JEÛNER POUR SA BIEN-AIMÉE
Les chrétiens ont
toujours su que pour juguler un mal persistant, il fallait ajouter à la prière
un ingrédient crucial : le jeûne. Un Américain de 37 ans, Steve Habisohn,
a lancé un nouveau groupe de combattants appelés « e5 men ».
Chaque homme s’engage à se priver de nourriture un jour par mois pour soutenir
spirituellement son épouse.
Des mariages sauvés in extremis, des habitudes perverses soudainement abandonnées, et une espérance de sainteté qui devient plus forte que tout : le mouvement « e5 men » lancé en novembre 2002, semble déjà porter beaucoup de fruits. Il s’agit, en abrégé, de la Ve Lettre aux Éphésiens de saint Paul : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier. » Son fondateur, Steve Habisohn, marié et père de trois enfants de cinq ans à cinq mois, est convaincu que la nouvelle évangélisation passe d’abord par la conversion des hommes. Ce sont eux – maris, pères, prêtres, religieux, célibataires – qui donnent l’élan aux femmes, aux enfants, aux fidèles, à toute la société. Ce sont eux qui détiennent la clé d’unions solides au sein desquelles pourront s’épanouir d’authentiques disciples du Christ.
À la portée de tous
Aujourd’hui, beaucoup d’hommes se trouvent déstabilisés dans leur masculinité. Comment se situer face au sexe opposé ? Rabroués, ridiculisés, ils rêvent d’être reconnus, respectés. Ils sont conscients d’avoir contribués, involontairement ou non, à la guerre des sexes, mais hésitent sur les moyens de faire la paix. Or, tout homme a besoin d’action. Tout homme chrétien éprouve le profond désir de faire quelque chose pour se conformer à son divin Maître. Pour certains appelés, la vie religieuse reste la meilleure réponse à cette volonté d’offrir sa vie pour autrui. Mais pour la plupart des hommes, cette soif d’amour vrai, donc de sacrifice, passe forcément passe forcément par celle que Dieu a choisie pour eux entre toutes : leur épouse.
Donner sa vie pour son épouse en jeûnant au pain et à l’eau pendant 24 heures (ou plus) par mois, telle est l’idée simple qui a incité depuis à peine dix-huit mois plus de 7 000 hommes – aux Etats-Unis et dans le monde entier – à devenir officiellement des « e5 men ». Un sacrifice à la portée de tous, qui n’impose aucune modification aux emplois du temps surchargés. Un cadeau gratuit, fait de volonté et de charité pures. Une tradition millénaire, qui permet d’imiter les prophètes, Moïse, les Apôtres… et Jésus lui-même, qui fut tenté dans le désert. Il suffit de s’inscrire sur l’Internet (www.e5men.org) pour recevoir chaque mois, quelques jours avant le premier mercredi, un rappel de Steve assorti d’une méditation en forme de coup de pouce motivant, où il est souvent question de la Sainte Vierge et de Jean-Paul II.
Imprégné de catholicisme, le mouvement est ouvert à tous les hommes chrétiens baptisés. Ceux qui sont mariés sont invités à prier en priorité pour la croissance spirituelle de leur femme, tandis que les prêtres peuvent offrir leur privation pour les religieuses, pour leur paroisse ou pour toute l’Église. Quant aux célibataires, Steve leur suggère de jeûner pour des femmes dans leur famille, pour leur fiancée ou pour l’inconnue qui deviendra un jour leur épouse. (Le plus jeune membre est un garçon de douze ans qui a obtenu la permission de ses parents de devenir un « e5 man ».) Autre possibilité : jeûner pour les intentions du Cœur immaculé de Marie.
Les e5 women
Tous
ces hommes s’engagent à unir leur intention à celles de tous les autres membres,
à toutes les femmes ayant souffert par la faute des hommes, et aux femmes en
général. Ne sont pas oubliées celles qui en s’inscrivant comme « e5 women »
– mouvement complémentaire issu du premier comme Ève de la côte d’Adam –
promettent de s’ouvrir aux grâce méritées par les « e5 men » et de recevoir la
communion en union avec eux le premier mercredi de chaque mois. « Beaucoup de femmes n’ont personne qui
jeûne pour elles », souligne Steve. Il incite donc les hommes déjà
engagés dans le mouvement à envisager d’ajouter au minimum mensuel d’autres
journée de jeûne qui pourront profiter spécifiquement à d’anciennes compagnes
(en réparation des péchés commis contre elles) ou à une sœur, une fille, une
nièce… « Un des premiers « e5
men »
célibataires avait commencé à prier pour son ex-petite amie sans qu’elle le
sache, raconte Steve. Le soir même il recevait un coup de fil d’elle : en
ouvrant la Bible, elle avait eu l’impression pour la première fois de lire des
mots écrits tout exprès pour elle. Inutile de vous dire qu’il a continué à
jeûner, et plus souvent qu’avant… »
Ces zélés adeptes d’une discipline spirituelle vieille comme le monothéisme, qu’ils redécouvrent non sans émerveillement, Steve les appelle les « forces spéciales ». Ils sont à la réconciliation entre hommes et femmes ce que les Bérets Verts sont aux militaires. Ils y vont, ils se battent, et quoi qu’il arrive, ils persévèrent. L’absence de casque et de treillis n’enlève rien à leur héroïsme.
Inspiré par l’Esprit
«
Cela faisait trois mois que je m'accrochais et trois mois qu'en rentrant du
boulot le soir du jeûne, je trouvais ma femme dans une humeur épouvantable, raconte
un e5 man de l'Indiana. J'avais décidé d'essayer une dernière fois
avant de tout lâcher. Et vous savez ce que ma femme m'a dit ce soir-là ? ‘C'est vraiment sympa de ta part de
prier pour moi en ce moment. Il faut croire que le diable n'aime vraiment pas
ça, ton jeûne, pour qu'il me rende si dure envers toi...' Évidemment, après
ça, je ne pouvais plus jeter l'éponge. »
Si « e5 men » n'existait pas, il faudrait l'inventer. Mais d'où est venue l'idée de Steve ? Il semble que le Saint-Esprit ait commencé à le guider dans cette direction il y a plusieurs années, peu avant son mariage. Sa future épouse, April, luttait alors contre un problème lancinant qu'elle n'avait confié qu'à lui. Il résolut de prendre le taureau par les cornes et d'interpréter au pied de la lettre le passage de l'Évangile de saint Marc (9, 29) où Jésus affirme que ce genre de mal (la possession d'un enfant par le diable) ne saurait être vaincu autrement « que par la prière et le jeûne ». Une semaine après, le problème avait disparu.
Le jeûne est particulièrement adapté à la nature masculine, estime Steve, car il implique de prendre l'initiative. « Il y a beaucoup d'hommes comme moi qui sont prêts à tout pour protéger leur femme, pour l'aider à avancer spirituellement et à guérir de ses blessures. Ils aimeraient pouvoir s'adonner à la prière contemplative, mais les circonstances professionnelles et familiales tes empêchent d'y consacrer des heures entières. » Le jeûne répond à cette quête d'action concrète. Mieux : en voulant faire un cadeau à son épouse, le mari se trouve lui-même transformé. Le jeûne creuse le désir de Dieu. « Chaque tiraillement de l'estomac me rappelle de prier, de m'unir au Christ en croix », confie un « e5 man » de Floride qui a choisi de ne boire que de l'eau de minuit à minuit ; Un autre, de l'Arizona, avoue qu'il a réussi à se libérer enfin de la pornographie. Il jeûne chaque mercredi pour un groupe de femmes différent : sa fiancée, les prostituées, les vieilles dames des maisons de retraite et les femmes qu'il a blessées dans le passé.
Une offrande bénie et fructueuse
L’expérience
professionnelle de Steve l’a préparé à ce type de mission. En tant que
président fondateur de Gift Foundation, un apostolat catholique qui enseigne aux
couples mariés à vivre à fond la vertu de chasteté en se donnant corps et
âme à leur conjoint, Steve est bien placé pour observer les ravages causés par
l'absence de ce don mutuel. La pratique généralisée de la contraception,
constate-t-il, vient d'une incompréhension fondamentale du sens du mariage.
Paul VI dans Humanae
Vitae et Jean-Paul II dans sa Théologie du
Corps - que Steve surnomme « l'ADN théologique » des chrétiens du nouveau
millénaire - ont su le démontrer brillamment. « Le Pape insiste sur le fait
que dans un couple, l'homme est le premier à aimer », note
Mary Shivanandan, de l'Institut Jean-Paul II pour l'Étude du Mariage et de la Famille, à Washington.
« e5 men » est un signe de contradiction
dans un monde où les femmes se plaignent souvent du désintérêt des
hommes pour leurs besoins profonds. Le jeûne est quelque chose de très positif
en tant qu'acte d'amour. »
Avant, lorsque des relations de Steve, rencontrant des obstacles à la félicité conjugale, lui demandaient conseil, il n'était jamais satisfait de ses réponses. Pas à la hauteur de l'enjeu. Maintenant, il ne leur dit qu'un mot : « Jeûne ! » Et les solutions apparaissent. Les querelles s'estompent. Le sacrement de mariage triomphe. Steve l'a constaté dans son propre couple : « Je m'énerve moins facilement, je demande pardon plus souvent. » En renonçant à l'envie pressante de nourriture, c'est son corps qu'on offre. Et en offrant son corps, on donne l'Amour.
Armelle SIGNARGOUT
– L’homme nouveau – No 1321 – 4 avril
2004
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