PIE XII
- Les devoirs de la femme dans la vie sociale et politique. Allocution prononcée le 21 octobre 1945.
- Discours de Pie XII au Ve Congrès international de psychiatrie et de psychologie clinique, le 13 avril 1953.
LES DEVOIRS DE LA FEMME
DANS LA VIE SOCIALE ET POLITIQUE
Votre présence en aussi grand nombre autour de Nous, à l'heure actuelle, est toute significative, mes filles. Car si Nous sommes toujours heureux de vous recevoir, de vous bénir et de vous donner Nos conseils paternels, il y a une circonstance de plus pour que, à votre propre demande Nous traitions un sujet de primordial intérêt et de première importance: les devoirs de la femme dans la vie sociale et politique. Pour Notre part, Nous saisissons avec plaisir une telle occasion, car, l'agitation fiévreuse de notre époque de surmenage et davantage l'incertitude du lendemain ont placé la femme au premier plan dans les programmes tant des amis que des ennemis du Christ et de l'Église.
LE PROBLÈME DE LA DIGNITÉ DE LA FEMME
Disons tout d'abord que pour Nous le problème féminin, considéré dans son ensemble et dans tous ses nombreux aspects, se résout lui-même dans la préservation et l'accroissement de la dignité que la femme a reçue de Dieu. Pour Nous, assurément, ce n'est pas un problème qui est simplement ou économique, éducationnel ou biologique, politique ou démographique, c'en est plutôt un qui, en dépit de sa complexité, repose entièrement sur la façon de maintenir et de renforcer cette dignité de la femme, surtout aujourd'hui, dans les circonstances où la Providence nous a placés.
Envisager cette question de toute autre manière ou la considérer exclusivement sous un des aspects que Nous venons de mentionner équivaudrait à l'éluder sans avantage pour quiconque, et encore moins pour la femme elle-même. La détacher de Dieu et de l'ordre de choses que le Créateur a si sagement établi par les soins de Son
auguste Volonté, c'est perdre de vue le point essentiel du problème, qui est la dignité de la femme, cette dignité qu'elle tient de Dieu et en Dieu.
Aussi s'ensuit-il que ces systèmes ne peuvent pas traiter convenablement des droits de la femme qui excluent Dieu et Sa loi de la vie sociale et qui donnent tout au plus aux préceptes ou à la religion une place quelconque dans la vie privée de l'homme.
Vous, cependant, qui ne vous vous arrêtez pas aux mots d'ordre verbeux et vides par lesquels certaines gens voudraient diriger le mouvement de défense des droits de la femme, vous vous êtes organisées et unies, femmes et filles catholiques, pour connaître davantage les besoins naturels et les véritables intérêts de votre sexe.
LES CARACTÉRISTIQUE DES DEUX SEXES
ET LEUR MUTUELLE COORDINATION
Quelle est donc alors cette dignité que la femme a reçue de Dieu ? Posez la question à la nature humaine telle que formée par Dieu, ennoblie et sauvée dans le sang du Christ.
Dans leur dignité d'enfants de Dieu, l'homme et la femme sont absolument égaux en ce qui a trait à la fin dernière de la vie humaine, c'est-à-dire leur immortelle union avec Dieu dans la béatitude du ciel. C'est l'inaltérable gloire de l'Église d'avoir placé ces vérités au grand jour et à une place de choix et d'avoir ainsi libéré la femme d'un esclavage dégradant et dénaturé. Mais un homme et une femme ne peuvent maintenir et parachever cette dignité qu'en respectant et en vivifiant les qualités fondamentales que la nature a transmises à chacun d'eux; qualités physiques et spirituelles qu'on ne peut éliminer, qu'on ne peut renverser sans que la nature elle-même n'en rétablisse l'équilibre. Ces qualités caractéristiques qui différencient les deux sexes sont si évidentes à tous que seul un aveuglement voulu ou une doctrine utopique non moins néfaste peuvent faire négliger ou ignorer dans la pratique leurs conséquences dans les relations sociales.
Les deux sexes, par les grandes qualités qui les distinguent, se complètent l'un et l'autre de telle façon que leur coordination apparaît dans chaque état de la vie sociale. Nous ne parlerons ici que de deux de ces états à cause de leur importance spéciale: l'état du mariage et l'état du célibat embrassé volontairement en accord avec les conseils évangéliques.
L'ÉTAT DU MARIAGE
Les effets du vrai mariage comportent plus que les enfants, quand Dieu en accorde aux époux, mais aussi des avantages matériels et spirituels que l'humanité tire de la vie de famille. Tout le monde civilisé, toutes ses ramifications, les peuples et les relations entre les peuples, l'Église elle-même - en un mot tout ce qui est vraiment bon dans le genre humain - en retirent d'heureux résultats quand cette vie de famille est ordonnée et florissante et quand les jeunes s'y destinent, l'honorent et l'aiment comme un idéal sacré.
Mais quand les deux sexes, oublieux de cette harmonie intime voulue de Dieu et établie par Lui, s'adonnent à un individualisme perverti, quand leurs relations mutuelles sont sous la gouverne de l'égoïsme et de la. convoitise, quand ils ne collaborent pas d'un commun accord au bien de l'humanité conformément aux desseins de la Providence et de la nature, quand les jeunes, repoussant leurs responsabilités par leur conduite et leur esprit frivoles naïfs, se rendent physiquement et moralement inaptes au saint état du mariage, le bien commun
aussi bien dans l'ordre temporel se trouve gravement compromis et l'Église de Dieu elle-même tremble non pas pour son existence - car elle a le gage des promesses divines - mais pour l'accomplissement de sa mission
LE CÉLIBAT VOLONTAIRE EN ACCORD
AVEC LES CONSEILS ÉVANGÉLIQUES
Mais laissez-Nous rappeler que, à venir presque jusqu'au vingtième siècle, à chaque génération, des milliers d'hommes et de femmes parmi les meilleurs, pour suivre les conseils du Christ, ont renoncé volontairement à la douceur de fonder leur propre famille et aux devoirs et aux droits sacrés de la vie matrimoniale. Cela a-t-il nui au bien commun des nations et de l'Église? Au contraire, ces âmes généreuses reconnaissent l'union des deux sexes dans le mariage comme un bien de grande valeur. Mais s'ils abandonnent la voie ordinaire et les sentiers battus, ils ne les désertent pas, mais se consacrent plutôt au service de l'humanité dans le mépris total d'eux-mêmes et de leurs propres intérêts pour se livrer à une action plus vaste, plus généreuse, universelle. Regardez ces hommes et ces femmes: voyez-les se vouer à la prière, à la pénitence, s'occuper à l'instruction et à l'éducation des jeunes et des ignorants, se pencher sur le lit des malades et des moribonds, se faire les confidents de toutes leurs peines et de toutes leurs faiblesses, les soulager, les éclairer et les sanctifier.
LA JEUNE CATHOLIQUE
QUI DE PLEIN GRÉ RESTE CÉLIBATAIRE
Quand on pense aux jeunes filles et aux femmes qui, de leur plein gré, renoncent au mariage pour se consacrer à une vie supérieure de contemplation, de sacrifice et de charité, un mot vient aux lèvres qui explique tout: la vocation. C'est le seul mot puisse décrire un sentiment aussi doux. Cette vocation, appel de l'amour, est ressentie de bien des manières correspondant aux infinies modulations de la voix de Dieu. Ce peut être un appel tout-puissant, une invitation pressante et affectueuse ou une douce impulsion, mais la jeune catholique aussi qui, de force, demeure célibataire, non moins confiante que la Providence, notre Père du Ciel, reconnaît dans les vicissitudes de la vie les appels du Maître : "Le Maître est venu et t'a appelée" (Jn XI). Elle écoute, elle sacrifie le grand rêve de son adolescence et de sa jeunesse - avoir un compagnon fidèle dans la vie et élever une famille. Et exclue du mariage, elle reconnaît sa vocation. Alors d'un cœur triste mais soumis, elle se donne, elle aussi, à la tâche de bonnes œuvres nobles et plus diversifiées.
LA MATERNITÉ:
FONCTION NATURELLE DE LA FEMME
Dans les deux états de vie, la sphère d'action de la femme apparaît clairement dans les qualités, le tempérament et les dons particuliers à son sexe. Elle collabore avec l'homme mais d'une manière propre, selon sa tendance naturelle. Aussi la fonction de la femme, sa façon de vivre, sa disposition naturelle, c'est la maternité. Chaque femme est faite pour être mère : mère dans le sens physique du mot, ou mère dans le sens plus spirituel, plus exalté, mais non moins réel du mot.
Dans ce dessein, le Créateur a organisé tout l'être de la femme: sa structure organique sans doute, mais davantage son esprit et surtout sa sensibilité délicate. Aussi une vraie femme voit-elle tous les problèmes de la vie humaine dans la perpective de la famille. C'est pourquoi, le sentiment délicat de sa dignité la pousse à se mettre en garde chaque fois qu'un ordre social ou politique menace de porter préjudice à sa mission de mère ou au bien de la famille.
Et malheureusement il en est ainsi de la situation sociale et politique aujourd'hui, elle peut même devenir de plus en plus précaire pour la sainteté du foyer et pour la dignité de la femme. C'est votre heure, femmes et filles catholiques. La vie publique a besoin de vous. A chacune d'entre vous, on peut dire: Tua res agitur, Votre destinée est en jeu (Horace, Épîtres, 1-18-84).
LA SITUATION SOCIALE ET POLITIQUE ACTUELLE
EST DÉFAVORABLE À LA SAINTETE DE LA FAMILLE
ET À LA DIGNITÉ DE LA FEMME
Il n'est point besoin de discuter pour savoir que depuis longtemps déjà la situation politique a évolué d'une manière défavorable au véritable bien-être de la famille et des femmes. Plusieurs mouvements politiques se tournent vers la femme pour la gagner à leur cause. Quelques systèmes totalitaires font miroiter devant .ses yeux de merveilleuses promesses d'égalité de droits avec les hommes, de secours pendant la grossesse et les couches, de cantines publiques et d'autres services communaux pour les libérer des soins du ménage, de kindergartens publics et d'autres institutions maintenus et administrés par le gouvernement qui la relèvent de ses obligations de mère envers ses propres enfants, d'écoles libres et d'assurance maladie.
Il ne s'agit pas de nier les avantages qui peuvent découler de l'un ou de l'autre de ces services sociaux s'ils sont bien administrés. En réalité, Nous avons, en une occasion antérieure, déclaré qu'à travail égal une femme a droit aux mêmes gages qu'un homme. Mais il reste encore le point fondamental de la question à laquelle Nous avons déjà référé. La situation de la femme s'est-elle ainsi trouvée améliorée? L'égalité de droits avec l'homme a eu pour conséquence l'abandon du foyer, où elle était reine, et la sujétion au travail et aux conditions de travail de l'homme. Cette égalité entraîne la dépréciation de sa vraie dignité et du solide fondement de tous ses droits, son rôle bien caractéristique de femme et la coordination intime des deux sexes. Ainsi on a perdu de vue la fin recherchée par Dieu pour le bien de toute société humaine, spécialement pour la famille. Dans les concessions faites à la femme, on peut aisément voir, non le respect de la dignité de sa mission, mais une tentative de favoriser le pouvoir économique et militaire de l'État totalitaire à qui doit tout inexorablement se subordonner.
D'autre part, une femme peut-elle espérer un véritable bien-être d'un régime dominé par le capitalisme? Point n'est nécessaire de vous décrire maintenant les conséquences sociales et économiques qui en découlent. Vous connaissez ses caractéristiques et vous portez vous-mêmes ce fardeau: concentration excessive des populations dans les villes, augmentation constante de grandes industries qui absorbent tout, avec conséquence l'état difficile et précaire des autres, surtout l'artisanat et l'agriculture, et enfin, augmentation croissante et angoissante du chômage.
Restaurer autant que possible l'honneur de la femme et la place de la mère au foyer - c'est le mot d'ordre qu'on entend maintenant de plusieurs milieux en un cri d'alarme, comme si le monde s'éveillait terrifié par les bruits du progrès matériel et scientifique dont on se montrait naguère si fier.
Voyons les choses comme elles sont.
L'ABSENCE DE LA FEMME AU FOYER
Nous voyons une femme qui, pour augmenter les revenus de son mari, s'en va aussi à l'usine, laissant sa maison à l'abandon pendant son absence. La maison, négligée et exiguë peut-être auparavant, devient de plus en plus pitoyable par manque de soins. Les membres de la famille travaillent séparément dans les quatre quartiers de la ville et à des heures différentes. Rarement ils se rencontrent aux repas et aux heures de détente qui suivent le travail - encore moins pour la prière en commun. Que reste-t-il de la vie de famille ? Et quel attrait peut-elle offrir aux enfants ?
MAUVAISE ÉDUCATION DES
JEUNES FILLES
À d'aussi pénibles conséquences de l'absence de la mère au foyer, il faut en ajouter une autre encore plus déplorable. Elle touche l'éducation, celle de la jeune fille surtout, et sa préparation à la vie réelle. Habituée qu'elle est à voir sa mère toujours absente de la maison et la maison elle-même si triste dans son abandon,
elle sera impuissante à lui trouver quelque attrait; elle ne sentira pas la moindre inclination pour les austères soins du ménage; elle ne pourra pas s'attendre à en apprécier la noblesse et la beauté et à désirer se consacrer elle-même un jour à son rôle d'épouse et de mère.
Cela est vrai à tous les degrés et dans tous les milieux de la vie sociale. La fille de la mondaine qui voit tous les soins du ménage accomplis par la servante pendant que sa mère s'adonne à des occupations frivoles et à des amusements futiles suivra son exemple, voudra s'émanciper dès que possible et, mot tragique, voudra " vivre sa vie ". Comment peut-elle concevoir ainsi le désir de devenir une vraie femme qui soit la mère d'une famille heureuse, prospère, honorable ? ·
Dans les classes laborieuses obligées de gagner le pain quotidien, une femme, si elle a réfléchi, peut se rendre compte que souvent le salaire supplémentaire qu'elle gagne à l'extérieur se trouve englouti par les autres dépenses ou même par des pertes ruineuses pour le budget familial. La fille qui travaille à l'usine ou au bureau, assourdie par le monde excité et agité dans lequel elle vit, étourdie par le clinquant d'un luxe agréable à l'œil, assoiffée de plaisirs frivoles qui distraient, mais ne procurent ni la satiété, ni le repos dans ces salles de danses et de spectacles qui se multiplient un peu partout, souvent dans des desseins de propagande, et qui corrompent la jeunesse, devient une élégante, méprise les vieilles façons de vivre du dix-neuvième siècle. Comment peut-elle ne pas sentir l'entourage de son modeste foyer peu attrayant et plus misérable qu'il ne l'est en réalité ?
Pour trouver là de la joie, pour désirer un jour s'y établir, il lui faudrait être capable de se défaire de ses impressions naturelles par une vie spirituelle et intellectuelle sérieuse, par la puissance de l'éducation religieuse et des idées surnaturelles. Mais quelle sorte de formation religieuse a-t-elle reçue en de pareils entourages ?
Et ce n'est pas tout. Quand, à mesure que les années passent, sa mère, prématurément vieille,
et brisée par un travail pénible, par le chagrin et l'anxiété, la verra revenir à la maison à une heure avancée de la nuit, elle ne trouvera pas dans sa fille un appui et une aide, mais c'est elle plutôt qui sera la .servante de sa fille inhabituée au travail du ménage et incapable de s'y occuper. Et le père ne sera guère mieux partagé quand la vieillesse, l'infirmité et le chômage l'obligeront à recourir, pour sa maigre subsistance, à la bonne ou à la mauvaise volonté de ses enfants. Image de l'autorité auguste et sacrée du père et de la mère détrônée!
DEVOIR DE LA FEMME DE PARTICIPER À LA
VIE PUBLIQUE A L'HEURE PRESENTE
Devrons-Nous alors conclure que vous, femmes et filles catholiques, devez vous opposer au mouvement qui bon gré mal gré vous entraîne dans la carrière sociale et politique ? Certainement non.
Par-dessus les théories et les faits qui, de diverses façons, détournent la femme de sa mission et, sous le fallacieux prétexte de lui donner une liberté sans contrainte - en réalité, une misère sans espoir - la dépouillent
de sa dignité personnelle, de sa dignité de femme, Nous avons entendu le cri que la crainte fait monter de partout afin que la femme, dans toute la mesure du possible, soit activement présente à son foyer.
En fait, la femme n'est pas retenue en dehors de son foyer uniquement pas sa soi-disant émancipation, mais souvent aussi par les nécessités de la vie, par l'angoisse continuelle du pain quotidien. Il serait dès lors absolument inutile de lui prêcher le retour au foyer si des conditions telles doivent continuer de prévaloir qui font qu'elle doive sans cesse s'en éloigner. Et Nous en sommes ainsi amené à traiter du premier aspect de votre mission dans la vie sociale et politique qui s'ouvre devant vous. Votre entrée dans la vie publique fut le résultat soudain de bouleversements sociaux que Nous constations autour de Nous. Mais, négligeons-les pour le moment. On vous demande de participer à cette vie publique. Allez-vous laisser la place à d'autres, à ceux qui préconisent la ruine d'une certaine forme d'organisation sociale dont la famille est le facteur essentiel, à ceux qui collaborent à la destruction de son unité économique, juridique, spirituelle et morale? Le sort de la famille, le sort des relations humaines est en jeu. Il est entre vos mains. "Tua res agitur". Chaque femme a donc l'obligation, notez-le bien, la stricte obligation, en conscience, de ne pas se refuser, mais au contraire de passer à l'action de la façon la plus convenable à la condition de chacune afin de repousser les courants pervers qui menacent le foyer, afin de s'opposer aux doctrines qui mettent en péril ses fondements mêmes, et afin de préparer, d'organiser et de parfaire sa restauration.
A ce puissant motif qui pousse la femme catholique à entrer dans la voie qui s'ouvre maintenant à son action s'en ajoute un autre: sa dignité de femme. Elle doit collaborer avec l'homme au bien commun de l'État aux yeux duquel elle partage la même dignité que l'homme. Chacun des deux sexes doit assumer la part qui lui revient, eu égard à ses aptitudes physiques, intellectuelles et morales. L'un et l'autre ont le droit et le devoir de contribuer au bien intégral de la société et de leur pays. Mais si, d'une part, il est clair que l'homme, par son tempérament, est plus porté vers les choses de l'extérieur et de la vie publique, d'autre part, la femme, de façon générale, a plus de perspicacité et de finesse pour aborder les délicats problèmes de la vie domestique et familiale qui est la base de toute la vie sociale. Mais cela n'exclut pas la possibilité que quelques femmes donnent des preuves évidentes de talents dans tous les domaines de la vie publique.
Tout cela n'est pas tant une question de vocations distinctes et opposées, qu'une question de jugement dans la façon d'en arriver à des conclusions concrètes, pratiques. Prenons le cas des droits civils: à l'heure actuelle, ils sont les mêmes pour les deux sexes, mais avec combien plus de discernement et d'efficacité ne seront-ils pas employés si l'homme et femme en arrivent à se compléter l'un l'autre, en ce domaine. La sensibilité et la délicatesse de sentiments propres à la femme pourraient la porter à des juger des choses par ses impressions et risqueraient de troubler et de rétrécir sa claire vision des événements, sa sérénité de jugement et sa prévoyance des conséquences lointaines d'un fait, mais au contraire cette sensibilité et cette lui seraient d'un immense secours s'il s'agissait de répandre la lumière sur les besoins, les aspirations et les périls relatifs au bien-être public et privé de la vie religieuse.
LE VASTE CHAMP D'ACTION OUVERT À LA FEMME
DANS LA VIE CIVILE ET POLITIQUE D'AUJOURD'HUI
L'action de la femme a trait en grande partie aux travaux et aux préoccupations domestiques lesquels contribuent beaucoup plus qu'on ne croit généralement à satisfaire les véritables exigences des relations
sociales. Mais, ces exigences demandent en outre qu'un groupe de femmes qui peuvent donner plus volontiers leur temps à cette fin, s'y dévouent directement et entièrement.
Et quelles seront ces femmes sinon spécialement (mais Nous ne dirons pas exclusivement) celles auxquelles Nous avons fait allusion tout à l'heure: celles sur qui des circonstances inévitables ont placé une mystérieuse vocation, celles que les événements ont destinées à une sollicitude qui n'était ni dans leur vues, ni dans leurs désirs, celles-là mêmes qui semblent condamnées à une vie égoïste, futile et sans but?
Aujourd'hui, au contraire, leur mission se déploie devant elles: mission multiple, active et réclamant toutes leurs énergies, mission telle que peu femmes parmi celles qui sont retenues par les soins de la famille, par l'éducation, par les enfants ou par le joug saint de la règle conventuelle, peuvent aspirer à en remplir une semblable.
Jusqu'ici certaines de ces femmes ont consacré leur vie avec un zèle souvent étonnant aux œuvres paroissiales; d'autres, aux vues sans cesse plus larges se sont vouées à une action sociale et morale de grande importance. Leur nombre, par suite de guerres et des calamités qui en découlent, s'est considérablement accru. Nombreux sont les braves qui sont tombés dans cette terrible guerre; nombreux sont ceux qui rentreront au foyer, invalides. C'est pourquoi beaucoup de jeunes femmes attendront en vain le retour de leur époux et la floraison de jeunes et nouvelles vies dans la solitude de leur demeure.
Mais, en même temps, de nouveaux besoins créés par l'entrée des femmes dans la vie civile et politique réclament leur présence. Est-ce là une bizarre coïncidence ou devons-Nous y voir les dispositions de la Divine Providence?
C'est donc un vaste champ qui s'ouvre maintenant à l'activité des femmes et il peut offrir des domaines qui correspondent aux aptitudes de chacune, soit au point de vue du travail intellectuel, soit au point de vue de l'action pratique. Étudier et exposer la place et le rôle de la femme dans la société; ses droits et ses devoirs si elle veut devenir le professeur et le guide de ses sœurs, si elle veut diriger les idées régnantes, dissiper les préjugés, éclairer les points obscurs, expliquer et diffuser les enseignements de l'Église afin de supprimer plus sûrement l'erreur, l'illusion et le mensonge, afin de dénoncer plus efficacement les manœuvres de ceux qui rejettent les dogmes et la morale catholiques constitue un travail immense et d'une impérieuse nécessité si l'on ne veut pas que les résultats de l'apostolat restent précaires. Mais l'action directe, sans laquelle les doctrines les plus saines et les convictions les plus solides demeuraient d'un intérêt sinon purement académique, du moins dépourvu de conséquences pratiques, est également indispensable.
Cette participation, cette collaboration effective à la vie sociale et publique ne changent cependant rien à l'activité normale de la femme. Associée à l'homme dans les institutions civiles, elle s'appliquera spécialement aux problèmes qui réclament du tact, de la délicatesse et de l'instinct maternel plutôt que de la rigueur administrative. Qui mieux qu'elle peut comprendre ce qu'exige la dignité de la femme, l'intégrité et l'honneur de la jeune fille et la protection de l'éducation et de l'enfance? Et dans toutes ces questions, combien de problèmes réclament des gouvernements et des législateurs une étude attentive et une solution efficace? Seule une femme saura, par sa bonté, comment tempérer, par exemple, la législation destinée à réprimer le vice, sans cependant amoindrir l'efficacité de la sanction pénale. Elle seule peut trouver le moyen de sauver de la dégradation et de ramener à l'honnêteté, à la religion et à la vertu les jeunes délinquants. Elle seule sera en mesure de rendre efficace les mesures de protection et de réhabilitation destinées à aider les jeunes qui sortent de prison et les filles tombées. Elle seule peut faire écho, dans son propre cœur, aux appels désespérés des membres à qui un État totalitaire quelconque, quel que soit son nom, voudrait arracher l'éducation de leurs enfants.
QUELQUES CONSIDÉRATIONS EN
GUISE DE CONCLUSION
a) sur la préparation et la formation de la femme pour la vie sociale et politique:
Nous avons exposé les devoirs de la femme. Ils ont trait à un double but: la pondération et la formation de la femme à la vie sociale et l'évolution et l'intégration de cette vie sociale et politique dans le domaine privé et dans le public.
Il est clair qu'ainsi compris, le rôle de la femme ne peut pas être improvisé. L'instinct maternel, en elle, est un instinct humain, non déterminé par la nature jusque dans ses plus petits détails d'application. Il est dirigé par le libre arbitre de la femme et celui-ci est à son tour guidé par l'intelligence. De là vient sa vertu morale et sa dignité, mais aussi son imperfection qui doit être compensée et réparée par l'éducation.
Une éducation adaptée au sexe de la jeune fille et, souvent aussi de la jeune femme devient donc une condition nécessaire de sa préparation et de sa formation à une vie digne d'elle. L'idéal serait évidemment que cette éducation commençât dès l'enfance, dans l'intimité du foyer catholique et sous la direction de la mère elle-même. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas; ce n'est pas toujours possible. Il est cependant possible de suppléer en partie à cette déficience en procurant à la jeune fille qui doit, de toute nécessité, travailler en dehors de la maison, une de ces occupations qui sont jusqu'à un certain point un terrain de préparation, une sorte de noviciat en vue de la vie à laquelle elle se destine. À cette fin correspondent aussi les écoles d'enseignement
ménager qui ont pour but de faire de la fillette et de la jeune fille d'aujourd'hui l'épouse et la mère de demain.
Combien dignes de louanges et d'encouragements sont ces maisons ! Elles constituent un des moyens par lesquels votre instinct maternel et votre zèle auront le plus d'influence et le plus d'extension, un des moyens les plus précieux aussi parce que le bien que vous y faites se propage à l'infini, en préparant vos propres élèves à le transmettre à leurs futures élèves ou à leurs futurs enfants, à qui elles feront le bien que vous leur aurez fait. Et que dirons-Nous de plus de ces innombrables services par lesquels vous venez en aide aux mères de famille à l'égard de leur formation intellectuelle et religieuse et à l'égard des tristes et difficiles situations par lesquelles elles doivent passer ?
b) sur l'action pratique de la femme dans la vie sociale et politique:
Mais votre vie sociale et politique dépend dans une large mesure de la législation en vigueur dans votre pays et de l'administration de l'autorité locale. En conséquence, le scrutin électoral, aux mains de la femme catholique,
est un moyen important pour elle de remplir ses strictes obligations de conscience, surtout à l'heure actuelle.
L'État et la politique ont précisément pour fonctions de fournir à la famille de toutes les classes sociales les conditions nécessaires à son existence et à son développement comme unité économique, juridique et morale. Alors la famille sera vraiment la cellule vitale dans laquelle les hommes gagnent honnêtement leur vie temporelle et éternelle. Tout cela, évidemment, la femme véritable le comprend aisément. Mais, ce qu'elle ne comprend pas et ne peut pas comprendre, c'est que la politique soit le moyen que prend une classe sociale pour dominer les autres classes sociales, c'est que la politique soit transformée en une lutte ambitieuse destinée à procurer une domination sans cesse grandissante au point de vue économique et national, quel que soit le motif au nom duquel on prétende poursuivre cette lutte. Car la femme sait qu'une telle politique prépare la voie aux guerres civiles, ouvertes ou sournoises, conduit à la course aux armements et à la perpétuelle menace de conflit.
Elle sait par expérience qu'une telle politique est néfaste à la famille qui en définitive doit en défrayer le coût en espèces et en sang. En conséquence, aucune femme ne se prononce en faveur de la lutte des classes. Son vote est un vote pour la paix. C'est pourquoi dans l'intérêt de la famille et pour le plus grand bien de cette dernière, la femme refusera toujours de voter en faveur d'une tendance, de quelque milieu qu'elle vienne, qui penche vers le désir égoïste de dominer, à l'intérieur comme à l'extérieur, la paix de la nation.
Courage donc, femmes et filles catholiques. Travaillez sans cesse, sans vous laisser décourager par les difficultés et les obstacles. Placez-vous sous l'étendard du Christ-Roi et le patronage de sa Très Bienveillante Mère, restaurateurs du foyer, de la famille et de la société. Que les faveurs divines descendent sur vous en flots abondants: faveurs en gage desquelles Nous vous donnons avec toute l'affection de Notre Cœur paternel la Bénédiction apostolique.
S.S. Pie XII, le 21 octobre 1945.
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