Vive les Sisters of Life !
Jeunes,
belles, joyeuses, ces Américaines ont donné leur vie à Dieu pour qu’Il protège
les plus innocentes et menacées de ses créatures, les enfants à naître. Mais leur mission ne s’arrête pas là…
Des nonnes anti-avortement ! »,
s'enflamma la presse new-yorkaise il y a dix ans, lorsque les Sisters of Life (Sœurs de la Vie) firent
leur apparition dans les rues de la métropole, radieuses dans leur long habit
bleu nuit à voile blanc. Les jeunes femmes visées ne s'en offusquèrent pas.
Elles remarquèrent simplement que « le Saint-Esprit se sert de tout pour
nous faire connaître ». L'ordre de religieuses fondé par le cardinal
O'Connor a pour mission principale de combattre la culture de mort, c'est vrai,
mais d'une façon positive - on a envie d'écrire, après les avoir vues, d'une
façon lumineuse. « Nous sommes pro-vie, a toujours insisté le cardinal (mort le 3 mai 2000), au sens où nous
voulons partager avec tous le mystère de la vie, les merveilles de la vie, la
joie de la vie. »
Un fondateur, le cardinal O'Connor
Le bien-aimé pasteur de la
cathédrale Saint-Patrick, véritable héros du mouvement pour la défense des
innocents aux États-Unis, s'est battu jusqu'au bout pour les plus vulnérables
(voir « Un Prince pour la Vie » dans I'HN du 2 juillet 2000). Il avait commencé
tôt. En 1986, il fut le premier prélat américain à tendre publiquement la main
à toute femme enceinte en difficulté: qu'elle prenne contact avec l'archevêché
de New York et tout serait fait pour l'aider, elle et son bébé. Promesse tenue.
Grâce à son exemple, ce type d'assistance est aujourd’hui une réalité dans tous
les diocèses d'Anchorage à Miami. Trois ans plus tard, l'infatigable berger
alla plus loin. Dans un article intitulé « Help Wanted : Sisters of life », paru
dans l'hebdomadaire du diocèse le 2 novembre 1989 et bientôt diffusé dans
tout le pays, il livra sa vision, nourrie par une intense vie de prière. Il
confia le besoin pressant d'un ordre religieux nouveau, dévoué tout entier à
la défense de la vie humaine. Onze mois plus tard, une retraite destinée aux
candidates potentielles permettait de réunir huit futures religieuses. La
vision du cardinal O'Connor prit chair le 1er juin 1991.
Celle qui allait devenir Mère Agnès
avait, pendant ce temps, mis à profit son doctorat de psychologie pour donner
des cours aux futurs enseignants de l'université Columbia. Sa
spécialité: le développement des enfants. « J'étais heureuse et ne voyais
pas de raison de changer. » Mais en 1990, à trente-neuf ans, une retraite
ignatienne de huit jours la laisse avec cette certitude: « Dieu veut que je
lui donne ma vie. » Un prêtre suggère trois congrégations différentes; elle
envoie trois lettres qui restent sans réponse. C'est alors qu'un jour, à
Saint-Patrick, elle entend le cardinal O'Connor évoquer dans son homélie le
projet cher à son cœur... Elle en sort bouleversée. Elle a trouvé ! « Comme
notre fondateur aimait à nous le rappeler, dit-elle, au fil des siècles
Dieu Tout-puissant a toujours suscité des communautés religieuses pour
répondre aux besoins précis de chaque époque.
Nous croyons que le charisme des Sœurs de la Vie est une grâce
exceptionnelle pour notre temps. »
Les Sœurs de la Vie sont aujourd’hui
près d'une quarantaine, réparties dans trois couvents de New York. Sept ont
déjà prononcé leurs vœux perpétuels, vingt-deux se sont engagées par des vœux
temporaires, dix sont novices, et de nouvelles postulantes seront reçues dès
septembre prochain au sein de la communauté. Toutes sont passées sans
transition de la vie laïque à ce don total; aucune n'était déjà religieuse. Aux
trois vœux traditionnels - pauvreté, chasteté, obéissance - s'ajoute pour
elles un quatrième vœu. Elles promettent « de protéger la vie humaine et de
rehausser son principe sacré ». Leur priorité va aux enfants à naître et
aux autres victimes de l'avortement, mais leur compassion s'étend à tous les
hommes créés à l'image de Dieu, de la conception à la mort naturelle. Ainsi,
lorsqu'un référendum proposa en novembre dernier aux électeurs du Maine, à
l'extrême nord-est des États-Unis, de rendre légal le « suicide médicalement
assisté », une dizaine de sœurs n'hésitèrent pas à sauter dans leur camionnette
et à parcourir près de mille kilomètres pour aller prêter main forte pendant
une journée aux militants locaux, leurs prières firent le reste; le pire fut
évité de justesse.
Journée type
Leur vie quotidienne s'organise
autour d'une quadruple mission : accueillir des femmes enceintes sous leur toit
jusqu'à ce qu'elles aient accouché et retrouvé un équilibre; panser les plaies
de celles et ceux qui souffrent des conséquences de l'avortement; redonner
courage aux militants pro-vie parfois accablés par l'adversité; enfin, répandre
partout l’Évangile de la Vie. Pour atteindre de tels objectifs, le travail apostolique
seul ne saurait suffire. Aussi leur ordre est-il à la fois contemplatif et
actif. Dès le début, le cardinal O'Connor a souhaité que ses Sœurs de la Vie
invoquent spécialement Marie, Mère de Jésus et de toute vie - la belle image de
la « Madone des rues » orne leur site internet à www. sistersoflife.org
- et qu'elles honorent saint Joseph dans son rôle de protecteur de la Sainte
Famille. C'est auprès du Seigneur eucharistique Lui-même que chaque sœur puise
les forces nécessaires à l'accomplissement de sa vocation. « Aucune forme
de prière ne surpasse l'acte central de notre foi, la Sainte Messe », affirmait
dans sa grande sagesse leur fondateur. « Apprécier le sacrifice
eucharistique du Christ conduit inévitablement au désir de se sacrifier
soi-même pour autrui, comme Lui. » Il avait ajouté: « Veillez à ce que
le Christ eucharistique demeure le centre et le lien de votre vie
communautaire. »
Les activités de la journée s'articulent
donc autour de la messe et de l'adoration du Saint Sacrement; la Liturgie des
Heures, la récitation du Rosaire, l'étude des Saintes Écritures et la lecture
d'ouvrages spirituels complètent l'armure surnaturelle indispensable. Le
silence propice au recueillement est observé chaque matin - et toute la journée
du vendredi. Ainsi, par leur existence de vierges consacrées, les Sœurs de la
Vie réfutent sans un mot la ruse « pro-choix » qui consiste à prétendre que ce
débat crucial n’a rien à voir avec la religion, que Dieu en est exclu. En
priant, jeûnant et faisant pénitence, elles proclament que Dieu est Vie, que
toute vie vient de Lui et que, comme n'a cessé de le souligner leur fondateur,
la culture de mort n'est autre qu'une culture sans Dieu.
De leur premier couvent, à la
paroisse Sainte Jeanne de Chantal dans le Bronx, les Sœurs de la Vie
s'étendirent en 1994 à un deuxième couvent dans la même section de la ville,
Notre-Dame de New York, qui abrite au sous-sol une vaste bibliothèque
d'information sur l'avortement, l'euthanasie et l'éthique médicale, - puis en
1998 au couvent du Sacré-Cœur de Jésus qui héberge d'un côté onze sœurs et, de
l'autre, sept mamans (bientôt: sept sœurs et onze mamans). Pour ces femmes en
détresse qui ne savent où aller, un tel accueil est souvent inespéré. Un
sentiment de sécurité les enveloppe soudain. Elles ont découvert un sanctuaire
de paix. « Au début, j'ai cru que je ne pourrais pas supporter une telle
dose d'amour », raconte Veronica, une réfugiée du Liberia qui est restée
seize mois chez les sœurs. « Elles étaient toujours prêtes à me soutenir, à
me donner 100 % d'elles-mêmes. » Qu'il s'agisse de leur fournir des
vêtements, de partager une tasse de thé, ou de prier avec elles dans la
chapelle, les sœurs s'évertuent à redonner confiance à leurs protégées. Elles
leur préparent un bon dîner pris en commun chaque soir, les accompagnent à
l'hôpital pour l'accouchement, les aident à donner à leur nouveau-né son
premier bain, etc. (La plupart des mères décident de garder leur bébé, les
autres le font généreusement adopter).
Au service de l'Évangile de la Vie
Les sœurs donnent
à leurs hôtes le temps d'approfondir leur recherche spirituelle, de trouver un
emploi stable, et les laissent partir avec des réserves de tendresse pour le
restant de leurs jours. « Je suis plus forte que jamais », dit Veronica,
qui a reçu en juin dernier, le même jour que son fils de trois mois, le
sacrement du Baptême (et l'Eucharistie et la Confirmation!). « En voyant
vivre les Sœurs, j'ai repris courage. Elles m'ont appris à lutter contre la
tentation. »
Pour les mères qui, ayant succombé à
la tentation de l’avortement, éprouvent souvent honte et remords, pour les
pères meurtris de culpabilité, les grands-parents dépressifs, les amis
inconsolables, les Sœurs de la Vie proposent des retraites spéciales tous les
samedis. Une victime vient raconter son expérience et faire part de son chemin
de guérison. - Suivent une lecture de la Bible et une discussion. Un prêtre
est là pour entendre les confessions, offrir une direction spirituelle et
célébrer la messe. L'espérance, peu à peu, renaît. Les sœurs n'oublient pas les
autres blessés: ceux qui combattent en première ligne contre la culture de
mort. Isolement et découragement les guettent. Chaque troisième jeudi du mois,
elles organisent pour eux une soirée. Adoration, réconciliation et bénédiction
précèdent un échange d'idées revigorant. Et puis, les sœurs se déplacent. Très
sollicitées, elles partent faire connaître l’Évangile de la Vie dans les
paroisses, les écoles, les universités... Doucement, elles expliquent
l'enseignement de Jean-Paul II sur le véritable sens de la liberté. « La
liberté se renie elle-même, elle se détruit et se prépare à l’élimination de
l'autre quand elle ne reconnaît plus et ne respecte plus son lien constitutif
avec la Vérité » (EV 19).
Toujours, elles s'appuient sur
l'idéal du cardinal O'Connor. « Ma vision est que vous deveniez innombrables
comme les fleurs des champs - chacune une fleur unique, mais composant ensemble
un immense, un magnifique bouquet parfumant le monde entier. Saint Thomas définit la beauté comme l'unité
dans la variété. C'est cela que je souhaite pour vous - une beauté
extraordinaire. » Belles, elles le sont. Et maternelles. Elles qui n'ont
en moyenne que trente-trois ans manifestent un empressement touchant à cajoler
tous les bambins à cent mètres à la ronde... Comment assument-elles ce
sacrifice en apparence cruel de leur fertilité charnelle ? Comme le reste: dans
la joie. « Une religieuse sait que dans son grand amour pour Dieu, elle
contribue à obtenir des grâces pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du
Christ et pour ceux qui ont besoin de retrouver le chemin vers Lui », notent-elles
ce printemps dans leur feuille d'informations. « Même si elle ne peut jamais
donner la vie à un enfant physiquement, ses entrailles sont quand même
incroyablement fécondes car elle a donné sa vie, en imitation du Christ, et
elle donne naissance à la vie du Christ dans les âmes. »
Armelle Signargout, l’Homme nouveau, 3 juin 2001