Toutes
les religions sont bonnes
J'aborde
une objection courante, qui ne semble pas méchante, et qui cependant mérite les
anathèmes de la raison et de la foi. On dit : « Toutes les religions sont bonnes. » Nous allons étudier ce mot en
apparence inoffensif, et y découvrir une sottise, une impiété, un expédient et
un aveu.
1) Toutes les religions sont bonnes. C'est une
sottise. Car c'est affirmer que le oui et le non, le pour
et le contre sont également bons, également vrais.
Deux
historiens qui écrivent, l'un que Napoléon 1er est mort en 1821, l'autre qu'il est
mort en 1823, ne peuvent avoir raison tous deux, vu que Napoléon n'a pu mourir
à deux dates différentes. De même à cette question : Jésus-Christ est-il Dieu ?
Oui, dit le catholique. Peut-être, répond un protestant avancé. Non, dit un
juif. C'est un prophète comme Mahomet, ajoute un Turc. Ils ne peuvent pas tous
avoir raison.
Voyons.
Tout homme pourrait en conscience adorer Bouddha avec les Hindous, Sérapis avec
les Égyptiens, Moloch avec les Carthaginois, Teutatés avec les Gaulois, Jupiter
avec les Grecs et les Romains ?... Tout homme pourrait en conscience croire en
Dieu ou nier son existence, croire à la divinité de Jésus-Christ ou la rejeter,
croire à l'origine divine de l’Église ou s'en moquer ? Mais ce serait la plus palpable des
contradictions et la plus grossière des énormités !... Le simple bon sens nous
dit que nous ne pouvons admettre l'identité du vrai et du faux, que nous ne
pouvons mettre sur le même pied et saluer d'un hommage égal le catholicisme
avec ses gloires immaculées, le protestantisme avec ses patriarches immoraux,
le mahométisme avec ses harems et son fatalisme abrutissant, le bouddhisme avec
ses honteuses superstitions.
Vous
alléguez peut-être qu'entre tant de religions, il est difficile de reconnaître
la véritable. Qu'est ce que cela fait ?
Si, pour me libérer d'une dette, je vous présentais une pièce de 5 F en
plomb qui n'a pas de valeur, ou une pièce de 5 F démonétisée qui ne vaut que 3
F 75, en vous disant : « Toutes les monnaies sont bonnes », vous trouveriez la
plaisanterie mauvaise, et vous me diriez avec raison : « De ce qu'il y a de la
fausse monnaie, il ne s'ensuit pas qu'il n'y en a pas de bonne. » Ce serait
folie de dire : « Toutes les monnaies sont bonnes. »
Or
il est également insensé de dire : « Toutes les religions sont bonnes. » Si on le dit par ignorance ou par
étourderie, c'est une simple sottise. Et si on le dit par indifférence et par
mépris, c'est une sottise doublée d'une impiété.
2) Toutes les religions sont bonnes. C'est une
impiété. Dieu est le Maître. Donc il n'est pas permis de
dire que toutes les religions sont bonnes. Il n'y a, il ne peut y avoir de
bonne que la religion que Dieu a instituée, c'est-à-dire les dogmes qu'Il a
révélés et que nous devons croire, la loi qu'Il a promulguée et à laquelle nous
devons nous conformer, le culte qu'Il a établi et qui est pour nous
obligatoire. En dehors de cela que reste-t-il ? Des religions de fantaisie que Dieu réprouve et que la conscience
n'a pas le droit d'accepter.
Dieu
est juste et sage. Donc il n'est pas permis de dire que toutes les religions
sont bonnes. On demandait à Pope comment il s'était fait tant d'amis. Il
répondit : « Au moyen de ces deux axiomes : Tout est possible. Tout le monde a
raison. » C'est trop. On ne peut pas tout approuver. Or, si toutes les
religions étaient bonnes, Dieu approuverait en même temps des vérités et des
erreurs. Il aurait le même sourire de bienveillance pour le calviniste qui se
moque de la Présence réelle et pour le catholique qui adore l'Eucharistie, pour
le paganisme qui autorise la polygamie et le divorce et célèbre des mystères
infâmes, et pour le christianisme qui exalte la virginité et prescrit l'unité
et l'indissolubilité du mariage. Dieu dirait au juif, au chrétien, à l'indien «
païen », au mahométan : « C'est bien, vous avez tous raison. » Un pareil Dieu
ne serait ni juste, ni sage, ni saint. Il ne serait pas Dieu.
Dieu
est bon. Donc il n'est pas permis de dire que toutes les religions sont bonnes.
Dieu, qui est la bonté même, n'a pas pu rendre introuvable et inaccessible à
l'homme la vraie religion. Il a dû donner à la vraie religion, à la religion
catholique, des preuves à l'infini, et des preuves éclatantes, populaires,
indéniables. Et c'est ce qu'II a fait.
Qui
est-ce qui peut savoir si c'est précisément la religion catholique qui est la
vraie religion ? Qui ? mais tous peuvent le savoir. Il n'y a qu'à regarder. Le
catholicisme, c'est comme St-Pierre de Rome. La longueur de St-Pierre, y compris
les murs, est de 220 mètres. La largeur est de 150 mètres. La hauteur du dôme
depuis le pavé jusqu'au sommet de la croix est de 140 mètres. Les tours de
Notre-Dame de Paris, si on les transportait dans St-Pierre, ne s'élèveraient
pas même à la hauteur où commence la courbe de la coupole. Tel est le
catholicisme comparé aux autres religions. Il les dépasse toutes. Il les
éclipse. Il porte manifestement le caractère du divin. Dire que toutes les
religions sont bonnes, c'est un blasphème, c'est une impiété qui outrage la
souveraineté, la sagesse et la bonté de Dieu.
3) Toutes les religions sont bonnes. C'est un
expédient. C'est un expédient pour se débarrasser de toute
religion, et de la religion chrétienne en particulier.
1.
Pour se débarrasser de toute religion. Si l'on était sincère en déclarant que
toutes les religions sont bonnes, on devrait les respecter toutes et, au moins,
en pratiquer une. Ce n'est pas ce qu'on fait.
On
déclare que toutes les religions sont bonnes, c'est-à-dire facultatives, donc
point obligatoires. Et l'on s'abstient. On déclare qu'il est indifférent
d'entrer dans la cathédrale ou dans le temple, ou dans la synagogue, ou dans la
mosquée. Et l'on reste à la porte. On déclare qu'on a de la religion dans son
cœur, qu'on pense à Dieu et qu'on l'aime en regardant la terre et sa verdure,
le ciel et les nuages, la mer et ses flots, mais qu'on n'a pas besoin pour
aller à Dieu de passer par le prêtre et par le culte. Et l'on se tient à
distance de toute religion positive et cultuelle.
En
réalité, on vit sans religion. Eh bien, je dirai ici toute ma pensée. À l'homme
qui vit sans religion, je préfère l'homme qui professe une fausse religion
; je préfère l'Hindou qui adore
Bouddha, le Persan qui adore Mithra, le païen qui adore Jupiter, l’Égyptien qui
rend un culte au crocodile et le nègre africain qui rend un culte au tigre et à
l'éléphant blanc. À l'homme qui vit sans religion, je préfère le musulman qui
fait le pèlerinage de la Mecque, et le Chinois qui suit les rites de Confucius.
À l'homme qui vit sans religion, je préfère le pauvre sauvage qui se prosterne
devant un tronc d'arbre. Tous ces égarés se trompent, sont absurdes. Mais, au
moins, ils ne sont pas des impies, et ils restent des hommes. Ils ont une vague
lueur, des dogmes faux, mais des dogmes ; une morale mêlée de vices, mais une
morale ; un culte abominable, mais un culte. L'homme qui déclare que toutes les
religions sont bonnes et qui n'en professe aucune se met en dehors de
l'humanité. Son orgueil est pire que l'idolâtrie. Il me scandalise davantage en
ne priant pas qu'en priant mal, et j'aimerais mieux le voir adorer des faux
dieux que de le voir s'adorer lui-même ! Toutes les religions sont bonnes.
C'est un expédient pour se débarrasser de toute religion.
2.
Et de la religion chrétienne en particulier. Si l'on était sincère en déclarant
que toutes les religions sont bonnes, on devrait respecter le christianisme,
qui est une religion au moins aussi respectable que les autres. Il n'en est
rien. Sous prétexte d'amnistier tous les cultes, c'est le culte chrétien qu'on
cherche à esquiver. Toutes les religions sont bonnes? Oui, toutes, excepté le
catholicisme. Des autres religions, on s'accommoderait assez facilement. Mais
le catholicisme ! avec Voltaire on le déclare infâme... et on ne serait pas
fâché de l'étouffer dans la boue, de le vouer au mépris et à l'exécration
publique. Cette haine est un hommage involontaire rendu à sa divinité.
4) Toutes les religions sont bonnes. C'est un
aveu. Que le catholicisme seul soit poursuivi avec
acharnement, la chose n'est pas niable. Elle saute aux yeux. On laisse bien
tranquilles le protestantisme et le judaïsme, on les accable d'éloges même et
de cajoleries. Qu'un fonctionnaire soit juif ou protestant et qu'il aille au
temple ou à la synagogue, on trouve cela légitime sinon parfait; mais qu'un
sous-préfet baptisé s'avise d'aller tous les dimanches à la messe de sa
paroisse... on trouverait cela intolérable, et, au nom de la liberté, un tel
scandale devrait cesser. Un bon catholique voulut faire un jour l'expérience
publique de cette intolérance à l'égard de sa religion. Il était à table
d'hôte, et il dit tout haut au garçon : «Y a-t-il du porc dans ce pâté ? » «
Mais oui, monsieur, du porc et du veau. » « Alors, servez-moi à la place une côtelette
de mouton. Je suis juif et ma religion me défend de manger du porc. » Tout le
monde écouta respectueusement, et personne n'eut la moindre idée de sourire. À
la fin du dîner, le bon catholique se leva et dit d'une voix forte et accentuée
: « Messieurs, je ne suis pas juif, mais catholique pratiquant. Avouez
que, si c’eût été un vendredi et que j'eusse demandé du maigre, plusieurs
auraient chuchoté et ri, traité mes désirs de ridicules et plaisanté. On peut à
volonté être juif, on ne peut pas être catholique. Toutes les religions sont
respectées, sauf la vraie. C'est tout simplement idiot. Bonsoir,
Messieurs. »
Il
y a là une preuve de la divinité du catholicisme. Un proverbe arabe dit qu'on
ne jette la pierre qu'aux arbres à fruits, ainsi en est-il du catholicisme. Les
autres religions, on les tolère, on ne s'en occupe pas, on les dédaigne. Le
catholicisme est la religion qui fait exception, la religion à part, unique. On
l'exclut parce qu'on en a peur, parce qu'elle est le bien, parce qu'elle est vraie,
parce qu'elle est la seule bonne ; on lui jette la pierre parce qu'elle est
l'arbre que Dieu a planté et qui porte des fruits de vie.
Non,
toutes les religions ne sont pas bonnes. Seule la religion catholique est
bonne, bonne pour vivre, bonne pour mourir. Un ouvrier libre penseur, blessé
gravement dans un accident, demande un prêtre. « Comment, dit le prêtre, c'est
vous qui m'appelez ? » « Oui, c'est moi. Voyez-vous, l'impiété, si ce n'est pas
même bon pour vivre, c'est surtout le diable pour mourir. » Et, en 1869, M.
Troplong, président du Sénat et premier président de la Cour de cassation,
disait dans sa dernière maladie : « Après avoir beaucoup lu, beaucoup étudié et
beaucoup vécu, quand approche le moment de la mort, on reconnaît que la seule
chose vraie et bonne, c'est la religion catholique. »
Extrait de: « Les Objections contemporaines
contre la religion catholique», de M. l'abbé Charles Gibier, curé de St
Paterne à Orléans, en 1902, et qui deviendra plus tard évêque de Versailles.