QU’EST-CE QUI EST LE PLUS
IMPORTANT :
la Messe ou le Saint
Sacrement ?
P. Regis Scanlon, O.F.M.
Certaines raisons
invoquées pour déplacer le tabernacle hors du sanctuaire frisent
l’hérésie. On déclare, par exemple, que
la Messe est plus importante que le Saint Sacrement et que, par conséquent,
l’autel seul devrait occuper la place la plus importante ou la plus centrale
dans le sanctuaire. La Sacrée
Congrégation des Rites a bien dit que « L’autel principal devrait être placé
et construit de façon à être toujours vu comme étant … le centre de l’assemblée ». Mais la raison principale pour laquelle la Sacrée Congrégation
des Rites déclare que l’autel principal devrait être au centre de l’assemblée
est la suivante : « Car l’Eucharistie contient la totalité du
bien spirituel de l’Église,
c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque et notre pain vivant. » Or le tabernacle contient lui aussi « la totalité du bien
spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque et notre
pain vivant », et devrait par conséquent être lui aussi « placé
et construit de façon à être toujours vu comme étant … le centre de l’assemblée ».
S’il est vrai que
l’acte d’offrir la Messe est plus grand que l’acte de prier devant le Saint
Sacrement, il ne faut pas faussement interpréter cela en disant que l’acte
d’offrir la Messe est plus grand que le Saint Sacrement lui-même. Pie XII l’a fait remarquer lorsqu’il
déclarait : « Mais Celui qui offre le sacrifice n’est-Il pas en
quelque sorte plus grand que le sacrifice lui-même ? Nous voudrions maintenant vous parler du
Seigneur Lui-même en commençant par attirer votre attention sur le fait que
dans l’Eucharistie, l’Église possède la chair et le sang du Seigneur, son
corps, son âme et sa divinité. »
Et Pie XII poursuit en déclarant : « Le Seigneur est en
quelque sorte plus grand que l’autel et le sacrifice. »
Le Pape alors
s’interroge : « Le tabernacle où demeure le Seigneur qui est
descendu parmi son peuple est-il plus grand que l’autel et le
sacrifice ? » Il répond en
disant : « L’autel est plus important que le tabernacle parce
que c’est sur lui qu’est offert le Sacrifice du Seigneur. Dans le tabernacle, par contre, Il est
présent comme offrande sacrificielle. »
Pie XII dit que l’on a parfaitement le droit de distinguer entre
l’offrande du Sacrifice de la Messe et le culte de l’adoration du Saint
Sacrement, « Cependant, insiste-t-il, la conscience de leur unité est plus
importante que la réalisation de leur différence ». C’est l’unique et même Seigneur qui est
immolé sur l’autel et adoré dans le tabernacle et qui répand ses grâces du
tabernacle. Le Pape ajoute
enfin : « Une personne profondément convaincue de cela s’éviterait
bien des difficultés. Elle veillerait à
ne pas exagérer l’importance de l’un au détriment de l’autre. »
Ainsi, Pie XII nous
dit que, si l’autel et le sacrifice sont plus grands et plus importants que le
tabernacle (la précieuse boite de métal), ils ne sont pas plus grands ni plus
importants que le Saint Sacrement lui-même, qui est dans le tabernacle. Et il dit que nous devrions souligner
l’unité qui existe entre la Messe et le Saint Sacrement, et non leur
différence ! On peut bien alors
demander aux liturgistes modernes : quel mal y a-t-il à ce que le tabernacle
et l’autel principal soient tous deux au centre du sanctuaire ?
Préserver l’intégrité du sanctuaire
En fait, il existe de
très bonnes raisons, tirées de l’Écriture, de la Tradition et du Magistère pour
dire que, dans la mesure du possible, l’autel du sacrifice et le tabernacle
demeurent tous deux également bien en vue dans le sanctuaire. Premièrement, le sanctuaire des églises
catholiques est le véritable Saint des Saints préfigurés dans l’Ancien
Testament. L’Ancien Testament décrit la
construction du tabernacle qui était le lieu de résidence de Dieu parmi les
Israélites : « Que tous les plus habiles artisans d’entre vous
viennent exécuter tout ce que Yahvé a prescrit : la Demeure … l’arche …
ainsi que les pains d’oblation ;
le candélabre de lumière, … l’autel des holocaustes … et … les vêtements
sacrés destinés au prêtre Aaron (Exode 35 10-19).
Rappelez-vous que le
Saint des Saints, ou le tabernacle dans le sanctuaire du temple, était
l’endroit le plus sacré pour les Juifs de l’Ancien Testament car il contenait
« l’arche de l’alliance » (la Parole de Dieu), [37 1-9] ainsi que le
« pain sacré » (1 Samuel 21 7 ; Exode 29 23, 31-34). C’était l’endroit où le prêtre offrait le
sacrifice (le sang des chèvres et des taureaux) en expiation pour les péchés du
peuple (Hébreux 9 3-5). C’était la
« présence du Seigneur » parmi les Israélites (1 Samuel 21 7) et on y
trouvait tout, même la lampe du sanctuaire qu’ils appelaient un
« candélabre » (Exode 37 17).
Ainsi, l’Ancien Testament nous dit : « Les prêtres apportèrent
l’arche de l’alliance de Yahvé à sa place, au Debir du temple, c’est-à-dire au
Saint des Saints, sous les ailes des chérubins. » (1 Rois 8 6 ; Exode 35 10-19).
Tout ceci était
l’annonce de la Nouvelle Alliance et du sacrifice accompli par le Christ
« le grand prêtre … une fois pour toutes … non pas avec du sang de
boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang , nous ayant acquis
une rédemption éternelle » (Hébreux 9 11-12). C’était une préfiguration de Jésus-Christ qui « demeure pour
l’éternité » et de son « sacerdoce immuable » tel qu’il est
célébré éternellement par l’Église (Hébreux 7 24). Ainsi, le nouveau « sanctuaire » se trouve à l’avant
des églises catholiques et il est le « Saint des Saints » par
excellence, où le Christ s’offre lui-même en sacrifice au Père et où la
Présence Réelle de Jésus-Christ est réservée sous les apparences du pain. Et c’est de l’interaction entre ces mystères
célestes que le « corps » du chrétien devient lui-même un tabernacle
mystique, ou « le temple du Saint-Esprit » (1 Corinthiens 6 19).
Les églises
catholiques ont donc normalement eu un « sanctuaire » en situé avant,
à l’endroit de la lecture de l’Écriture et où se trouvent le maître autel et le
tabernacle. La Congrégation pour le
Culte Divin et la Discipline des Sacrements déclarait en 1970 que, « Le
sanctuaire devrait se détacher du reste de l’église par quelque particularité,
comme un plancher élevé, une forme ou une décoration spéciale. Il devrait être assez grand pour permettre
la célébration des rites sacrés sans difficulté. » La Congrégation pour le Culte Divin ajoutait
dans Eucharisticum Mysterium que « Selon la pratique
traditionnelle, une lampe devrait brûler continuellement près du tabernacle en
signe de l’honneur dû au Seigneur ».
Il ne faudrait pas oublier que cette « lampe », qui signifie
que notre Seigneur Eucharistique est en vérité présent dans le tabernacle du
sanctuaire, porte traditionnellement le nom de « lampe du
sanctuaire ». Ce fait nous indique
que le tabernacle a toujours été gardé dans le sanctuaire.
Pie XII désapprouvait
la séparation du tabernacle de l’autel du sacrifice parce qu’il ne voulait pas
dissocier le Saint Sacrement du sacrifice à l’autel. Il déclare :
Il n’est pas tant question de la présence
matérielle du tabernacle à l’autel que d’une tendance sur laquelle nous
aimerions attirer votre attention : une baisse de l’estime pour la
présence et l’action du Christ dans le tabernacle. On considère le sacrifice de l’autel comme suffisant, et l’importance
de Celui qui l’accomplit en est réduite.
Cependant, la personne de Notre-Seigneur doit
occuper la place centrale dans notre culte, car c’est sa Personne qui unifie
les relations de l’autel et du tabernacle, et leur donne tout leur sens …
Séparer le tabernacle de l’autel, c’est séparer deux choses qui, de par leur
origine et leur nature, devraient rester unies.
Pie XII craignait
peut-être que l’on enlève le tabernacle du sanctuaire.
Monseigneur Elliot
nous dit :
Conscient que des adaptations imminentes se
préparaient, le Pape Pie XII se déclarait en 1956 contre la séparation du
tabernacle et de l’autel. À la lumière
des réformes liturgiques postconciliaires, on s’aperçoit du problème qu’il
soulevait, spécialement en considérant les chapelles eucharistiques et les
lieux où il n’y a pas d’autel.
L’Eucharistie peut devenir alors une sorte de « chose sacrée »
dissociée de l’action de la liturgie que l’on associe avec l’autel où est
célébré pour le peuple de Dieu le signe permanent du Christ. Mais en réservant le Corps du Christ, nous
ne parlons pas d’une chose sainte, d’un symbole ou d’une relique enfermée dans
un reliquaire. Nous faisons face à la
Personne de Jésus-Christ, Prêtre et Victime de notre liturgie réellement
présent parmi nous sous l’apparence du pain.
Le danger exprimé par Pie XII est donc la
dissociation du Saint Sacrement du Sacrifice de la Messe dans l’esprit du
peuple. On dirait que Pie XII prévoyait
l’action de ces forces qui diviseraient le « Saint des Saints » en
séparant ou en fractionnant les éléments qui lui appartiennent. Dans la mesure du possible, le tabernacle et
la table du sacrifice devraient donc être conservés dans le même lieu, un lieu
saint et sacré !
Le Saint Sacrement occupe une « place centrale dans notre
culte »
Si l’Église nous
enseigne que l’autel principal, l’autel du sacrifice, « devrait être placé et construit de façon à être toujours
vu comme étant … le centre de l’assemblée »,
il ne faut pas oublier Pie XII qui déclare que « la personne de
Notre-Seigneur doit occuper la place centrale dans notre culte ». Paul VI insiste lui aussi sur ce point dans
son encyclique Mysterium Fidei :
Vous le savez bien aussi, Vénérables Frères,
l'Eucharistie est gardée dans les églises et les oratoires comme centre
spirituel de la communauté religieuse et paroissiale, et encore de l’Église
universelle et de l'humanité entière, parce que sous le voile des saintes
espèces elle contient le Christ, Chef invisible de l’Église, Rédempteur du monde,
centre de tous les cœurs, "par qui tout existe et nous-mêmes par
lui".
Jean-Paul II confirme
que le Saint Sacrement est au cœur de l’expérience chrétienne lorsqu’il
dit : « Tous les membres de l’Église, spécialement les évêques et les
prêtres, doivent s’assurer avec vigilance que ce Sacrement d’amour soit le
centre de la vie du Peuple de Dieu ».
Trois Pontifes ont
donc déclaré que le Saint Sacrement est le « centre » de notre
« vie » et de notre « culte ». Si l’on tenait compte de leurs paroles, l’Église ne connaîtrait
pas la crise actuelle de la foi en l’Eucharistie. Mais, au cours des dernières décennies, trop de pasteurs ont
traité le Saint Sacrement dans le tabernacle comme un symbole ou une relique
inanimée au lieu d’y voir une Personne vivante, physique, humaine et divine. Le Saint Sacrement a été mis de côté ou
relégué dans une petite pièce avec un minimum de visibilité ou
d’importance. Une fois de plus, on le
désignait rarement au regard des fidèles.
« Loin des yeux, loin du cœur ! »
Jean-Paul II a tenté
de placer le Saint Sacrement dans le cœur des catholiques. Par exemple, dans le Code de droit canon de
1983 qu’il a promulgué, il déclarait :
Can. 898 - Les fidèles auront en très grand honneur la très sainte Eucharistie, en participant activement à la célébration du très auguste Sacrifice, en recevant ce sacrement avec dévotion et fréquemment, et en lui rendant le culte éminent d'adoration ; les pasteurs d'âmes instruiront soigneusement les fidèles de cette obligation, en mettant en valeur la doctrine sur ce sacrement.
Notez que le canon ne dit pas que les fidèles doivent accorder au Saint Sacrement un minimum d’honneur et que les pasteurs ne devraient pas placer le tabernacle dans un endroit suffisamment éminent du sanctuaire. Il déclare plutôt que les fidèles devraient lui manifester un « très grand honneur » et que les pasteurs devraient instruire « soigneusement les fidèles de cette obligation, en mettant en valeur la doctrine sur ce sacrement » et « en lui rendant le culte éminent d’adoration ». Ainsi, les pasteurs ne devraient pas simplement placer le tabernacle dans un endroit suffisamment éminent du sanctuaire. Ils devraient plutôt placer le Saint Sacrement dans cette partie du sanctuaire ayant la plus grande visibilité parce que c’est l’endroit le plus éminent ! Et ils devraient « soigneusement » instruire les fidèles de lui témoigner un « très grand honneur » et lui rendre un « culte éminent d’adoration » en faisant eux-mêmes beaucoup de cérémonies autour du Saint Sacrement. La meilleure façon de le faire et de prendre à cœur les conseils de Pie XII aux liturgistes et au mouvement liturgique : ils devraient « insister sur l’attitude de l’Église concernant certaines pieuses pratiques : les visites au Saint Sacrement, que l’Église recommande vivement, les ‘Quarante Heures’ d’adoration perpétuelle, l’heure sainte, la solennité de la Sainte Communion apportée aux malades, les processions du Saint Sacrement ». Pie XII conclut en déclarant aux liturgistes : « Non content de laisser simplement les fidèles venir à leur Seigneur dans le Tabernacle, le mouvement liturgiste s’efforcera alors de les y attirer en plus grand nombre encore ».
Si les pasteurs et les
liturgistes voulaient tenir compte des conseils de Pie XII, l’Église
surmonterait rapidement le malaise qui affecte la foi du peuple catholique aux
États-Unis (et au Canada : Sœur L. D.) depuis Vatican II. Les fidèles ne se sentiraient plus seuls au
milieu de l’assemblée car on leur rappellerait alors constamment que le Christ
est parmi nous dans la chair !