprit dont parlait Jésus lorsqu’il disait : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Et l’homme alors ne séparera plus ce que Dieu a uni.
Comme toutes les aventures terrestres, le mariage en ce monde est une illusion s’il ne devient un chemin qui mène à l’union véritable, un prélude à l’hymen du Cantique des Cantiques : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à (...) sa femme, (...) il ne peut être mon disciple. (Lc 14.26).
C’est à la lumière de ces vérités spirituelles que les paroles de Paul prennent tout leur sens et demeurent vraies aujourd’hui comme hier :

Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme. Qu’elle se tienne donc en silence. C’est Adam en effet qui fut formé le premier. Ève ensuite. Et ce n’est pas Adam qui fut séduit, mais c’est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression.

Se soumettre au mâle, c’est suivre la voix de Dieu en soi, ou dans le conjoint. Si le mâle parle par la femme, que l’homme la suive. C’est ce que fit Joseph.
Il y a entre le monde d’en haut et le monde d’en bas de grandes similitudes et ce n’est pas un hasard si l’on né homme ou femme. Chacun vient au monde dans l’état le plus propre à son développement spirituel, qui est le but de toute existence. Si, comme le dit saint Paul, la femme ne doit ni enseigner ni dominer l’homme, on comprendra que les mariages les plus parfaits ici-bas sont ceux qui se conforment à ce modèle spirituel :

Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles. Enfants, obéissez à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. (Col 3.1821)

Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres; femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé son Église et s’est livré pour elle; il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole; il a voulu son Église sainte et irréprochable. C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s’aime lui-même. Jamais personne n’a pris sa propre chair en aversion; au contraire, on la nourrit, on l’entoure d’attentions comme le Christ fait pour son Église; ne sommes-nous pas les membres de son corps? C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église. (Ep 5.21-32)

Comprenne qui peut comprendre.
L’homme et la femme qui ont faim et soif de Vérité ne peuvent pas plus trouver l’absolu dans le mariage que dans n’importe quelle autre entreprise humaine, si elle n’est pas spiritualisée.
Tel qu’il est engagé, sans relation avec l’Être spirituel, le problème du mariage, de l’égalité des sexes et des relations entre l’homme et la femme, est sans issue.

La connaissance


Toute connaissance scientifique est momentanée, toujours sujette à révision et en constante évolution. L’esprit véritablement scientifique ne peut affirmer qu’une chose : tout se passe comme si... Mais toute science est vaine et l’homme ne sait rien s’il n’a appris d’où il vient, qui il est, pourquoi il est sur terre, ce qu’il doit y faire et où il va.
En chacun de nous il y a deux hommes : le vieil homme et l’homme nouveau, l’homme selon la chair et l’homme selon l’Esprit. Par l’homme spirituel, l’homme du souffle de l’Esprit, nous apprenons que nous venons de Dieu, que nous sommes fils de Dieu mais séparés du Père comme le fils prodigue et que nous pouvons, comme lui, retourner vers notre Père. Nous savons cela parce notre Père a envoyé son Fils, Jésus, qui nous a rachetés au prix de son Sang. Nous avons entendu sa parole et reconnu sa voix. En adhérant librement à sa parole nous redevenons dignes de retrouver notre qualité première d’enfants de Dieu. Mais d’abord il faut l’adhésion.
Il en est fait ensuite selon ce que nous avons cru et chacun trouve les preuves qu’il veut trouver, car la liberté de chacun est préservée. Il en est ainsi pour toute cosmologie, tout système, toute grille, toute interprétation de l’univers et de l’homme.
Tel penseur, prophète, philosophe, fondateur de religion vous séduit : d’abord, vous adhérez à sa parole. Ensuite, les preuves s’accumulent - car il en est fait selon ce que vous avez cru. De là l’irréductibilité des doctrines et la conviction des adhérents.
Celui qui nie le Père, c’est-à-dire celui qui n’accomplit pas la Parole du Père mais adhère à la parole d’un autre, celui-là devient fils de l’esprit qui était en cet autre. S’adressant aux scribes et aux pharisiens hypocrites, Jésus déclare : Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes.
Toute explication ou interprétation de l’univers et de l’homme est une doctrine - quelles que soient ses prétentions scientifiques - et celui qui nie le Père, le Fils et l’Esprit pour adhérer à une doctrine devient fils de l’esprit qui l’a engendrée. Il est déjà mort.
Mais ne nous y trompons pas : ceux qui ont fait l’expérience de Dieu, tels les apôtres lorsque l’Esprit descendit sur eux, ou Paul, lorsqu’il fut aveuglé par la Lumière, atteignent un degré de certitude, un absolu dans la connaissance qui dépasse infiniment celui de l’homme de science. Et on reconnaît l’arbre à ses fruits.

Simplicité


Quelle confusion dans le monde! Tout est si simple, pourtant. Mais comment faire comprendre aux hommes que tout a un sens, que tout s’ordonne selon une loi immuable à laquelle rien dans la création, ni homme ni bête, ni roc ni arbre, ne peut se soustraire?
Tout est soumis à la loi éternelle de l’Amour, et l’homme ne peut trouver la paix et la joie que dans l’accomplissement de cet impératif divin. L’homme né, vit et meurt uniquement dans ce but. Venir dans le monde, c’est avoir le privilège inestimable de pouvoir se conformer à la volonté divine, c’est-à-dire d’avoir la possibilité de devenir divin.
Il n’y a pas d’autre raison de vivre que de devenir un avec Dieu. Non pas que l’homme devienne le Tout. Mais il devient un avec le Tout, partie du Tout, coexistant, coéternel, cocréateur avec le Tout.
Comment faire comprendre aux hommes le prix de cet héritage auquel ils ont droit? Comment les hommes peuvent-ils ne pas le comprendre?
N’est-il pas lumineusement évident que pour être un avec Dieu il faut que l’humain meure et que le divin le remplace? Il faut qu’Il croisse et que je diminue, disait Paul.
N’est-il pas évident que la vie nous est donnée précisément pour cela, que nous devenions parfaits - comme le Père céleste est parfait - afin que nous soyons capables et dignes de participer à sa divinité?
La vie nous est donnée pour que Dieu croisse en nous, qu’Il croisse jusqu’à occuper toute la place afin que nous aussi nous continuions de croître éternellement en Dieu - car Dieu est croissance et création éternelles. Chaque homme a sur la terre une course à courir et chacun peut être vainqueur, car c’est lui-même que l’homme combat. Au vainqueur revient une gloire telle que toutes les misères et les souffrances de la course sembleront dérisoires au prix de la victoire. La perfection, condition de la victoire, n’est pas hors de notre portée. L’identification au Christ en est le chemin.
0 Dieu, que ces vérités sont claires et simples! Mais c’est avec les yeux de l’âme qu’on peut les percevoir. Et les yeux de l’âme perdent leur faculté dans la mesure exacte où le comportement de l’homme s’éloigne de la loi divine, la loi de l’amour de Dieu et du prochain.
Voilà pourquoi celui qui agit contrairement à cette loi est dans l’obscurité. Il s’enfonce toujours plus avant dans les ténèbres, car il n’a plus d’yeux pour voir la lumière. La comparaison est rigoureuse car Dieu est Lumière et la meilleure façon de se représenter le Christ, venu parmi les hommes pour éclairer les hommes, c’est de l’imaginer comme une source de lumière, plus éclatante et plus douce à la fois que le soleil de midi. Qu’il est facile de prétendre que ce sont là de belles paroles, que la vie est bien différente, que cette loi est inapplicable et que tout cela n’est qu’un rêve insensé.
Qu’il est facile d’invoquer ceci et cela, de montrer que le monde est cruel, injuste, livré au hasard; que l’homme ne peut compter que sur lui-même, qu’il faut se défendre, que le mal triomphe.
C’est que l’homme est rigoureusement soumis à la Loi, qui est Dieu. Il récolte ce qu’il a semé.
Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment cela pourrait s’appliquer aux enfants qui meurent, aux victimes innocentes des guerres et des catastrophes. Mais pour comprendre le plan divin il faudrait d’abord des yeux pour voir l’ensemble du projet, et nous sommes aveugles.
Il nous reste pourtant suffisamment de lumière et de vision pour savoir, profondément, que dans nos vies cela se vérifie. Nous savons bien que nous ne pouvons connaître la liberté, la joie et la paix, en dehors de la loi divine de l’amour. C’est cela, la Vérité. Et tout homme en possède une parcelle. Le Christ la possédait toute. C’est pourquoi, devant l’aveugle de naissance, il put affirmer : Cet homme est né aveugle pour que la gloire de Dieu soit manifestée dans le monde. Seuls ceux qui avaient des yeux et des oreilles - yeux et oreilles de l’âme - pour voir et pour entendre, purent comprendre ses paroles.
La Vérité est simple. Il y a une Loi, qui est Dieu, qui est Amour. Tout homme qui consacre ses forces - le peu qu’il possède de forces - à la recherche de cette Vérité, voit peu à peu, dans la patience, tous les autres problèmes s’ordonner et se résoudre.
Cherchez d’abord -premièrement- le Royaume de Dieu et sa Justice. Tout le reste vous sera donné par surcroît. Cela est vrai, absolument.

Contemplation


Le non-agir et le non-dire sont la forme parfaite de l’adoration. C’est la contemplation. La seule chose qui soit vraiment nécessaire. Elle consiste en une disposition d’esprit illustrée par Marie assise aux pieds du Seigneur et écoutant sa parole.
Le contemplatif, telle Marie, peut vivre dans le monde et passer inaperçu, même des esprits religieux qui se méprennent souvent sur lui et lui reprochent son apparente inaction.
Il ne se démène pas comme un beau diable pour faire le bien. Il ne se perd pas en discussions pour " prêcher la parole ". Mais quoi qu’il fasse ou quoi qu’il dise, il a l’esprit tourné vers Dieu Il est toujours assis aux pieds du Seigneur et il écoute. Il se tait et il écoute. Se taisant et n’agissant pas, il connaît que Dieu est Dieu : Tais-toi, et connais que je suis Dieu.
Il est toujours dans la joie et dans la paix que nul ne peut lui ôter, sinon lui-même. Le vent du monde souffle autour de lui et l’incline parfois, mais tel un poussah lesté de Dieu, il reprend vite sa position verticale, semblable à la flèche d’un clocher dressée ver le ciel.
Il ne connaît plus la peur ni le doute angoissant, car il est mort à lui-même et ce n’est plus lui qui vit mais Dieu qui vit en lui. Parmi les hommes, il passe souvent inaperçu car il est Lumière et il est Vérité. Pour le voir et pour l’entendre, il faut avoir des yeux qui voient et des oreilles qui entendent. Parce qu’il est intelligent - selon l’Esprit mais non selon le monde qui le tient pour sot - sa seule ambition est la docilité : Père, que ta volonté soit faite et non la mienne.
Ce qu’il a à dire, il le dit. Puis il se tait. Ce qu’il a à faire, il le fait. Puis il s’en va. Car le non-agir et le non-dire ne sont pas le rien-faire et le rien-dire. Il est le contraire du paresseux et du lâche. Il est le bon ouvrier.

Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part; elle ne lui sera pas enlevée.

Marthe et Marie sont en chacun de nous. Et l’une et l’autre sont nécessaires à la vie. Merveille des merveilles, la paix et la joie de la contemplation ne sont pas troublées par les exigences de la vie active.

L’épreuve


Il faut apprendre la valeur de l’épreuve et ne pas repousser la croix qui nous élèvera jusqu’à Dieu. De toute façon, disait le curé d’Ars, vous souffrirez... Il faut plutôt bénir les épreuves; elles sont nécessaires à la croissance spirituelle, car la foi en l’Amour subit l’épreuve du feu.
C’est dans un combat que nous sommes engagés dont l’enjeu est la possession de notre âme. Dans ce combat, l’arme la plus sûre est la croix. Celui qui est résolu à tout perdre, à tout donner, à tout souffrir pour ce bien supérieur qu’est son âme et par amour pour Dieu, celui-là devient alors invincible. Et souvent le combat se gagne par défaut, car le Seigneur ne nous impose rien qui soit inutile et pas un cheveu ne tombe sans sa permission
Plus l’homme peut souffrir en gardant intact son amour pour Dieu, plus il devient semblable à lui, infiniment bon et infiniment libre. C’est pourquoi il est juste et bon de remercier Dieu dans l’épreuve comme dans la joie.
Tel un fils obéissant il faut dire :

Père, si c’est possible, éloigne de moi cette épreuve, mais que ta volonté soit faite et que ta rigueur et ta sévérité soient bénies. Donne-moi la force de supporter la force de ta correction. Tue en moi le vieil homme, Seigneur, et qu’il ne reste plus rien en moi qui puisse te faire obstacle. Brûle-moi, humilie-moi, car c’est au feu qu’on éprouve l’or et au four de l’humiliation ceux qui sont agréés par Dieu.

Seigneur, j’aspire à te servir, à n’être pour toi qu’un instrument de grâce. Utilise-moi. Fais de moi ce qu’il te plaira car ta volonté est sainte et tes actions parfaites. C’est en donnant tout qu’on obtient tout et comment pourrais-je ne pas tout désirer de toi. Seigneur, fais en moi le vide afin que je sois comblé.

Éloigne de moi, Seigneur, tout ce qui n’est pas toi. Sois mon Père car je veux être ton enfant.

Toutes les vérités des Évangiles qui nous paraissent si dures, si difficiles à accepter, sont pourtant simples et élémentaires. Que de choses Jésus aurait-il encore pu dire à ses disciples qu’ils n’étaient pas encore en mesure de recevoir
La pitié envers soi-même est une insulte envers soi-même. Qui se plaint pèche, disait saint François de Sales.

Vérités éternelles


Freud était convaincu que tout jeune garçon souhaite tuer son père parce qu’il entretient un secret désir pour sa mère . Il citait l’histoire d’Œdipe à l’appui de sa thèse et fabriqua le " complexe d’Œdipe " qui fit florès. La vérité est pourtant tout autre et dément également la justification de l’homosexualité par l’antiquité grecque.
Europe était fille du roi de Tyr, Agénor, et fut enlevée par Zeus transformé en taureau. Agénor dépêcha ses fils à la recherche de leur sœur. Parmi ces fils, il y avait Cadmos, qui abandonna la recherche pour épouser Harmonie et fonder Thèbes.
L’arrière-petit-fils de Cadmos s’appelait Laïos. Pendant sa minorité, le royaume de Thèbes tomba aux mains d’usurpateurs et Laïos dut s’exiler en Élide, à la cour du roi Pélops, où il devint amoureux de Chrysippos, le fils du roi. Ce fut le commencement des amours contre nature et cette perversion lui valut d’être chassé et maudit par le roi Pélops.
Laïos revint vers Thèbes pour reprendre possession de son royaume. Mais la malédiction de Pélops lui interdisait d’engendrer. S’il passait outre, l’enfant qu’il engendrerait tuerait son père et serait la cause d’interminables malheurs pour toute la famille.
Laïos défia la malédiction et engendra Œdipe. Pour se soustraire à la prédiction, il ordonna que l’enfant fût abandonné dans la montagne et livré aux éléments. Mais Œdipe fut recueilli par des bergers et, devenu adulte, il résolut de connaître l’identité de ses parents en interrogeant l’oracle de Delphes. C’est en se rendant à Delphes qu’il rencontra Laïos et le tua sans savoir qu’il devenait parricide. Poursuivant sa route vers Thèbes, Œdipe débarrassa la ville du Sphinx et fut sacré roi en épousant Jocaste, la femme de Laïos, sa propre mère.
Lorsqu’ils apprirent la vérité, Œdipe se creva les yeux et Jocaste se pendit. La malédiction produisait ses effets et une multitude d’autres catastrophes s’abattirent sur cette famille pendant des générations. C’est également à cette malédiction - fruit des amours contre nature - que se rattachent la mort d’Antigone et la destruction de Thèbes.
En affirmant que l’acte homosexuel est une perversion, un acte contre nature, l’Église ne fait que redire ce que la sagesse humaine affirme de toute antiquité.

La foi


C’est folie de penser que la foi est aveugle, car toute foi est mise à l’épreuve pour devenir solide comme le roc et plus lumineuse que le soleil. Dieu est plus près de nous que notre main droite et notre foi augmente dans l’exacte mesure où elle est manifestée. Nous n’aurons de preuve de l’existence de Dieu que lorsque nous l’aurons trouvé par la foi.
Mais il est vrai que la Vérité qui illumine tout homme n’est accessible que par l’Esprit. Quand Pierre dit à Jésus: Tu es le Messie, Jésus lui répond qu’il ne pouvait connaître cette vérité que par l’Esprit. Or l’Esprit ne peut opérer en nous que si nous le lui permettons. Dieu respecte infiniment l’homme et c’est toujours ce dernier qui choisit. La puissance de l’Esprit n’est limitée que par notre foi. Avec elle, nous pouvons déplacer les montagnes.
On comprend dès lors que l’homme qui dit non à l’Esprit soit incapable d’accepter la parole de Vérité et que sa raison puisse si facilement la tourner en dérision. C’est sans doute là le péché contre l’Esprit dont Jésus nous dit qu’il est le seul qui ne peut être pardonné.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, raillait Voltaire. Et pourtant, si inacceptable que cela puisse paraître à la raison humaine, tout ce qui nous advient a pour unique objet de nous ramener à Dieu pour être un avec lui. Dure Vérité, accessible seulement à l’homme du souffle, l’homme spirituel, mais caché à l’homme psychique, l’homme de ce monde.
L’homme laissé à sa seule nature n