NOTRE ROUTE AVEC HUMANAE VITAE REVISITÉE
Christopher A. Zakrzewski
« ‘L’ouverture à la vie’ apporte à la vie familiale
des fruits de sérénité et de paix, et elle facilite la solution d'autres problèmes
; elle favorise l'attention à l'autre conjoint, aide les époux à bannir
l'égoïsme, ennemi du véritable amour, et approfondit leur sens de
responsabilité. Les parents acquièrent par là la capacité d'une influence plus
profonde et plus efficace pour l'éducation des enfants ; l'enfance et la
jeunesse grandissent dans la juste estime des valeurs humaines et dans le
développement serein et harmonieux de leurs facultés spirituelles et
sensibles » (Humanae vitae, n. 21).
En 1972, quelques semaines après la naissance de notre
deuxième fille, ma femme et moi avons décidé que je devrais me faire stériliser
pour éviter de nouvelles naissances. La décision fut prise beaucoup trop à la
légère, mais étant donné notre extrême jeunesse (nous étions étudiants, à peine
dans la vingtaine, lorsque nous nous sommes mariés en 1969), nos consciences
mal formées, notre situation économique précaire, l’inquiétude qui régnait
alors au sujet d’une prétendue « explosion démographique »,
l’ambiguïté du message de la part de certains secteurs de l’Église, notre
décision n’avait pas de quoi surprendre. Ses conséquences ne nous sont pas
devenues apparentes immédiatement. C’est rarement le cas dans les choses de
cette nature.
Mais lorsque nous jetons un regard sur ces dix-sept années
qui séparent la naissance de notre deuxième fille et celle de notre premier
fils, après la restauration de ma fertilité, nous constatons qu’au lieu de nous
soulager de nos craintes, de notre anxiété et de nos soucis financiers, cette
décision n’a produit qu’une sinistre moisson de doutes, de confusion
spirituelle, de discorde et de dysfonctionnement familial.
Dans le cas de ma femme, notre décision lui a fait perdre
un sens profond de sa féminité. Pour les deux, elle a diminué la capacité
d’exercer notre rôle de premiers éducateurs de nos enfants, particulièrement en
matière de foi. Je voudrais pouvoir dire que notre décision de restaurer ma
fertilité, en 1987, a été plus réfléchie que celle de me faire stériliser. Elle
ne l’a pas été. C’est à l’amour de notre Père, à sa grâce et à sa miséricorde
que nous devons accorder tout le mérite. Même avec son aide, notre route s’est
révélée n’être qu’une Comédie des Méprises, une suite d’indécisions et de
volte-face désespérées (par deux fois, après la naissance de notre premier
fils, j’ai pris et annulé un rendez-vous pour une seconde stérilisation).
Apaiser une conscience troublée était sans doute notre principale motivation à
l’époque, preuve, tout au moins, que nos consciences n’avaient pas été
totalement engourdies et qu’un filet des grâces sacramentelles de notre mariage
le traversait encore, malgré les obstacles que nous avions placés sur son
chemin. Nous voulions simplement à l’époque répondre au désir de corriger ce
que nous percevions intuitivement comme un désordre dans le sacrement de
mariage.
Étant donné la durée de ma stérilisation, nous
avions peu d’espoir de pouvoir encore concevoir des enfants, bien que nous
ayons longtemps rêvé d’en avoir d’autres. Après lui avoir donné une once de foi
et avoir répondu, si peu que ce soit, à la grâce qu’il nous avait offerte,
notre Père aimant, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, nous a donné
une tonne de grâces additionnelles. À l’âge de quarante-deux et quarante-cinq
ans, et pour le continuel ravissement de nos filles, ma femme a conçu et donné
naissance à deux garçons en bonne santé. Par la même occasion (au cours des
années quatre-vingt-dix), nous avons été amenés par une rapide et étourdissante
conversion à découvrir, et à finalement comprendre et apprécier, la richesse de
l’enseignement de l’Église, particulièrement sur le sujet du mariage et de
l’éthique familiale. Tels des enfants prodigues, nous étions revenus à la
maison pour être revêtus de riches vêtements. Le doute, la discorde et la culpabilité
avaient disparu (encore une fois, pas instantanément, car la grâce doit
construire sur la nature et, dans notre cas, la mentalité contraceptive avait
fait ses ravages dans la notre).
Notre existence est maintenant de plus en plus remplie
d’un sentiment de confiance, de paix intérieure et d’harmonie. Immédiatement
après sa Résurrection, Jésus a donné à Pierre trois occasions de racheter ses
trois reniements. À nous, Dieu a donné trois occasions vivantes supplémentaires
de dire oui à la vie. Nos garçons ont maintenant treize, onze et sept ans. Ils
apportent une inépuisable gaieté à notre foyer qui s’agrandit rapidement à
mesure que nos filles mariées, dans la trentaine, nous rendent visite
accompagnées de leur propre famille grandissante. En partageant ici brièvement
notre expérience, nous pensons au nombre croissant de prêtres et de fidèles qui
ont découvert trop tard le mal qu’a pu causer à long terme le fait de ne pas
avoir suivi la morale sexuelle de l’Église, et pour qui il n’est pas possible de
faire physiquement réparation ; ou lorsque, dans le cas d’un prêtre, la
réparation ne s’applique pas. En ce qui concerne nos prêtres la solution est
simple, mais certainement pas facile : ils doivent recommencer à prêcher
ce que notre Mère l’Église a toujours enseigné.
Quant aux laïcs, voici une chose qu’ils pourraient
considérer. Les jeunes couples mariés qui ont résolu de demeurer ouverts à
la vie dans notre « culture de mort » actuelle se retrouvent sous le
feu sur bien des fronts, et le moindre n’est pas celui de la situation
économique. Élever une famille nombreuse avec un seul revenu (ce qui est, en
pratique, le résultat d’une telle décision) est un défi lancé à notre système
économique moderne rien moins que bienveillant. Beaucoup de jeunes familles ont
de la difficulté à surnager. Dans bien des cas, ces familles sont marginalisées
dans la communauté. C’est ici que les anciens couples contraceptifs plus âgés,
bénéficiaires d’une économie naguère plus équitable et dont un grand nombre
profitent d’une retraite anticipée et ont beaucoup de temps libre, peuvent
pratiquer ce que l’on pourrait appeler une « fertilité secondaire ».
Le service le plus précieux qu’ils puissent rendre à ces familles est de leur
accorder un soutien moral inconditionnel – principalement par la prière. Et
comme la prière mène à l’action, il existe aussi une foule de moyens pratiques
par lesquels ils peuvent aider ces jeunes familles. Certains sont en mesure de
les aider financièrement ; d’autres, spécialement les retraités, peuvent
déménager et se rapprocher de leurs enfants qui peinent pour élever leur
famille ; ils peuvent soulager les parents surmenés en gardant les enfants
(spécialement lorsqu’il y a de la maladie dans la famille) ; certains
peuvent se consacrer à l’instruction des enfants et participer aux frais de
scolarité. Et plutôt que de donner leur vieille voiture en échange tous les
trois ou quatre ans contre une voiture neuve, il pourrait penser à en faire
cadeau à une jeune famille fidèle. Pourquoi ne pas sauter des vacances
annuelles ou bisannuelles et offrir à cette famille des vacances payées ;
ou bien ouvrir un fonds d’éducation pour leurs petits-enfants ? Et pourquoi encore ne pas rendre témoignage
au combat mené par cette famille à une réunion de la Ligue des femmes
catholiques, ou aux pasteurs trop intimidés qui manquent de confiance pour
parler de morale sexuelle ?
La contraception est un fléau qui affecte le Corps entier
du Christ. C’est un problème trop vaste pour s’en délester en le déposant dans
le giron des jeunes couples mariés. Tous les secteurs de l’Église doivent être
mobilisés pour son éradication. On peut dire que la contraception, tout au
moins dans notre culture, est la cause principale de notre échec à la
transmission d’une authentique foi catholique à nos enfants. Des études
sociologiques récentes ont montré que la raison principale pour la perte de la
foi des parents par leurs enfants est, de loin, le dysfonctionnement dans les
relations entre les parents, et la discorde est un des fruits amers les plus
prévisibles d’un style de vie contraceptif. Quelle protestation plus dramatique
les enfants pourraient-ils manifester contre le manque d’amour que leurs
parents catholiques peuvent avoir l’un pour l’autre, que le rejet de ce que ces
derniers prétendent avoir de plus cher – leur foi ? D’un autre côté, les
enfants qui sont témoins jour après jour de l’amour généreux que les parents se
témoignent mutuellement sont bien plus portés à vouloir préserver la source de
cet amour, cette même foi chrétienne, car comme l’enseigne St Paul, l’amour
sponsal est le modèle de l’amour qui existe entre le Christ, l’Époux, et son
Épouse, l’Église.
Christopher Zakrzewski et
l’ancien directeur du Nazareth Family
Journal et enseigne maintenant à Our Lady Seat of Wisdom Academy à
Barry’s Bay. Il vit avec sa femme et leurs trois fils à Wilno, Ontario.
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