La Reine du Très Saint Rosaire est la
portière du Ciel,
et le Rosaire est la clef qui ouvre la
porte
de la céleste Jérusalem.
Ego sum ostium.
Jean X, 9.
Le disciple
bien aimé de Jésus, Saint Jean l’Évangéliste, eut une vision pleine de mystère.
Il vit Jérusalem, la cité sainte, descendre des cieux. Cette cité bienheureuse
avait un mur fort élevé. Elle était carrée et sa longueur égalait sa largeur.
Le mur était de jaspe, la ville même était d’un or pur, brillant comme le plus
pur cristal. Il y avait douze portes : trois à l’orient, trois au nord, trois
au midi et trois à l’occident ; chacune de ces portes était formée d’une seule
perle d’une merveilleuse grandeur.
Ne vous
semble-t-il pas tout d’abord que cette description est en opposition formelle avec
les paroles de notre divin Sauveur que j’ai citées, pour servir de texte à ce
discours ? Jésus, l’éternelle vérité, nous a dit : « C’est moi qui
suis la porte. Si c’est par moi que quelqu’un entre, il sera sauvé, et il
entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages. Celui qui n’entre point
par la porte, mais qui y monte par ailleurs est un voleur et un larron » (Ego sum ostium, etc Jean X, 9 et 1 ).
Si donc Jean voit douze portes à la Jérusalem céleste, trois dans la direction
de chacun des points cardinaux, comment sa vision pourra-t-elle s’accorder avec
la parole de Notre-Seigneur qui se proclame la seule et unique porte : « Je
suis la porte; si c’est par moi que quelqu’un entre il sera sauvé ? »
Saint
Augustin dénoue cette difficulté en faisant remarquer que ces douze portes
représentent les douze apôtres, et se résolvent par conséquent en cette seule
et unique porte, Jésus-Christ, qu’ils représentent et dont ils sont les
instruments. C’est en définitive uniquement par Jésus-Christ que le royaume du
ciel nous est ouvert, et que nous arrivons à son Père. Les autres peuvent nous
aider à nous frayer la voie du salut, mais c’est par Lui que nous sommes
sauvés. « Pourquoi les Apôtres sont-ils des portes ? demande Saint
Augustin. Parce que c’est par eux que nous entrons dans le royaume de Dieu. Ils
nous prêchent l’Évangile et lorsque nous entrons par eux, c’est par le Christ
que nous entrons. Car c’est Lui qui est la porte. Et quoiqu’il soit écrit qu’il
y a douze portes à Jérusalem, Jésus-Christ est cependant l’unique porte, parce
qu’il est les douze portes et qu’il est dans les douze portes »
Mais qu’elle
est étroite et difficile à franchir cette porte ! Que le sentier qui y conduit
est hérissé de difficultés ! Que de gens se sont efforcés de passer par cette
porte et ne l’ont pas pu ! Notre divin Sauveur, malgré sa miséricorde infinie,
n’a pas voulu nous le dissimuler ; il a cru bon au contraire de nous en avertir.
Écoutez ce qu’il nous dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite
; car, beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas.
Large est la porte et spacieuse est la voie qui conduit à la perdition, et
nombreux sont ceux qui entrent par elle. Combien est étroite la porte et
resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu’il en est peu qui la
trouvent. » Contendite intrare etc.
(Luc XIII, 24)... Lata est porta, etc. (Mat. VII, 13, 14.) La
raison en est que peu de chrétiens comprennent la nécessité et conçoivent une
ferme volonté de se renoncer eux-mêmes, de prendre leur croix et de suivre la
voie étroite où Jésus-Christ a marché le premier, ce chemin de la Passion, tout
marqué de traces sanglantes. Au contraire, on ne rencontre que gens amis des
délices du monde. Cet amour du plaisir leur fait suivre la voie large qui les
conduit tout droit à leur perte. Mais rassurez-vous, ô vous qui aimez Marie;
rassurez-vous, vous surtout qui récitez le Saint Rosaire avec dévotion et
fidélité. Jésus-Christ est la porte du Ciel, mais auprès de Jésus, je vois
Marie. Auprès de la porte, je vois la portière, Notre-Dame du très Saint
Rosaire. Elle est toute prête à nous ouvrir la porte, à nous faciliter l’entrée.
Elle a entre les mains le Rosaire ; c’est la clef précieuse qui ouvre les
portes les mieux fermées.
I. Notre-Dame du Très Saint Rosaire est la
portière du Ciel.
Lorsque nos
premiers parents, trompés par la ruse du serpent infernal, eurent goûté du
fruit défendu, ils furent chassés du paradis ; ils commencèrent de manger leur
pain à la sueur de leur front ; les portes du paradis furent fermées, et de
plus, un chérubin armé d’une épée flamboyante, fut chargé d’en surveiller l’entrée,
pour que personne à l’avenir n’en pût approcher. Mais le temps vint où le Verbe
de Dieu s’incarna dans le sein de Marie pour racheter les hommes. Alors la
porte du paradis, non pas du paradis terrestre disparu à l’époque du déluge,
mais du ciel où Dieu règne avec ses Anges, la porte du ciel, dis-je, fut
ouverte aux descendants d’Adam. Dieu mit à la porte du Ciel, non plus un
chérubin armé d’une épée de feu pour en défendre l’abord, mais la Reine des
anges elle-même, pour la tenir ouverte. C’est à Elle qu’est confiée la garde du
Paradis; c’est Elle uniquement qui veille sur la porte. Marie, dans la loi de
grâce, ouvre et personne ne ferme ; elle ferme et personne n’ouvre. Cet
enseignement n’est pas de nous ; il est de Saint Bernard, dont voici les
paroles : « La Bienheureuse Mère de Dieu est un abîme de piété. On a
raison de croire qu’elle ouvre à qui elle veut, quand elle veut et comme elle
veut. » (Saint Bernard ; sur le Salve Regina).
Même chez
les rois de la terre, on trouve des exemples de cette toute puissance donnée
par eux à leurs mères, à leurs femmes ou à leurs filles. Alphonse, roi d’Aragon,,
avait pour son épouse Lucile un tel amour et une telle estime qu’on la nommait,
dans tout le royaume, la porte des faveurs royales. Aucun sujet ne pouvait se
présenter devant le roi pour implorer une grâce, si la reine ne lui en avait d’abord
concédé la faveur. On n’arrivait jusqu’au trône du roi qu’en passant par les
appartements de la reine. Nul n’aurait osé comparaître devant lui, sans avoir
fléchi les genoux devant elle ; toute supplication était vaine, si elle ne l’appuyait
au moins de quelque signe. On peut dire qu’il en est ainsi dans le royaume de
Dieu. L’amour du Seigneur pour Marie est infiniment plus grand que tout amour
créé. Il sait combien il est digne qu’il lui confie toutes les affaires de son
céleste royaume. Elle la reine de miséricorde et toutes les œuvres de
miséricorde sont particulièrement de son ressort. Aussi les Pères sont-ils d’accord
pour enseigner que l’on n’approche de Dieu que par Marie, et qu’en dehors d’elle,
tout accès est impossible, soit à la cour céleste, soit à la vision béatifique,
soit au trône de Dieu. Écoutez saint Bonaventure : « Personne ne peut
entrer au ciel que par Marie. De même que Dieu est venu par elle jusqu’à nous,
de même il faut que nous revenions par elle à Dieu. »
Saint
Bernard s’écrie à son tour : « Faites que par vous nous ayons accès auprès
de votre Fils, ô Vierge bénie qui avez trouvé la grâce, ô mère du salut, pour
que celui qui nous a été donné par Vous nous reçoive aussi par Vous. »
Saint Ignace, l’illustre martyr, disait déjà : « Il est impossible qu’un
pécheur puisse être sauvé, si ce n’est, ô Vierge, par votre secours, et votre
faveur. Car Dieu n’accorde de grâce à aucun homme si ce n’est par Marie. »
« Il n’est personne, dit Saint Germain, qui soit délivré du mal sinon par
Vous, ô Vierge très pure, personne à qui un droit soit accordé, sinon par Vous,
ô Vierge très chaste ; personne qui soit sauvé, sinon par Vous, ô Vierge très
sainte. »
Enfin
tenons-nous-en à la règle que nous donne Saint Bernard lorsqu’il nous dit: « Que toutes les moelles de notre cœur,
que toutes les affections de nos entrailles, que tous nos vœux concourent à ce
seul but: vénérer Marie ; car telle est la volonté de Dieu qui a voulu que nous
ayons tout par Marie. »
L’Évangéliste Saint Matthieu
rapporte avec détails plusieurs grands miracles, qui s’accomplirent après la
mort de Notre-Seigneur sur la croix, le voile du temple déchiré en deux, depuis
le haut jusqu’en bas, le tremblement de terre, les pierres fendues, les
sépulcres ouverts, les corps d’un grand nombre de saints ressuscités, et
sortant de leurs tombeaux pour aller dans la cité sainte. Mais pourquoi vont
ils dans la cité ? Quels rapports peut-il y avoir entre eux et les vivants ?
entre ceux que la cruelle mort a séparés ? Peut-être allaient-ils demander des
prières pour être plutôt délivrés des Limbes ? Mais non, puisque le texte sacré
nous dit qu’il s’agissait des saints qui, par conséquent, n’avaient pas besoin
de suffrages. La descente de Jésus-Christ dans les limbes avait délivré tous
les captifs sans exception. Peut-être voulaient-ils instruire leurs amis des
choses de l’autre vie. Mais non, puisque Jésus-Christ a dit de ceux qui vivent
sur la terre : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. S’ils
n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiraient pas davantage quelqu’un
des morts qui ressusciterait. » (Luc.XVI passim).
Peut-être voulaient-ils consoler leurs parents, leurs amis ? mais quelle
consolation les morts peuvent-ils procurer aux vivants ? Il y a là un mystère ?
Nous en trouverons l’explication si nous supposons deux choses : la première
que les corps ressuscités ne retournèrent pas à la poussière du tombeau, et
que, selon l’enseignement de plusieurs Pères, ils montèrent au Ciel avec
Jésus-Christ chef de tous les justes, au jour de sa glorieuse Ascension. La
seconde que la cité de Jérusalem était la figure en même temps que la demeure,
en ces jours-là, de la Bienheureuse Vierge Marie. Les corps des saints qui
sortirent de leur tombeau, à la mort de Jésus-Christ, se rendirent dans la cité
sainte, parce qu’ils se disposaient à monter au ciel ; or il ne pouvaient le
faire que par Marie à qui est confiée la garde de la céleste cité. C’est elle
qui possède les clefs ; elle ouvre à qui elle veut, quand elle veut et comme
elle veut, et personne ne ferme.
Que le
chemin qui conduit au Ciel soit difficile ; que la porte par laquelle on entre
dans la vie soit étroite ; que ceux qui la trouvent soient peu nombreux, ne
laissez pas cependant d’avoir confiance, ô vous qui aimez Marie, ô vous qui
récitez fidèlement le Saint Rosaire. Je vois Notre-Dame du très saint Rosaire
la portière du Ciel, toute prête à vous en procurer l’entrée. Plus la porte
était sévèrement gardée autrefois par le chérubin armé d’un glaive flamboyant,
plus il est aisé de le franchir aujourd’hui. Dieu n’avait pas confié à un
Séraphin la garde du Paradis terrestre parce que les séraphins, selon la
signification de leur nom, sont un incendie d’amour, et que l’on en confie pas
à l’amour les mesures de rigueur inflexibles. Aujourd’hui ce n’est pas même à
un Séraphin, c’est à la Bienheureuse Vierge Marie auprès de laquelle les
séraphins eux-mêmes paraîtraient tout de glace ( comme le disait Saint Ildephonse, dans un sermon sur l’Assomption), que Dieu
confie la porte du Ciel. Le temps de la rigueur inflexible est donc passé.
« Qui
pourra mesurer la longueur, la largeur, la sublimité, la profondeur de votre
miséricorde, ô Vierge bénie, ? s’écrie Saint Bernard. Sa longueur ? Elle vient
en aide, jusqu’à leur dernier jour, à tous ceux qui l’invoquent. Sa largeur ?
elle remplir l’univers entier et toute la terre est pleine aussi de sa
miséricorde. Sa sublimité ? elle s’est élevée jusqu’à réparer les ruines de la
cité céleste. Sa profondeur ? elle a obtenu la grâce de la rédemption pour ceux
qui étaient assis dans les ténèbres et â l’ombre de la mort. » Mais si la
miséricorde de Marie est si grande, si tous peuvent espérer avec une ferme
confiance, y avoir quelque part, il est évident que la part la plus large, que
les faveurs les plus abondantes sont réservées à ceux qui l’aiment et la
servent fidèlement, à ceux qui aiment le Saint Rosaire, qui le récitent avec
piété, qui sont heureux de répéter bien des fois chaque jour, en l’honneur de
Marie, la Salutation Angélique, à ceux qui se complaisent dans la méditation de
ses mystères. C’est pour eux surtout que la Bienheureuse Vierge est la portière
du Ciel.
II. Le
Rosaire est la clef qui ouvre la céleste Jérusalem.
Saint Jean
nous rapporte dans l’Apocalypse comment le Fils de Dieu lui apparut avec tout l’éclat
de sa gloire. Il dit : « Je vis sept
chandeliers d’or; et au milieu des sept chandeliers d’or quelqu’un qui
ressemblait au Fils de l’homme, vêtu d’une longue robe, et ceint au dessous des
mamelles d’une ceinture d’or. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la
neige, et ses yeux comme une flamme de feu. Ses pieds étaient semblables à l’airain
fin, quand il est dans une fournaise ardente, et sa voix comme la voix des
grandes eaux. Il avait sept étoiles dans sa main droite, et de sa bouche
sortait une épée à deux tranchants, et son visage était lumineux comme le
soleil dans sa force » (Apoc. 1, 12-15).
Le Divin
Maître se montrait à Jean dans ce magnifique appareil, pour encourager son
disciple bien-aimé à supporter courageusement les persécutions qui allaient
fondre sur lui, et à boire sans crainte le calice de la passion qui lui était
préparé. Il lui disait : « Ne crains point : Je suis le premier et le
dernier, et celui qui vit. J’ai été mort, mais voici que je suis vivant dans
les siècles des siècles, et j’ai les clefs de la mort et de l’enfer : « Noli timere.
Ego sum primus et novissimus, etc. » (Apoc.l.
17-18). N’était-ce pas comme s’il lui avait dit : O Jean, ne crains pas. Tu le
sais, je suis le premier de tous ; cependant il a fallu que je devienne comme
le dernier, l’abjection du peuple; que je subisse l’ignominie
de la croix et la mort entre deux larrons. Mais après cette
mort, je suis ressuscité dans la gloire ; toute puissance m’a été donnée au
ciel et sur la terre ; les clefs de la mort et de l’enfer m’ont été remises
entre les mains. Ne crains donc pas : à l’exemple de ton maître, affronte
courageusement toutes les persécutions, méprise virilement la mort parce que tu
ressusciteras dans la gloire. J’ai les clefs de la mort et de l’enfer ; je
fermerai leurs portes, et je te conduirai, en toute sécurité, à la vie
éternelle.
Mais si le Fils de Dieu a les clefs de la mort et de l’enfer,
qui donc tient entre ses mains celles de la vie éternelle et du royaume des
cieux ? Si le pouvoir de fermer les portes de la mort et de l’enfer appartient
au Dieu incarné, à qui donc la mission a-t-elle été confiée d’ouvrir celles de
l’éternelle béatitude ? Si le Seigneur des seigneurs s’est réservé les clefs de
la mort et de l’enfer, à qui a-t-il remis celles de la béatitude suprême et des
joies célestes ? A qui ? sinon à Marie, sa Mère bien-aimée ? Marie a été
instituée l’avocate des vivants et des morts; Marie a été élue reine des anges
et portière du ciel ; à Marie la puissance a été donnée d’ouvrir les portes de
la vie, à qui elle veut, quand elle veut et comme elle veut. « Entre vos
mains, ô Vierge, sont le salut et la vie, la joie perpétuelle et l’éternité
glorieuse », s’écrie Saint Bonaventure. Marie possède la clef du Ciel et
du véritable bonheur ; mais quelle est cette clef ?
Selon Saint
Augustin, on peut donner le nom de clef du ciel à toutes les prières et à
toutes les bonnes oeuvres, parce que c’est par elles que nous montons au ciel,
que nous ouvrons les portes du ciel, et que nous approchons du trône de Dieu.
« La prière du juste, voilà, dit-il, la clef du ciel. La supplication
monte et la miséricorde de Dieu descend. Bien que la terre soit basse et les
cieux élevés, Dieu entend cependant la voix de l’homme dont la conscience est
pure. » Et il ajoute : « Nous pouvons nous ouvrir la porte du royaume
des cieux avec les clefs des bonnes œuvres de toute sorte. » Le saint
Docteur prouve ce qu’il avance par l’exemple du prophète Élie qui, au temps du
roi Achab, ferma le ciel et l’ouvrit par ses prières.
A cette
malheureuse époque, les péchés s’accumulaient sans mesure. Grâce à la
connivence du roi, l’impiété avait fait des progrès effrayants dans tout le
peuple et dans toute la Judée. Élie, enflammé de zèle pour la gloire de Dieu,
pria le Seigneur pour qu’en punition d’une telle iniquité, il ne descendit plus
ni pluie ni rosée sur les fruits de la terre. Sa prière fut exaucée ; la prière
d’Élie était devenue la clef du Ciel. « Il ordonne et le ciel est
fermé » dit le grand Saint Augustin. Et pendant trois années entières, une
affreuse sécheresse désole toute la contrée livrée en proie à la famine la plus
cruelle. Après ces trois ans, Élie touché de compassion pour son peuple, crie
de nouveau vers le Seigneur. Il demande la rosée du ciel, il demande la pluie
qui rende la fertilité à la terre. Aussitôt sa prière, véritable clef du ciel,
l’ouvre avec la même facilité qu’elle l’avait fermé. Le ciel se couvre de
nuages, le vent souffle et la pluie tombe avec abondance.
Ce que
Saint Augustin attribue à la prière en général, Saint Éphrem en fait l’application
particulière au très doux nom de Marie. « Le nom de Marie a la puissance d’ouvrir
la porte du Ciel », dit il. Avant la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ,
personne ne put entrer au ciel, ni Abraham, ni Isaac; ni Jacob, ni les
prophètes, ni les autres justes ; il leur fallait descendre tous dans les
limbes, mais lorsque le nom de Marie eut retenti dans le monde, au jour de sa
Nativité, lorsque surtout, il eut été connu et glorifié dans l’univers entier
avec celui de son divin Fils, les portes furent ouvertes ; les malheureux
enfants d’Ève purent revenir dans la patrie céleste. Aussi la Bienheureuse
Vierge Marie a-t-elle daigné dire elle-même à saint Brigitte : « Ceux qui sont
dans le Purgatoire, se réjouissent lorsqu’ils entendent mon nom, comme le malade
gisant sur son lit de douleur, lorsqu’il entend quelque parole. de consolation. Les bons anges, en
entendant ce nom s’approchent davantage des justes, et sont heureux des progrès
de ceux dont la garde leur est confiée. »
Si donc
toute prière des justes monte vers le ciel pour en faire descendre la
miséricorde, en est-il qui puisse le faire avec autant d’efficacité que le
Saint Rosaire ? La Reine des Anges n’atteste-t-elle pas elle-même que le
Rosaire l’emporte en dignité comme en vertu sur toutes les autres prières,
autant qu’elle même sur tous les Saints du Ciel ? Si la prière du prophète Élie
a été comme la clef du Ciel, ce nom ne convient-il pas bien mieux encore au
psautier de Marie ? La prière d’Élie ouvrit le Ciel, mais seulement après l’avoir
fermé : le Très Saint ROSAIRE ne ferme jamais le Ciel ; il l’ouvre toujours. La
prière d’Élie s’opposa à la miséricorde de Dieu, et empêcha qu’il répandit sur
la terre une pluie bienfaisante ; le Très Saint Rosaire obtient de la divine
miséricorde qu’elle ne cesse jamais de répandre sur nous la pluie de ses
bienfaits. La prière d’Élie obtint que la terre produisit des fruits, mais ce
ne fut qu’après une longue et cruelle famine ; la prière chère à Marie, le
Saint Rosaire procure avec abondance les biens du corps et ceux de l’âme ; avec
lui on n’est privé d’aucune des faveurs célestes. Enfin si le nom seul de Marie
suffit pour ouvrir le ciel, combien plus efficace encore le rosaire sera-t-il,
lui qui nous fait répéter ce nom béni deux fois par chaque Salutation
angélique, c’est-à-dire plus de trois cents fois ?
Les anciens
représentaient la terre sous une figure emblématique ingénieuse. C’était une
femme au port majestueux, aux traits empreints de gravité et de bonté. Elle
portait sur la tête une précieuse couronne où l’on voyait ciselées des tours,
des murailles, des villes. A la main, elle avait une clef. Autour d’elle se
voyait une multitude d’êtres animés qui venaient chercher un refuge dans son
sein. Une inscription lui donnait ce nom : Alma
Mater : La bonne Mère. Que signifiait cette peinture ? La couronne ornée de
tours, de villes, d’édifices, de palais, montrait que les hommes et les œuvres
de leur génie sont la gloire de la terre et son ornement. La clef qu’elle
tenait à la main signifiait que la terre ferme son sein quand vient l’hiver, et
l’ouvre au printemps, pour produire en abondance toutes sortes de fruits. Les
oiseaux du ciel et les animaux qui s’approchaient d’elle, marquaient qu’elle
leur fournit la nourriture et tout ce dont ils ont besoin. L’inscription enfin
proclamait que la terre est la mère universelle de tous les êtres qui vivent
dans ce monde, que c’est d’elle qu’ils empruntent tous les éléments qui les
composent, tout ce qui est nécessaire à leur existence.
On peut
appliquer cet emblème à Notre-Dame du Saint Rosaire. Elle a une couronne, non
pas ornée de tours et de palais, il est vrai, mais formée des roses les plus
exquises et des perles précieuses les mieux choisies. Cette couronne, c’est le
Saint Rosaire. « Le Rosaire est une diadème glorieux composé de perles
précieuses, dont la Vierge Mère de Dieu est couronnée », dit Carthagène.
Dans la récitation du Rosaire, les oiseaux du ciel, c’est-à-dire les âmes des
justes, prennent leur vol vers Marie, pour recevoir d’Elle les aliments dont
ils ont besoin, les grâces divines. Car Marie ne néglige jamais ses humbles
serviteurs, et elle obtient toujours des grâces abondantes à ceux qui lui
offrent cet hommage : celui qui est parfait devient plus parfait : celui qui
est juste devient plus juste. Les animaux de la terre recourent aussi, à Marie.
Les animaux représentent les pécheurs, disent les Saints Pères. Les pécheurs, s’ils
ont recours à Marie, s’ils récitent le Saint Rosaire, trouvent un asile auprès
d’Elle et une protection assurée. Le Rosaire est l’espérance des désespérés.
Enfin Marie
tient une clef entre ses mains ; c’est la Salutation angélique qui a ouvert la
porte du ciel fermée depuis le commencement du monde par le péché de nos
premiers parents. La clef du Ciel était perdue et nulle créature n’était assez
puissante pour en ouvrir la porte. Mais du moment où l’Ange Gabriel fut envoyé
dans la ville de Nazareth, et qu’il eut salué Marie, en lui disant : « Je
vous salue pleine de grâce », la clef perdue fut retrouvée, l’homme put
sortir de l’abîme de maux où il était tristement plongé, et la porte du ciel
commença de s’ouvrir.
L’Ave Maria tant de fois répété dans le Rosaire, est la clef ; Marie est la portière, et Jésus-Christ est la porte du Ciel.
Efforcez-vous d’entrer par cette porte, faites-vous une amie de celle qui a le pouvoir de l’ouvrir et de la fermer ; soyez prévoyants et munissez-vous de la clef. AMEN.
Conrad Prigelius - 1755
––––––
Les litanies de la Sainte Vierge
On entend
par « Litanies » une formule de prière composée d’une suite d’invocations
adressées à la Sainte Vierge ou aux Saints, pour implorer leur intercession
auprès de Dieu. L’Église a adopté plusieurs de ces formules de prières; mais
nous n’avons à nous occuper ici que des Litanies de la Très Sainte Vierge.
On a
composé, dans le cours des siècles, de nombreuses Litanies en l’honneur de
Marie. Les manuscrits des XIVe et XVe siècles contiennent plusieurs formules qui
différent complètement de celle que nous récitons aujourd’hui, comme elles
diffèrent aussi entre elles. Il était naturel que l’on se plût à énumérer les
titres glorieux de Marie, pour toucher son coeur et obtenir les grâces que l’on
implorait par son intercession. Les saints des premiers siècles en avaient donné
l’exemple. Qu’on lise les sermons de Saint Modeste sur la mort de la Très
Sainte Vierge, de Saint Damascène sur l’Annonciation et la Nativité, de Saint
Epiphane sur les louanges de la Sainte Vierge, de Saint Cyrille d’Alexandrie au
Concile d’Ephèse, de Saint Germain de Constantinople sur l’Assomption de Marie,
et l’on reconnaîtra que l’Eglise, en autorisant l’usage des Litanies, n’a fait,
dans ces derniers siècles, que régulariser ce que la piété inspirait aux
fidèles de l’Eglise primitive.
Les
Litanies en l’honneur de divers Saints s’étant multipliées outre mesure, le
Pape Clément VIII reconnut qu’il s’était introduit
des abus dans ces formules de prières, qui n’avaient d’autre autorité que celle
de ceux qui les avaient composées, et il les supprima toutes en 1601, défendant
qu’à l’avenir on publiât des litanies et qu’on récitât publiquement, à l’Eglise
et dans les processions, celles qui avaient déjà été publiées, sauf celles du
Missel et du Bréviaire romain, et celles qu’on a continuées de chanter à Lorette,
en l’honneur de la Sainte Vierge. Les litanies de la Sainte Vierge et les
Litanies des Saints, plus anciennes encore, sont donc les seules que l’Eglise
admette, approuve et adopte dans sa liturgie. Paul V voulant les favoriser d’une
manière spéciale et les recommander à la dévotion des fidèles, accorda, en
1606, soixante jours d’indulgences à tous ceux qui, le samedi, assistent au
chant des Litanies dans l’église des Frères Prêcheurs, et cela chaque fois qu’ils
y assisteront.
Il était
juste qu’en supprimant les Litanies particulières composées en l’honneur de
divers Saints, l’Eglise fit une exception en faveur de la Mère de Dieu et
revêtit de sa haute approbation la formule de prières dans laquelle sont
énumérées les grandeurs, les excellences et les miséricordes de cette auguste
Vierge.
Marie est
en effet digne de tous nos hommages. En sa qualité de Mère de Dieu, elle est
incomparablement plus rapprochée de lui que de tous les autres Saints, et elle
a droit à des éloges, des titres et des invocations qui témoignent de sa
grandeur.
Mère de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, elle a un droit particulier à son amour et, si l’on
peut ainsi parler, à son obéissance. Elle est, auprès de lui, la
toute-puissance suppliante, et nous pouvons tout attendre d’Elle, si nous
sommes fidèles à lui rendre les hommages et l’amour auxquels elle a droit. En
outre, la contemplation et la méditation attentive des vertus et des
excellences de la Mère de Dieu servent admirablement à faire connaître
Jésus-Christ et ses divines perfections. Louer Marie, c’est donc apprendre à
mieux glorifier le Seigneur.
Saint
Grégoire de Naziance, que sa singulière érudition dans les choses divines a
fait surnommer le théologien, parlant des gloires de Saint Athanase disait :
« En louant Athanase, je louerai la vertu ; en louant la vertu je louerai
Dieu de qui provient toute vertu. » A plus forte raison en louant la
Sainte Vierge nous louons Dieu lui-même. Les parents sont la gloire des
enfants, dit Salomon. ; louer la Sainte Vierge, proclamer les titres qui l’élèvent
au-dessus de toute créature et la rapprochent de Dieu, autant qu’il est
possible pour un être fini, ce n’est pas faire tort à l’hommage qui revient à
son Fils. C’est pourquoi, de même que pour célébrer la grandeur de Jésus-Christ
et son admirable sollicitude pour notre salut, nous l’appelons de divers titres
et de divers noms, disant tantôt qu’il est notre chef, tantôt notre précepteur,
notre pasteur, notre père, notre avocat, notre ami, notre frère, notre sauveur,
notre rédempteur : de même nous appelons la Bienheureuse Vierge Marie, temple,
maison, épouse et fille de Dieu, arche du Testament porte du ciel, étoile de la
mer, rose, paradis, afin que ce que nous n’exprimons pas dans un mot, dans une
métaphore, nous le rendions et l’exprimions de quelque autre manière. Voilà
donc pour quel motif nous chantons les Litanies de la Bienheureuse Vierge Marie
où nous multiplions les épithètes et les titres d’honneur, afin d’expliquer par
ces épithètes d’une manière quelconque son excellence que nous ne pouvons
exprimer dans nos discours, ni concevoir dans notre esprit. Ainsi nous arrivons
à connaître quelque chose de sa sublimité.
Ces
épithètes, ces titres que nous appliquons à Marie, pris à part ou considérés
dans leur ensemble, n’égalent point ses grandeurs, car Dieu seul en connaît
toute l’étendue. Si on les accumule, c’est pour exprimer, autant que faire se
peut, la dignité de la Vierge et la proposer à notre admiration.
Une autre raison des Litanies, c’est l’amour spécial de l’Eglise
pour la divine Vierge. Quand on aime bien, on parle souvent de l’objet aimé, on
trouve, pour le louer, de nouvelles et magnifiques expressions. David aimait
Jonathas, et il s’écrie: Jonathas , mon
frère, le plus beau des princes, plus aimable que les plus aimables des
créatures (II REG, 1,24). Ainsi l’Epouse des
Cantiques donne à l’Epoux les noms d’ami, de beau, de bien-aimé, d’aimable, et
l’Epoux donne à l’Epouse ceux de source, de colombe, d’amie, d’immaculée, de
belle, d’aimable, et de ravissante comme Jérusalem. Ainsi Saint Paul écrivant
aux chrétiens les appelle frères, enfants bien-aimés; joie et couronne.
Egalement, l’Eglise orne d’épithètes, de titres et de noms variés la Sainte
Mère de Dieu Marie, afin de lui témoigner ainsi son amour. Ne pas offrir à la
Mère de son Seigneur, et Rédempteur, à sa patronne et à son avocate
particulière un culte supérieur à celui qu’elle rend aux autres Saints, serait
de la part de l’Église une profonde ingratitude. Comblée à chaque instant de
nouveaux bienfaits, elle doit, par tous les moyens possibles, en témoigner sa
reconnaissance à Marie.
La Bienheureuse Vierge Marie est, pour tous, une patronne et une avocate spéciale. Tous accourent de toutes parts vers elle. « Marie, dit Saint Bernard, est comme le centre de tout, comme l’arche de Dieu, comme la cause de toutes choses si l’affaire de tous les siècles où se fixent les regards de tous ceux qui habitent dans le ciel et de ceux qui sont dans les enfers, de ceux qui nous ont précédés, de nous qui venons après eux et de ceux qui viendront après nous, des enfants de nos enfants et de ceux qui descendront de nos petits enfants. Ceux qui sont dans le Ciel la contemplent pour être réparés et ceux qui habitent dans les enfers, c’est-à-dire dans le Purgatoire, fixent les yeux sur elle pour en être tirés. Ceux qui l’ont précédée la considèrent, pour être trouvés des prophètes fidèles et ceux qui la suivent pour être glorifiés. »
L’Église
pouvait-elle ne pas consacrer des Litanies spéciales à l’invocation de la très
puissante et très miséricordieuse patronne, qui couvre tous les peuples et tous
les chrétiens d’une protection pleine de sollicitude ? On invoque, dans les
Litanies des Saints, les protecteurs considérés comme les plus puissants auprès
de Dieu, et il n’est pas de bienheureux au ciel qui ne soit prêt â secourir
ceux qui l’implorent ; mais la protection de Marie est plus efficace que toute
autre, parce qu’elle est plus proche de Dieu, parce qu’elle est la source de l’amour,
la première en dignité et en mérites, et, à tous points de vue, la plus digne d’être
aimée.
L’énumération
des titres glorieux donnés à Marie dans les Litanies est merveilleusement
propre à augmenter et à entretenir la dévotion. En effet, tandis que nous
rappelons à notre mémoire sa sainteté, sa dignité de Mère de Dieu, sa pureté,
sa chasteté, sa beauté, sa clémence, sa fidélité, sa béatitude, sa libéralité,
son ineffable pouvoir pour nous obtenir ce dont nous avons besoin, nous sentons
naître en nous un respect plus profond et une reconnaissance plus ardente pour
cette auguste Vierge. Lorsque nous rappelons qu’Elle est Mère de Dieu, mère
très pure, mère très chaste, mère aimable, vierge puissante, vierge clémente,
vierge fidèle, vierge plus heureuse que tous les bienheureux, comment
pourrions-nous n’être pas enflammés d’amour pour elle, et ne pas ressentir la
plus vive joie, à la pensée des biens dont elle a été comblée ? De cet amour
résulte un très grand désir de promouvoir son culte et de procurer sa gloire.
Nous félicitons Marie Mère de Dieu, et aussi notre Mère, de tant de majesté, de
dignité, de gloire, de richesses, nous donnons tous nos soins à propager la
dévotion envers Elle, à la défendre et à la conserver.
Les
Litanies de la Bienheureuse Vierge, approuvées par la Sainte Église, sont
récitées et chantées partout où le culte de Marie a pénétré, c’est-à-dire
partout où il se trouve quelques chrétiens fidèles. Cependant elles portent un
nom particulier ; on les appelle les Litanies de Lorette. Elles furent choisies
entre toutes les autres, approuvées et ratifiées par un décret du Souverain
Pontife Clément VIII, proposées et recommandées pour
être chantées dans les églises et enfin acceptées par le consentement unanime.
Il semble que cette préférence leur ait été donnée pour deux raisons : d’abord
à cause du lieu où elles furent primitivement chantées; en second lieu, parce
qu’elles sont admirablement composées.
Le lieu où
ces Litanies furent chantées pour la première fois est la très sainte maison où
le verbe s’est fait chair ; elle a reçu depuis le nom de Lorette, du pays où
elle fut miraculeusement transportée par les Anges. Il n’est pas de lieu plus
respectable parmi tous ceux que le soleil éclaire. Il doit être considéré comme
faisant partie du Ciel plutôt que de ce monde terrestre. Cette petite maison
abritait la majesté infinie du Christ et les éclatantes vertus de la Vierge et
de Joseph. C’était la demeure de la Trinité de la terre, et les Litanies de
Lorette sont comme un écho des chants des Anges célébrant les grandeurs et les
bontés de Marie.
Les
Litanies de Lorette sont un résumé court mais admirablement bien fait des
louanges de la Mère de Dieu.
Les louanges que nous adressons à la Bienheureuse Vierge
Marie ont trois objets principaux : la grandeur de son nom, la grandeur de ses
vertus, la grandeur de sa dignité.
Dans les
Litanies de la Sainte Vierge, on proclame et on loue d’abord la Sainteté de
Marie: « Sancta Maria, Sainte Marie ».
En second
lieu on y rappelle sa mission et son titre de Mère de Dieu, ses vertus, ses
nobles qualités et ses bontés pour nous. On le fait de deux manières : par les
mots propres et en usant d’images et de métaphores.
Par les
mots propres ; la mission et la dignité de Marie, ses qualités et ses vertus,
sont exprimées en ces termes : Sainte Mère de Dieu, Sainte Vierge des vierges,
Mère du Christ, Mère de la divine grâce, Mère très pure, Mère très chaste, Mère
toujours Vierge, Mère sans tache, Mère aimable, Mère admirable, Mère du
créateur, Mère du Sauveur, Vierge très prudente, Vierge vénérable, Vierge digne
d’être louée, Vierge puissante, Vierge clémente, Vierge fidèle.
Les titres
symboliques par lesquels on célèbre ses louanges sont ceux-ci : Miroir de
Justice, Trône de Sagesse, Cause de notre joie, Vase rempli des dons du
Saint-Esprit, Vase d’honneur, Vase insigne de la vraie dévotion, Rose mystique,
Tour de David, Tour d’ivoire, Maison d’or, Arche d’alliance, Porte du Ciel, Étoile
du matin.
Les bienfaits
de Marie sont rappelés ainsi : Salut des infirmes, Refuge des pécheurs,
Consolatrice des affligés, Secours des chrétiens.
En
troisième lieu, la grandeur de la Bienheureuse Vierge est célébrée par les
titres de Reine des Anges, Reine des patriarches, Reine des prophètes, Reine
des Apôtres, Reine des martyrs, Reine des Confesseurs, Reine des vierges, Reine
de tous les Saints. A ces titres si glorieux le grand et Saint Pape Pie IX a ajouté celui de Reine conçue sans péché, et son
illustre successeur, non moins grand que lui et non moins dévoué à la gloire de
la Mère de Dieu, Léon XIII a ordonné d’ajouter encore
: « Reine du très Saint Rosaire ».
Voilà les
Litanies de Lorette, les seules Litanies de la Très Sainte Vierge reconnues par
l’Église, ingénieux résumé des grandeurs et des gloires de la Reine des Cieux.
Remarquons
encore qu’avant de nous adresser à la Bienheureuse Vierge Marie, nous supplions
Notre Seigneur Jésus-Christ, par trois fois, d’avoir pitié de nous. Nous
adressons ensuite la même supplication à chacune des Trois Adorables Personnes
de la Sainte Trinité ; puis nous nous tournons vers l’auguste Vierge, notre
avocate et notre patronne, la conjurant d’intercéder pour nous.
Lorsque
nous avons achevé d’énumérer les titres de Marie et obtenu sa puissante
intercession auprès de son Divin Fils, nous nous retournons vers Jésus-Christ,
nous lui rappelons, par trois fois, qu’il est l’Agneau de Dieu dont le sang
divin a payé la rançon de nos péchés, et nous le conjurons de nous épargner;
nous qui sommes sous la protection de sa Divine Mère, nous le conjurons de nous
exaucer, d’avoir pitié de nous, d’écouter enfin nos humbles supplications.
Comment pourrions-nous n’être pas exaucés, lorsque nous nous présentons devant Dieu, appuyés par la toute-puissante intercession de Marie, dont les glorieux titres que nous avons énumérés nous sont une garantie irréfragable ? Mais il ne faut pas oublier qu’il peut nous arriver souvent d’errer dans nos prières. « Vous ne savez ce que vous devez demander » (Mat. II, 22), disait Notre Seigneur à ses Apôtres. Ne nous étonnons donc pas, si, nos prières les plus pures et les plus ferventes ne reçoivent pas toujours l’effet que nous en attendons. Prions, mais remettons-nous-en pour toutes choses, à la bonté et à la sagesse de Jésus et de Marie.
Abbé Z.C. Jourdain
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Extrait de la prière de Pie XII pour le centenaire
de la définition du dogme
« Saisis
par l’éclat de votre céleste beauté et pressés par les angoisses de ce temps,
nous nous jetons dans vos bras, ô Marie, Immaculée Mère de Jésus et notre Mère,
certains de trouver dans votre cœur plein d’amour, l’apaisement de nos
ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui, de toutes
parts, nous assaillent.
Malgré la
laideur de nos fautes et le nombre écrasant de nos misères, nous admirons et
chantons l’incomparable richesse des dons sublimes dont Dieu vous a comblée, au
dessus de tout autre pure créature, depuis le premier instant de votre
Conception jusqu’au jour où, élevée au ciel, il vous a couronnée Reine de l’univers.
O Source
limpide de la Foi, que les vérités éternelles pleuvent sur notre esprit ! O lis
odorant de toute sainteté, imprégnez notre cœur de votre céleste parfum ! O
Triomphatrice du mal et de la mort, inspirez-nous une profonde horreur pour le
péché, qui rend l’âme abominable à Dieu et esclave de l’enfer! (...)
Accueillez,
ô Mère très douce, nos humbles prières, et obtenez-nous par-dessus tout de
pouvoir un jour répéter devant votre Trône, partageant votre bonheur, l’hymne
qui monte aujourd’hui sur la terre de vos autels : Vous êtes toute belle,
ô Marie ! Vous êtes la gloire, vous êtes la joie, vous êtes l’honneur de
notre peuple ! »
Ainsi soit-il.
Opus Dei - No 8 - 2004
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