Le Trentain grégorien est une des plus anciennes pratiques de dévotion en faveur des âmes du Purgatoire, et certainement une des plus bénies de Dieu. A la fin du sixième siècle, saint Grégoire le Grand, Pape de 590 à 604, raconte lui-même l'origine de cette dévotion. Un moine de son monastère, nommé Justus, exerçait la médecine avec la permission de ses supérieurs. A sa mort, on trouve dans sa cellule trois écus d'or qu'il avait gardé malgré ses vœux de pauvreté. Saint Grégoire voulut inspirer à tous les frères une juste horreur de ce manquement. Il fut enterré à l'écart, près de l'endroit où l'on déposait les immondices, et l'on mit les écus sur son corps. Les religieux répétaient : Maudit sois-tu avec ton argent, que ton argent périsse avec toi.( Actes 8/20).
Mais peu après le saint Abbé, se sentant touché par la compassion, fit appeler l'économe du monastère et lui dit: Il y a longtemps que notre frère défunt est torturé par les flammes du Purgatoire. Nous devons, par charité, nous efforcer de l'en délivrer. Offrez pour lui le Saint Sacrifice pendant trente jours. N'en laissez aucun sans que l'hostie de propitiation soit immolée pour sa délivrance. L'économe se mit aussitôt en devoir d'obéir, et une nuit, le défunt apparut à un des moines : Eh! quoi, c'est vous, comment vous trouvez-vous à cette heure ? Jusqu'à présent, j'étais très mal, répondit l'apparition, mais maintenant je suis heureux, je suis admis dans la société des élus. Et on compta que ce jour était bien le trentième jour depuis le début des messes.
Enflammé d'une chaleur ardente pour les âmes des défunts, saint Grégoire se plaignait auprès de Dieu qu'après sa mort il ne pourrait plus rien pour elles. Mon ami, lui dit le Seigneur, je veux bien accorder en ta faveur un privilège qui sera unique. C'est que toute âme du Purgatoire pour laquelle seront offertes trente messes en ton honneur et sans interruption, sera immédiatement délivrée quelle que soit sa dette envers moi.
Cette dévotion a été approuvée par l'Église. La Sacrée Congrégation des Indulgences a précisé le 15 mars 1884 que la confiance des fidèles regardant la célébration des trente messes dites grégoriennes, est pieuse et raisonnable et que l'usage de célébrer ces messes est approuvé par l'Église.
Cet usage du Trentain Grégorien se répandit dans toute la chrétienté, et il est inscrit dans les Constitutions de nombreuses Congrégations religieuses. Saint Vincent Ferrier vit sa sœur délivrée du Purgatoire, à la fin d'un trentain.
Conditions: Les trente messes doivent être célébrées pour une seule âme du Purgatoire. Les trente messes sont à dire pendant trente jours consécutifs, mais il n'est pas requis que ce soit par le même prêtre.
" 0 amour, je vous offre toutes mes peines dans l'intention que vous avez eue en me les apportant du Cœur de Dieu. Je vous les confie, vous priant de les lui retourner, perfectionnées par ma pleine gratitude.
Seigneur JÉSUS, je désire louer Dieu, mais la souffrance m'en rend incapable. Daignez, je vous prie, offrir à Dieu, en mon nom, cette même louange que, dans vos souffrances sur la Croix, vous offriez à Dieu le Père; veuillez lui offrir aussi cette même gratitude qui vous faisait le remercier quand il a voulu vous voir supporter ces douleurs pour le salut du monde; lui offrir enfin ce même amour qui vous fit accepter toutes ces peines en votre libre volonté. Daignez aussi le louer pour mes propres souffrances.
Seigneur, revêtez-vous de mes souffrances, attirez à vous toutes mes douleurs, unies à votre Passion. Soyez avec moi jusqu'à mon dernier soupir; que celui-ci même, à l'heure de mon repos éternel, ne s'exhale, ô JÉSUS que dans votre Cœur. "
Sainte MECHTILDE
Très aimé Seigneur Jésus-Christ, très doux Agneau de Dieu, moi, pauvre pécheur, j'adore et vénère la très Sainte Plaie que Vous avez reçue à l'Épaule, en portant au Calvaire la très lourde Croix qui laissa découverts trois os saints, occasionnant une immense douleur. Je vous supplie, en vertu des mérites de ladite Plaie, d'avoir pitié de moi en me pardonnant tous mes péchés mortels et véniels, de m'assister à l'heure de ma mort et de me conduire dans votre heureux Royaume. Ainsi soit-il.
Mais révèle-la aux fidèles chrétiens et sache que quelque grâce qui me sera demandée en vertu de cette Plaie, leur sera accordée. Et à tous ceux qui, par amour pour elle, m'honoreront chaque jour par trois Pater, Ave et Gloria, je pardonnerai les péchés véniels et je ne me souviendrai plus des mortels; ils ne mourront pas de mort imprévue, à l'heure de leur mort ils seront visités par la bienheureuse Vierge et ils obtiendront encore la grâce et la miséricorde.»
La Pape Eugène III, sur demande de sainte Bernarde, accorda des indulgences à ceux qui propageront cette prière et la porteront toujours avec eux; à ceux qui réciteront 5 Pater, Ave et Gloria et recevront les Saints Sacrements en priant pour le Souverain Pontife.
NEUVAINE À SAINT MICHEL ARCHANGE Au témoignage du pieux archidiacre d'Évreux, M. Boudon - le plus ardent apôtre des Saints Anges du XVIIe siècle - cette pratique de dévotion obtient «des grâces extraordinaires». Par elle il a vu arriver «  des choses merveilleuses... et la puissance des démons minée en des choses d'importance  ». Il atteste, en outre, que c'est un moyen très efficace pour obtenir les secours du Ciel dans les calamités publiques et dans les besoins particuliers. La Neuvaine à Saint Michel et aux neuf chœurs des Anges peut être faite en tout temps, en commun ou en particulier. Aucune formule n'est prescrite. Nous proposons simplement, les prières ci-après. On peut, si on le préfère, en adopter d'autres. Aux conditions ordinaires, une indulgence plénière peut être gagnée au cours de la neuvaine (jour au choix), ou dans les huit jours suivants.
CHAQUE JOUR
Récitez le Confiteor
PREMIER JOUR
Prince très glorieux de la Milice céleste, Saint Michel Archange, défendez-nous contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants répandus dans l'air. Venez au secours des hommes que Dieu a faits à l'image de Sa propre nature, et rachetés à grand prix de la tyrannie du démon. Ainsi soit-il. DEUXIEME JOUR
Saint Michel, Prince de la Milice des Anges, je vous invoque, exaucez-moi. Je vous supplie de prendre mon âme, au dernier jour, sous votre très sainte garde, de la conduire au lieu du rafraîchissement, de la paix et du repos, où les âmes des saints attendent dans la joie ineffable le jugement à venir et la gloire de la résurrection glorieuse. Que je parle ou me taise, que je veille, que je marche ou me repose, gardez-moi dans l'accomplissement de toutes mes œuvres, dans tous les actes de ma vie. Préservez-moi des tentations des démons et des peines de l'enfer. Ainsi soit-il. TROISIÈME JOUR
Grand défenseur du peuple chrétien, Michel Archange, pour remplir dignement la mission qui vous a été confiée de défendre l’Église, terrassez l'hérésie, exterminez les schismes et confondez l'incrédulité. Multipliez vos victoires sur les monstres infernaux qui veulent détruire notre foi. Que l’Église de Jésus-Christ accueille de nouveaux fidèles et s'agrège des royaumes entiers afin qu'elle puisse peupler le Ciel d'âmes élues, pour la plus grande gloire du divin Rédempteur, à qui vous-même devez vos triomphes, vos mérites et votre éternelle félicité. Ainsi soit-il. QUATRIEME JOUR
O vous, qui êtes le prince et le Porte Étendard des bons Anges, assistez-moi toujours dans votre bonté et sauvez-moi. Des légions de l'ange des ténèbres préservez-moi, afin que, sous votre conduite, je partage la lumière des bons Anges. Devant le trône du Juge Suprême, soyez mon défenseur, plaidez ma cause et conjurez la colère du Juste Vengeur. Que, par vous, à mes travaux, à mon repos, à mes jours et à mes nuits soit donnée la prospérité : que ma pensée soit toujours prête pour les œuvres de Dieu. Ainsi soit-il. CINQUIÈME JOUR
Saint Michel Archange, vous que l’Église vénère comme son gardien et protecteur, à vous le Seigneur a confié la mission d'introduire dans la céleste félicité les âmes rachetées. Priez donc le Dieu de Paix d'écraser Satan sous nos pieds, afin qu'il ne puisse plus retenir les hommes dans ses chaînes et nuire à l’Église. Présentez au Très-Haut nos prières, afin que, sans tarder, le Seigneur nous fasse miséricorde. Vous-même, saisissez le dragon, l'antique serpent, qui est le diable et Satan, et jetez-le enchaîné dans l'abîme, pour qu'il ne séduise plus les nations. Ainsi soit-il. SIXIEME JOUR
Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du redoutable jugement. Prince très glorieux, souvenez-vous de nous, et priez le Fils de Dieu pour nous, partout et toujours. Quand vous combattiez le dragon, on entendit dans le ciel la voix de ceux qui disaient : « Salut, honneur et gloire au Dieu Tout-Puissant !  » La mer se souleva, la terre trembla, quand vous descendîtes du ciel; venez au secours du peuple de Dieu. Ainsi soit-il. SEPTIÈME JOUR Saint Michel, Prince trois fois saint de la milice sacrée, chargé par Dieu d'organiser et conduire les phalanges angéliques, très digne de tout culte, de toute louange et de tout éloge : éclairez mes sens intérieurs, fortifiez mon pauvre cœur agité par les tempêtes de cette vie, élevez vers les hauteurs de la céleste sagesse mon esprit, incliné vers les choses de la terre; affermissez mes pas chancelants et ne permettez pas que j'abandonne le sentier qui conduit aux Cieux; guérissez les plaies de mon âme; faites disparaître la trace de toutes les souffrances qu'engendrent en moi mes misères et mes malheurs Ainsi soit-il. HUITIEME JOUR
Archange Saint Michel, qui avez pour mission de recueillir les prières, de diriger nos combats et de peser nos âmes, je rends hommage à votre beauté, - si semblable à celle de Dieu, qu'après son Verbe éternel aucun autre Esprit céleste ne nous est comparable, - à votre pouvoir sans limites en faveur de ceux qui vous sont dévots ; à votre volonté, harmonieusement unie à celle du Cœur Sacré de Jésus et du Cœur immaculé de Marie, pour le bien de l'homme. NEUVIÈME JOUR
Glorieux Archange Saint Michel, grand zélateur de la gloire de Dieu et protecteur de l’Église universelle, vous à qui le Tout-Puissant a confié la mission de recevoir les âmes à la sortie du corps, pour les présenter au très juste Juge ; daignez me secourir dans mon dernier combat. Accompagné de mon Ange gardien, venez à mon aide, et chassez loin de moi tous les esprits infernaux. Ne permettez pas qu'il m'épouvantent alors. Fortifiez-moi dans la Foi, l'Espérance et la Charité, afin que mon âme portée par vous à son juge, soit introduite aussitôt au lieu du repos, pour y régner éternellement avec son Rédempteur dans la société des Esprits bienheureux. Ainsi soit-il.
ET AUX NEUF CHŒURS DES ANGES
(Pie IX, 26 nov. 1876)
Puis, dites trois Pater, trois Ave, trois Gloria Patri.
Terminez par la prière suivante: (selon les jours)
(En l’honneur des Principautés)
Ô
Collège de Juilly, 12 avril 1842
Ma première pensée et le premier cri de mon cœur, au moment de ma conversion, fut d'ensevelir ce secret avec mon existence tout entière au fond d'un cloître, afin d'échapper au monde, qui ne pouvait plus me comprendre, et de me donner tout à mon Dieu, qui m'avait fait entrevoir et goûter les choses d'un autre monde. Je ne voulais point parler sans la permission d'un prêtre : on me conduisit vers celui qui représentait Dieu pour moi. Il m'ordonna de révéler ce qui m'était arrivé; je le fis, autant que cela m'était possible, de vive voix. Aujourd'hui je tâcherai, après quelques semaines de retraite, d'embrasser plus de détails; et c'est à vous, Monsieur le Curé, à vous qui avez fondé l'archiconfrérie pour la conversion des pécheurs, c'est à vous que les pécheurs doivent compte des grâces qu'ils ont obtenues.
Si je ne devais vous raconter que le fait de ma conversion, un seul mot suffirait : le nom de Marie ! mais on vous demande d'autres faits; on veut savoir quel est ce fils d'Abraham qui a trouvé à Rome la vie, la grâce et le bonheur. Je veux donc, en invoquant d'abord l'assistance de ma céleste Mère, vous exposer bien simplement toute la suite de ma vie.
Ma famille est assez connue, car elle est riche et bienfaisante, et à ces titres, elle tient depuis longtemps le premier rang en Alsace. Il y a eu, dit-on, beaucoup de piété dans mes aïeux : les chrétiens, aussi bien que les juifs ont béni le nom de mon grand-père, le seul juif qui, sous Louis XVI, obtint, non seulement le droit de posséder des propriétés à Strasbourg, mais encore des titres de noblesse. Telle fut ma famille; mais aujourd'hui, les traditions religieuses y sont entièrement effacées.
Je commençai mes études sur les bancs du collège royal de Strasbourg, où je ris plus de progrès dans la corruption du cœur que dans l'instruction de l'intelligence.
C'était vers l'année 1825 (je suis né le 1er mai 1814); à cette époque, un événement porta un rude coup à ma famille : mon frère Théodore, sur lequel on fondait de grandes espérances, se déclara chrétien; et, bientôt après, malgré les plus vives sollicitations et la désolation qu'il avait causée, il alla plus loin, se fit prêtre, et exerça son ministère dans la même ville, sous les yeux de mon inconsolable famille. Tout jeune que j'étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère. Élevé au milieu de jeunes chrétiens indifférents comme moi, je n'avais éprouvé jusqu'alors ni sympathie ni antipathie pour le christianisme; mais la conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j'en eus horreur.
On me retira du collège pour me mettre dans une institution protestante dont le magnifique prospectus avait séduit mes parents. Les fils des grandes maisons protestantes d'Alsace et d'Allemagne venaient s'y former à la vie fashionable de Paris, et s'adonnaient aux plaisirs bien plus qu'à la science. Je me présentai néanmoins aux examens en sortant de cette pension et, par un bonheur peu mérité, je fus reçu bachelier ès lettres.
J'étais alors maître de mon patrimoine, puisque bien jeune encore je perdis ma mère, et, quelques années après, mon père : mais il me restait un digne oncle, le patriarche de ma famille, un second père, qui n'ayant point d'enfants, avait mis toute son affection dans les enfants de son frère.
Cet oncle, si connu dans le monde financier pour sa loyauté et sa capacité peu ordinaire, voulut m'attacher à la maison de banque dont il était le chef; mais je fis d'abord mon droit à Paris, et après avoir reçu le diplôme de licencié et revêtu la robe d'avocat, je fus rappelé à Strasbourg par mon oncle, qui mit tout en œuvre pour me fixer auprès de lui. Je ne saurais énumérer ses largesses : chevaux, voitures, voyages, mille générosités m'étaient prodiguées, et il ne me refusait aucun caprice. Mon oncle ajouta à ces témoignages d'affection une marque plus positive de sa confiance : il me donna la signature de la maison, et me promit, en outre, le titre et les avantages d'associé... promesse qu'il réalisa en effet le 1er janvier de cette année 1842. C'est à Rome que j'en reçus la nouvelle.
Mon oncle ne me faisait qu'un seul reproche : mes fréquents voyages à Paris. Tu aimes trop les Champs-Élysées, me disait-il avec bonté. Il avait raison. Je n'aimais que les plaisirs : les affaires m'impatientaient, l'air des bureaux m'étouffait; je pensais qu'on était au monde pour en jouir; et, bien qu'une certaine pudeur naturelle m'éloignât des plaisirs et des sociétés ignobles, je ne rêvais cependant que fêtes et jouissances, et je m'y livrais avec passion.
Heureusement qu'à cette époque une bonne œuvre se présenta à mon besoin d'activité : je la pris chaudement à cœur. C'était l'œuvre de la régénération des pauvres Israélites, comme on l'appelle improprement; car je comprends aujourd'hui qu'il faut autre chose que de l'argent et des loteries de charité pour régénérer un peuple sans religion. Mais enfin je croyais alors à la possibilité de cette rénovation et je devins un des membres les plus zélés de la Société d'encouragement au travail en faveur des jeunes israélites, Société que mon frère, le prêtre, avait fondée à Strasbourg, il y a une quinzaine d'années, et qui toujours a subsisté, malgré le peu de ressources dont elle pouvait disposer.
Je parvins à remplir sa caisse, et je crus avoir beaucoup fait.
Ô charité chrétienne ! que tu as dû sourire à mon orgueilleux contentement ! Le juif s'estime beaucoup quand il donne beaucoup; le chrétien donne tout et se méprise : il se méprise tant qu'il ne s'est pas donné lui-même : et quand il s'est donné tout entier, il se méprise encore.
Je m'occupais donc laborieusement du sort de mes pauvres coreligionnaires, quoique je n'eusse aucune religion. J'étais juif de nom, voilà tout; car je ne croyais pas même en Dieu. Je n'ouvris jamais un livre de religion; et dans la maison de mon oncle, pas plus que chez mes frères et sœurs, on ne pratiquait la moindre prescription du judaïsme.
Un vide existait dans mon cœur, et je n'étais point heureux au milieu de l'abondance de toutes choses.
Quelque chose me manquait; mais cet objet me fut donné aussi, du moins je le croyais !
J'avais une nièce, la fille de mon frère aîné, qui m'était destinée depuis que nous étions enfants tous les deux. Elle se développait avec grâce sous mes yeux et, en elle, je voyais tout mon avenir et toute l'espérance du bonheur qui m'était réservé. Il ne me paraît pas convenable de faire ici l'éloge de celle qui fut ma fiancée. Cela serait inutile pour ceux qui ne la connaissent pas : mais ceux qui l'ont vue savent qu'il serait difficile de s'imaginer une jeune fille plus douce, plus aimable et plus gracieuse. Elle était pour moi une création toute particulière, qui semblait faite uniquement pour compléter mon existence; et lorsque les vœux de toute ma famille, d'accord avec nos sympathies mutuelles, fixèrent enfin ce mariage si longtemps désiré, je crus que désormais rien ne manquerait plus à ma félicité.
En effet, après la célébration de mes fiançailles, je voyais toute ma famille au comble de la joie; mes sœurs étaient heureuses ! Elles ne me faisaient qu'un reproche, c'était d'aimer trop ma fiancée, et elles s'avouaient jalouses; car je dois dire ici qu'il est peu de familles où l'on s'aime plus que dans la mienne : la plus intime union, la plus tendre affection règne et régna toujours entre mes frères et sœurs, et cet amour va presque jusqu'à l'idolâtrie... Oh ! elles sont si bonnes, mes sœurs, si aimantes ! Pourquoi donc ne sont-elles pas chrétiennes ?
Il n'y avait qu'un seul membre de ma famille qui m'était odieux; c'était mon frère Théodore. Et cependant il nous aimait aussi; mais son habit me repoussait, sa présence m'offusquait; sa parole grave et sérieuse excitait ma colère. Un an avant mes fiançailles, je ne pus retenir ces ressentiments, et je les lui exprimai dans une heure qui dut rompre à jamais tous rapports entre nous. Voici en quelle occasion. Un enfant était à l'agonie, mon frère Théodore ne craignit point de demander ouvertement aux parents la permission de le baptiser, et peut-être allait-il le faire, quand j'eus connaissance de sa démarche. Je regardais ce procédé comme une indigne lâcheté ; j'écrivis au prêtre de s'adresser à des hommes et non à des enfants, et j'accompagnai ces paroles de tant d'invectives et de menaces, qu'aujourd'hui encore je m'étonne que mon frère ne m'ait pas répondu un seul mot. Il continua ses relations avec le reste de la famille; quant à moi, je ne voulus plus le voir, je nourrissais une haine amère contre les prêtres, les églises, les couvents, et surtout contre les Jésuites, dont le nom seul provoquait ma fureur.
Heureusement que mon frère quitta Strasbourg; c'était tout ce que je désirais. Il fut appelé à Paris, à Notre-Dame-des-Victoires, où il ne cesserait, disait-il, en nous faisant ses adieux, de prier pour la conversion de ses frères et sœurs. Son départ me soulagea d'un grand poids; je cédai même aux instances de ma famille à l'occasion de mes fiançailles en lui écrivant quelques mots d'excuses. Il me répondit avec amitié, me recommandant ses pauvres, auxquels je ris en effet parvenir une petite somme.
Après cette espèce de raccommodement, je n'eus plus aucun rapport avec Théodore, et je ne pensai plus à lui, je l'oubliai... tandis que lui, il priait pour moi !
Je dois consigner ici une certaine révolution qui s'opéra dans mes idées religieuses à l'époque de mes fiançailles.
Je l'ai dit, je ne croyais à rien; et dans cette entière nullité, dans cette négation de toute foi, je me trouvais parfaitement en harmonie avec mes amis catholiques ou protestants; mais la vue de ma fiancée éveillait en moi je ne sais quel sentiment de dignité humaine; je commençais à croire à l'immortalité de l'âme; bien plus, je me mis instinctivement à prier Dieu; je le remerciais de mon bonheur, et pourtant je n'étais pas heureux... Je ne pouvais me rendre compte de mes sentiments; je regardais ma fiancée comme mon bon ange; je le lui disais souvent; et, en effet, sa pensée élevait mon cœur vers un Dieu que je ne connaissais pas, que je n'avais jamais invoqué.
On jugea convenable, à cause de l'âge trop tendre de ma fiancée, de retarder le mariage.
Elle avait seize ans. Je dus faire un voyage d'agrément en attendant l'heure de notre union. Je ne savais de quel côté diriger mes courses; une de mes sœurs, établie à Paris, me voulait près d'elle; un excellent ami m'appelait en Espagne. Je résistai aux instances de plusieurs autres, qui me communiquaient de séduisants projets. Je m'arrêtai enfin à la pensée d'aller droit à Naples, de passer l'hiver à Malte afin d'y fortifier ma santé délicate, et de revenir ensuite par l'Orient; je pris même des lettres pour Constantinople, et partis vers la fin de novembre 1841. Je devais être de retour au commencement de l'été suivant.
Oh ! que mon départ fut triste ! Je laissais là une fiancée bien-aimée, un oncle qui ne s'épanouissait qu'avec moi, des sœurs, des frères, des nièces, dont la société faisait mes plus chères délices; je laissais encore ces écoles de travail, ces pauvres Israélites dont je m'occupais si activement, et enfin des amis nombreux qui m'aimaient, des amis d'enfance que je ne pouvais quitter sans verser des larmes, car je les aimais et je les aime encore !...
Partir seul et pour un long voyage ! Cette pensée me jetait dans une profonde mélancolie. " Mais, me disais-je, Dieu m'enverra peut-être un ami sur ma route ! "
Je me rappelle deux singularités qui signalèrent les derniers jours qui précédèrent mon départ; et aujourd'hui ces souvenirs me frappent vivement.
Je voulus, avant de me mettre en voyage, donner ma signature à un grand nombre de quittances concernant la Société d'encouragement au travail... Je les datais d'avance le 15 janvier, et à force d'écrire cette date sur une foule de pièces, je me fatiguais, et je me disais en posant ma plume:
" Dieu sait où je me trouverai le 15 janvier, et si ce jour ne sera pas le jour de ma mort ! "
Ce jour-là je me trouvai à Rome, et ce jour sera pour moi l'aurore d'une nouvelle vie !
Une autre circonstance intéressante fut la réunion de plusieurs Israélites notables qui s'assemblèrent pour aviser aux moyens de réformer le culte judaïque et de le mettre en harmonie avec l'esprit du siècle. Je me rendis à cette assemblée, où chacun donna son avis sur les perfectionnements projetés. Il y avait autant d'avis que d'individus; on discuta beaucoup, on mit en question toutes les convenances de l'homme, toutes les exigences du temps, toutes les dictées de l'opinion, toutes les idées de la civilisation; on fit valoir toute espèce de considération; on n'en oublia qu'une seule, la loi de Dieu. De celle-là, il ne fut pas question; je ne sache même pas que le nom de Dieu ait été prononcé une seule fois, pas plus que le nom de Moise, ni le nom de la Bible.
Mon avis à moi était qu'on laissât tomber toutes les formes religieuses, sans recourir ni aux livres, ni aux hommes et que chacun en particulier, comme tous ensemble, pratiquerait sa croyance à la façon qu'il l'entendrait.
Cet avis prouve ma haute sagesse en fait de religion; j'étais dans le progrès, comme vous voyez. On se sépara sans rien faire.
Un Israélite, plus sensé que moi, avait dit cette parole remarquable que je rapporte textuellement : " Il faut nous hâter de sortir de ce vieux temple, dont les débris craquent de toutes parts, si nous ne voulons pas être bientôt ensevelis sous ses ruines. " Paroles pleines de vérités, que chaque Israélite répète aujourd'hui tout bas. Mais, hélas ! il y a dix-huit siècles qu'ils sont sortis de leur vieux temple, et ils n'entrent point dans le temple nouveau dont les portes sont ouvertes devant eux.
Je partis enfin. En sortant de Strasbourg, je pleurais beaucoup, j'étais agité d'une foule de craintes, de mille étranges pressentiments. Arrivé au premier relais, des cris de joie entremêlés de musique en plein vent me tirèrent de mes rêveries. C'était une noce de village qui était sortie joyeuse et bruyante de l'église au son des flûtes et des violons rustiques, les gens de la noce entourèrent ma voiture comme pour m'inviter à prendre part à leur joie. " Bientôt ce sera mon tour ! " m'écriai-je. Et cette pensée ranima toute ma gaieté.
Je m'arrêtai quelques jours à Marseille, où mes parents et mes amis me reçurent avec fête. Je ne pus presque point m'arracher à cette élégante hospitalité. Il en coûte, en effet, de quitter les rives de France, quand on laisse derrière soi toute une vie d'affection et d'aimables souvenirs. Outre les chaînes qui m'arrêtaient à ces rivages, la mer elle-même semblait ne point vouloir me livrer passage; elle soulevait des montagnes pour me barrer le chemin; mais ces montagnes s'abaissèrent devant la vapeur qui me transporta à Naples. Je pus jouir bientôt du spectacle de l'immensité qui se déployait sur ma tête; mais ce qui me frappait plus que le ciel et la mer, c'était l'homme, faible créature qui brave les dangers et maîtrise !es éléments. Mon orgueil, en ce moment, s'élevait plus haut que les vagues de la mer, et formait de nouvelles montagnes plus tenaces et moins flexibles que les flots qui nous battaient.
Le navire, avant d'arriver à Naples, fit une balte à Civita-Vecchia. Au moment d'entrer au port, le canon du fort tonnait avec force. Je m'informai avec une maligne curiosité du motif de ce bruit de guerre sur les terres pacifiques du pape. – On me répondit : " C'est la fête de la Conception de Marie. " – Je haussai les épaules sans vouloir débarquer.
Le lendemain, à la lumière d'un soleil magnifique qui étincelait sur la fumée du Vésuve, nous abordâmes à Naples. Jamais aucune scène de la nature ne m'avait plus virement ébloui; je contemplais alors avec avidité les brillantes images que !es artistes et les poètes m'avaient données du ciel.
Je passai un mois à Naples pour tout voir et tout écrire; j'écrivis surtout contre la religion et les prêtres qui, dans cet heureux pays, me semblaient tout à fait déplacés. Oh ! que de blasphèmes dans mon journal ! Si j'en parle ici, c'est pour faire connaître la noirceur de mon esprit. J'écrivis à Strasbourg que j 'avais bu sur le Vésuve du lacryma christi à la santé de l'abbé Ratisbonne, et que de telles larmes me faisaient du bien à moi-même. Je n'ose transcrire les horribles jeux de mots que je me permis en cette circonstance.
Ma fiancée me demanda si j'étais de l'avis de ceux qui disent : Voir Naples et mourir. Je lui répondis : Non; mais voir Naples et vivre; vivre pour la voir encore.
Telles étaient mes dispositions.
Je n'avais aucune envie d'aller à Rome, bien que deux amis de ma famille, que je voyais souvent, m'y engageassent vivement : c'était M. Coulmann, protestant, ancien député de Strasbourg, et M. le baron de Rothschild, dont la famille à Naples me prodiguait toute espèce de prévenances et d'agréments. Je ne pus céder à leurs conseils... Ma fiancée désirait que j'allasse droit à Malte, et elle m'envoya un ordre de mon médecin qui me recommandait d'y passer l'hiver en me défendant positivement d'aller à Rome à cause des fièvres malignes qui, disait-il, y régnaient.
Il y avait là plus de motifs qu'il n'en fallait pour me détourner du voyage de Rome, si ce voyage s'était trouvé sur mon itinéraire. Je pensais y aller à mon retour, et je pris ma place à bord du Mongibello pour me rendre en Sicile. Un ami m'accompagna sur le bateau et me promit de revenir au moment du départ pour me dire adieu. Il vint, mais ne me trouva point au rendez-vous. Si jamais M. de Rèchecourt apprend le motif qui m'y a fait manquer, il s'expliquera mon impolitesse, et la pardonnera sans aucun doute.
M. Coulmann m'avait mis en rapport avec un aimable et digne homme qui devait faire comme moi le voyage de Malte; j'étais heureux de cette rencontre, et je me disais : " Ah ! voilà l'ami que le ciel m'a envoyé ! "
Cependant, le bateau n'était pas encore parti le premier jour de l'an. Ce jour s'annonçait pour moi sous les plus tristes conditions. J'étais seul à Naples sans recevoir les vœux de personne, sans que j'eusse personne à serrer dans mes bras; je pensais ma famille, aux souhaits et aux fêtes qui entourent à pareille époque mon bon oncle; je versais des larmes, et la gaieté des Napolitains augmentait ma tristesse. Je sortis pour me distraire, en suivant machinalement le flot de la foule. J'arrivai sur la place du Palais et me trouvai, je ne sais comment, à la porte d'une église. J'y entre. On y disait la messe, je crois. Quoi qu'il en soit, je me tins là, debout, appuyé contre une colonne, et mon cœur semblait s'ouvrir et aspirer une atmosphère inconnue; je priais à ma manière sans m'occuper de ce qui se passait autour de moi; je priais pour ma fiancée, pour mon oncle, pour mon père défunt. Pour la bonne mère dont j'ai été privé si jeune, pour tous ceux qui m'étaient chers, et je demandais à Dieu quelques inspirations qui pussent me guider dans mes projets d'améliorer le sort des Juifs, pensée qui me poursuivait sans cesse.
Ma tristesse s'en était allée comme un noir nuage que le vent dissipe et chasse au loin; et tout mon intérieur, inondé d'un calme inexprimable, ressentait une consolation semblable à celle que j'aurais éprouvée si une voix m'avait dit : Ta prière est exaucée ! Oh ! oui, elle était exaucée au centuple et au-delà de toutes prévisions, puisque le dernier jour du même mois, je
devais recevoir solennellement le baptême dans une église de Rome !
Mais comment suis-je allé à Rome ?
Je ne puis le dire, je ne puis l'expliquer à moi-même. Je crois que je me suis trompé de chemin; car au lieu de me rendre au bureau des places de Palerme, vers lequel je me dirigeais, je suis arrivé au bureau des diligences de Rome. J'y suis entré et je pris ma place. Je fis dire à M. Vigne, l'ami qui devait m'accompagner à Malte, que je n'avais pu résister à faire une courte excursion à Rome, et que je serais positivement de retour à Naples pour en repartir le 20 janvier. J'eus tort de m'engager; car c'est Dieu qui dispose, et cette date du 20 janvier devait marquer autrement dans ma vie. Je quittai Naples le 5, et j'arrivai à Rome le 6, jour des Rois. Mon compagnon de voyage était un Anglais, nommé Marshall, dont la conversation originale m'amusa beaucoup en chemin.
Rome ne me fit point, au premier abord, l'impression que j'espérais. J'avais d'ailleurs si peu de jours à donner à cette excursion improvisée, que je me hâtais de dévorer en quelque sorte toutes les ruines anciennes et modernes que la ville offre à l'avidité d'un touriste. Je les entassais pêle-mêle dans mon imagination et sur mon journal. Je visitais avec une monotone admiration les galeries, les cirques, les églises, les catacombes, les innombrables magnificences de Rome. J'étais accompagné le plus souvent de mon anglais et d'un valet de place : je ne sais à quelle religion ils appartenaient, car ni l'un ni !'autre ne se déclarèrent chrétiens dans les églises; et si je ne me trompe, je m'y conduisais avec plus de respect que les deux autres.
Le 8 janvier, au milieu de mes courses, j'entends une voix qui m'appelle dans la rue; c'était un ami d'enfance, Gustave de Bussières. J'étais heureux de cette rencontre, car mon isolement me pesait. Nous allâmes dîner chez le père de mon ami, et, dans cette douce société, j'éprouvai quelque chose de cette joie qu'on ressent sur une terre étrangère, en retrouvant les vivants souvenirs du pays natal.
Quand j'entrai dans le salon, M. Théodore de Bussières, le fils aîné de cette honorable famille, le quittait. Je ne connaissais point personnellement le baron Théodore, mais je savais qu'il était l'ami de mon frère, son homonyme : je savais qu'il avait abandonné le protestantisme pour se faire catholique; c'en était assez pour m'inspirer une profonde antipathie. Il me semblait qu'il éprouvait à mon égard le même sentiment. Cependant, comme M. Théodore de Bussières s'était fait connaître par ses voyages en Orient et en Sicile, qu'il a publiés, j'étais bien aise, avant d'entreprendre les mêmes courses, de lui demander quelques indications; et, soit par ce motif, soit par simple politesse, je lui exprimai mon intention de lui faire ma visite. Il me fit une réponse de bon goût, et ajouta qu'il venait de recevoir des lettres de l'abbé Ratisbonne, et qu'il m'indiquerait la nouvelle adresse de mon frère. " Je la recevrai volontiers, lui dis-je, quoique je n'en use point "
Nous en demeurâmes là et, en me séparant de lui, je murmurais en moi-même de la nécessité où je m'étais engagé de faire une visite inutile et de perdre un temps dont j'étais avare.
Je continuai à courir dans Rome tout le long du jour, sauf deux heures que je passais le matin avec Gustave, et le repos que je prenais le soir au théâtre ou en soirée. Mes entretiens avec Gustave étaient animés; car, entre deux camarades de pension, les moindres souvenirs fournissent d'intarissables sujets de rire et de causeries. Mais il était zélé protestant et enthousiaste comme le sont les piétistes d'Alsace. Il me vantait la supériorité de sa secte sur toutes les autres sectes chrétiennes, et cherchait à me convertir, ce qui m'amusait beaucoup; car je croyais que !es catholiques seuls avaient la manie du prosélytisme. Je ripostais ordinairement par des plaisanteries; mais une fois, pour le consoler de ses vaines tentatives, je lui promis que si jamais l'envie me prenait de me convertir, je me ferais piétiste. Je lui en donnai l'assurance, et, à son tour, il me fit une promesse, celle de venir assister aux fêtes de mon mariage, au mois d'août. Ses instances pour me retenir à Rome furent inutiles. D'autres amis, MM. Edmond Humann et Alfred Lotzheck, s'étaient joints à lui pour me déterminer à passer le carnaval à Rome. Mais je ne pus m'y décider; je craignais de déplaire à ma fiancée, et M. Vigne m'attendait à Naples, d'où nous devions partir le 20 janvier.
Je mis donc à profit les dernières heures de mon séjour à Rome, pour achever mes courses. Je me rendis au Capitole et visitai l'église d'Aracoeli. L'aspect imposant de cette église, les chants solennels qui retentissaient dans sa vaste enceinte et les souvenirs historiques éveillés en moi par le sol même que je foulais aux pieds, toutes ces choses firent sur moi une impression profonde. J'étais ému, pénétré, transporté, et mon valet de place, s'apercevant de mon trouble me dit, en me regardant froidement, que plus d'une fois il avait remarqué cette émotion dans les étrangers qui visitent l'Aracoeli.
En descendant du Capitole, mon cicérone me fit traverser le Ghetto (quartier des Juifs). Là, je ressentis une émotion toute différente, c'était de la pitié et de !'indignation. Quoi ! me disais-je à la vue de ce spectacle de misère, est-ce donc là cette charité de Rome qu'on proclame si haut ! je frissonnais d'horreur, et je me demandais si, pour avoir tué un seul homme il y a dix-huit siècles, un peuple tout enfler méritait un traitement si barbare et des préventions si interminables !... Hélas ! je ne connaissais pas alors ce seul homme ! et j'ignorais le cri sanguinaire que ce peuple avait poussé... cri que je n'ose répéter ici et que je ne veux pas redire. J'aime mieux me rappeler cet autre cri exhalé sur la croix : – Pardonnez-leur, Ô mon Dieu! car ils ne savent ce qu'ils font !
Je rendis compte à ma famille de ce que j'avais vu et ressenti. Je me souviens d'avoir écrit que j'aimais mieux être parmi les opprimés que dans le camp des oppresseurs. Je retournai au Capitole, où l'on se donnait beaucoup de mouvement à 1 'Aracoeli, pour une cérémonie du lendemain. Je m'enquis du but de tant de préparatifs. On me répondit qu'on disposait la cérémonie du baptême de deux Juifs, MM. Constantini, d'Ancône. Je ne saurais exprimer l'indignation qui me saisit à ces paroles; et quand mon guide me demanda si je voulais y assister : " Moi ! m'écriai-je, moi ! assister à de pareilles infamies ! Non, non : je ne pourrais m'empêcher de me précipiter sur les baptisants et sur les baptisés ! "
Je dois dire, sans crainte d'exagérer, que jamais de ma vie je n'avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes.
Cependant j'avais des visites de congé à faire et celle du baron de Bussières me revenait toujours à l'esprit, comme une malencontreuse obligation que je m'étais gratuitement imposée. Très heureusement je n'avais pas demandé son adresse, et cette circonstance me paraissait déterminante. J'étais enchanté d'avoir une excuse pour ne point effectuer ma promesse.
C'était le 15, et j'allai retenir ma place aux voitures de Naples; mon départ est arrêté pour le 17 à trois heures du matin. Il me restait deux jours, je les employai à de nouvelles courses.
Mais en sortant d'un magasin de librairie où j'avais vu quelques ouvrages sur Constantinople, je rencontre, au Corso, un domestique de M. de Bussières père; il me salue et m'aborde. Je lui demande l'adresse de M. Théodore de Bussières; il me répond avec l'accent alsacien : Piazza Nicosia, n° 38.
Il me fallut donc, bon gré, mal gré, faire cette visite, et cependant, je résistai vingt fois encore. Enfin je me décide en traçant un p. p. c. sur ma carte.
Je cherchais cette place Nicosia et, après bien des détours et circuits, j'arrive au n° 38. C'était précisément la porte à côté du bureau des diligences où j'avais pris ma place le même jour. J'avais fait bien du chemin pour arriver au point d'où j'étais parti; itinéraire de plus d'une existence humaine ! Mais du même point où je me retrouvais alors, j'allais repartir encore une fois pour faire un tout autre chemin !
Mon entrée chez M. de Bussières me causa de l'humeur; car le domestique, au lieu de prendre ma carte que je tenais en main, m'annonça et m'introduisit au salon. Je déguisai ma contrariété, tant bien que mal, sous les formes du sourire, et j'allai m'asseoir auprès de Mme la baronne de Bussières, qui se trouvait entourée de ses deux petites filles, gracieuses et douces, comme les anges de Raphaël. La conversation, d'abord vague et légère, ne tarda point à se colorer de toute la passion avec laquelle je racontai mes impressions de Rome...
Je regardais le baron de Bussières comme un dévot, dans le sens malveillant qu'on donne à ce terme, et j'étais fort aise d'avoir l'occasion de le tympaniser à propos de l'état des Juifs romains. Cela me soulageait; mais ces griefs placèrent la conversation sur le terrain religieux. M. de Bussières me parla des grandeurs du catholicisme; je répondis par des ironies et des imputations que j'avais lues ou entendues si souvent; encore imposai-je un frein à ma verve impie, par respect pour Mme de Bussières et pour la foi des jeunes enfants qui jouaient à côté de nous. " Enfin, me dit M. de Bussières, puisque vous détestez la superstition et que vous professez des doctrines si libérales, puisque vous êtes un esprit fort si éclairé, auriez-vous le courage de vous soumettre à une épreuve bien innocente ? – Quelle épreuve ? – Ce serait de porter sur vous un objet que je vais vous donner... Voici ! c'est une médaille de la Sainte Vierge. Cela vous paraît bien ridicule, n'est-ce pas ? Mais quant à moi, j'attache une grande valeur à cette médaille. "
La proposition, je l'avoue, m'étonna par sa puérile singularité Je ne m'attendais pas à cette chute. Mon premier mouvement était de rire en haussant les épaules; mais la pensée me vint que cette scène fournirait un délicieux chapitre à mes impressions de voyage, et je consentis à prendre la médaille comme une pièce de conviction que j'offrirais à ma fiancée. Aussitôt dit et aussitôt fait. On me passe la médaille au cou, non sans peine, car le nœud était trop court et le cordon ne passait pas. Enfin, à force de tirer, j'avais la médaille sur ma poitrine, et je m'écriais avec un éclat de rire : " Ah ! ah ! me voilà catholique, apostolique et romain ! "
C'était le démon qui prophétisait par ma bouche. M. de Bussières triomphait naïvement de sa victoire, et voulut en remporter tous les avantages.
Maintenant, me dit-il, il faut compléter l'épreuve. Il s'agit de réciter matin et soir le Memorare, prière très courte et très efficace, que saint Bernard adressa à la Vierge Marie. – Qu'est-ce que votre Memorare ? m'écriai-je; laissons ces sottises! Car en ce moment je sentais toute mon animosité se renouveler en moi. Le nom de saint Bernard me rappelait mon frère qui avait écrit l'histoire de ce saint, ouvrage que je n'avais jamais voulu lire; et ce souvenir réveillait à son tour tous mes ressentiments contre le prosélytisme, et le jésuitisme, et ceux que j'appelais tartufes et apostats.
Je priai donc M. de Bussières d'en rester là; et, tout en me moquant de lui, je regrettais de n'avoir pas moi-même une prière hébraïque à lui offrir pour que la partie fût égale : mais je n'en avais point et n'en connaissais point.
Cependant mon interlocuteur insista : il me dit qu'en refusant de réciter cette courte prière je rendais l'épreuve nulle, et que je prouvais par cela même la réalité de l'obstination volontaire qu'on reproche aux Juifs.
Je ne voulus point attacher trop d'importance à la chose, et je dis : " Soit !je vous promets de réciter cette prière; si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal ! " Et M. de Bussières alla la chercher en m'invitant à la copier. J'y consentis, à la condition, lui répondis-je, " que je vous remettrai ma copie et garderai votre original ". Ma pensée était d'enrichir mes notes de cette nouvelle pièce justificative.
Nous étions donc parfaitement satisfaits l'un et l'autre; notre causerie, en définitive, m'avait paru bizarre, et elle m'amusa. Nous nous séparâmes, et j'allai passer la soirée au spectacle, où j'oubliai et la médaille et le Memorare. Mais en rentrant chez moi, je trouvai un billet de M. de Bussières, qui était venu rendre ma visite, et m'invitait à le revoir avant mon départ. J'avais à lui restituer son Memorare, et devant partir le lendemain, je fis mes malles et mes préparatifs; puis je me mis à copier la prière, qui était conçue en ces propres termes :
" Souvenez-vous, Ô très pieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre secours et demandé votre suffrage, ait été abandonné. Plein d'une pareille confiance, je viens, Ô vierge des Vierges, me jeter entre vos bras, et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe, ne dédaignez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. "
J'avais copié machinalement ces paroles de saint Bernard, sans presque aucune attention. J'étais fatigué; l'heure était avancée, et j'avais besoin de prendre du repos.
Le lendemain, 1er janvier, je fis signer mon passeport et achevai les dispositions du départ; mais, chemin faisant, je redisais sans cesse les paroles du Memorare. Comment donc, ô mon Dieu! ces paroles s'étaient-elles si vivement, si intimement emparées de mon esprit ? Je ne pouvais m'en défendre; elles me revenaient sans cesse : je les répétais continuellement, comme ces airs de musique qui vous poursuivent et vous impatientent, et qu'on fredonne malgré soi, quelque effort qu'on fasse.
Vers onze heures, je me rendis chez M. de Bussières pour lui rapporter son inextricable prière. Je lui parlai de mon voyage d'Orient, et il me fournit d'excellents renseignements.
" Mais, s'écria-t-il tout à coup, il est étrange que vous quittiez Rome dans un moment où tout le monde vient assister aux pompes de Saint-Pierre ! Peut-être ne reviendrez-vous jamais, et vous regretterez d'avoir manqué une occasion que tant d'autres viennent chercher avec une si avide curiosité. "
Je lui répondis que j'avais pris et payé ma place; que déjà j'en avais donné avis à ma famille; que des lettres m'attendaient à Palerme; qu'enfin il était trop tard pour changer mes dispositions, et que, décidément, je partirais.
Ce colloque fut interrompu par l'arrivée du facteur, qui apportait à M. de Bussières une lettre de l'abbé Ratisbonne. Il m'en donna connaissance; je la lus mais sans aucun intérêt, car il n'était question dans cette lettre que d'un ouvrage religieux que M. de Bussières faisait imprimer à Paris. Mon frère ignorait d'ailleurs que je fusse à Rome. Cet épisode inattendu devait abréger ma visite, car je fuyais même le souvenir de mon frère.
Cependant, par une influence incompréhensible, je me décidai à prolonger mon séjour à Rome. J'accordais aux instances d'un homme que je connaissais à peine ce que j'avais obstinément refusé à mes amis et à mes camarades les plus intimes.
Quelle était donc, ô mon Dieu ! cette impulsion irrésistible qui me faisait faire ce que je ne voulais pas ? N'était-ce pas la même qui, de Strasbourg, me poussait en Italie, malgré les invitations de Valence et de Paris? La même qui, de Naples, me poussait à Rome, malgré ma détermination d'aller en Sicile ? La même qui, à Rome, à l'heure de mon départ, me força de faire la visite qui me répugnait, tandis que je ne trouvais plus le temps de faire aucune de celles que j'aimais? Ô conduite providentielle ! Il y a donc une mystérieuse influence qui accompagne l'homme sur la route de vie? J'avais reçu à ma naissance le nom de Tobie avec celui d'Alphonse J'oubliai mon premier nom; mais l'ange invisible ne l'oublia point. C'était là le véritable ami que le ciel m'avait envoyé; mais je ne le connaissais pas. Hélas ! il y a tant de Tobies dans le monde qui ne connaissent point ce guide céleste et qui résistent à sa voix !
Mon intention n'était pas de passer le carnaval à Rome; mais je voulais voir le pape; et M. de Bussières m'avait assuré que je le verrais au premier jour à Saint-Pierre. Nous allâmes faire quelques courses ensemble. Nos conversations avaient pour objet tout ce qui frappait nos regards : tantôt un monument, tantôt un tableau, tantôt les mœurs du pays, et à ces divers sujets se mêlèrent toujours les questions religieuses. M. de Bussières les amenait si naïvement, y insistait avec une ardeur si vive, que plus d'une fois dans le secret de ma pensée, je me disais que si quelque chose pouvait éloigner un homme de la religion, c'était l'insistance même qu'on mettait à le convertir. Ma gaieté naturelle me portait à rire des choses les plus graves, et aux étincelles de mes plaisanteries se joignait le feu infernal des blasphèmes auxquels je n'ose plus penser aujourd'hui, tellement j'en suis effrayé.
Et cependant M. de Bussières, tout en m'exprimant sa douleur, demeurait calme et indulgent. Il me dit même une fois : " Malgré vos emportements, j'ai la conviction qu'un jour vous serez chrétien, car il y a en vous un fonds de droiture qui me rassure et me persuade que vous serez éclairé, dût pour cela le Seigneur vous envoyer un ange du ciel. "
– " A la bonne heure, lui répondis-je, car autrement la chose serait difficile. "
En passant devant la Scala Santa, M. de Bussières se prit d'enthousiasme. Il se leva dans sa voiture, et se découvrant la tête, il s'écria avec feu : " Salut, Saint Escalier ! voici un pécheur qui vous montera un jour à genoux ! "
Exprimer ce que produisit sur moi ce mouvement inattendu, cet honneur extraordinaire rendu à un escalier, serait chose impossible. J'en riais comme d'une action tout à fait insensée; et quand plus tard nous traversâmes la délicieuse villa Wolkonski, dont les jardins éternellement fleuris sont entrecoupés par les aqueducs de Néron, j'élevai la voix à mon tour, et je m'écriai en parodiant la première exclamation : " Salut, vraies merveilles de Dieu ! c'est devant vous qu'il faut se prosterner, et non pas devant un escalier ! "
Ces promenades en voiture se renouvelèrent les deux jours suivants, et durèrent une ou deux heures. Le mercredi 19, je vis encore M. de Bussières, mais il semblait triste et abattu. Je me retirai, par discrétion, sans lui demander la cause de son chagrin. Je ne l'appris que le lendemain à midi, dans l'église Saint-André-des-Frères.
Je devais partir le 22, car j'avais de nouveau retenu ma place pour Naples. Les préoccupations de M. de Bussières avaient diminué son ardeur prosélytique, et je pensais qu'il avait oublié sa médaille miraculeuse, tandis que, moi, je murmurais toujours avec une inconcevable impatience l'invocation perpétuelle de saint Bernard.
Cependant, au milieu de la nuit du 19 au 20, je me réveillai en sursaut : je voyais fixe devant moi une grande croix noire d'une forme particulière et sans Christ. Je fis des efforts pour chasser cette image, mais je ne pouvais l'éviter, et je la retrouvais toujours devant moi, de quelque côté que je me tournasse. Je ne pourrais dire combien de temps dura cette lutte. Je me rendormis; et le lendemain, à mon réveil, je n'y pensai plus.
J'avais à écrire plusieurs lettres, et je me rappelle que l'une d'elles, adressée à la jeune sœur de ma fiancée, se terminait par ces mots : que Dieu vous garde !... Depuis, j'ai reçu une lettre de ma fiancée, sous la même date du 20 janvier, et, par une singulière coïncidence, cette lettre finissait par les mêmes mots : que Dieu vous garde !... Ce jour-là était, en effet, sous la garde de Dieu.
Toutefois, si quelqu'un m'avait dit dans la matinée de ce jour : " Tu t'es levé juif et tu te coucheras chrétien " si quelqu'un m'avait dit cela, je l'aurais regardé comme le plus fou des hommes.
Le jeudi 20 janvier, après avoir déjeuné à l'hôtel et porté moi-même mes lettres à la poste, j'allai chez. mon ami Gustave, le piétiste, qui était revenu de la chasse, excursion qui l'avait éloigné pendant quelques jours.
Il était fort étonné de me retrouver à Rome. Je lui en expliquai le motif : c'était l'envie de voir le pape.
" Mais je partirai sans le voir, lui dis-je; car il n'a pas assisté aux cérémonies de la Chaire de saint Pierre, où l'on m'avait fait espérer qu'il se trouverait. "
Gustave me consola ironiquement en me parlant d'une autre cérémonie tout à fait curieuse, qui devait avoir lieu, je crois, à Sainte-Marie-Majeure. Il s'agissait de la bénédiction des animaux. Et sur cela, assauts de calembours et de quolibets tels qu'on peut se les figurer entre un juif et un protestant
Nous nous séparâmes vers onze heures, après nous être donné rendez-vous au lendemain : car nous devions aller examiner ensemble un tableau qu'avait fait notre compatriote, le baron de Lotzbeck. Je me rendis dans un café, sur la place d'Espagne, pour y parcourir les journaux, et je m'y trouvais à peine, quand M. Edmond Humann, le fils du ministre des finances, vint se placer à côté de moi, et nous causâmes très joyeusement sur Paris, les arts et la politique. Bientôt un autre m'aborde, c'était un protestant, M. Alfred de Lotzbeck, avec lequel j'eus une conversation plus futile encore. Nous parlâmes de chasse, de plaisirs, des réjouissances du carnaval, de la soirée brillante qu'avait donnée, la veille, le duc de Torlonia. Les fêtes de mon mariage ne pouvaient être oubliées, j'y invitai M. de Lotzbeck, qui me promit positivement d'y assister.
Si en ce moment (car il était midi), un troisième interlocuteur s'était approché de moi, et m'avait dit : " Alphonse, dans un quart d'heure tu adoreras Jésus-Christ, ton Dieu et ton Sauveur, et tu seras prosterné dans une pauvre église, et tu te frapperas la poitrine aux pieds d'un prêtre, dans un couvent de Jésuites où tu passeras le carnaval pour te préparer au baptême, prêt à t'immoler pour la foi catholique; et tu renonceras au monde, à ses pompes, à ses plaisirs, à ta fortune, à tes espérances, à ton avenir; et, s'il le faut, tu renonceras encore à ta fiancée, à l'affection de ta famille, à l'estime de tes amis, à l'attachement des Juifs et tu n'aspireras plus qu'à suivra Jésus-Christ et à porter sa croix jusqu'à la mort !... " Je dis que si quelque prophète m'avait fait une semblable prédiction, je n'aurais jugé qu'un seul homme plus insensé que lui : c'eût été l'homme qui aurait cru à la possibilité d'une telle folie!
Et cependant, c'est cette folie qui fait aujourd'hui ma sagesse et mon bonheur.
En sortant du café, je rencontre la voiture de M. Théodore de Bussières. Elle s'arrête, et je suis invité à y monter pour une partie de promenade. Le temps était magnifique, et j'acceptai avec plaisir. Mais M. de Bussières me demanda la permission de s'arrêter quelques minutes à l'église Saint-André-des-Frères, qui se trouvait presque à côté de nous, pour une commission qu'il avait à remplir; il me proposa de l'attendre dans la voiture; je préférai sortir pour voir cette église. On y faisait des préparatifs funéraires, et je m'informai du nom du défunt qui devait y recevoir les derniers honneurs. M. de Bussières me répondit : " C'est un de mes amis, le comte de Laferronays; sa mort subite, ajouta-t-il, est la cause de cette tristesse que vous avez dû remarquer en moi depuis deux jours. "
Je ne connaissais pas M. de Laferronays; je ne l'avais jamais vu, et je n'éprouvais d'autre impression que celle d'une peine assez vague que l'on ressent toujours à la nouvelle d'une mort subite. M. de Bussières me quitta pour aller retenir une tribune destinée à la famille du défunt. " Ne vous impatientez pas, me dit-il, en montant au cloître, ce sera l'affaire de deux minutes... "
L'église de Saint-André est petite, pauvre et déserte; je crois y avoir été à peu près seul; aucun objet d'art n'y attirait mon attention. Je promenai machinalement mes regards autour de moi, sans m'arrêter à aucune pensée; je me souviens seulement d'un chien noir qui sautait et bondissait devant mes pas... Bientôt ce chien disparut, l'église tout entière disparut, je ne vis plus rien... ou plutôt, ô mon Dieu ! je vis une seule chose !
Comment serait-il possible d'en parler? Oh ! non, la parole humaine ne doit point essayer d'exprimer ce qui est inexprimable; toute description, quelque sublime qu'elle puisse être, ne serait qu'une profanation de l'ineffable vérité. J'étais là, prosterné, baigné dans mes larmes, le cœur hors de moi-même, quand M. de Bussières me rappela à la vie.
Je ne pouvais répondre à ses questions précipitées; mais enfin je saisis la médaille que j'avais laissée sur ma poitrine; je baisai avec effusion l'image de la Vierge rayonnante de grâce... Oh ! c'était bien elle !
Je ne savais où j'étais; je ne savais si j'étais Alphonse ou un autre; j'éprouvais un si total changement, que je me croyais un autre moi-même... Je cherchais à me retrouver et je ne me retrouvais pas... La joie la plus ardente éclata au fond de mon âme; je ne pus parler; je ne voulus rien révéler; je sentais en moi quelque chose de solennel et de sacré qui me fit demander un prêtre... On m'y conduisit, et ce n'est qu'après en avoir reçu l'ordre positif, que je parlai selon qu'il m'était possible, à genoux et le cœur tremblant.
Mes premiers mots furent des paroles de reconnaissance pour M. de Laferronays et pour l'Archiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires. Je savais d'une manière certaine que M. de Laferronays avait prié pour mois; mais je ne saurais dire comment je l'ai su, pas plus que je ne pourrais rendre compte des vérités dont j'avais acquis la foi et la connaissance. Tout ce que je puis dire, c'est qu'au moment du geste, le bandeau tomba de mes yeux; non pas un seul bandeau, mais toute la multitude de bandeaux qui m'avaient enveloppé disparurent successivement et rapidement, comme la neige et la boue et la glace sous l'action d'un brûlant soleil.
Je sortais d'un tombeau, d'un abîme de ténèbres, et j'étais vivant, parfaitement vivant... Mais je pleurais ! je voyais au fond de l'abîme les misères extrêmes d'où j'avais été tiré par une miséricorde infinie; je frissonnais à la vue de toutes mes iniquités, et j'étais stupéfait, attendri, écrasé d'admiration et de reconnaissance... Je pensais à mon frère avec une indicible joie; mais à mes larmes d'amour se mêlèrent des larmes de pitié. Hélas ! tant d'hommes descendent tranquillement dans cet abîme les yeux fermés par !'orgueil ou l'insouciance ! ils y descendent, ils s'engloutissent tout vivants dans les horribles ténèbres !... Et ma famille, ma fiancée, mes pauvres sœurs ! Oh ! déchirante anxiété ! C'est à vous que je pensais, ô vous que j'aime ! c'est à vous que je donnais mes premières prières !... Ne lèverez-vous pas les yeux vers le Sauveur du monde, dont le sang a effacé le péché originel ? Oh ! que l'empreinte de cette souillure est hideuse ! Elle rend complètement méconnaissable la créature faite à 1' image de Dieu.
On me demande comment j'ai appris ces vérités, puisqu'il est avéré que jamais je n'ouvris un livre de religion, jamais je ne lus une page de la Bible, et que le dogme du péché originel, totalement oublié ou nié par les Juifs de nos jours, n'avait jamais occupé un instant ma pensée; je doute même d'en avoir connu le nom. Comment donc suis-je arrivé à cette connaissance ? Je ne saurais le dire. Tout ce que je sais, c'est qu'en entrant à l'église, j'ignorais tout; qu'en sortant, je voyais clair. Je ne puis expliquer ce changement que par la comparaison d'un homme qu'on réveillerait subitement d'un profond sommeil, ou bien par l'analogie d'un aveugle-né qui tout à coup verrait le jour : il voit, mais il ne peut définir la lumière qui l'éclaire et au sein de laquelle il contemple les objets de son admiration. Si on ne peut expliquer la lumière physique, comment pourrait-on expliquer la lumière qui, au fond, n'est que la vérité elle-même ? Je crois rester dans le vrai en disant que je n'avais nulle science de la lettre, mais que j'entrevoyais le sens et l'esprit des dogmes. Je sentais ces choses plus que je ne les voyais, et je les sentais par les effets inexprimables qu'elles produisirent en moi. Tout se passait au-dedans de moi, et ces impressions mille fois plus rapides que la pensée, mille fois plus profondes que la réflexion, n'avaient pas seulement ému mon âme, mais elles l'avaient comme retournée et dirigée dans un autre sens, vers un autre but et dans une nouvelle vie.
Je m'explique mal; mais voulez-vous, Monsieur, que je renferme dans des mots étroits et secs des sentiments que le cœur même peut à peine contenir ?
Quoi qu'il en soit de ce langage inexact et incomplet, le fait positif est que je me trouvais en quelque sorte comme un être nu, comme une table rase... Le monde n'était plus rien pour moi : les préventions contre le christianisme n'existaient plus; les préjugés de mon enfance n'avaient plus la moindre trace; l'amour de mon Dieu avait tellement pris la place de tout autre amour, que ma fiancée elle-même m'apparaissait sous un nouveau point de vue. Je l'aimais comme on aimerait un objet que Dieu tient entre ses mains comme un don précieux qui fait aimer encore davantage le donateur.
Je répète que je conjurai mon confesseur, le R P. de Villefort, et M. de Bussières, de garder un secret inviolable sur ce qui m'était arrivé. Je voulus m'ensevelir au couvent des Trappistes pour ne plus m'occuper que des choses éternelles; et aussi, je l'avoue, je pensais que dans ma famille et parmi mes amis on me croirait fou, qu'on me tournerait en ridicule, et qu'ainsi mieux vaudrait échapper entièrement au monde, à ses propos et à ses jugements.
Cependant les supérieurs ecclésiastiques me montrèrent que le ridicule, les injures, les faux jugements, faisaient partie du calice d'un vrai chrétien; ils m'engagèrent à boire ce calice et m'avertirent que Jésus-Christ avait annoncé à ses disciples des souffrances, des tourments et des supplices. Ces graves paroles, loin de me décourager, enflammèrent ma joie intérieure; je me sentais prêt à tout, et je sollicitais vivement le baptême. On voulut le retarder : " Mais, quoi! m'écriai-je, les Juifs qui entendirent la prédication des Apôtres furent immédiatement baptisés, et vous voulez m'ajourner, après que j'aie entendu la reine des apôtres ! " Mes émotions, mes désirs véhéments, mes supplications touchèrent les hommes charitables qui m'avaient recueilli, et l'on me fit la promesse, à jamais bienheureuse, du baptême !
Je ne pouvais presque pas attendre le jour fixé pour la réalisation de cette promesse tellement je me voyais difforme devant Dieu ! Et cependant que de bonté, que de charité ne m'a-t-on pas témoigné pendant les jours de ma préparation? J'étais entré au couvent des Pères Jésuites pour vivre dans la retraite, sous la direction du R P. de Villefort, qui nourrissait mon âme de tout ce que la parole divine a de plus suave et de plus onctueux. Cet homme de Dieu n'est pas un homme : c'est un cœur, c'est une personnification de la céleste charité ! Mais à peine avais-je les yeux ouverts que je découvris autour de moi bien d'autres hommes de ce même genre, dont le monde ne se doute pas. Mon Dieu, que de bonté, que de délicatesse et de grâce dans le cœur de ces vrais chrétiens ! Tous les soirs, pendant ma retraite, le vénérable supérieur général des jésuites venait lui-même jusqu'à moi, et versait dans mon âme un baume du ciel. Il me disait quelques mots et ces mots semblaient s'ouvrir et grandir en moi à mesure que je les écoutais, et ils me remplissaient de joie, de lumière et de vie.
Ce prêtre, si humble et à la fois si puissant, aurait pu ne point me parler, car sa seule vue produisait en moi l'effet de la parole; son souvenir aujourd'hui encore suffit pour me rappeler la présence de Dieu et allumer la plus vive reconnaissance. Je n'ai point de termes pour exprimer cette reconnaissance; il me faudrait un cœur bien autrement vaste, et cent bouches pour dire quel amour je ressens pour ces hommes de Dieu, pour M. Théodore de Bussières, qui a été l'ange de Marie, pour la famille de Laferronays, à laquelle je porte une vénération et un attachement au-dessus de toute expression !
Le 31 janvier arriva enfin, et ce ne sont plus quelques âmes, mais toute une multitude d'âmes pieuses et charitables qui m'enveloppèrent en quelque sorte de tendresse et de sympathie ! Combien je voudrais les connaître et les remercier ! Puissent-elles toujours prier pour moi, comme je prie pour elles !
Ô Rome ! quelle grâce j'ai trouvée dans ton sein ! La mère de mon Sauveur avait tout disposé d'avance, car elle avait fait venir là un prêtre français pour me parler ma langue maternelle au moment solennel du baptême; c'est M. Dupanloup, dont le souvenir se rattachera toute ma vie aux émotions les plus vives que j'ai éprouvées. Heureux ceux qui l'ont entendu ! Car les échos de cette puissante parole, qu'on a répétée plus tard, ne rendront jamais l'effet de la parole elle-même. Oh ! oui, je sentais qu'elle était inspirée par celle-là même qui faisait l'objet du discours.
Je ne rapporterai point les choses qui regardent mon baptême, ma confirmation et ma première communion, grâces ineffables que j'ai toutes reçues en ce même jour des mains de S. E. Le cardinal Patrizzi, vicaire de Sa Sainteté.
J'aurais trop à vous dire si je m'abandonnais à vous rendre mes impressions, si je redisais ce que j'ai vu, entendu et ressenti, si je rappelais surtout la charité qui m'a été prodiguée. Je nommerai seulement ici l'Éminentissime cardinal Mezzofanti... Le Seigneur a doté cet illustre personnage du don des langues, comme une récompense accordée à un cœur qui se fait tout à nous.
Une dernière consolation m'était réservée.
Vous vous rappelez quel était mon désir de voir le Saint-Père, désir ou plutôt curiosité qui m'avait retenu à Rome. Mais j'étais loin de me douter dans quelles circonstances ce désir se réaliserait. C'est en qualité d'enfant nouveau-né de l'Église que je fus présenté au Père de tous les fidèles. Il me semble que dès mon baptême j'éprouvai pour le souverain pontife les sentiments de respect et d'amour d'un fils. J'étais donc bien heureux quand on annonça que je serais conduit à cette audience sous les ailes du R. P. général des Jésuites; mais pourtant je tremblais, car je n'avais jamais paru devant les grands du monde, et ces grands me paraissaient alors bien petits en comparaison de cette vraie grandeur. J'avoue que toutes les majestés du monde me semblaient concentrées sur celui qui possède ici-bas la puissance de Dieu, sur le pontife qui, par une succession non interrompue, remonte à saint Pierre et au grand-prêtre, Aaron, le successeur de Jésus-Christ lui-même, dont il occupe la chaire inébranlable !
Je n'oublierai jamais la crainte et les battements de cœur qui m'oppressaient en entrant au Vatican, en traversant tant de vastes cours, tant de salles imposantes qui conduisent au sanctuaire du Pontife. Mais toutes ces anxiétés tombèrent et firent place à la surprise et à l'étonnement, quand je le vis lui-même si simple, si humble et si paternel ! Ce n'était point un monarque, mais un père dont la bonté extrême me traitait comme un enfant bien-aimé.
Mon Dieu ! en sera-t-il ainsi au dernier jour, quand il faudra paraître devant vous pour rendre compte des grâces reçues ? On tremble à la pensée des grandeurs de Dieu, et l'on redoute sa justice; mais à la vue de sa miséricorde, la confiance renaîtra sans doute, et avec la confiance, un amour et une reconnaissance sans bornes.
Reconnaissance ! telle sera désormais ma loi et ma vie ! Je ne puis l'exprimer en paroles, mais je tâcherai de l'exprimer par mes actes.
Les lettres de ma famille me rendent toute ma liberté; cette liberté, je la consacre à Dieu, et je la lui offre dès à présent, avec ma vie entière, pour servir l'église et mes frères, sous la protection de Marie !
DÉCRET constatant la conversion miraculeuse de MARIE-ALPHONSE RATISBONNE
Au nom de Dieu. Ainsi soit-il.
L'an de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ mil huit cent quarante-deux, de l'indiction romaine le quinzième, la douzième année du pontificat de N. S. P. le pape Grégoire XVI, le troisième jour de juin.
En présence de l'éminentissime et révérendissime seigneur Constantin, cardinal Patrizzi, vicaire général de N. S. P. le pape, dans la ville de Rome, juge ordinaire de la cour romaine et de son ressort, a comparu le révérendissime François Anivitti, promoteur fiscal près le tribunal du vicariat, spécialement délégué par l'éminentissime et révérendissime cardinal vicaire, à l'effet de rechercher et d'examiner les témoins relativement à la vérité et à l'authenticité de la merveilleuse conversion du judaïsme à la religion catholique, qu'a obtenue par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Alphonse-Marie Ratisbonne, de Strasbourg, âgé de vingt-huit ans, alors à Rome, lequel promoteur déclare s'être appliqué à satisfaire, avec toute la sollicitude et le zèle dont il est capable, au devoir dont il a été chargé, et qu'il a accepté avec empressement; il dit avoir soumis à un examen formel des témoins, au nombre de neuf, qui tous, juridiquement interpellés, ont montré, dans leur récit plein de sincérité, une unanimité merveilleuse en tout ce qui se rapporte, soit à la substance du fait, soit aux résultats de cet admirable événement. C'est pourquoi il assure qu'il s'est convaincu qu'il ne reste rien à désirer pour reconnaître ici le caractère d'un véritable miracle. Toutefois il remet la décision complète de l'affaire à son éminence révérendissime, qui, après avoir vu et examiné les actes, les interrogatoires et documents, daignera intervenir, par un décret définitif, selon qu'elle le jugera expédient dans le Seigneur.
En conséquence, après avoir entendu le rapport, et pris connaissance du procès; vu les interrogatoires des témoins, leurs réponses et renseignements; les ayant considérés avec attention et maturité; après avoir recueilli les avis des théologiens et d'autres personnages pieux, suivant la forme indiquée par le concile de Trente (session 25, de l'invocation et de la vénération des saints, de leurs reliques et des saintes images), l'éminentissime et révérendissime cardinal vicaire de la ville a dit, prononcé et définitivement déclaré qu'il constate pleinement du vrai et insigne miracle opéré par le Dieu très bon et très grand, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, dans la conversion instantanée et parfaite d'Alphonse-Marie Ratisbonne du judaïsme Et, parce qu'il est honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu (Tobie, 12, 7), son Éminence daigne permettre qu'à la plus grande gloire de Dieu, et pour accroître la dévotion des fidèles envers la bienheureuse Vierge Marie, la relation de ce miracle insigne puisse être imprimée et publiée, et qu'elle ait autorité.
Donné au palais de son éminentissime et révérendissime cardinal vicaire de la ville, et juge ordinaire, les jours, mois et an que dessus.
Conforme à l'original.RESTEZ avec moi, Seigneur, car il est nécessaire de Vous avoir présent pour ne pas Vous oublier. Vous savez avec quelle facilité je Vous abandonne.
RESTEZ avec moi, Seigneur, parce que je suis faible et j'ai besoin de Votre force pour ne pas tomber si souvent.
RESTEZ avec moi, Seigneur, parce que Vous êtes ma vie, et, sans Vous, je suis sans ferveur.
RESTEZ avec moi, Seigneur, parce que Vous êtes ma lumière, et, sans Vous, je suis dans les ténèbres.
RESTEZ avec moi, Seigneur, pour me montrer Votre volonté.
RESTEZ avec moi. Seigneur, pour que j'entende Votre voix et Vous suive.
RESTEZ avec moi. Seigneur, parce que je désire Vous aimer beaucoup et être
toujours en Votre compagnie.
RESTEZ avec moi, Seigneur, si Vous voulez que je Vous sois fidèle.
RESTEZ avec moi, Jésus, parce que, si pauvre que soit mon âme, elle désire être pour Vous un lieu de consolation, un nid d'amour.
RESTEZ avec moi, Jésus, parce qu'il se fait tard et que le jour décline... c'est-à-dire
que la vie passe, la mort, le jugement, l'éternité approchent et il est nécessaire de refaire mes forces pour ne pas m'arrêter en chemin et, pour cela, j'ai besoin de Vous. Il se fait tard et la mort approche. Je crains les ténèbres, les tentations, les sécheresses, les croix, les peines, et combien j'ai besoin de Vous, mon Jésus, dans cette nuit de l'exil.
RESTEZ avec moi, Jésus, parce que, dans cette nuit de la vie et des dangers, j'ai besoin de Vous. Faites que je Vous reconnaisse comme vos disciples à la fraction du pain, c'est-à-dire que la communion eucharistique soit la lumière qui dissipe les ténèbres, la force qui me soutienne et l'unique joie de mon cœur.
RESTEZ avec moi. Seigneur, parce qu'à l'heure de la mort, je veux rester uni à VOUS, sinon par la communion, du moins par la grâce et l'amour.
RESTEZ avec moi. Jésus, je ne vous demande pas les consolations divines parce que je ne les mérite pas, mais le don de Votre présence, oh! oui, je Vous le demande.
RESTEZ avec moi. Seigneur. C'est Vous seul que je cherche, Votre amour, Votre grâce, Votre volonté, Votre Cœur, Votre Esprit, parce que je Vous aime et ne demande pas d'autre récompense que de Vous aimer davantage. D'un amour ferme, pratique. Vous aimer de tout mon cœur, sur la terre, pour continuer à Vous aimer parfaitement pendant toute l'éternité.
Ainsi soit-il.
CASA DI PADRE PIO
C.P. 231 - St-.Rémi - JOL 2LO - (Québec) Canada
C'est la Très Sainte Vierge elle-même qui a demandé de porter le scapulaire du Mont-Carmel. Elle l'a demandé à saint Simon Stock. À Fatima, la Vierge s'est présentée avec le scapulaire.
Le scapulaire, c'est l'habit du consacré à Marie, dit Lucie de Fatima.
1. Quiconque meurt revêtu de ce scapulaire n'ira pas en enfer.
2. Ils seront délivrés du purgatoire, le premier samedi après leur mort, s'ils gardent la chasteté de leur état et s'ils récitent le Petit Office de la Sainte Vierge chaque jour. La récitation du Petit Office peut être remplacée par la récitation du chapelet (5 dizaines) si l'on en demande la permission à un prêtre.
3. Ils seront protégés durant leur vie terrestre contre les dangers de l'âme et du corps.
Tout catholique, sans exception, devrait tenir à garder sur soi cette garantie de salut et ce gage de protection mariale, dont la plupart des gens âgés ont été revêtus au jour béni de leur Première Communion.
Les personnes qui n'auraient pas été reçues du scapulaire n'ont qu'à s'adresser à un prêtre pour se le faire imposer.
Si une personne a négligé de porter son scapulaire depuis plusieurs années, elle peut le reprendre sans se faire recevoir de nouveau, à condition de ne pas l'avoir mis de côté par mépris.
Le prêtre bénit le premier scapulaire qu'il nous impose. Cette bénédiction compte pour tous les scapulaires de rechange. On n'a donc pas besoin de faire bénir les nouveaux scapulaires.
Pour éloigner les fléaux de notre pays, accomplissons les demandes de la Très Sainte Vierge. Disons le chapelet et portons le scapulaire.
Ce sont les deux premiers devoirs à accomplir pour bâtir le Royaume de l'Immaculée sur la terre.
Tous les Papes ont attaché des indulgences au scapulaire et encore, depuis le Concile, le Pape Paul VI a renouvelé les indulgences en faveur du scapulaire.
Ainsi soit-il
et les embûches du démon. Que Dieu lui commande, nous vous en supplions;
et vous, prince de la milice céleste, par le pouvoir divin qui vous a été confié,
précipitez au fond des enfers Satan et les autres esprits mauvais
qui parcourent le monde pour la perte des âmes. Amen.
Corps de Jésus-Christ, sauvez-moi,
Sang de Jésus-Christ, enivrez-moi
Eau du côté de Jésus-Christ, purifiez-moi,
Passion de Jésus-Christ, fortifiez-moi,
Ô bon Jésus, exaucez-moi,
Dans vos divines plaies, cachez-moi,
D'être séparé de vous, préservez-moi,
De la malice de Satan, défendez-moi,
À l'heure dernière, appelez-moi,
De venir à vous, commandez-moi
Afin que je vous loue avec vos saints,
Dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Indulgence de 7 ans après la communion, plénière une fois par mois.
(Pie IX, 1854)
Indulgence de 300 jours, chaque fois que l'on dit cette oraison jaculatoire.
Venez à mon secours et soulagez ma misère. Obtenez-moi l'aide et la grâce du Bon Dieu dans toutes mes difficultés et en particulier ......(demandes particulières). Faites en sorte que je sois du nombre des élus et obtienne le salut éternel.
Je vous promets, ô saint Jude, de me souvenir toujours de la grande faveur que vous m'accorderez. Toujours je vous honorerai comme mon patron et mon protecteur. En signe de reconnaissance, je ferai tout en mon pouvoir pour développer votre dévotion et vous faire connaître comme le patron des causes désespérées. Amen.
N.B. De nombreuses faveurs insignes ont déjà été obtenues par l'intercession de saint Jude.

Sainte Marie, priez pour nous
Saint Joseph
Illustre descendant de David
Lumière des Patriarches
Époux de la Mère de Dieu
Chaste gardien de la Vierge
Père nourricier du Fils de Dieu
Zélé défenseur de Jésus
Chef de la Sainte Famille
Joseph très juste
Joseph très chaste
Joseph très prudent
Joseph très courageux
Joseph très obéissant
Joseph très fidèle
Miroir de patience
Amant de la pauvreté
Modèle des travailleurs
Gloire de la vie de famille
Gardien des Vierges
Soutien des familles
Consolation des malheureux
Espérance des malades
Patron des mourants
Terreur des démons
Protecteur de la Sainte Église
V. Dieu l'a établi maître de sa maison.
R. Et dispensateur de tous ses biens.
Prions: 0 Dieu, qui, dans votre Providence ineffable, avez choisi le bienheureux Joseph pour époux de votre sainte Mère, faites que nous méritions d'avoir pour intercesseur dans le ciel celui que nous vénérons sur la terre comme notre protecteur. Nous vous en supplions, Seigneur, qui vivez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Par ta prière soit donné le salut,
Soit pardonnée la faute
A l'âme pécheresse.
Que nous soyons libérés par toi,
De toutes les peines si méritées
Par tant de crimes coupables.
Que soit obtenue par toi
Toute grâce implorée par nous,
Surtout pour l'âme le salut.
Que la prière unisse un jour
Nos âmes aux esprits bienheureux
Dans l'éternelle patrie.
Que tous les cœurs qui sont troublés
Soient délivrés par la prière
De toutes leurs angoisses.
Que la prière auprès du Christ
Procure à l'univers la paix,
Aux infirmes la santé.
Joseph, grand fils du Roi David,
Oh ! pense au jour du jugement,
A ceux qui croient au Christ.
Supplie l'unique Sauveur de tous
Qu'Il vienne nous délivrer
Au temps de notre mort.
Protège-nous en cette vie
Et fais jouir les trépassés
Du ciel des bienheureux.
Ainsi soit-il.
2. 0 très heureux patriarche, glorieux saint Joseph, qui avez été élevé à l'éminente dignité de père putatif du Verbe fait chair, la douleur que vous avez éprouvée en voyant naître l'Enfant-Jésus dans une si grande pauvreté, se changea bientôt en une joie céleste, lorsque vous pouviez contempler et embrasser Jésus et que vous avez entendu, par les bergers, le récit du chant des anges et des glorieux événements de cette nuit resplendissante. Nous vous supplions, par cette douleur et cette allégresse, de nous obtenir, après le cours de cette vie, la grâce d'être admis à entendre les saints cantiques des anges et à jouir de l'éclat de la gloire céleste. Pater, Ave, Gloria.
3. 0 modèle parfait de soumission aux lois divines, glorieux saint Joseph, la vue du sang précieux, que le Rédempteur-Enfant répandit dans sa circoncision, perça votre cœur de douleur; mais l'imposition du nom de Jésus le ranima en vous remplissant de consolation. Obtenez-nous, par cette douleur et cette allégresse, qu'après avoir extirpé tous nos vices pendant la vie, nous puissions mourir avec joie en invoquant de cœur et de bouche le très saint nom de Jésus. Pater, Ave, Gloria.
4. O saint très fidèle, à qui furent communiqués les mystères de notre rédemption, glorieux saint Joseph, si la prophétie de Siméon vous causa une douleur mortelle en vous apprenant ce que Jésus et Marie allaient souffrir, elle vous remplit aussi d'un saint contentement, à cause du salut et de la glorieuse résurrection qui s'ensuivraient, selon ces mêmes prédictions, en faveur d'innombrables âmes. Par cette douleur et cette allégresse, demandez pour nous que nous soyons du nombre de ceux qui, par les mérites de Jésus et l'intercession de la Vierge Mère, ressusciteront glorieusement. Pater, Ave, Gloria.
5. O très vigilant gardien du Fils de Dieu fait homme, glorieux saint Joseph, combien vous avez souffert pour servir le Fils du Dieu Très-Haut, particulièrement pendant la fuite en Égypte, mais combien aussi vous avez joui d'avoir toujours avec vous le Fils de Dieu et de voir tomber par terre les idoles des Égyptiens! Par cette douleur et cette allégresse, obtenez-nous que nous sachions tenir loin de nous le tyran infernal, surtout par la fuite des occasions dangereuses; que nous méritions de voir tomber de nos cœurs toutes les idoles des affections terrestres et qu'entièrement consacrés au service de Jésus et de Marie nous ne vivions plus que pour eux et que nous ayons une mort heureuse. Pater, Ave, Gloria.
6. O ange de la terre, glorieux saint Joseph, qui avez vu avec admiration le Roi du ciel soumis à vos ordres, si la consolation que vous avez éprouvée en le ramenant d'Égypte fut troublée par la crainte d'Archelaüs, vous avez été cependant rassuré par l'ange et vous avez demeuré avec joie à Nazareth dans la compagnie de Jésus et de Marie. Obtenez-nous, par cette douleur et cette allégresse, que nous soyons dégagés de toute crainte nuisible, afin de pouvoir jouir de la paix de conscience, de vivre en sécurité dans l'union avec Jésus et Marie et enfin de mourir dans leur société. Pater, Ave, Gloria.
7. O modèle de toute sainteté, glorieux saint Joseph, qui, ayant perdu l'Enfant-Jésus sans qu'il y eût de votre faute, le cherchiez pendant trois jours avec une grande douleur jusqu'au moment, où vous éprouvâtes la plus grande joie en le retrouvant dans le temple au milieu des docteurs. Nous vous supplions du fond du cœur, par cette douleur et cette allégresse, de daigner employer votre crédit auprès de Dieu, afin qu'il ne nous arrive jamais de perdre Jésus par le péché mortel et que, si ce malheur extrême nous arrivait, nous le cherchions de nouveau avec une douleur infatigable jusqu'à ce que nous le retrouvions favorable, surtout au moment de la mort, afin d'entrer au ciel pour jouir de lui et bénir éternellement avec vous ses in finies miséricordes. Pater, Ave, Gloria.
Saint Joseph, l'Évangile nous montre combien la foi a illuminé le regard de votre âme. Toutes vos actions, telles que la Révélation les montre, partent d'un silence profond qui écoute respectueusement ce que Dieu vous dit, partent d'une réflexion calme qui considère et juge et décide devant Dieu, partent d'une âme parfaitement pacifiée en Dieu. L'extérieur chez vous est le miroir vrai, le résultat logique, la suite fidèle de la vie intérieure. Vous viviez de Dieu, de ce Dieu devenu visible, qui vous conduisait de l'intérieur pour se laisser conduire par votre main. Toute votre activité si riche était dominée et pénétrée de cette vie intérieure si intensément vécue, semblable à celle de votre épouse immaculée, dans le mystère du Père et du Fils et du Saint-Esprit, mystère illuminant, sanctifiant, fortifiant votre âme, afin qu'elle puisse produire les actes les plus riches et les plus parfaits. Saint Joseph, apprenez-moi à vivre de Dieu qui vit en moi, à vivre du Verbe par l'Esprit-Saint à la gloire du Père comme vous. Ainsi soit-il.
Saint Joseph, homme de vie intérieure selon le cœur de Dieu !
Saint Joseph, je voudrais être comme vous: un homme qui ne cherche et ne fait que la volonté de Dieu, un homme qui ne regarde que Dieu, un homme qui aime le silence et agit en silence, qui pense, qui parle devant Dieu, qui ne discute jamais avec Dieu, qui vit de l'intérieur, d'un intérieur uni à Dieu, qui s'élève sans cesse vers Dieu de tout son esprit, de toute son âme, de tout son cœur, de toutes ses forces, qui élève le monde vers son Créateur, un homme qui aime ardemment Jésus, qui vit et meurt pour Lui, qui honore sa Mère virginale et sait respecter toute femme à cause d'elle !
Mais avant tout, implorez pour nous la grâce de ne jamais nous séparer de Jésus par le péché mortel, de Le connaître et de L'aimer toujours plus, ainsi que sa sainte Mère, de vivre toujours en présence de Dieu, de tout faire pour sa gloire et le bien des âmes, et d'arriver un jour à la vision bienheureuse de Dieu pour Le louer éternellement avec vous. Ainsi soit-il.
0 très fidèle saint Joseph, vous qui étiez tous les jours de votre vie un si fidèle observateur de la loi de Dieu, faites que vienne bientôt le jour où tout le peuple chrétien, aux jours de fête, s'abstienne de tout travail défendu, qu'il donne une attention sérieuse au salut de l'âme et rende gloire à Dieu qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
(Saint Joseph a eu un doute crucifiant au sujet de la volonté divine quant à son dernier choix à prendre vis-à-vis de la Vierge Marie. Toute sa vraie vocation en dépendait. Comme il doit aider ceux qui cherchent leur vocation ! )